Cinémania 2023 : Le Successeur – une succession pas (du tout) comme les autres…

Le passage au second long-métrage est toujours un art difficile, scruté et attendu par tous. Surtout quand le premier est une véritable claque, un petit chef-d’œuvre. Xavier Legrand est dans ce cas de figure après nous avoir offert l’immense Jusqu’à la garde. Et il défie nos attentes avec Le Successeur. Certes, moins définitif et mémorable que sa première incursion au cinéma, il réalise néanmoins une nouvelle œuvre sous haute tension. Le genre de film très singulier et surprenant, qui change de genre en cours de route et nous déroute jusqu’à la toute fin malgré quelques petites scories.

Synopsis : Heureux et accompli, Ellias devient le nouveau directeur artistique d’une célèbre maison de Haute Couture française. Quand il apprend que son père, qu’il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d’une crise cardiaque, Ellias se rend au Québec pour régler la succession. Le jeune créateur va découvrir qu’il a hérité de bien pire que du coeur fragile de son père.

Après le thriller conjugal fulgurant et inoubliable que fut Jusqu’à la garde (et toute la panoplie de Césars qui va avec), Legrand a attendu sept ans avant d’écrire et réaliser un nouveau film. Et c’est peu dire qu’il nous surprend à tous niveaux en ne choisissant pas l’évidence. Par exemple, un sujet similaire à son précédent, une grosse distribution et un budget conséquent. Non. Il part tourner au Québec, avec des acteurs québécois et un scénario librement inspiré d’un roman méconnu pour un film à la croisée des genres, complètement imprévisible.

La première séquence, qui fait office de générique, fait montre d’un sens de la mise en scène magistral avec son défilé de mode à la chorégraphie en escargot. Un plan-séquence visuellement de toute beauté qui présente le travail et l’état d’esprit du personnage principal avec maestria. On pense être dans le monde de la mode et des créateurs puisque c’est le métier d’Elias joué par Marc-André Grondin, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps et qu’il fait plaisir de revoir. Il est censé reprendre la succession d’une maison de haute couture et on se doute que c’est la raison du titre. Sauf que pas du tout… Et  Le Successeur de partir au Québec et de nous surprendre à chaque quart d’heure par ses changements de registres, ses surprises et son suspense à couper le souffle.

Le décès du père de Sébastien (de son vrai nom), à qui il ne parlait plus, va lui faire vivre un retour au sein de sa terre de naissance véritablement cauchemardesque. À environ un tiers du film, une énorme surprise, encore plus renversante que n’importe quel twist de M. Night Shyamalan, va rebattre complètement les cartes et nous scotcher sur notre siège pour ne plus nous lâcher. Mais ce n’est pas tout. On a le droit à un double sursaut comme on n’en avait pas eu en salle depuis belle lurette, coiffant au poteau la plupart de tous les films de genre du moment. Notre palpitant s’en souvient encore. Surtout qu’un seul ne suffisait pas, Legrand nous en assène donc deux. Et il le fait avec une maîtrise des effets qui confine à la perfection. Une utilisation des outils cinématographiques admirable !

Entre thriller et drame familial, retour aux sources et envie de fuite, Le Successeur est un film versatile du début à la fin. On est bousculé, dérouté et on ne sait jamais ce qui va arriver la séquence d’après. Un véritable parcours du combattant jouissif pour le spectateur. Marc-André Grondin porte le film sur ses épaules avec aplomb, surtout qu’il est de tous les plans, qu’il joue en gommant son accent québécois puis le reprend dans un rôle pourtant peu bavard. Il doit donc surtout jouer de ses expressions pour nous faire ressentir ce que vit son personnage. Et il le fait plus que bien.

Ce film surprenant n’est cependant peut-être pas parfait. La fin, fidèle ou pas au roman, est bien trop sibylline et abrupte pour convaincre. Une fin ouverte comme celle-là, après un film sous tension où on découvre petit à petit les secrets, s’avère frustrante. Ensuite, par la teneur du récit, c’est un long-métrage mutique avec peu de dialogues. En ce sens, sans être ennuyant, le montage aurait gagné à être un petit peu plus resserré. Mais au final,  Le Successeur est une sacrée surprise, un suspense à couper le souffle et un film comme on n’en voit pas souvent qui donne envie de (plus) vite voir la suite des projets de Xavier Legrand.

Fiche technique – Le Successeur

Réalisateur : Xavier Legrand.
Scénariste : Xavier Legrand.
Production : Stenola Productions.
Distribution France : Haut et court.
Interprétation : Marc-André Grondin, Yves Jacques, Anne-Elisabeth Bossé, …
Durée : 1h47.
Genres : Thriller – Drame.
2 février mars 2024 en salles.
Nationalités : France – Québec.

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