Une Nuit d’Alex Lutz : la justesse des adieux ou le pouvoir d’une rencontre ?

3.5

Une Nuit est le 4e long-métrage réalisé par Alex Lutz. C’est un film de l’instant, un film de rencontre, d’amour, d’éphémère, traversé de part en part par sa fin prochaine. Porté par deux magnifiques acteurs, Une Nuit joue sur le trouble, s’équilibre au travers des dialogues et du montage, mais aussi et surtout, des regards et des corps.

Tout commence bêtement par une altercation dans une rame de métro. Auparavant, on a suivi les deux protagonistes au milieu de la foule, dans les couloirs, par fragments pressés. Leurs pensées confuses nous étaient livrées. Deux corps qui se détachent et qui s’opposent avant de devenir un corps à corps, puis un dialogue, une étreinte. L’alchimie fonctionne tout de suite (dès les premières discussions) pour ce couple de cinéma : Karin Viard et Alex Lutz, ça paraît une évidence ! On a l’impression qu’elle a 30 ans, qu’il en a 20, c’est le balbutiement des rencontres improbables.  Dès lors, on se laisse prendre au jeu de la mise-en-scène, de cette nuit qui avance et ses deux protagonistes qui se découvrent. Les plans sont serrés, les dialogues millimétrés. Ils évoquent le sens de la vie, deux visions presque s’affrontent, en tout cas se répondent, savoureuses. Les deux sont amants, ils se savent mariés, loin de leurs familles respectives, ailleurs, loin, comme dans une autre vie. Leurs échanges sont fluides, élégants, intelligents. Ils savent aussi être drôles, légers, spontanés.  Tout fonctionne très bien, même si on redoute au début un film verbeux et un peu creux.

Une rencontre si proche d’un au revoir

Or, Une Nuit est juste un film simple, porté par la seule fulgurance de l’instant présent. Nathalie et Aymeric semblent constamment seuls au monde, à un tournant de leurs vies. Pourtant, ils paraissent aussi émus, retenus, souvent au bord des larmes. Quand ils s’enlacent, cela revêt un goût de fin du monde. C’est qu’ils sont tout à la fois en train de se rencontrer et de se dire au revoir. C’est une très belle scène, d’ailleurs, celle où, réunis dans un lit alors qu’une fête se déroule tout près, Nathalie murmure un timide « au revoir ». Ils s’entraînent, mais il n’est pas encore temps de les lâcher. Le film progresse comme une lente déambulation qui ne cesse de confirmer l’intimité, la familiarité des deux amants qui viennent pourtant de se rencontrer. Il est aussi question de théâtre, d’un jeu de l’amour et du hasard. Il est surtout question de finir, de s’essouffler. Nathalie semble alors aussi condamnée à marcher, à aller au bout de sa nuit comme de sa vie, telle une Cléo de 5 à 7 moderne.

A l’origine, une vraie dispute…

Le scénario a germé dans la tête d’Alex Lutz alors qu’il assistait à une vraie dispute entre deux inconnus dans le métro, une dispute « pleine de charme », dit-il (voir le dossier de presse du film). Plus tard, d’autres questions et secrets se sont greffés à l’histoire de ce couple en apparence inattendu. Une Nuit se voit certainement au moins deux fois, la première pour le savourer, la seconde pour avoir le cœur serré. Des indices se glissent pourtant comme lors de ce passage dans un club échangiste, puisque Nathalie veut voir des « corps nus qui vont bien », où les confidences d’Aymeric nous bouleversent. En partie écrit avec Karin Viard, le film est celui d’une complémentarité absolue entre les deux amoureux d’une nuit. On pensait pouvoir se lasser de Karin Viard, si présente à l’écran, pourtant Alex Lutz, tout en livrant une belle partition, réinvente, sublime, fait virevolter cette actrice magnifique. Une Nuit est finalement une petite friandise surannée dans un Paris aux contours flous, presque une nouvelle façon de s’aimer au cinéma. Notons aussi que la directrice de la photographie, Éponine Momenceau, avait déjà sublimé Dheepan, Palme d’or 2015 signée Jacques Audiard. Là encore, il était question de corps, de rencontre et de drame qu’on n’avait pas vu venir…

Une Nuit : Bande annonce

Une Nuit : Fiche technique

Synopsis : Paris, métro bondé, un soir comme les autres. Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un Photomaton. La nuit, désormais, leur appartient. Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

Réalisation : Alex Lutz
Scénario : Alex Lutz, Karin Viard, Hadrien Bichet
Interprètes : Alex lutz, Karin Viard
Compositeur : Vincent Blanchard
Montage : Monica Coleman
Photographie : Eponine Momenceau
Production : Maneki Films, Versus Production
Distributeur : Studio Canal
Genre : Drame
Durée : 1h30
Date de sortie : 5 juillet 2023

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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