Fifam 2023 : Le bonheur est pour demain, de Brigitte Sy

Brigitte Sy et Damien Bonnard sont venus présenter Le bonheur est pour demain le lundi 13 novembre 2023 au Fifam. Une rencontre faite d’instants présents et de nécessité d’écrire. Le film raconte l’histoire d’amour entre Sophie et Claude, dans les années 90, sur fond de prison. Au casting, deux funambules dont l’une espère toujours voir arriver la joie, jusqu’à ce qu’elle accepte de simplement la savourer.

Damien Bonnard, Brigitte Sy lors du Fifam 2023
                                                                                                               Photo de Chloé Margueritte

Juste après la sortie de L’Astragale en 2015, Brigitte Sy s’attelait déjà à l’écriture de son troisième long métrage, Le Bonheur est pour demain, qui sera finalement tourné en 2022 (entre problèmes de financement, réécriture et COVID). Comme L’Astragale, ce film parle d’une femme amoureuse et d’un compagnon emprisonné. Sophie aime Claude au moment même où il lui échappe. Sophie l’attend mais comme elle n’a pas « la vertu des femmes de marins », elle trépigne de voir Claude dehors. Que peut-elle imaginer pour cet homme coupable de meurtre et condamné à 30 ans ?

Brigitte Sy a longtemps travaillé en prison avec des détenus. Elle explique que c’est l’impossibilité de faire un film avec eux qui l’a poussé à passer, à l’extérieur par la fiction. Le Bonheur est pour demain est habité par l’obsession du dedans (la prison) pour le dehors et inversement. Le film est fait du manque des autres, de la peau de l’être aimé. Ce « manque de vivre » dont parle Brigitte Sy et que Damien Bonnard transmet en incarnant Claude. Malgré son calme et sa maîtrise, on le sent comme un lion en cage. A l’inverse du choix fait par Xavier Giannoli dans D’argent et de sang, Brigitte Sy assume le romantisme de son œuvre. Pourtant, il n’est pas question d’idéaliser ici non plus la figure du voyou.

Sophie incarne la rupture de ce romantisme, avec ses couleurs qu’elle promène partout et qui viennent se heurter au côté monochrome de la prison. Comme si ces hauts murs venaient signer la fin de la vitalité et pourtant il faut bien vivre, même sans avenir, sans perspectives. Chez Brigitte Sy, le cinéma est élégant, on se souvient du noir et blanc de L’Astragale, chaque cadre est travaillé. On le découvre dès l’un des tout premiers plans sur un vieux couple qui danse et qui nous hantera longtemps. Ou encore avec la toute première vision du vidéo-club sous la lune. Tout est savamment construit. Le directeur de la photo du film est aussi co-scénariste, ça change tout.

Dans cet espace stylisé, aux mots savamment choisis (l’échange des lettres fait battre les cœurs, la personnalité de Claude entrant sans cesse en contradiction avec son statut de voyou), une autre histoire s’écrit. Celle de Sophie, qui fait écho à l’Albertine d’autrefois. Elle vit, elle se cherche. C’est Claude qui viendra lui retirer sa perruque rousse comme tout droit sortie d’un songe. Sophie qui attend mais sans se morfondre. Au milieu du chaos, elle se rêve femme au foyer pour simplement aimer et être aimée, élever ses enfants. Quand elle rencontre la mère de Claude ou la maîtresse de son ancien compagnon toxique, elle crée un espace de solidarité avec ces femmes. A ce titre, le duo entre Béatrice Dalle et Laetitia Casta est magnifique de répliques qui fusent et de cet « entre-femme », qui fonctionne complètement, on y croit.

Le film, comme Sophie, est sans cesse en quête du bonheur et parvient à atteindre cet instant présent, ce moment où Sophie, enfin, peut profiter d’être là, simplement là, sans plus rien espérer d’autre.

Bande-annonce : Le Bonheur est pour demain

Fiche technique : Le Bonheur est pour demain

Synopsis : Sophie a un enfant, un conjoint, mais son quotidien lui semble désespérément plat, sans plaisir, sans envies. Jusqu’au jour où elle rencontre Claude. Il est drôle, séduisant, intelligent. Elle tombe immédiatement sous le charme. Mais Claude n’est pas un prince charmant. C’est un braqueur. Or, au cours d’une attaque de banque, un homme est tué. Claude est arrêté et condamné à une lourde peine de prison. Ce qui aurait dû être la fin devient alors le début d’une histoire folle, passionnelle et sans limites. Soutenue par Lucie, la mère de Claude, Sophie ne renonce pas à son amour pour Claude. Elle est prête à aller jusqu’au bout. Quelles qu’en soient les conséquences.

Réalisation : Brigitte Sy
1h 39min / Drame
Avec : Laetitia Casta, Damien Bonnard, Béatrice Dalle
Date de sortie : 31 janvier 2024

Festival

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.