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Fifam 2023 : Mon pire ennemi

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En compétition au Fifam 2023, Mon Pire ennemi est le 4e long-métrage de Mehran Tamadon. Il y rejoue une violence indescriptible pour tenter de chasser ses démons peut-être, et d’une manière plus utopique dit-il, ouvrir le dialogue avec un ennemi immense, le pire de tous : l’interrogateur du régime islamiste en Iran. Le dispositif est simple, mais ce qui en ressort est vertigineux.

Dès le premier plan du film (que le réalisateur attribue à sa fille dans le générique final), Mehran Tamadon montre ses deux passeports, l’un français, l’autre Iranien. Ce simple plan raconte son exil de cinéaste, son départ forcé. Il enchaîne sur des dessins de ce que l’on pourrait appeler un storyboard où il rêve son film. Dans ces derniers, il se voit forcément regardé lui-même par la caméra. Il s’imagine interrogé par ses amis iraniens comme ils l’ont tous été en Iran. Son objectif ? Ramener son film en Iran et espérer qu’en le regardant, l’interrogateur fasse appel à sa conscience, du moins accepte un autre dialogue. Une utopie, proclame-t-il en voix off.

Le documentaire met d’abord en scène les demandes formulées par le réalisateur à ses amis. Certains refusent de se prêter au jeu, d’autres racontent ce qu’ils ont vécu. Certains se lancent, les interrogatoires restent en surface, ne vont pas au cœur de ce que recherche Mehran Tamadon avec son dispositif si frontal et brutal. Bientôt, la figure de Zar Amir Ebrahimi se dessine. Son visage est fermé, froid et elle commence à interroger son ami réalisateur. Elle ne laisse pas de place au doute : elle veut savoir. Peu à peu, le film bascule et le jeu  n’existe plus vraiment. Mehran Tamadon rit parfois à la situation, mais comme pour faire transparaître son interrogation face à la situation même qui se joue. Le corps du réalisateur est exposé, jusqu’où vont-ils aller ?

Brutalement encore, l’actrice des Nuits de Mashhad sort de son rôle pour interroger la violence du projet de son ami. Que cherche-t-il ? Croit-il pouvoir toucher la conscience des interrogateurs du régime Iranien, si tant est qu’elle existe encore ? Devant notre propre inconfort de spectateur, une histoire de la violence se joue sous nos yeux. La simplicité du dispositif, de la mise en scène, fait éclater la force de ce qui se trame à l’écran, dans les esprits. Il y a tout ce que l’humain fait à l’humain. Pourtant, ce qui est montré ici n’est rien comparé à ce que ces protagonistes ont vraiment vécu et dont nous n’aurons que quelques bribes dans leurs conversations.

D’où naît la violence ? Peut-on inverser le rapport de force, sans y céder soi-même ? Le geste de cinéma de Mehran Tamadon est d’une force inouïe, c’est un cri d’humanité aussi, mais qui habite complètement le chaos du monde, son horreur et sa perversité. Un film inoubliable porté par des interprètes qui s’extraient du monde pour se replonger dans les limbes de leurs traumatismes, pour mieux les transcender ou s’y perdre …

Bande-annonce

Fiche technique

Synopsis : Mojtaba, Hamzeh, Zar et d’autres ont subi des interrogatoires idéologiques en Iran et vivent aujourd’hui en France. Mehran Tamadon, le réalisateur, leur demande de l’interroger, lui, tel que pourrait le faire un agent de la République Islamique. Le film en devenir se rêve en miroir dressé face aux tortionnaires, révélant leur violence, leur arbitraire et leur absurdité. Mais lorsque Zar Amir Ebrahimi et Mehran Tamadon se prêtent à l’exercice, ni l’un ni l’autre ne semblent plus tout à fait maitriser les rôles qu’ils ont choisi d’endosser, jusqu’à se mettre en danger, ainsi que le projet de film.

Réalisation : Mehran Tamadon
1h 22min / Documentaire
Date de sortie: 28 février 2024

Arras Film Festival 2023 : Le cinéma le poing levé

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Le clap de fin de l’Arras Film Festival a toujours le goût d’une mise en bière. On tombe le rideau en fête et en famille élargie sur 10 jours de curseurs poussés à leur incandescence. De nuits sans (beaucoup) de sommeil, de journées à ne pas voir le jour, de projections d’après interview d’après projections. Plus c’est long, plus c’est bon, plus l’estomac se creuse et la faim grandit. De l’autre, de la vie, et du cinéma, tout ça en même temps et sans avoir à choisir. Bref, une certaine idée du bonheur.

On l’avait écrit au premier jour, mais cette 24ème édition de l’AFF démarrait dans la morosité endeuillée qui règne depuis l’attentat qui frappa le lycée Gambetta le 13 octobre. Ça, ajouté à une météo atteinte d’une dysenterie diluvienne à faire passer Seven pour Les Bronzés, l’humeur générale était plus au Netflix and chill sous plaid les volets fermés. Mais comme l’a très bien dit le sage, « Le soleil, c’est dans la tête que ça se passe ». Et sur les grands écrans.

Parce qu’il y en a eu, du cinéma au cinéma durant cette édition. Du français, du bulgare, du slovaque, du polonais, national et international. Du jeune et du vieux, du live et de l’animé, des gifles qui marquent et des visages qui restent. Celui de l’actrice Éli Skorcheva dans Blaga’s Lesson de Stéphane Kondarev, et son plan final qui t’éclate la pupille et te griffe la conscience comme un Friedkin ou un Fincher. L’aller-retour de Vincent Pérez dans la mâchoire de Ridley Scott avec son Affaire d’Honneur qui envoie le Dernier Duel manger les acariens. Les bons mots de Chasse gardée et ses guinguettes à faire démarrer une chenille entre le siège de la salle. Le bœuf intercellule des taulards corses qui reprennent Julien Clerc dans la langue de Napoléon pour chanter la matonne Hafsia Herzi dans Borgo de Stéphane Demoustier. Wake Me de Marko Santic, et son réveil à la matraque. Laure Calamy qui s’ouvre la voix et les chakras sur du Booba dans Iris et les hommes de Caroline Vignal.  Robert Guédigian, et son cinéma fatigué mais au cœur vaillant qui trinque au combat perpétuel dans Et la fête continue…. On en passe et des meilleurs, pardon pour les absents. On fera en sorte de leur rendre justice ultérieurement.

Comme nous l’a dit la grande Agnieszka Hollande, à l’occasion de son Green Border qui vise le plexus en ligne presque droite : « Le cinéma n’est pas qu’un divertissement, c’est aussi une expérience ». C’est ce qu’on retiendra de cette 24èmeédition de l’Arras Film Festival : des films qui n’ont pas peur de secouer le spectateur et de lui coller un taquet derrière la nuque. Pas pour l’accabler où l’écraser sous le poids de la vie cette pute, mais au contraire pour lui faire RESSENTIR. Les choses, le monde, la présence de l’autre. Le mouvement des plaques tectoniques sous les pieds d’une planète qui change, parfois pour le pire mais surtout pour viser le meilleur. Le gout du combat devant et derrière la caméra, joyeux, vibrant et nécessaire. « La vie n’a de sens que dans la lutte. Le triomphe ou la défaite est entre les mains des Dieux. Alors célébrons la lutte ». « Ensemble », se permettra t-on d’ajouter à Stevie Wonder, et au proverbe Swahili qui ouvrait le Lorenzo de George Miller. C’est la leçon que l’on retiendra de cette édition 2023 l’Arras Film Festival : l’important c’est de se battre. Toujours tout le temps, sans discontinuer, le poing levé et en chantant à tue-tête. Dans la vie, comme au cinéma.

 

Cinemania 2023 : Bilan du plus francophone des festivals canadiens

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Le festival de films francophones Cinemania en est déjà à sa 29e édition ! Un festival alliant majoritairement des long-métrages, mais aussi des documentaires et des courts. Une organisation à but non lucratif, destinée à faire connaître et rayonner le cinéma produit dans la langue de Molière et dont le succès ne se dément pas avec les années. Comme chaque automne, Montréal accueille les festivités à travers ses cinémas les plus emblématiques. Du Québec à la Suisse, de la France au Luxembourg en passant par le Maroc, des films pointus venus de tous horizons vont égrener les dix jours de la manifestation entre avant-premières nord-américaines et parfois mondiales. Retour sur dix jours intenses, entre anecdotes, palmarès et tendances de la compétition sur le plus grand festival de cinéma francophone d’Amérique !

Cinemania a dévoilé sa programmation le 18 octobre, seulement quinze jours avant le début des hostilités. Et le programme est alléchant : près de cent films seront présentés. Ce sont deux films français qui vont ouvrir et fermer la programmation 2023 : « Le procès Goldman de Cédric Kahn en ouverture et Second tour d’Albert Dupontel en clôture. De nombreux artistes, producteurs, comédiens ou réalisateurs seront présents pour présenter leurs films. Il y a aussi de nombreuses conférences de presse ou tables rondes qui sont organisées en marge du festival. Un festival qui ne s’est jamais arrêté depuis sa création puisqu’il s’est fendu d’une version numérique en 2020, ainsi qu’une version hybride en 2021 (entre films en salles et films en téléchargement payant). Une affaire qui roule et un rendez-vous culturel attendu chaque mois de novembre par de nombreux québécois et festivaliers venus de tous les pays de la francophonie.

Malheureusement l’auteur de ces lignes, moi en l’occurrence, était en France avant son retour à Montréal où je vis, durant les deux premiers jours du festival. Accrédité pour le couvrir par votre site de cinéma préféré, je n’ai pu arriver que le troisième jour. Récit d’une course comme peut l’être n’importe quel festival. Tel que Cannes en bien plus grand bien sûr, un festival que j’avais couvert tout jeune en tant qu’attaché de presse lors de mes années d’étudiant. Car, un festival ce n’est pas une sinécure ! C’est un vrai marathon de films, où parfois la fatigue ou la lassitude prennent le dessus. Quand on est à son quatrième film de la journée par exemple et qu’on tombe sur un film d’auteur particulièrement exigeant, il est naturel de fléchir un peu…

Retour sur un programme dense et près de trente films vus !

Vendredi 3 novembre :

J’arrive à peine de l’aéroport, je rentre chez moi en vitesse, le temps de prendre une douche et d’aller récupérer mon accréditation qui m’attend au bureau du cinéma Impérial, quartier général du festival et surtout plus bel édifice dédié au cinéma de Montréal.

En effet, je ne voulais pas louper la projection du très attendu Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry. Car Cinemania c’est aussi à peu près la moitié des films qui sont déjà sortis dans leur pays d’origine. Et celui-là, j’en avais entendu parler et en bien. Et effectivement, il restera mon principal coup de cœur du festival. La cinéaste était là pour parler du film à la fin de la projection et son discours sur le sujet du film, la Justice Restaurative, fut passionnant. Un véritable coup de cœur que ce petit bijou, malgré la fatigue et le décalage horaire !

Samedi 4 novembre :

La honte m’habite. Décalage, fatigue et retour à la maison ont fait que je n’ai pas eu le courage d’assister à la projection de « Le temps d’aimer ». Ce qui est bien avec ce festival, comme on ne peut pas tout voir, on nous propose des liens pour rattraper certains films chez nous. Ce que je fis avec celui-là quelques jours plus tard et j’ai bien fait : une nouvelle petite perle !

Dimanche 5 novembre :

Les choses sérieuses commencent ! Je découvre en avant-première internationale Les Rois de la piste, le nouveau film de Thierry Klifa qui ne m’emballe pas. Le réalisateur devait être présent, mais il est absent et s’en excuse pour cause de maladie. Celui qui nous avait offert de beaux mélodrames tels que Tout nous sépare ou Le Héros de la famille livre une comédie poussive et peu drôle avec un casting mal assorti.

On enchaîne sur Soudains seuls qui sort en France le 6 décembre et s’avère une belle petite surprise. Un film de survie et d’amour maîtrisé de bout en bout. Le réalisateur Thomas Bidegain se fond d’un message vidéo complètement perché qui a bien fait rire la salle avant la séance.

Lundi 6 novembre :

Première grosse journée à trois films ! Café, motivation et envie de découverte m’anime en ce beau jour ensoleillé mais frais ! La journée débute par De grandes espérances, déjà sorti en France. Un bon thriller. S’ensuit de Le livre des solutions devant une salle comble et totalement hilare. Personnellement si Pierre Niney excelle, j’ai trouvé le film sympathique et amusant, mais finissant par tourner en rond.

Le soir, c’est la projection de Le retour de Catherine Corsini que je vais rencontrer le lendemain en interview. Elle présente le film devant une salle tristement vide, mais ne s’en formalise pas. Peu emballé par le résumé, j’y allais juste pour savoir de quoi je parle durant l’entretien. Et bien j’ai eu tort, c’est un joli film et une belle surprise.

Mardi 7 novembre :

La journée débute donc par l’interview passionnant avec Catherine Corsini qui revient sur sa carrière, son film, sa place de femme et la polémique cannoise sur son long-métrage qui l’a beaucoup affectée. Vingt minutes top chrono qui ne m’ont pas permis de terminer mes questions, mais une petite discussion en off sur le monde de la techno qu’elle connaît bien, tout comme moi. Surprenant.

Je file ensuite assister à une conférence sur la place de la langue française dans la diffusion des œuvres au Québec. Un rendez-vous parmi d’autres dans le cadre de Cinemania Pro. Une heure trente de discussions à bâtons rompus sur la schizophrénie linguistique du Québec à ce niveau. Un animateur, rédacteur en chef au Film français est présent, ainsi que quatre intervenants du monde culturel canadien : la directrice de la chaîne publique Télé Québec, la directrice des cinémas art et essai montréalais, le directeur de Cinéplex (l’équivalent du circuit UGC ou Pathé-Gaumont en France) et une personne de chez Bell Média (en gros, un Canal+ québécois). Peu de temps pour les questions, mais je parviens à poser l’une des miennes sur la problématique du sous-titrage français…

On enchaîne avec la projection du très réussi Rien à perdre avec Virginie Efira. Un premier film convaincant. Et la journée se poursuit avec le tout mignon àma Gloria que vient présenter son distributeur québécois (K Films) qui a eu un véritable coup de cœur pour le film. Et on continue avec l’âpre mais convaincant Un silence, le dernier film de Joachim Lafosse.

Mercredi 8 novembre :

La journée commence tôt au Cinéma impérial avec la projection du très anecdotique mais mignon La plus belle pour aller danser de Victoria Bedos, qui vient présenter le film pour sa première à Montréal, en précisant qu’elle n’attend que du bien de la ville.

Petite pause déjeuner avant d’attaquer la seconde interview de la semaine. Et une rencontre qui me tenait particulièrement à cœur moi qui suis français de sang, mais belge de cœur, puisque c’est l’incomparable Yolande Moreau que je rencontre. Un moment inoubliable avec une grande dame, simple et qui me nourrit d’anecdotes savoureuses et parle de son film, de son pays et de ma ville, Lille, avec passion.

S’ensuit en fin d’après-midi, le film le plus surprenant que j’ai vu du festival : Le Successeur de Xavier Legrand qui nous avait gratifié de la claque Jusqu’à la garde en 2018. Un film qui m’a fait bondir de mon siège plusieurs fois ainsi qu’une bonne partie de la salle. Et un bon film qui plus est tourné au Québec et qui a obtenu le prix du meilleur film québécois.

En revanche, la journée se termine sur la projection agitée de Le jeune imam en présence de Kim Chapiron, l’un des plus mauvais de la sélection et de son auteur.

Jeudi 9 novembre :

Cette journée va être ardue et la concentration devra être à son paroxysme ! En effet, trois films à la suite en une après-midi. C’est beaucoup ! C’est trop… Heureusement que la qualité était majoritairement au rendez-vous ! On commence avec Captive, un beau film jumeau de Le Bal des folles de Mélanie Laurent.

S’ensuit la projection de Magnificat. Karin Viard, que j’aurais rêvé d’interviewer, présente trois films à Cinemania cette année (avec Nouveau départ et Une nuit). Et on peut dire que son speech était sincère et très rock’n’roll ! En prime une Yolande Moreau venue assister à la projection dans la salle pour un film décevant qui passe à côté de son beau sujet.

Le soir, c’est un film très attendu de la compétition qui est présenté. Le tapis rouge traîne et le photo call est long, ce qui retarde la projection. Il s’agit d’une production entre le Québec et la Belgique pour un premier film qui fait le buzz Quitter la nuit. Et il ne décevra pas en plus d’être maintes fois couronné.

Vendredi 10 novembre :

Journée un peu plus calme ce vendredi puisque j’assiste à seulement deux projections (en salle en tout cas puisque j’en ai rattrapé deux autres à la maison, un vrai festivalier n’est pas là pour enfiler des perles comme on dit). On commence avec Une nuit que Karin Viard présente toujours en grande forme. Et la journée se poursuit avec l’éclat de rire du festival : la comédie / polar totalement déjantée Bonne conduite qui est un peu la bouffée d’air frais de cette édition avec Iris et les hommes que je vois le lendemain, les deux étant avec Laure Calamy.

En parlant de films en ligne, j’ai donc rattrapé le magnifique Le temps d’aimer et La Voie royale. En revanche, d’autres visionnés à la maison m’ont beaucoup moins convaincu. C’est le cas de Les âmes sœurs, de Le Paradis et du film Suisse Foudre. A rappeler que le pays à l’honneur cette année était la Suisse, après le Luxembourg l’an passé. Enfin le sympathique Making-of clôt cette liste de films vus hors salle, car ratés en début de festival ou parce que les heures ne correspondaient pas.

Samedi 11 novembre :

Dernier jour de festival pour moi, car je reprends le travail le lendemain et que ce sont les films de clôture (que j’ai déjà vu en France) et des rappels le dernier jour. Me voilà donc parti pour un autre de mes coups de cœur que je n’ai pas senti venir : le film d’époque Rosalie.

En revanche, ma dernière projection était peut-être l’une des moins plaisantes : je me suis copieusement ennuyé devant le dernier film de Stéphane Brizé, Hors saison. Quant à la conférence de presse et les questions journalistes avec Emmanuelle Béart, la présidente du jury, c’était malheureusement complet.

Petit bilan personnel :

Mes favoris du festival, mon podium, sera constitué de Je verrai toujours vos visages, Le temps d’aimer et Rosalie. S’ajoutent ensuite quelques petits coups de cœur et surprises que sont Le Successeur et Quitter la nuit et le joker Bonne conduite.

Grosse déception en revanche pour Les Rois de la piste et Hors saison très attendus. Quant à Le jeune imam, Foudre, Les âmes sœurs et Le Paradis, ce sont les cartons rouges me concernant.

Palmarès des différentes sélections et catégories :

Cette édition a pris fin hier soir de la plus belle des manières, après 12 jours de festivités mêlant projections, soirées et événements, en établissant un nouveau record d’affluences en salles. Avec 45 séances à guichets fermés et des revenus de billetterie de 25% supérieurs aux précédentes éditions, CINEMANIA se réjouit de ce succès auprès des spectateurs de plus en plus fidèles et qui ont été plus de 100 000 cette année à participer aux festivités.

COMPÉTITION VISAGES DE LA FRANCOPHONIE

Le Jury Compétition Visages de la Francophonie était co-présidé par Emmanuelle Béart (actrice et réalisatrice) et Philippe Falardeau (réalisateur). Sophie Mousel (actrice), Manon Barbeau (cinéaste et fondatrice du Wapikoni Mobile), Geneviève Albert (réalisatrice et scénariste), Anne-Élisabeth Bossé (actrice et humoriste) et Eric K. Boulianne (réalisateur et scénariste) ont composé ce Jury.

Prix du Meilleur Film TV5 Québec-Canada
Remis au meilleur film de la compétition
LE PROCÈS GOLDMAN de Cédric Kahn
Prix du Jury Marc-André Lussier
Remis par La Presse au coup de coeur du Jury pour souligner l’originalité d’une oeuvre
QUITTER LA NUIT de Delphine Girard
Prix Sofitel Montréal de la Meilleure Interprétation
Remis à un.e artiste pour souligner la qualité de sa performance de jeu dans une oeuvre
LAISSEZ-MOI de Maxime Rappaz pour la comédienne Jeanne Balibar
Prix SACD du Meilleur Scénario
ANIMALIA pour la réalisatrice et scénariste Sofia Alaoui
Prix Colombier-Dompierre de la Meilleure Musique
Remis par ÉCHO SONORE, en partenariat avec le Consulat Général de France à Québec
FOUDRE de Carmen Jaquier pour le compositeur Nicolas Rabaeus
Prix Elle Québec de la meilleure réalisatrice
Prix transversal aux compétitions Visages de la francophonie et Films du Québec
IL PLEUT DANS LA MAISON pour la réalisatrice Paloma Sermon-Daï

COMPÉTITION FILMS DU QUÉBEC

Le Jury Compétition Films du Québec était composé de Amaury Augé (Responsable de la section Acid du Festival de Cannes), Alex Moussa Sawadogo (Délégué général du Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, Burkina-Faso), Claire Diao (Programmatrice au Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand et au Lincoln Film Center à New York) et Hugo Latulippe (Directeur général du Festival de Cinéma de la Ville de Québec).

Prix du Rayonnement Banque Nationale
Remis au meilleur film de la compétition
LE SUCCESSEUR de Xavier Legrand
Prix du Jury Post-Moderne
SUCRÉ-SEIZE d’Alexa-Jeanne Dubé
Prix SARTEC du Meilleur Scénario
QUITTER LA NUIT pour la réalisatrice et scénariste Delphine Girard
Prix UDA de la Meilleure Interprétation d’un film québécois
Remis à un.e artiste pour souligner la qualité de sa performance de jeu dans une oeuvre
LES RAYONS GAMMA de Henry Bernadet pour l’ensemble des jeunes interprètes du film
Mention spéciale à KANAVAL d’Henri Pardo pour Rayan Dieudonné

COMPÉTITION DOCUMENTAIRES

Le jury Compétition Documentaires était composé de Luce Grosjean (Miyu distribution), Nerimen Hadrami (Toni Films), Manon Kerjean (Lost in Frenchlation) et Marie Prouzet (Time Art).

Prix du Meilleur Documentaire Planète+
Remis au meilleur film de la compétition
JE SUIS LA FRANCE de Sarah El Attar

COMPÉTITION COURTS-MÉTRAGES

Le jury Compétition Courts-Métrages était composé de Gabrielle Boulianne-Tremblay (actrice et écrivaine), de Nicolas Gendron (critique montréalais) et de Justine Lévêque (directrice du Champs-Elysées Film Festival).

Prix de la Critique AQCC du meilleur court-métrage
ANGIE de Anthony Conveney
Mention spéciale à MAMINA de Massimo Riggi
Prix Télé-Québec du Meilleur Court-Métrage Québécois
UN TROU DANS LA POITRINE de Alexandra Myotte et Jean-Sébastien Hamel.
Prix Francophonie des Amériques
En partenariat avec le SQRC (Secrétariat du Québec aux Relations Canadiennes)
LE DERNIER RHINOCÉROS de Guillaume Harvey
Prix du Public AIR CANADA
KANAVAL de Henri Pardot

À l’année prochaine Cinemania !

Compétition courts-métrages Fifam 2023 : Ma famille est politique, Home, Infantaria

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Au cœur d’un festival commencé depuis cinq jours, il y a des séances dont les films doivent voyager en nous avant de complètement nous habiter. Habiter un lieu, y faire sens et communauté, c’est tout l’objet des courts-métrages (du programme 3) présentés au Fifam 2023. Ce mercredi 15 novembre, les réalisateurs Thibaut Tavernier (Collisions), Paloma Lopez (Home) et Côme Webembe Tuitcheu (Ma famille est politique) étaient présents pour échanger après la projection.

Collisions

Une plongée vertigineuse au cœur des pensées tumultueuses d’un enfant de 10 ans, dans un monde qui déraille.
Réalisation : Théo Carrere, Thibaut Tavernier
Durée : 20 min

Dans ce court métrage, les deux réalisateurs ne filment pas à hauteur d’enfant, mais bien à la place de l’enfant. Les images reçues sont ainsi teintées d’une inquiétude liée à une plongée, à dix ans, dans le monde adulte. Tout semble prêt, à tout instant, à entrer justement en collision. D’où ce magnifique plan circulaire autour d’un rond-point occupé par des gilets jaunes. Tout est dans ce plan : l’incompréhension de l’enfant face à ce qui se passe, l’impression de tourner en rond, ce jaune qui devient une couleur plus qu’une colère et l’enfant perché sur son tricycle dont la dégaine n’est pas sans rappeler Shining. Au cœur même de l’œuvre : des décors déshumanisés, vides, froids : une banlieue pavillonnaire, un stade de foot vide, une zone industrielle. Dans ce quotidien d’adultes qu’il observe, l’enfant résiste et tente encore, devant une machine à laver (encore un motif circulaire) de poursuivre son émerveillement de petit garçon, de jouer. Les ruptures de plans sont brutales comme pour signifier que tout est encore en construction dans l’esprit qui regarde, qui pense… Un foisonnement teinté d’une gravité sourde, comme en creux.

Ma famille est politique

Le rapport à la politique à travers les générations à l’échelle d’une famille d’immigrés en Seine-Saint-Denis.
Réalisation : Côme Webembe Tuitcheu
Durée : 16 min

Côme Webembe Tuitcheu est issu de l’école Kourtrajmé, et son film d’une commande d’Arte (au moment des dernières élections présidentielles) autour de la jeunesse et de la politique dans le 93. Le réalisateur a utilisé ce prétexte pour filmer sa famille et ses proches sur une journée. De sa voisine qui se lève à 4h, à sa mère qui travaille dans une école maternelle à ses frères et sœurs, Côme Webembe Tuitcheu joue les petites souris. Il prend plaisir à suivre sa famille, à les raconter, en voix off. Puis, il filme une réunion de famille, le soir-même, autour des questions de vote : les plus jeunes ne votant que forcés et les mères désirantes, ne pouvant voter elles-mêmes, que leurs enfants aient la possibilité de saisir cette chance. C’est au milieu du brouhaha et du chaos que naissent des paroles sur l’identité (on devient étranger dans son pays d’origine alors qu’on est aussi étranger dans le pays où l’on a migré) se dessine. Il faut bien tendre l’oreille et l’impression peut paraître brouillon, mais elle est aussi simplement touchante et spontanée.

Egúngún

De retour à Lagos pour l’enterrement de sa mère, une femme aperçoit la silhouette d’une ancienne passion.
Réalisation : Olive Nwosu
Durée : 15 min

Dans la foule de Lagos, une femme au crâne rasé (pour mieux sentir la fraîcheur dit-elle) se met soudainement, en plein milieu de l’enterrement de sa mère, à suivre une silhouette qui devient peu à peu une femme qu’on comprend familière, mais appartenant au passé. Ce jeu du chat et de la souris devient magnifique lorsque les deux femmes se retrouvent, s’effleurent pudiquement et laissent imaginer ce qui aurait pu advenir entre elles… Le film est tout en suggestions, en images fortes et qui questionnent (l’œil qui saigne du mari comme aveugle aux désirs réels de sa femme, la cérémonie étrange qui ouvre le film et bloque une femme qui se veut en mouvement) .

Infantaria

Joana veut ses règles. Dudu veut son père. Verbena, que personne n’a invitée, cache ce qu’elle veut.
Réalisation : Laís Santos Araújo
Durée : 24 min

Dans une maison aux couleurs diverses et éclatantes, Joana va fêter son anniversaire. Chacun dans la maison a pourtant bien autre chose en tête. Seule la mère semble tenir à cette fête où sa fille est déguisée en princesse. Dans ce huis clos étonnant où sont abordés l’avortement, les premières règles et l’absence d’un père, tout se joue dans un équilibre entre comédie et drame. Les personnages ne vont jamais là où on les attend dans ce conte moderne et stylisé. Le rapport au corps y prend une place prépondérante : le sang est d’abord suggéré par des vernis, des vêtements, ou par son absence, avant de jaillir dans la nuit. Les échanges entre les personnages ne sont que des éléments parcellaires qui ne disent jamais franchement la réalité de ce que traverse chacun des personnages. Pourtant, le message devient clair et d’autant plus impactant par ce procédé qui rend le film un peu fantasque. On croit ainsi que Verbena et la mère sont parties pour une soirée, sapées comme jamais, alors qu’elles se rendent à un rendez-vous clandestin qui prendra sens quelques instants plus tard.

Home

Une mystérieuse infestation tropicale se produit dans un appartement parisien.
Réalisation : Paloma Lopez
Durée : 20 min

Le film le plus passionnant de cette sélection de courts-métrages : Home raconte l’histoire d’une famille de Caracas qui débarque à Paris. Les meubles sont emballés dans du plastique et sont beaucoup trop nombreux pour tenir dans cet appartement qui, par rapport à l’ancien, est réduit de 200 mètres carrés. Une petite fantaisie a inspiré à la réalisatrice par une exposition artistique de son père : tous les meubles de la famille exposés ainsi emballés (pour raconter autant le départ que l’arrivée) et qui à la fin se retrouvent, sans aucun but, dans l’appartement familial. De cette histoire déjà fantaisiste, Paloma Lopez tire un récit qui tire vers le fantastique. Peu à peu des grenouilles, emblématiques de Caracas, viennent envahir tout l’appartement. Chaque membre de la famille est ainsi confronté à son exil. Dès sa scène d’ouverture, Paloma Lopez vient interroger le rapport à la langue, à la culture et au manque de ceux qui sont restés. Un huis clos aux allures de conte fantastique  où la réalité est transcendée par les traces du passé qui persistent. Pour faire écho au film de Côme Webembe Tuitcheu, il ne s’agit pas ici de simplement s’adapter, mais de faire sens dans une nouvelle avec ce qu’il reste en soi de sa culture d’origine.

« L’Alibi » : ailleurs, ou rien

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Les éditions Phileas publient l’anthologie L’Alibi, qui regroupe dix récits d’une grande pluralité graphique.

L’Alibi est une anthologie qui réunit rien de moins que Séverine Lambour, Hugues Labiano, Jimmy Beaulieu, Laurent Astier, Olivier Berlion, Benoît Blary, Richard Guérineau, Xavier Bétaucourt, Benoît Springer, Étienne Le Roux, Vincent Froissard, Laurent Galandon, Jack Manini, Jeanne Puchol et Thierry Robin. Tous ces illustrateurs et scénaristes tournent autour d’un même thème : l’alibi, qui disculpe un coupable, qui se marchande, qui mystifie ou qui confond, que l’on plaide ou que l’on tait.

L’album s’ouvre avec l’excellent « Alibi en rouge ». Ce qui ressemble au départ à une descente du KKK pour débusquer un « noiraud » est en fait une relecture tragico-romantique du conte Le Petit Chaperon rouge. Avec une ironie mordante, Thelma Redhood, une oie blanche, va exercer une vengeance posthume sur ceux qui l’ont injustement privée de l’amour de sa vie. Une même ironie préside au récit de « Mon cadavre pour alibi » et de « L’œil était dans la tombe ». Le premier raconte l’histoire de deux jumeaux, dont l’un, le bien nommé « Nobody », n’a aucune existence légale, avec tous les jeux de duplicité que cela peut occasionner, entre intrigues familiale, mafieuse et professionnelle… Le second se penche sur le jugement final d’un faux bienfaiteur de l’humanité.

Les bonnes surprises affluent en cours de lecture. « S.O.S Alibi » a quelque chose de décapant : un mari trompe sa femme et recourt aux services d’une agence spécialisée pour lui mentir… sauf que cette dernière fait exactement pareil ! « Contre tout alibi » radiographie un couple hautement dysfonctionnel : Simone et Serge se détestent tout sauf cordialement, au point de se coller des petits mots affectueux sur le réfrigérateur : « Cette nuit, j’ai rêvé que tu te noyais dans ta poche de pisse. J’ai joui ! » Non contente d’exaspérer son mari, Simone le fera jusqu’au bout… et même au-delà !

Les textes d’Anaïs Bon viennent compléter utilement – et cyniquement – ces petites bulles fictionnelles, tantôt classiques sur la forme, d’autres fois plus proches de l’exercice de style, ou plus affirmées sur le plan stylistique. Avec « Salut, je dois partir » ou « Champion » , on touche à l’absurde. Avec « Troubles de voisinage », le lecteur fait face à un personnage mi-attachant mi-révulsant, puisqu’un vieillard sénile, insoupçonnable, se rend coupable d’un meurtre dont il ne se souvient probablement pas.

Cette anthologie cuisinant l’alibi à toutes les sauces est plurielle dans son art mais plutôt cohérente dans la tonalité adoptée et la qualité des récits proposés. Et si alibi il y a, c’est que l’homme – ou la femme ! – doit se protéger d’une chose qui a, disons, dérapé. Forcément, cela amène les auteurs à sonder la nature humaine dans ce qu’elle peut montrer de plus pathétique et tragique. C’est un peu l’argument qui sous-tend tout l’album : que peut-on faire valoir quand on est mis en face de nos responsabilités, de nos lâchetés, de nos crimes ? Quoi qu’il en soit, après le succès du premier recueil (Le Crime parfait), les éditions Philéas parviennent une nouvelle fois à faire mouche.

L’Alibi, collectif
Phileas, novembre 2023, 120 pages

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« Résidence Saha » : marginalisation

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Le roman Résidence Saha, de Cho Nam-joo, publié aux éditions Robert Laffont, offre une exploration dystopique d’une société hyper-capitaliste, articulée autour d’une entreprise-État. Les disparités criantes et le destin tragique de ses personnages l’inscrivent aux côtés des modèles du genre.

L’écrivaine sud-coréenne Cho Nam-joo présente Résidence Saha comme un écho distordu de notre société, où les strates sociales, ici définitivement fixées, déterminent l’existence même des individus. Town, ville-cadre, possède ses citoyens privilégiés, les Habitants, ses résidents précaires de classe inférieure, les L2, mais aussi les indésirables Sahas, équivalents des intouchables, relégués dans un bidonville moderne. L’immeuble que ces derniers ont investi est ainsi caractérisé par une séparation matérielle et symbolique profonde. Privés de statut comme de perspective, les Sahas vivotent plus qu’ils ne vivent, subissent plus qu’ils n’agissent et ce, au nom de principes arbitraires décrétés par un Conseil de Premiers ministres aussi opaque que dictatorial. Impuissants, ils ont appris à faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Car si les personnages de Cho Nam-joo, présentés successivement de manière chorale, constituent à n’en pas douter des incarnations de la souffrance sociale – ils sont étouffés par la précarité –, ils semblent s’accommoder, vaille que vaille, de ce quotidien douloureux. Les Sahas connaissent en effet des conditions de vie misérables : sans eau ni électricité, si ce n’est celle fournie par intermittence par quelques panneaux solaires, ils ne peuvent se chauffer ou allumer des appareils électriques. Ils doivent recueillir l’eau utilisée pour la cuisine ou l’hygiène via un robinet commun. Ils n’ont pas accès à l’emploi ou aux soins de santé. Ce sont des déshérités, des fantômes dont on fait peu de cas, sauf si une enquête criminelle les concerne de près ou de loin…

C’est précisément le cas ici. Jingyeong et son frère Dogyeong habitent la résidence Saha. Ce dernier disparaît soudainement après que sa compagne est retrouvée morte dans une voiture. Cet événement, et l’enquête qui s’ensuit, est un fil rouge dans le récit de Cho Nam-joo, bien que la romancière privilégie les descriptions de la stratification sociale de Town et de son fonctionnement général. La topographie des lieux est également portée à la connaissance du lecteur : un bureau de conciergerie, un jardin potager, des aires de stationnement, le robinet public, les étages aux appartements vides… L’organisation politique de cette entreprise-État et la façon dont elle conditionne les individus, en leur déniant parfois toute identité, prend largement le pas sur une affaire criminelle vite cantonnée à l’arrière-plan.

La disparition de Soue sert néanmoins à expliciter les mesures sanitaires en vigueur. Pédiatre, la compagne de Dogyeong a récemment été renvoyée de son travail pour avoir pris en charge des enfants de Saha, en contradiction avec les règles établies. Elle sombre dans un désespoir qui la pousse au suicide. Toute l’inhumanité de Résidence Saha est là, dans l’appréhension publique de l’enfance et ses conséquences désastreuses. Les portraits des uns et des autres ne feront qu’accentuer cette impression générale de désenchantement dystopique. Cho Nam-joo dévoile souvent les dessous de Town par le truchement des femmes. Elle porte un regard tendre et compassionnel sur elles, mises à l’épreuve par un système qui les enserre et les rejette.

On retrouve également, dans le roman, une épidémie qui n’est pas sans rappeler celle de la Covid-19, une bureaucratie oppressive et tentaculaire, une critique de l’exploitation économique des populations vulnérabilisées, des situations mi-orwelliennes mi-kafkaïennes. Cho Nam-joo pousse certains traits constitutifs de nos sociétés à leur paroxysme : les travailleurs migrants persécutés, l’impuissance des individus précarisés, la hiérarchisation sociale… Et si Résidence Saha se garde bien de tout expliquer – et même de boucler tous ses arcs –, il parvient néanmoins à dresser un plan d’ensemble saisissant. Avec un peu plus de souffle romanesque et des personnages mieux caractérisés, il aurait eu sa place parmi les grandes contre-utopies modernes.

Résidence Saha, Cho Nam-joo
Robert Laffont, octobre 2023, 274 pages

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« Boule et Bill » de retour pour une troisième intégrale

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La bande dessinée Boule et Bill est un classique de la littérature francophone pour enfants. Créée par Jean Roba, cette série met en scène les aventures quotidiennes et humoristiques de Boule, un jeune garçon, et de son chien Bill. Les éditions Dupuis proposent une troisième intégrale reprenant les gags des tomes 9 à 11, parus entre 1967 et 1969.

Ce volume de 264 pages s’enrichit d’illustrations humoristiques en couleur, de planches publicitaires inédites et il comprend une quinzaine de chroniques de L’Avis de chien de Bill, ainsi que deux contes publiés dans la collection du « Carrousel ». Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, un travail de contextualisation nous replonge au cœur de la maison Dupuis des années 1960. L’éditeur de Marcinelle voit alors sa rédaction se diviser après une campagne publicitaire mettant à l’honneur l’armée belge. L’heure n’est plus vraiment aux conservatismes dans le microcosme de la bande dessinée. La revue Pilote a par exemple vu sa rédaction se dresser contre René Goscinny. Chez Dupuis, c’est Yvan Delporte, rédacteur en chef du magazine Spirou depuis 1956, qui prend des libertés avec les canons de la maison. Ces événements qui ont opposé certains auteurs à leur direction et à la régie publicitaire, mais aussi la manière dont le commentaire critique a discrètement infusé dans Spirou, forme l’essentiel de la première partie de cette troisième intégrale, qui comporte plusieurs documents inédits.

Le lecteur découvre ensuite les planches tant attendues, qui datent de la fin des années 1960, mais aussi des chroniques adoptant le point de vue de Bill et deux contes engageants. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Boule et Bill repose sur une succession de gags prenant place dans des histoires n’excédant que très rarement la planche. La relation entre Boule, un petit garçon plein d’énergie, et Bill, son cocker malicieux, leur complicité à toute épreuve, forme le cœur battant de la série et est dépeinte avec humour et tendresse, offrant des scènes drôles et parfois touchantes. Jean Roba utilise le cadre de la vie familiale pour explorer des thèmes universels tels que l’amour, les facéties et les petits tracas du quotidien. Les personnages secondaires, au premier rang desquels se trouvent les parents de Boule, jouent un rôle crucial dans la narration, apportant leur propre dynamique à l’histoire. L’humour, de situation, de caractère ou de répétition, sert en seconde intention à transmettre des messages sur l’amitié et la famille.

Très accessible, avec un style de dessin simple et expressif, Boule et Bill s’emploie à porter sur ses planches des thèmes universels et intemporels, qui permettent à la bande dessinée de traverser les générations et de conserver une certaine résonance à l’heure actuelle. Si l’on s’amusera de l’idylle entre un cocker et une tortue insomniaque, on se retrouvera forcément, pour partie, dans les nombreuses aventures vécues par les deux protagonistes qui donnent leur nom à cette série : les impératifs du temps dictés par une horloge, les jeux domestiques (qui finissent parfois… sur une piste de décollage aéroportuaire !), les moments de détente en vacances ou les activités familiales quotidiennes. Bill, la véritable star de Jean Roba, pleure au cinéma devant des comédiens canins, se fait passer pour un requin en pleine mer, suit la piste d’os en plastique, rapporte le journal à son propriétaire ou subit un nettoyage forcé en raison de ses puces… Son caractère facétieux s’exprime parfaitement dans Boule et Bill en pique-nique, où il provoque des incidents en cascade.

On le retrouvera ailleurs suscitant l’admiration d’un taxidermiste, commentant la place de la voiture dans nos sociétés ou contrevenant aux attentes lorsque le père de Boule reçoit son patron afin de solliciter une augmentation de salaire. Ce dernier point, issu d’un « avis » et non d’une planche dessinée, est symptomatique de toutes ces situations où le tempérament spontané et primaire de Bill a des répercussions immédiates – et souvent drôles – sur ses propriétaires. Bill est en quelque sorte l’extension tapageuse de l’innocence de Boule. Il entraîne quiproquos, catastrophes, situations incommodes… Mais il n’en demeure pas moins indissociable d’une famille qui l’accueille et l’aime comme l’un de ses membres à part entière. Il est toujours plaisant de renouer avec cet univers, souvent abandonné après l’enfance, et de se replonger dans les gags d’un tandem aussi attachant qu’efficace.

Boule et Bill, l’intégrale (tome 3), Jean Roba
Dupuis, novembre 2023, 264 pages

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Fifam 2023 : Le Sommeil d’or de Davy Chou

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Le Sommeil d’or est le premier film réalisé par Davy Chou, venu le présenter le mardi 14 novembre au Fifam. Le documentaire tente de faire revivre un cinéma disparu : celui des années 60 au Cambodge, juste avant le massacre opéré par les Khmers rouges, au pouvoir au Cambodge de 1975 à 1979. Ils mettent fin à un cinéma florissant, et aux rêves des acteurs, réalisateurs, producteurs et spectateurs qui trouvaient dans le cinéma une manière de s’exprimer, et de s’évader. Un film hommage rempli de cinéma, de récits et de trouvailles.

Davy Chou au Fifam 2023, photo de Chloé Margueritte

Le premier plan du film est un travelling monté à l’envers (les voitures semblent reculer) avec, en voix off, la discussion de deux personnages qui cherchent à faire revivre un film vu dans les années 60. Son existence semble parcellaire, fantomatique dans l’esprit des voix. Le Sommeil d’or est une tentative de réveiller un cinéma disparu, dont il ne reste aucune image ou presque. Pourtant, lorsque Davy Chou découvre l’existence d’un grand-père producteur de cinéma dans les années 60 au Cambodge, il se demande si son désir de cinéma vient de là. Davy Chou n’est pas né au Cambodge, il décide donc de s’y rendre pour retrouver les films perdus. Or, il cherche dans le vide, puisque la plupart de ces images n’existent plus. Loin de se décourager, Davy Chou invente du cinéma partout où il traîne sa caméra.

Il cherche d’abord des témoignages et recueille les souvenirs des films pour les faire renaître dans l’esprit des spectateurs d’hier et d’aujourd’hui. Comme un fil invisible que l’oralité permet de tendre pour retrouver un monde oublié. Davy Chou s’intéresse également au son. Il reste quelques extraits sonores des films, mais surtout des musiques, parfois plus célèbres que les films eux-mêmes. Ces musiques existent toujours. Enfin, Davy Chou retourne dans les lieux qui ont autrefois abrité des studios ou des cinémas. Des décors aujourd’hui décrépis qui n’ont plus rien de salles de projection, puisque soit à l’abandon, soit réinvestis pour des habitations de fortune (qui sont là depuis 1979 pourtant).

Davy Chou convoque alors des fantômes en filmant des détails, des lieux avec une caméra qui longe la ville, les bâtiments dans un esprit contemplatif. Cet esprit est aussi celui d’un chercheur de cinéma, d’un créateur d’images. Partout où il passe, Davy Chou fait cinéma. Il cherche dans des ouvertures, des pans de mur, une lumière qui traverse un décor en ruine, à recréer la forme de l’écran, du cadre de la caméra. Les discours sur ce monde disparu sont de plus en plus poignants. Ce que raconte Davy Chou, c’est aussi et surtout une déchirure, un exil, une mort annoncée. Pourtant, les cinémas ont longtemps résisté à la guerre civile en restant ouverts et très fréquentés.

Quand enfin quelques images apparaissent sur un mur en briques, leur force est d’autant plus puissante qu’elle fait écho à tous les récits entendus, aux images imaginaires. Davy Chou filme un monde disparu dans un Cambodge souvent comme figé dans le temps, les lieux sont parfois insalubres, vides… Pourtant, et malgré cette volonté du premier plan de tout inverser, les images ne reviendront pas. Heureusement, Le Sommeil d’or est un travail de mémoire, de renaissance tout à fait singulier et au final bouleversant.

Davu Chou est présent durant le Fifam pour le programme « anti-archive ». Producteur au Cambodge, il accompagne de nombreux films qui seront proposés au public (en plus d’une rétrospective de ses propres réalisations). Davy Chou fait donc bien du cinéma au présent, il expliquait d’ailleurs lors de la rencontre, que parmi ses références inconscientes (mais citées par des critiques de cinéma), il y avait de nombreux réalisateurs contemporains (comme Apichatpong Weerasethakul) : « il fallait certainement ces références aux réalisateurs du cinéma asiatique moderne pour combler le trou de l’absence d’images des années 60 ». Une façon de réveiller le cinéma, d’aller de l’avant.

Bande-annonce : Le sommeil d’or

Fiche technique : Le sommeil d’or

Synopsis : Le cinéma cambodgien, né en 1960, a vu son irrésistible ascension stoppée brutalement en 1975 par l’arrivée au pouvoir des Khmers Rouges. La plupart des films ont disparu, les acteurs ont été tués et les salles de cinéma transformées en restaurants ou karaokés. Le sommeil d’or filme la parole de quelques survivants et tente de réveiller l’esprit de ce cinéma oublié.

Réalisation : Davy Chou
1h 40min / Documentaire
Avec : Dy Saveth, Ly Bun Yim, Yvon Hem

Cinemania 2023 : Hors saison – La saison de la dépression et de l’ennui

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On ne pourra reprocher à l’immense Stéphane Brizé, spécialiste hexagonal du cinéma social sur le monde du travail, de vouloir tenter autre chose. C’est une gageure et il l’avait déjà fait à ses débuts. Il choisit donc d’écrire et de réaliser une comédie romantique à connotation balnéaire (c’est lui qui le dit dans sa note d’intention). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une réussite. En effet, Hors saison est triste et terne comme jamais et nous donnerait presque des envies dépressives à la sortie de la salle. Ce n’est que très rarement drôle, pas plus que romantique, et même si on le prend comme un drame, c’est particulièrement ennuyant et long. La sinistrose ambiante qui s’en dégage fout le cafard. Stéphane, retourne donc faire des films sur le travail !

Synopsis : Mathieu habite Paris, Alice vit dans une petite cité balnéaire dans l’ouest de la France. Il caresse la cinquantaine, c’est un acteur connu. Elle a dépassé la quarantaine, elle est professeure de piano. Ils se sont aimés il y a une quinzaine d’années. Puis séparés. Depuis, le temps est passé, chacun a suivi sa route et les plaies se sont refermées peu à peu. Quand Mathieu vient diluer sa mélancolie dans les bains à remous d’une thalasso, il retrouve Alice par hasard.

On peut aisément comprendre qu’un auteur veuille changer de braquet après avoir fait le tour d’un genre ou de certains sujets. Stéphane Brizé, qui était un peu en train de devenir notre Ken Loach national, a donc décidé de laisser les méandres du monde du travail de côté (pour le moment). Lui qui nous avait gratifié de grandes œuvres engagées et éminemment sociales sur le travail et les dérives du capitalisme moderne, avec la trilogie inégale mais complémentaire En guerre, La loi du marché et Un autre monde, revient vers un cinéma plus romanesque, mais toujours autant ancré dans le réel. Malheureusement, c’est plutôt raté, surtout s’il voyait son nouveau film comme une comédie romantique.

Soyons clairs, Hors saison n’est que très rarement drôle et encore le peu de fois où le film nous fait esquisser un timide sourire, c’est un humour à froid, à la scandinave, qui ne fera pas forcément rire le grand public. Ces touches censées être humoristiques ne sont que de petites pastilles parsemées de-ci de-là sporadiquement. Quant à l’aspect romantisme, il est plutôt triste. Brizé investit davantage le terrain de la mélancolie et de la chronique dépressive. Ce qui n’est pas un mal, mais d’attribuer le terme de comédie romantique à son nouveau film est quelque peu étrange et inadéquat. Cette histoire de deux anciens amants qui vont se retrouver par hasard dans un centre balnéaire de luxe manque d’étincelles et de lumières. Mais, déjà, pour que cette partie de l’histoire débute il faut presque attendre une heure de film…

Le versant le plus réussi (ou le moins raté) est celui concernant le métier du personnage principal incarné par Guillaume Canet. Il semble presque jouer son propre rôle déguisé en version dépressive (encore une fois) puisqu’il incarne un acteur très renommé qui broie du noir, angoisse et culpabilise suite à son départ précipité d’une pièce de théâtre. Canet joue la star en plein spleen et crise existentielle (un rôle voisin de celui de Le grand bain, en version star) et cela donne un léger effet miroir suite à la catastrophe du dernier Astérix. Comme si ce rôle venait à point juste après, rendant la coïncidence étonnante.

En revanche, quand on voit la réussite de Guillaume Nicloux qui mettait également deux personnalités dans un centre balnéaire dans le génialement cynique et méchant Thalasso (il s’agissait de Gérard Depardieu et Michel Houellebecq qui jouaient vraiment leur propre rôle), « Hors saison » en est à mille lieues. Au moins, on se marrait bien si on goûtait à ce type d’humour. Ici, on sourit une ou deux fois. Mais les scènes les plus réussies concernent tout de même celles où le personnage de Canet parle de cinéma. Au détour de moments avec des figurants (les plus amusantes) ou avec sa femme jouée – vocalement seulement – par Marie Drucker qui a écrit le scénario avec Brizé et qui jouait dans Un autre monde.

Le long-métrage s’étire inutilement dans son entièreté, tout comme dans la plupart des séquences prises à part. On trouve le temps long, très long : clairement, on s’ennuie. C’est (volontairement ?) triste et austère, probablement pour coller avec l’état d’esprit de Mathieu. Cette sinistrose ambiante dans l’image et ce qui se déroule donnent le bourdon. On sort de la séance avec un sentiment dépressif (et oui, encore) et désagréable. Ce côté terne des paysages, aseptisé des décors et triste des sentiments fout vraiment le cafard.

En ce qui concerne cette redite d’histoire d’amour passée, on a en plus du mal à y croire. On ne peut pas dire que l’alchimie entre Canet et l’italienne Alba Rohrwacher saute aux yeux même si leurs prestations sont tout à fait correctes. Heureusement, une éclaircie vient illuminer ce triste tableau cinématographique : en plein milieu de film, une vidéo d’interview d’une septuagénaire lesbienne et amie du personnage féminin qui se confie sur sa vie et sa sexualité. Un moment émouvant, perpétué dans le film par la fête de mariage de la concernée. Un beau moment qui dénote du reste, mais qui fait du bien. Car Hors saison est vraiment peu agréable. Et on en serait presque étonné vu la réussite de « Quelques heures de printemps », dernière incursion de Brizé dans le mélodrame qui nous avait quant à lui bouleversé.

Fiche technique : Hors saison

Réalisation : Stéphane Brizé.
Scénario : Stéphane Brizé et Marie Drucker.
Production : Gaumont Productions.
Pays de production : France.
Distribution France : Gaumont Distribution.
Durée : 1h56.
Genre : Drame – Romatisme.
Date de sortie : 20 mars 2024.

Gueules noires : mauvaise pioche

Le huis clos est un exercice qui consomme beaucoup d’oxygène, du fait de l’espace réduit et d’une tension qui va crescendo. Mathieu Turi connait son affaire grâce à ses précédentes expériences. Si elles ne sont pas toujours concluantes, elles révèlent néanmoins une capacité à mélanger les genres. Gueules noires ne fait pas exception et nous invite à entrer dans un labyrinthe de calcaire horrifique, pour le meilleur et pour le pire.

Synopsis : 1956, dans le nord de la France. Une bande de mineurs de fond se voit obligée de conduire un professeur faire des prélèvements à mille mètres sous terre. Après un éboulement qui les empêche de remonter, ils découvrent une crypte d’un autre temps, et réveillent sans le savoir quelque chose qui aurait dû rester endormi…

Un monde de traquenards

Mathieu Turi s’est rapidement imposé comme assistant-réalisateur chez de grands cadors du cinéma hollywoodien (Quentin Tarantino, Stephen Sommers, Clint Eastwood, Guy Ritchie). Et depuis 2011, il s’est lancé dans la réalisation, avec un goût prononcé pour des traquenards claustrophobiques. Cela a donné lieu à deux courts-métrages remarqués et remarquables. Le premier, Sons of Chaos, est une science-fiction qui travaille la tension avec une bonne dose d’effets pratiques. Le second, Broken, est certainement le plus abouti en matière de dramaturgie. Deux locataires d’un immeuble se trouvent piégés dans un ascenseur. À bout de souffle et sans avoir le bon vocabulaire pour communiquer, une complicité finit par se créer entre ces deux êtres solitaires.

Il n’est donc pas étonnant de voir le cinéaste partir sur cette base lorsqu’il réalise Hostile, sorti en 2017. Le monde post-apocalyptique en toile de fond cache en réalité une histoire de rédemption et d’amour. La narration en flashbacks en fait également une œuvre originale et risquée. C’est ainsi que sa carrière est lancée, au rythme des défis qu’il s’impose, tout en gardant le cinéma américain des années 80 comme référence. Quatre ans plus tard, Méandre voit le jour, contrairement à son héroïne piégée dans des boyaux métalliques avec tout un tas d’obstacles à franchir. Turi emprunte les codes des jeux vidéo afin de bâtir un rollercoaster ludique et onirique. Encore une fois, c’est osé, mais ça paye malgré des imperfections.

Sept pieds sous terre

Direction le Nord-Pas-de-Calais, précisément sur le site minier d’Arenberg Creative Mine à Wallers et au musée de la mine de Bruay-la-Buissière. Ce dernier lieu a également été fréquenté par Claude Berri lorsqu’il a mis en scène Germinal. Étant donné que l’univers prend place aux côtés des mineurs des années 50, autant jouer le jeu à fond et la première partie est résolument une bonne reconstitution de leur environnement souterrain. Surnommés les « gueules noires » après avoir été marqués au charbon à chaque remontée, les mineurs sont finalement peu représentés au cinéma, hormis dans des films catastrophes notoires comme Les 33 de Patricia Riggen et dans des westerns, où les protagonistes se lancent dans une ruée vers l’or.

Il s’agit avant tout de brosser le portrait d’un prolétariat autour de ce métier à risque, qui a rapidement trouvé de la main d’œuvre dans les pays frontaliers, puis sur le continent africain. Cette petite note historique permet ainsi à l’intrigue de partir sur de bonnes fondations, avant de travailler la synergie d’un groupe hétéroclite, complémentaire dans les compétences, mais loin de former une famille soudée, malgré un prologue où on les découvre en train de chanter à l’unisson.

On prend sa pioche, ses petites dynamites, son casque et on n’oublie surtout pas sa lampe torche. Il est temps de dompter la roche grâce au savoir-faire de Roland (Samuel Le Bihan), patriarche d’une expédition isolée, aux côtés d’un professeur un peu trop curieux (Jean-Hugues Anglade) et le mystérieux grimoire qu’il ne lâche pas des mains. Sans perdre de vue le virage horrifique qui nous attend, Turi en profite pour intégrer un récit d’aventure, à la manière d’Indiana Jones et la Dernière Croisade. Une écriture runique à déchiffrer et une ancienne crypte à identifier… tous les éléments sont alors en place pour préparer cette fameuse bascule qui attend le contingent de sept mercenaires, une véritable descente aux enfers.

Les cavernes hallucinées

Et pour cause, une influence lovecraftienne traverse le récit, ce qui ne peut que décupler nos attentes autour de cette expédition. Malheureusement, les sensations espérées ne sont pas au rendez-vous. Après quelques amuse-bouches bien senties au moment de la révélation de la menace, la caméra de Turi ne parvient que très rarement à exploiter le hors-champ. Et c’est d’autant plus frustrant quand on identifie des références à Alien, le huitième passager et Predator. On finit par perdre de vue l’empathie envers le vilain petit canard de la bande, Amir (Amir El Kacem), fraîchement débarqué du Maroc. Il est un gringalet que l’on a envie de suivre jusqu’au bout, car il est bien le seul à respirer l’humanité, même dans les moments de crise. Les autres membres du groupe ont une fonction archétypale, tout au plus. Pas de quoi voler la vedette aux intrépides spéléologues de The Descent.

Fort heureusement, toutes les ambitions du film ne sont pas perdues. Le chef opérateur Alain Duplantier trouve un magnifique équilibre entre les petites torches des personnages et l’obscurité qui semble tout pouvoir engloutir. Le travail de fond sur l’esthétique est de qualité, sachant que les décors sont bien en dur. Mais cela ne saurait contrebalancer le fait que Mathieu Turi n’a pas encore fini de digérer ses inspirations, auxquelles on peut rajouter John Carpenter. Peut-être bien qu’il aurait fallu creuser un peu plus autour du film catastrophe, au lieu de conclure sur un coup de grisou qui nous oblige encore à patienter jusqu’à la prochaine tentative du réalisateur.

Quand bien même Mathieu Turi ne montre pas son meilleur jour avec Gueules noires, il démontre encore une fois sa rigueur pour créer un environnement unique. Manque encore une véritable profondeur horrifique à son cinéma, plutôt qu’un effroi de surface.

Bande-annonce : Gueules Noires

Fiche technique : Gueules Noires

Réalisation et Scénario : Mathieu Turi
Directeur de la photographie : Alain Duplantier
Directeur de production : Philippe Godefroy
1er Assistant Réalisation : Mickaël Cohen
Musique originale : Olivier Derivière
Montage : Joël Jacovella
Son : Alexandre Andrillon
Décors : Marc Thiébault
Costumes : Agnès Noden
Designer Mok’Noroth : Keisuke Yoneyama
Producteurs : Thomas Lubeau, Eric Gendarme
Production : Fulltime Studio, Marcel Films
Pays de production : France
Distribution France : Alba Films
Durée : 1h43
Genre : Aventure, Fantastique
Date de sortie : 15 novembre 2023

Gueules noires : mauvaise pioche
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2.5

Cinemania 2023 : Interview portrait de la cinéaste Catherine Corsini

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Catherine Corsini est peut-être l’une des réalisatrices en activité les plus prolifiques et âgées du cinéma français, comme elle aime à le rappeler. Elle vient présenter son dernier film Le Retour au festival de films francophones Cinemania. C’est sa troisième venue à Montréal pour cet événement après avoir présenté La Répétition il y a plus de vingt ans, puis après avoir eu l’honneur d’être membre du jury il y a deux ans, tout en présentant La Fracture. On a eu le plaisir de l’interviewer. Portrait…

Entre présentation du film au public et séance de questions-réponses…

Elle a assisté à la présentation de son film au magnifique cinéma Impérial et répondu aux spectateurs dans la foulée. Nous l’avons rencontré le lendemain dans les salons du Sofitel Carré d’or pour un entretien d’une trentaine de minutes où, loquace et inspirée, elle s’est dévoilée sur sa carrière, la place des femmes au cinéma, mais aussi sur la polémique cannoise de cette année qui l’a visiblement beaucoup touchée et déçue.

Lors de la présentation de Le Retour, la salle était étrangement à moitié vide, ce qui tranche avec celle comble de La Fracture il y a deux ans, une période pourtant encore bien impactée par les mesures Covid extrêmes, voire excessives ayant cours au Québec. Elle n’a pas semblé s’en formaliser et nous a présenté le film avec beaucoup d’aplomb. Et raconte qu’elle est contente d’être présente dans cette salle mythique de la culture montréalaise contrairement à 2021, où le cinéma avait subi l’effondrement d’une partie du plafond conduisant à la fermeture du lieu et le report des projections dans d’autres salles.

Elle parle de Le Retour comme d’une envie, comme ses personnages, de retrouver ses racines. Catherine Corsini raconte qu’elle est née en Corse d’un père corse, là où se déroule le film et qu’elle a tourné dans des lieux où sa famille a vécu, comme la maison de sa grand-mère qu’on voit dans le film. Une expérience forcément singulière pour elle. « C’était étrange, j’ai dormi dans le lit de ma grand-mère, dans une maison supposément hantée… » s’amuse-t-elle.

Les lumières s’éteignent et on visionne Le Retour. Pas forcément son film le plus mémorable, il peut être vu comme une œuvre mineure dans sa filmographie. D’ailleurs, à la lecture du résumé, on est étonné de voir qu’elle a choisi un tel sujet. On comprend mieux ce qui l’a intéressé dans cette histoire lorsqu’on a vu le long-métrage. Un beau récit d’apprentissage qui peut se voir autant comme une chronique adolescente et estivale qu’une œuvre sur les différences sociales et la découverte des origines. Mais ce retour, c’est autant celui de ses héroïnes que le sien.

À la fin de la projection, elle nous explique également son envie de retravailler avec Aïssatou Diallo Sagna qu’elle avait révélée dans La Fracture. Cette infirmière dans la vraie vie, elle l’avait rencontrée à l’hôpital lors d’un accident. Un moment de vie qui lui a inspiré aussi le script de La Fracture. Son actrice non professionnelle a ensuite reçu le César du meilleur espoir féminin et elle se refusait à ce que leur collaboration s’arrête là. « Je ne voulais pas la laisser tomber après cette consécration, ce n’est pas mon genre. » précise-t-elle. Corsini tenait à tenir sa promesse et lui a donc offert un nouveau rôle dans Le Retour.

La cinéaste nous parle également de sa compagne, de sa sexualité et de son appétence pour les films de femmes. Le lendemain de la projection, c’est nous qui essuyons les plâtres et la rencontrons en premier. Assise devant la fenêtre, elle apparaît un peu froide au début. Puis, lorsque les questions débutent, elle se livre sans fard sur son film, ses envies et cette fameuse polémique cannoise. En effet, Le Retour a été sélectionné en compétition officielle puis retiré quinze jours après suite à des accusations anonymes de mauvais comportements sur le plateau de la part de la réalisatrice ainsi que d’une scène de sexe non déclarée, impliquant des mineurs. Pour être ensuite remis dans la sélection en catimini. Drôle d’affaire…

Et entretien en tête-à-tête…

On lui demande si elle est contente de retrouver Montréal et Cinemania. Ce qu’elle confirme est notamment la rencontre qu’elle a eu avec le directeur du festival, Guilhem Caillard. Une personne qui a insisté pour qu’elle préside donc le Jury il y a deux ans. Ce fut une expérience très agréable pour elle, notamment par le fait qu’elle ait dans son jury deux artistes québécoises qu’elle a adorées et découvertes dans les films de Xavier Dolan : Monia Chokri et Suzanne Clément. « En plus d’avoir des femmes que j’admirais et du cru à mes côtés, les trois quarts des films que j’ai pu voir étaient excellents. » s’enflamme-t-elle.

Elle parle aussi de son coup de cœur pour la ville de Montréal, où elle a fait une balade nocturne sur le Mont Royal qui l’a marquée à vie au point de dire à Guilhem Caillard de la conseiller à tous ses hôtes. Se livre ensuite sur une tournée des boîtes de nuit de la ville qui l’avait impressionnée, de l’époque où elle était venue faire le mixage de La Répétition de nuit durant trois semaines pour profiter de la ville le jour. Ou encore, de manière plus intime, de ses deux ex venues s’installer à Montréal. Dont l’une pour vivre son homosexualité au jour le jour, prouvant l’ouverture d’esprit d’une ville très inclusive.

L’entretien se recentre ensuite sur Le Retour où l’on s’intéresse à ce qu’elle a ressenti en retournant sur cette terre qui signifie beaucoup pour elle. Catherine nous livre qu’elle a vécu ce tournage aussi bien comme une libération que comme un enfermement. La maison de sa grand-mère, la famille de son père, une mère qui s’en est enfuie, des traumas passés… Mais aussi qu’elle faisait un discret hommage à un père amoureux de cinéma et de théâtre, et dont la disparition l’a beaucoup marqué. « Tout cela a façonné aussi mon envie de septième art, il y a eu beaucoup de signes qui ont concouru à ce que je me retrouve dans ce milieu », comme elle aime à la dire. « Il n’y a pas de hasard, il y a même comme une espèce d’ironie qui me lie à mon père et sa terre natale ! ». Un tournage donc bien plus émotionnel qu’à l’accoutumée pour elle.

Elle prend une petite pause, regarde dans le vide. « Un film, finalement, il se révèle en le faisant. Et même encore après quand on le revoit, il y a le récit objectif et le récit méta… ». Et quand on lui fait remarquer que son film est autant l’histoire d’un retour aux racines qui parle en filigrane de différences sociales qu’un récit d’apprentissage en mode chronique estivale, elle acquiesce. Notamment par les histoires d’amour vécues par les filles et leur mère. « C’est un faux film d’été, celui où tout sera différent », comme elle le précise.

Quand on lui précise aussi que rarement les fêtes technos s’avèrent bien retranscrites et dans le vrai dans les films actuels, la réalisatrice dévoile encore son appétence pour la fête et nous gratifie de quelques anecdotes. Comme celle d’un jeune garçon deejay à Cannes qui est venu la féliciter pour le réalisme de la soirée techno en fin de film, en l’abordant sur une terrasse. Ou le fait que sa co-scénariste pour le film soit une deejay connue du milieu underground techno (les soirées Possession). Et qu’en passant elle adore le milieu de la nuit comme on l’avait soupçonné plus haut. Et ces moments qui sont propres à ce contexte, entre drogues, flottement, lâcher prise et mouvement des corps. Ces moments si significatifs, notamment à l’adolescence où on joue à se faire peur et où teste ses limites.

On est étonné de voir que, pour la première fois, Catherine Corsini ne travaille pas avec des acteurs très connus hormis Ledoyen et Podalydès dans des seconds rôles. Elle répond que c’est une volonté. Qu’à l’âge qu’elle a, après tout ce qu’elle avait déjà fait, elle préférait donner leur chance à de nouveaux visages, des actrices inconnues. Un risque voulu et calculé donc. « J’en avais marre de tout le temps voir les mêmes têtes et les mêmes stéréotypes. La société française est faite de mixité et c’est du coup dommage. Les gens veulent être rassurés et préfèrent aller voir untel ou untel qui est déjà connu, c’est malheureusement un fait… » précise-t-elle. Plus étonnant, elle dit qu’en Roumanie – où il y a peu d’immigration de personnes noires – ou au Japon, le film ne les intéresse pas… « C’est violent » ajoute-t-elle. « Je savais que le film n’allait pas faire un million d’entrées, surtout un petit film intimiste comme celui-là. Mais je ne m’attendais pas ça. Clairement. Je le sais maintenant, je l’ai compris, on n’est loin d’être dans une société aussi ouverte qu’elle veut bien le faire croire… ». Elle pointe donc le problème de l’intégration des gens racisés en France… Même au cinéma.

Et c’est à ce moment précis qu’elle nous confie que ce fut compliqué pour Le Retour et qu’elle nous parle plus en détail de la kabbale qu’a subie le film. En effet, elle revient sur cette polémique qui a, selon elle, abîmé le film et ses actrices. Elle pointe du doigt misogynie, racisme et homophobie dans ces dénonciations anonymes de mauvais comportements sur le tournage. Et le fait qu’une scène sexuelle avec mineur n’a pas été déclarée n’a clairement pas arrangé les choses même si, lors de celle-ci, on ne voit rien et personne n’est nu. Elle espère que l’avenir mettra d’ailleurs les choses – et la vérité – en lumière.

On parle ensuite de comment le film a été reçu et accueilli par le public au niveau des entrées. La réalisatrice est dans une constante entre 200 000 et 300 000 entrées, mais s’est payé un beau succès avec Partir et ses 600 000 tickets vendus, tandis que Le Retour n’en a même pas fait 30 000. Puis, de lui demander si elle s’intéresse au box-office, ce à quoi elle répond par l’affirmative. « Bien sûr. Car ça joue sur l’avenir de mes films. Et comme je vis avec ma productrice, ça joue aussi sur l’avenir de la société et la confiance des investisseurs. ». « Et mon couple… », ce qui le fait sourire. Si la sortie s’est faite en juillet pour tenter de jouer sur l’effet Cannes, elle pense en revanche que c’était une mauvaise idée une sortie estivale et que c’est la polémique qui a tué le film.

Elle se voit comme une femme de caractère, engagée et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ce qui peut déplaire comme elle le confesse. Elle avoue avoir été dure avec quelques personnes jugées incompétentes sur le tournage, ce qui a pu et dû déplaire. Ajouté à la lâcheté des hommes, le côté pernicieux des réseaux sociaux et la jalousie, cela donne un petit scandale qui n’aurait pas eu lieu, selon elle, si le film avait été tourné avec des stars. « On ne s’attaque pas aux stars de cette façon-là ». En tout cas, cela l’a beaucoup affectée, mais elle était quand même heureuse de pouvoir monter les marches avec l’équipe qui l’a soutenue et d’avoir eu le soutien de beaucoup d’amis cinéastes.

L’attachée de presse nous interrompt, car c’est l’heure de la séance photo. On n’aura pas eu le temps de faire le tour de toutes les questions, tant Catherine Corsini parle beaucoup et s’est livrée avec passion. On terminera donc par lui demander si, pour une fois, elle comptait un jour diriger un film d’hommes. Elle avoue y penser et vouloir retravailler avec Pio Marmaï, déjà présent dans La Fracture, et vouloir tourner avec Benoît Magimel. Cependant, son prochain film sera encore un film de femmes, une œuvre de groupe sur l’amitié. On ne saura pas pour autant quelles seront les comédiennes élues, l’interview étant terminée.

Fifam 2023 : Le bonheur est pour demain, de Brigitte Sy

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Brigitte Sy et Damien Bonnard sont venus présenter Le bonheur est pour demain le lundi 13 novembre 2023 au Fifam. Une rencontre faite d’instants présents et de nécessité d’écrire. Le film raconte l’histoire d’amour entre Sophie et Claude, dans les années 90, sur fond de prison. Au casting, deux funambules dont l’une espère toujours voir arriver la joie, jusqu’à ce qu’elle accepte de simplement la savourer.

Damien Bonnard, Brigitte Sy lors du Fifam 2023
                                                                                                               Photo de Chloé Margueritte

Juste après la sortie de L’Astragale en 2015, Brigitte Sy s’attelait déjà à l’écriture de son troisième long métrage, Le Bonheur est pour demain, qui sera finalement tourné en 2022 (entre problèmes de financement, réécriture et COVID). Comme L’Astragale, ce film parle d’une femme amoureuse et d’un compagnon emprisonné. Sophie aime Claude au moment même où il lui échappe. Sophie l’attend mais comme elle n’a pas « la vertu des femmes de marins », elle trépigne de voir Claude dehors. Que peut-elle imaginer pour cet homme coupable de meurtre et condamné à 30 ans ?

Brigitte Sy a longtemps travaillé en prison avec des détenus. Elle explique que c’est l’impossibilité de faire un film avec eux qui l’a poussé à passer, à l’extérieur par la fiction. Le Bonheur est pour demain est habité par l’obsession du dedans (la prison) pour le dehors et inversement. Le film est fait du manque des autres, de la peau de l’être aimé. Ce « manque de vivre » dont parle Brigitte Sy et que Damien Bonnard transmet en incarnant Claude. Malgré son calme et sa maîtrise, on le sent comme un lion en cage. A l’inverse du choix fait par Xavier Giannoli dans D’argent et de sang, Brigitte Sy assume le romantisme de son œuvre. Pourtant, il n’est pas question d’idéaliser ici non plus la figure du voyou.

Sophie incarne la rupture de ce romantisme, avec ses couleurs qu’elle promène partout et qui viennent se heurter au côté monochrome de la prison. Comme si ces hauts murs venaient signer la fin de la vitalité et pourtant il faut bien vivre, même sans avenir, sans perspectives. Chez Brigitte Sy, le cinéma est élégant, on se souvient du noir et blanc de L’Astragale, chaque cadre est travaillé. On le découvre dès l’un des tout premiers plans sur un vieux couple qui danse et qui nous hantera longtemps. Ou encore avec la toute première vision du vidéo-club sous la lune. Tout est savamment construit. Le directeur de la photo du film est aussi co-scénariste, ça change tout.

Dans cet espace stylisé, aux mots savamment choisis (l’échange des lettres fait battre les cœurs, la personnalité de Claude entrant sans cesse en contradiction avec son statut de voyou), une autre histoire s’écrit. Celle de Sophie, qui fait écho à l’Albertine d’autrefois. Elle vit, elle se cherche. C’est Claude qui viendra lui retirer sa perruque rousse comme tout droit sortie d’un songe. Sophie qui attend mais sans se morfondre. Au milieu du chaos, elle se rêve femme au foyer pour simplement aimer et être aimée, élever ses enfants. Quand elle rencontre la mère de Claude ou la maîtresse de son ancien compagnon toxique, elle crée un espace de solidarité avec ces femmes. A ce titre, le duo entre Béatrice Dalle et Laetitia Casta est magnifique de répliques qui fusent et de cet « entre-femme », qui fonctionne complètement, on y croit.

Le film, comme Sophie, est sans cesse en quête du bonheur et parvient à atteindre cet instant présent, ce moment où Sophie, enfin, peut profiter d’être là, simplement là, sans plus rien espérer d’autre.

Bande-annonce : Le Bonheur est pour demain

Fiche technique : Le Bonheur est pour demain

Synopsis : Sophie a un enfant, un conjoint, mais son quotidien lui semble désespérément plat, sans plaisir, sans envies. Jusqu’au jour où elle rencontre Claude. Il est drôle, séduisant, intelligent. Elle tombe immédiatement sous le charme. Mais Claude n’est pas un prince charmant. C’est un braqueur. Or, au cours d’une attaque de banque, un homme est tué. Claude est arrêté et condamné à une lourde peine de prison. Ce qui aurait dû être la fin devient alors le début d’une histoire folle, passionnelle et sans limites. Soutenue par Lucie, la mère de Claude, Sophie ne renonce pas à son amour pour Claude. Elle est prête à aller jusqu’au bout. Quelles qu’en soient les conséquences.

Réalisation : Brigitte Sy
1h 39min / Drame
Avec : Laetitia Casta, Damien Bonnard, Béatrice Dalle
Date de sortie : 31 janvier 2024