« La Ferme de la terreur » : Wes Craven à la source

Elephant Films sort en Blu-ray La Ferme de la terreur, l’un des premiers longs métrages de Wes Craven. On y retrouve la patte du cinéaste américain, mais aussi quelques maladresses…

Wes Craven plante sa caméra dans une Amérique rurale plutôt inquiétante. Jim et Martha, exploitants agricoles, vivent à côté d’une communauté religieuse observant des rites d’un autre temps. Patriarcale, refusant les progrès techniques, elle apparaît repliée sur elle-même, défiante à l’égard des citadins et sourcilleuse sur les questions de mœurs. Quand Jim est assassiné dans sa grange – avec la panoplie complète de vues subjectives, de filtres rouges et de ralentis –, ces Hittites inspirés des Amish, dirigés par Ernest Borgnine, font figure de coupables idéaux. C’est d’autant plus le cas que se tient parmi eux un étrange voyeur campé par Michael Berryman, un habitué des films d’horreur de Wes Craven, au physique des plus atypiques. Dans le texte, la tension suscitée par cette congrégation s’exprime en ces termes : « C’est vraiment le Moyen-Âge. Ces types doivent manger du soufre au petit déjeuner, ma parole. »

Deux incohérences se font déjà jour : Jim est un ancien Hittite rejeté par sa communauté, mais il a toutefois choisi d’acheter un terrain jouxtant directement ses terres ; plutôt que de quitter la ferme dans laquelle vient d’être commis le meurtre de son époux, Martha décide de rester là-bas et d’inviter chez elle ses amies citadines (dont Sharon Stone). Des meurtres continuent toutefois d’être perpétrés, en ce y compris chez les Hittites. Entretemps, Lana, interprétée par Sharon Stone, a eu des hallucinations impliquant des araignées. Ces dernières rejoignent le bestiaire habituel des films d’horreur : serpent, monstre, incube (démon masculin), épouvantail, pendu, amants tués dans leur voiture… Le slasher attendu passe par différents états de manière erratique, même si plusieurs éléments sont à porter au crédit de Wes Craven.

La mise en scène est globalement satisfaisante. Elle comprend des panoramiques, des plans-séquences, une scène rembobinée et un effroi charpenté avec métier. Dans une séquence-clé, un serpent se glisse dans le bain de Martha, cette dernière étant filmée de face, les jambes écartées. Le parallélisme avec Les Griffes de la nuit, qui sortira trois années plus tard, est évident. Wes Craven parvient par ailleurs à caractériser avec talent les Hittites, leurs pulsions réprimées et la modernité vue par eux comme une perversion. « Tu es de la charogne pour les narines de Dieu », dira le leader de la communauté à un fils désavoué. « Va rejoindre ton frère chez les damnés. » De fait, les dissensions entre les Hittites et le reste du village forment le cœur battant du film, même si le final réserve une petite surprise quant au whodunit.

BONUS

Au-delà d’une courte galerie de photographies et de la traditionnelle bande-annonce, le document de treize minutes intitulé Let Hittite Be constitue le principal bonus d’une édition qui n’en fait manifestement pas grand cas. On y revient sur la genèse du film (à la suite d’une téléfiction avec Linda Blair couronnée de succès), sur les faiblesses conceptuelles du long métrage, sur Sharon Stone, sur Ernest Borgnine et son étonnante nomination aux Razzie Awards, sur la symbolisation sexuelle de certaines séquences, etc.

Anglais-Français – Dolby Digital 2.0 – 1920 x 1080p HD – 1.78 : 1 – 16/9 – 102 minutes – couleur – son mono

La Ferme de la terreur : bande-annonce

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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