Joie sur Pellicule : Guido, le jeu comme anti-douleur dans La vie est belle

La Vie est belle de Roberto Benigni est un des films sur la déportation les plus bouleversants qui existe dans le cinéma. À l’occasion de notre cycle émotions et personnages, il était important de revenir sur Guido, qui fait de son sourire la plus belle arme de guerre pour son fils, et de sa joie, une tristesse cachée qui bâtit un empire d’espoir.

L’émotion du film vient de l’équilibre incroyable que l’acteur sait trouver entre la joie et la profonde tristesse. Bien que le bonheur soit un sentiment complexe, cette émotion s’y rapporte forcément et lorsque l’on voit le contexte du film, on ne peut vraiment pas dire qu’il soit le cadre de ce personnage. Et pourtant, Guido en fait son terrain de jeu pour son fils, pour le faire rire et sourire lorsque des soldats allemands viennent donner des ordres et qu’il se la joue faux traducteur en profitant de l’occasion pour expliquer les règles du jeu imaginaire à son fils. La joie, donc, est censée être un sentiment de plénitude, ou de plaisir du moins. Ici, elle trouve sa beauté dans le contraste qu’elle propose entre joie et tragédie. Comme souvent au cinéma, les meilleurs moments sont ceux qui mêlent plusieurs émotions, et ici, c’est en cela que le film trouve sa beauté avec ce personnage qui porte littéralement tout le film. La joie est rarement synonyme de réel plaisir quand c’est Guido qui la provoque, mais elle est le symbole d’un amour paternel si fort et indestructible et d’une force si grande qu’elle en devient saisissante et sublime.

La joie dans ce film, ce sont les échanges entre un père et son fils dans un des moments les plus graves de leur existence, c’est la naïveté et l’innocence d’un enfant qui admire son père et boit ses paroles, la force d’un père prêt à tout pour ne pas faire souffrir son fils, et prêt à prendre tous les risques pour voir encore un sourire se dessiner sur son visage d’enfant, qui mérite bien tout le courage du monde. La Vie est belle, c’est surtout une joie qui rend triste, le désespoir d’un père à bout de forces, qui lutte contre plus fort que lui pour toujours faire veiller des sursauts d’espoir mais aussi la joie de vivre dès le début du film d’un homme, un peu fou, qui aime la vie et embellit celle de sa « princesse ». L’humour de Guido porte le film et colle à la peau de son acteur/réalisateur en donnant toute l’énergie possible au spectateur qui ne sortira pas indemne de ce film. Dédramatiser les côtés les plus sombres de l’histoire sous des traits comiques est un pari osé que tout le monde ne saura pas apprécier mais Benigni l’a fait avec un grand talent humoristique car malgré tout le contexte que l’on connait, et que le film nous montre, ce qui se dégage du film, c’est la fougue communicative de Guido qui donne à bousculer un peu. Dans une fin qui mêle le plus profond du tragique, auquel on s’attendait mais qui n’en finit pas de bouleverser, et l’effet conte où le héros américain surgit dans la brume, le film s’achève en laissant bien des traces de ce sourire et de ce personnage si grand.

La Vie est belle : Extrait

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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