Pour conclure l’année 2017, Carlotta pouvait difficilement frapper plus fort que la ressortie 4K de Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin, dans un fastueux coffret dont l’inestimable collection culte a le secret. L’occasion de confirmer une nouvelle fois que l’écrin numérique sied à ravir au cinéma de Wild Bill, surtout quand il s’agit de sublimer une de ses œuvres les plus avant-gardistes.
La rage au ventre
Comme bon nombre de bandes des années 80, Police Fédérale Los Angeles dût attendre son exploitation vidéo pour trouver son salut et bâtir l’aura culte qui est la sienne aujourd’hui. Sur le coup, son échec lors de sa sortie en salles et son accueil relativement tiède par la presse (même si on trouve quelques plumes enflammées montées au créneau pour défendre le film, dont celle de Nicolas Boukhrief alors à Starfix) fragilisent un peu plus la position de William Friedkin à Hollywood. En effet, le réalisateur n’est plus en 1985 le golden-boy impétueux des triomphes de French Connection et L’exorciste. Éprouvant des difficultés à se relever après l’échec cinglant du Convoi de la peur, Friedkin est de plus en plus considéré comme un dinosaure par une industrie sur laquelle il régnait en maître à peine 10 ans auparavant.
De fait, Police fédérale Los Angeles est imprégné de cette mentalité d’outsider désireux de prouver qu’il est toujours dans le coup et de montrer à cette époque qui essaie de le fossiliser qu’il l’a comprise mieux que personne. Tourné pour un budget modeste (6 millions de dollars) dans les rues de L.A, loin du confort des studios (le coproducteur et monteur Bud Smith qualifie le tournage de « Hit and Run »), PFLA fait partie de ces films animés par la volonté de saisir l’air de leur temps sur celluloïd. Dès ce générique rythmé par la musique de Wang Chung, alors que se met en route la planche à billets qui inonde les rues de la ville en faux-dollars, le film fait preuve d’une puissance cinématique grandiose qui ne sera jamais démentie.
Willem Dafoe (Rick Masters) le virtuose du faux brûle son tableau
Simulacre et simulé
Bien que tourné à même le bitume, l’approche de Friedkin sur ce film se situe aux antipodes de French Connection. Au réalisme âpre et documentarisant de son chef-d’œuvre oscarisé, Police Fédérale Los Angeles déréalise le décor pour plonger le spectateur dans l’abstraction. A l’image d’une histoire peuplée de faux-semblants, Los Angeles apparaît comme une ville d’exposition ou chaque lieu fait figure de pièce rajoutée. Dans un film où chaque raccord est susceptible de faire mentir le sens du précédent et où les personnages sont menés par des pulsions qu’ils ne comprennent pas, le public expérimente cette sensation kafkaienne où ses habitudes sont annihilés par le fonctionnement de l’univers dépeint.
De fait, il faut accepter le fonctionnement parfois erratique d’une l’intrigue taillée à la serpe pour s’imprégner du sentiment d’étrangeté qui se diffuse à l’image. Ce que le grand romancier James Ellroy appelait Le Grand Nulle Part, William Friedkin en a fait une matière filmique où tout n’est plus qu’apparences et artefacts, à l’instar des faux billets imprimés par Rick Masters, seul personnage à comprendre le cirque auquel il participe. Au fond, Police Fédérale Los Angeles est un film sur des personnages qui essaient d’être et dont l’identité ne tient qu’à des repères menaçant de vaciller d’une scène à une autre. Soit une pierre angulaire dans le vertige identitaire friedkinien et un pavé de taille dans la mare d’une décennie qui a refusé de se voir dans le miroir tendu par le réalisateur. Peut-être de peur de ne plus y reconnaître son reflet…
Suppléments à la carte
Une fois encore, on saluera le travail éditorial copieux de Carlotta qui a mis les petits plats dans les grands pour offrir au film le support définitif qu’il mérite. Même visionné sur une télé 2K, la restauration de l’image mérite largement le détour, en dépit de quelques ratés notamment au niveau d’un grain blanc parfois envahissant qui met en valeur la chaleur hypnotisante des couleurs voulues par Friedkin et son chef op’. Même chose pour le son qui valorise considérablement le travail effectué par l’équipe, notamment pour l’environnement musical (Wang Chung a rarement aussi bien résonné dans votre salon).
Pour ce qui est des suppléments, comme d’habitude avec l’éditeur, la générosité est au rendez-vous. Outre le livret de 150 pages présent dans la version collector et signé par des plumes de La septième obsession, vous trouverez également de quoi vous enfiler l’entrée-plat-dessert (avec supplément et café) dans les menus du Blu-ray. Est inclus un documentaire dans lequel toute l’équipe revient sur l’aventure du tournage, anecdotes croustillantes et images d’archives à l’appui ; des interviews individuelles de certains acteurs, de Wang Chung et du coordinateur cascades ; la fin alternative tournée à la demande du studio (et rejetée proto par le réalisateur), une scène coupée et des spots radios ! Même si l’intérêt se révèle parfois inégal, difficile d’en vouloir à Carlotta de vouloir servir jusqu’à satiété le public, et d’honorer la profession de foi d’une collection décidément rutilante. Bref, si l’idée d’un rebond de Noël vous a traversé l’esprit (ou si vous désirez tout simplement corriger les erreurs de listes du Père Noël), n’hésitez pas et ruez-vous sur ce coffret.
Titre original : To Live and Die in L.A.
Année de sortie : 1985
Pays : États-Unis
Scénario : William Friedkin et Gerald Petievich, d’après le roman de Gerald Petievich To live and die in LA
Photographie : Robby Müller
Montage : M. Scott Smith
Musique : Wang Chung
Avec : William L. Petersen (Richard Chance), Willem Dafoe (Rick Masters), Jim Hart (Michael Greene), John Turturro (Carl Cody), Darlanne Fluegel (Ruth Lanier), Debra Feuer (Bianca Torres) & John Pankow (John Vukovich).
Collection Coffret Ultra Collector #8 Coffret Ultra Collector Limité Et Numéroté Blu-Ray + Double Dvd + Livre 160 Pages Police Fédérale, Los Angeles (1985) Un Polar Emblématique Des Années 1980 Par Le Réalisateur De « L’exorciste » Et De « Killer Joe« . Sortie le 6 décembre 2017 (50.16€) chez Carlotta.
Nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par William Friedkin
Caractéristiques techniques du Blu-Ray :
• MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 5.1
Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • Couleurs
Durée du Film : 116 mn
Également Disponible En Édition BLU-RAY Single (inclus making-of + scène coupée + fin alternative + spot radio + bandes-annonces)
Caractéristiques techniques du DVD :
2 DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2
Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 5.1 • Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • 16/9 compatible 4/3
Couleurs • Durée du Film : 111 mn
Suppléments du coffret ultra-collector:
Commentaire audio de William Friedkin
Un monde de contrefaçons : Le Making-Of De « Police Fédérale, Los Angeles » (30 mn)
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Le livre « Éloge du faux-semblant » avec 6 nouveaux textes explorant les différents aspects du film, sa place dans le cinéma des années 1980… plus de 40 photos (160 pages). En association avec La Septième Obsession.
Bonus vidéo:
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Souvenirs du casting et du tournage de Police fédérale, Los Angeles par William Petersen
Le Renouveau De La Femme À Los Angeles (15 mn)
Docteur D’un Jour (9 mn)
Totalement en phase (13 mn)
À contresens (36 mn)
Scène coupée (4 mn)
Fin alternative (9 mn)
Spot radio
Bandes-annonces
Homme mythique ayant fabriqué son propre mythe et sa propre histoire, sujet de plus d’une dizaine de films déjà, Winston Churchill est le protagoniste du nouveau film du britannique Joe Wright, les Heures sombres. Un film fébrile et tout en action, alors même que le verbe, celui du Vieux Lion, est au centre du dispositif.
Synopsis : Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.
Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume-Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout.
Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousé 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.
La Bataille d’Angleterre
Les biopics sur les grands hommes et femmes, politiques qui plus est, peuvent être mortellement ennuyeux. Il n’y a rien qu’on ne sache déjà, rien qui n’ait déjà été écrit, pire, rien qui n’ait déjà été filmé au moins une fois.
Pourtant, les Heures sombres du britannique Joe Wright est un film passionnant sur Winston Churchill qu’on suivra à la fois dans sa dimension intime, et dans ses habits fraîchement enfilés de premier ministre, pendant un petit mois, celui de Mai 1940, à une époque où les forces alliées étaient au plus mal, d’où le titre du film du cinéaste.
Le film débute par une séquence au Parlement, filmé en plongée, dans une lumière pâle mais suffisante pour que l’on puisse voir la poussière des lieux voler. La caméra descend tel un prédateur sur ces hommes en effervescence, demandant la démission de l’un d’eux, Neville Chamberlain (Ronald Pickup), le premier ministre en place. Une très belle scène inaugurale dans laquelle Churchill est absent, mais qui ne parle que de lui en creux : on chuchote son nom comme le seul successeur qui pourrait être accepté par l’opposition, mais on le chuchote comme s’il était une malédiction, comme si l’homme lui-même était une malédiction. Beaucoup de scènes s’appuieront sur de tels mouvements de caméra, impressionnants, peut-être un peu trop répétitifs pour ne pas tomber dans le gimmick facile.
Les Heures sombres se dessine plutôt comme un haletant thriller politique qu’un film de guerre. Hitler et Mussolini sont les ennemis manifestes, mais Churchill doit combattre des ennemis intérieurs tout aussi féroces, et notamment Neville Chamberlain et le sournois Halifax (Stephen Dillane, vu notamment dans Game of Thrones). Le métrage est porté par un Gary Oldman tout simplement énorme, qui réussit à la fois à faire oublier l’acteur derrière le personnage, et la tonne de latex dont il est recouvert, en interprétant à la perfection son Churchill. Les mimiques et les tics, les moindres gestes, les regards de doute, de conquête, de méchanceté ou encore de malice, sont ceux de Gary Oldman tout autant que ceux du « Vieux Lion ». La caractérisation du grand homme est dénuée de complaisance de la part du scénariste Anthony McCarten, et de la part du metteur en scène, qui n’ont pas hésité, à plusieurs reprises, à le montrer dans ses excès. Même si leur version de Churchill est globalement hagiographique, comme par exemple dans cette scène totalement inventée de Churchill frayant avec le peuple britannique et de l’Empire dans le métro de Londres, on ne peut pas leur reprocher un manque d’objectivité à l’égard du grand homme.
La réussite du film tient notamment dans ce combo caractérisation minutieuse / casting impeccable. Le roi George VI, bégayant de tout son soûl dans Le Discours d’un Roi de Tom Hooper, est un personnage beaucoup plus en nuances tel qu’interprété ici par Ben Mendelsohn. Tantôt contre Churchill qu’il a dû nommer Premier Ministre malgré lui, tantôt son allié au plus fort de ces heures sombres, donnant même une des scènes les plus empreintes de tendresse dans un film plutôt âpre, « Bertie » a une dimension très humaine que le « bad boy » australien contribue à façonner. Kristin Scott-Thomas incarne à merveille Clementine Churchill, une femme résignée mais loyale et fidèle, fatiguée mais tentant de rester à la hauteur de son époux en matière de drôlerie et de punchlines. Lily James, enfin, apporte la fraîcheur dans ce monde de vieux intrigants. La secrétaire personnelle de Churchill est l’agnelle qui aurait pu et dû se faire bouffer toute crue, et qui, in fine, devient la femme de confianced’un homme qui a gagné une guerre avec les mots qu’il dictait et qu’elle tapait avec frénésie et avec ferveur.
Il est étrange de constater la coïncidence entre d’une part la sortie de Dunkerque, le film minimaliste de Christopher Nolan qui détaille une des journées de ce fameux moi de Mai, précisément celle de l’Opération Dynamo proprement dite, et celle des Heures sombres de Joe Wright, qui en raconte la gestation et le difficile accouchement ; et d’autre part, l’avènement du Brexit presque concomitamment à ces sorties. Comme une mauvaise ironie du sort, la frilosité quasi-xénophobe qu’une moitié des Britanniques a montré avec ce Brexit vient en totale contradiction avec ces films, avec les Heures sombres en particulier, un film qui montre combien, en plus de défendre son île, Churchill avait à cœur de protéger sa chère France et l’Europe, et surtout de défaire celui qu’il appelait alors déjà, Le Monstre, alors même qu’il était à un cheveu de céder aux sirènes de la négociation. Des hasards de calendrier qui ne sont qu’accidentels, mais qui ajoutent assurément du piment au visionnage de ce très bon film.
Les Heures sombres – Bande-annonce
Les Heures sombres – Fiche technique
Titre original : Darkest Hour
Réalisateur : Joe Wright
Scénario : Anthony McCarten
Interprétation : Gary Oldman (Winston Churchill), Kristin Scott Thomas (Clemmie), Ben Mendelsohn (Le Roi George VI), Lily James (Elizabeth Layton), Ronald Pickup (Neville Chamberlain), Stephen Dillane (Vicomte d’Halifax)
Musique : Dario Marianelli
Photographie : Bruno Delbonnel
Montage : Valerio Bonelli
Producteurs : Anthony McCarten, Tim Bevan, Eric Fellner, Douglas Urbanski, Lisa Bruce
Maisons de production : Working Title Films
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Récompenses : Nombreuses pour Gary Oldman (Meilleur Acteur) et Joe Wright (Meilleur Réalisateur)
Budget : USD 30 000 000
Durée : 125 min.
Genre : Biographie, Histoire
Date de sortie : 03 Janvier 2018
Royaume-Uni – 2017
Là où la plupart des séries historiques « glamourisent » de façon épique et romanesque l’héroïsme de leurs personnages (des Tudors à Vikings en passant par Les Borgia ou Reign), The Crown se démarque et tranche radicalement en montrant les dessous du pouvoir et la difficulté humaine qu’éprouvent les monarques à exercer leur fonction. Une création originale qui brille par son approche complexe et les problématiques foisonnantes qu’elle aborde.
Synopsis : Alors que la saison 1 s’intéressait au début du règne d’Elizabeth II, de 1952 à 1956, ici, l’intrigue de la deuxième saison reprend là où la précédente s’était arrêtée, et se poursuit jusqu’en 1964. L’histoire passe notamment en revue les deux dernières grossesses de la Reine (Andrew d’York et Edward de Wessex), sa crise de couple avec Philip lors des Jeux Olympiques de Melbourne, l’éducation stricte du jeune Prince Charles, le passé trouble du Duc d’Édimbourg, le mariage de Margaret avec le sulfureux photographe Antony Armstrong-Jones, la rencontre au sommet entre les Kennedy et les Windsor, ou encore la modernisation de la Monarchie et du protocole grâce à Lord Altrincham.
Arrivée sur Netflix le 8 décembre dernier, la deuxième saison de The Crown conserve son identité et continue d’explorer avec délicatesse et subtilité l’envers du décor de la Monarchie royale d’Angleterre. La saison 1 évoquait beaucoup d’événements politiques et laissait une grande place au duo Churchill/Elizabeth, avec en filigrane la question pour la jeune Reine de savoir comment s’imposer, à 22 ans, dans un monde d’hommes souvent rompus à l’exercice du pouvoir. Ici, le second volet de cette saga historique nous montre une monarque plus installée dans ses fonctions et plus à l’aise avec la diplomatie, délaissant alors les questions d’ordre étatique pour aborder plus en profondeur des problématiques personnelles, ce qui humanise davantage les personnages et permet d’apporter un nouvel éclairage sur la famille royale et la nation toute entière. Une réussite.
Humain, trop humain
Ce qui frappe d’emblée dans The Crown, c’est la façon dont les personnages ne semblent, au départ, pas taillés pour leur fonction. La Reine est une femme. Le Duc d’Édimbourg est un homme. Par conséquent, chacun éprouve des sentiments naturels, et traverse des crises identitaires plus ou moins fortes, voire décisives. Mais là où les citoyens normaux ont la liberté d’exprimer leurs humeurs, leur frustration, leur douleur ou leurs doutes, le couple royal ne peut pas. Car, et c’est là toute la force de cette série, leurs intérêts passent après ceux de la nation, du pays, de la Monarchie. A partir de cet instant, on réalise alors que le pouvoir, qui fait si souvent rêver, est davantage traité comme un fardeau dans The Crown, qui articule tout son récit autour de la dialectique entre volonté individuelle et devoir collectif. Paradoxe absolu, Elizabeth et Philip, qui figurent pourtant parmi les souverains les plus emblématiques et importants du monde moderne, n’ont aucune liberté, et doivent s’oublier pour mieux servir la Grande-Bretagne. Le comble, pour l’incarnation même du pouvoir, que de n’en avoir aucun. Ainsi, les obstacles se multiplient pour la Reine, femme prise en tenaille et écartelée entre ses envies et des peines, son affection pour ses proches, son envie de mener une vie normale, et le poids du rôle qu’elle se doit d’incarner sans jamais flancher, refoulant toujours ses chagrins, ses déceptions ou ses désirs pour s’effacer. C’est d’autant plus intéressant alors, de voir comment la jeune Reine fait face à la crise de son couple, aux infidélités répétées de son mari et aux rumeurs qui circulent à son sujet, avec une humilité et une dignité qui fait ressortir un autre aspect de la vie à Buckingham : celui du silence. C’est étouffé par le poids des non-dits et du devoir de retenue que le couple royal doit survivre aux années, survivre aux scandales. Des humains qui ne peuvent finalement pas en être : c’est ça, The Crown.
Palace People
Autre nouveauté par rapport à la première saison, cette deuxième partie s’offre le temps d’instrumentaliser à souhait les vies et les destins croisés des différents membres de la famille royale, dont certains sont parfois difficiles à contrôler. En tête, Margaret, l’indomptable sœur de la Reine, qui fait fi du protocole pour laisser libre cours à ses pulsions, et qui place au centre de ses préoccupations sa quête de l’amour. Frasques en tous genres, alcoolisme mondain, dépression, solitude, pétages de plomb, coup de foudre avec un photographe peu recommandable, mœurs libérées, train de vie très ostentatoire : Margaret fait déjà, à son époque, les choux gras d’une presse people avide de scoops, phénomène que la Monarchie s’évertue à endiguer du mieux qu’elle le peut. Au rayon scandales, Edouard VIII, l’ancien Roi, n’est pas en reste, puisque là encore, la Monarchie sera confrontée à la résurgence d’un autre dossier sensible, à savoir l’appartenance et la participation du Duc de Windsor au mouvement nazi, et son implication auprès des dirigeants du IIIème Reich, avec suspicion d’espionnage, entre autres. Autre qualité de The Crown : la série ne fait pas l’hagiographie des monarques, mais se confronte, au contraire, aux zones d’ombre et au passé parfois embarrassant de ses personnages, et donc de l’Angleterre. Enfance sordide de Philip, accointances douteuses de ses sœurs qui étaient épouses de nazis : les attaches de certains membres de la Couronne avec l’Allemagne fasciste de la Seconde Guerre Mondiale ne sont pas passées sous silence. Au final, ce postulat fait de The Crownune série courageuse qui regarde le passé en face (peut-être pour mieux l’exorciser), et qui ne cherche pas non plus à gommer les défauts, les fautes et les erreurs de ses personnages. Un souci d’honnêteté qui mérite d’être souligné.
Monarchie en danger
Dans la même idée, The Crown montre avec finesse et efficacité l’impact qu’ont eu la Seconde Guerre Mondiale et la modernisation de la société sur une Monarchie figée et poussiéreuse, institution dépassée, constamment menacée de disparition. Vieille, guindée, déconnectée des réalités, loin du peuple, ringarde : la Couronne, qui n’a pas évolué depuis des décennies, et elle aussi confrontée à une grave crise, au même titre que tous ceux qui la portent. Parallèle scénaristique habile, qui continue d’exploiter cette dichotomie apparente entre institution d’un côté, et humain de l’autre. Et si finalement ces deux éléments se faisaient le reflet l’un de l’autre ? Il n’en demeure pas moins que cette seconde saison met en lumière la façon dont la Monarchie doit sans cesse se remettre en question pour survivre, comme les personnages. Entre la réaction humiliante et insultante de Jackie Kennedy qui ridiculise ouvertement la Reine et son palais ; la lettre ouverte incendiaire d’un certain Lord Altrinchamqui démolit le discours de la Reine dans un édito assassin ; ou encore l’éducation archaïque du Prince Charles qui suit les pas de son père dans un établissement scolaire aussi rustre que vieux, la Couronne est attaquée, menacée et mise à l’épreuve de toutes parts. Là aussi, on ne peut s’empêcher d’établir un lien entre le parcours de la Reine, parfois humiliée et en quête de réponses (cf. l’épisode où elle se lie d’amitié avec un prédicateur évangéliste américain pour questionner sa foi), et celui de la Monarchie en tant que symbole, sans cesse forcée à s’adapter pour survivre. Encaisser les coups, la tête haute, pour n’en sortir que plus forte : au fil du temps, la Reine et la Couronne ne font plus qu’un et mènent le même combat, celui de la survie.
Quoiqu’un tantinet plus « strass et paillettes » que la saison précédente et moins versée sur la politique (ce qui n’exclut pas pour autant quelques épisodes diplomatiques croustillants, en Afrique notamment), la saison 2 de The Crown conserve son identité profonde et continue de questionner avec complexité la dialectique impossible entre pouvoir et humanité. Servie par une Claire Foy au sommet de son interprétation, la série éblouit par son faste et captive par son écriture.
The Crown saison 2 : Bande-annonce VO
https://www.youtube.com/watch?v=ME2umFQ_xBA
The Crown : Fiche technique
Création et scénario : Peter Morgan
Réalisation : Benjamin Caron, Stephen Daldry, Philip Martin, Julian Jarrold, Philippa Lowthorpe
Interprétation : Claire Foy (La Reine Élisabeth II), Matt Smith (Philip Mountbatten, duc d’Edimbourg), Vanessa Kirby (Margaret du Royaume-Uni), Victoria Hamilton (Elizabeth Bowes-Lyon), Matthew Goode (Antony Armstrong-Jones), Michael C. Hall (John Fitzgerald Kennedy), Jodi Balfour (Jacqueline Kennedy)
Direction artistique : Mark Raggett, Louise Lannen, Renátó Cseh, Kirk Doman
Décors : Martin Childs
Costumes : Michele Clapton, Timothy Everest
Photographie : Adriano Goldman
Production : Stephen Daldry, Peter Morgan, Allie Goss, Andy Harries, Robert Fox
Musique : Rupert Gregson-Williams
Genres : Historique, Biopic, Drame
Diffuseur : Netflix
Format de la saison : 10 épisodes de 55 minutes
Dates de diffusion en France : épisodes disponibles depuis le 8 décembre 2017 sur Netflix
Concours : A l’occasion de l’intégrale de la série Fauda Saison 1 en Coffret 3 DVD et en téléchargement définitif dès le 10 Janvier prochain, remportez votre exemplaire.
SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE
Une unité d’élite israélienne opère sous couverture en Palestine et élimine « La Panthère », l’un des terroristes les plus dangereux de la planète. Quelques années plus tard, les services secrets reçoivent une information capitale : « La Panthère » est toujours en vie. Ex-infiltré, Doron Kabilio va reprendre du service pour débusquer son pire ennemi. Une lutte à mort entre l’unité antiterroriste israélienne et « La Panthère » va commencer…
Produite par Maria Feldman, la productrice de Hatufim, la série qui a inspiré Homeland. Ecrite par une équipe composée d’anciens agents : Lior Raz, ancien agent, co-scénariste et rôle principal et Avis Issacharoff, ancien correspondant du Times of Israël, co-scénariste, la série se veut juste et humaine en plus d’être un petit bijou de suspens et d’action. Fauda (« chaos » en arabe) est la série d’action qui bat tous les records d’audience en Israël et en Palestine, une plongée inédite au cour des deux camps. Mêlant habilement tension, drame, suspense et confusion, Fauda est une des meilleures séries du moment.
Avec Lior Raz, Hisham Suliman, Shadi Mar’i, Laetitia Eido…
Reconnue par la critique, la série a déjà remporté plusieurs prix : le FIPA d’Or 2016 du Meilleur Scénario Original & 6 prix OPHIR dont Meilleure comédie Dramatique par l’Académie Israélienne du film et de la TV !!
Format image : 1.77, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Français & Hébreu/Arabe Dolby Digital 2.0 – Sous-titres: Français – Durée : 12 épisodes de 40’
COMPLÉMENTS : – Making-of (23’) – Exclusivité : la bande-annonce de la Saison 2 – Prix public indicatif : 29,99 € le Coffret 3 DVD – déjà disponible en téléchargement définitif.
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2017 fut une année de qualité pour l’Épouvante-Horreur. Notre Top 20 des meilleurs films de cette année ayant passé sous silence les bons titres du genre, nous vous proposons de découvrir ici 5 films d’Épouvante-Horreur sortis en 2017 qui méritent votre attention.
Comme tous les ans à la même période, les critiques s’amusent à choisir et à recommander les meilleurs films de l’année achevée. Tradition ennuyante par sa répétition, bien que nécessaire pour les personnes qui n’auraient pas vu le meilleur du cru de l’année en question. Cela dit, on y retrouve souvent les mêmes titres des films qui ont fait l’unanimité critique ou qui ont simplement le plus rapporté au box-office. L’Épouvante-Horreur est ainsi souvent lésé par ces articles en raison de sa faible présence dans les salles de cinéma et par son caractère relativement dénigré par les critiques. Pourtant, ce genre connaît un véritable nouveau souffle depuis 2015, et l’année 2017 semble en être une confirmation. C’est pourquoi nous vous proposons ici une liste de 5 films d’Épouvante-Horreur sortis en 2017 qui se sont distingués par leur qualité et dont vous n’aviez pas forcément connaissance. Vous n’y trouverez donc pas la nouvelle adaptation cinématographique de It par Andrés Muschietti ou Annabelle : Créationde David F. Sandberg. Non pas parce qu’ils ne sont pas bons, mais parce qu’ils ont été deux gros succès au box-office de cette année avec respectivement 700 millions et 307 millions de dollars de recette. Nous avons également privilégié pour cette liste les films dont la date de sortie initiale fut en 2017. The Greasy Strangler, un de nos coups de cœur de 2016, n’y apparaît donc pas, malgré sa sortie française en direct-to-video le 24 janvier 2017.
[toggler title= »Ils auraient pu y être: »]
The Bye Bye Man : un concept horrifique original, mais servi par des mécaniques parfois grossières.
Clown : Eli Roth revisite le clown dans l’Horreur avec ce film qui a mis 3 ans à nous parvenir (après une date de sortie italienne le 13 novembre 2014). [/toggler]
5 – The Babysitter
Le home-invasion a un nouveau visage, et ce visage est sorti sur la plateforme Netflix le 13 octobre 2017 : The Babysitter. Réalisé par Joseph McGinty Nichol (McG pour les intimes), le film est d’autant plus surprenant qu’il n’a jamais eu d’égal dans sa filmographie au niveau qualité et soin de la production (comme quoi Netflix, ça paye!). Choisissant la comédie horrifique comme crédo, on y retrouvera notamment les influences de Sam Raimi dans sa réalisation ou encore de Quentin Tarantino dans ses dialogues et ses artifices de mise en scène. Les nombreuses références au cinéma de genre dans le scénario de The Babysitter renforce davantage l’accointance avec la réalisation de Tarantino. Le film sait faire passer un excellent moment à ses regardeurs avec beaucoup de générosité, et pour cela, il mérite que vous y jetiez un œil.
https://youtu.be/6qCqrODw1nM
4 – Transfiguration
Imaginez Morse (2008) dans un ghetto américain et vous aurez Transfiguration. Réalisé par Michael O’Shea et filmé dans le quartier de Queensbridge à New York, ce film pourrait se résumer en une seule démarche (que le personnage principal évoque d’ailleurs à plusieurs reprises dans les dialogues) : faire un film de vampire réaliste. Transfiguration tombe ainsi inévitablement dans le Drame et l’Horreur à la fois, deux genres qui se sont finalement assez rarement rencontrés. S’incluant dans une démarche des plus réalistes, en privilégiant la caméra à l’épaule et en ne tombant jamais dans le Fantastique, tout en se drapant de l’héritage des classiques : Transfiguration est une œuvre que tout cinéphile appréciera.
3 – The Void
The Void est le film le plus lovecraftien de ces dernières années, reprenant les grands thèmes du maître de l’Épouvante, H.P. Lovecraft, tout en s’ancrant dans une démarche esthétique que l’on pourrait qualifier de « neo-eighties » : entre stylisme contemporain et hommage aux années 80. Impossible donc de ne pas faire un parallèle entre ce film et la filmographie de John Carpenter. The Void est sans conteste l’une des meilleures surprises de cette année, et a tout pour devenir un futur grand classique. Les amateurs apprécieront particulièrement les effets-spéciaux garantis sans CGI, rappelant la bonne époque des The Thing (1982) et autres The Fly (1986).
2 – It comes at night
Quand certains font le choix de copier (souvent très mal) les mécaniques qui ont fait le succès de James Wan, d’autres proposent une expérience à l’opposé de cette démarche : c’est le cas de It comes at night. Typiquement le genre de film que l’on aime ou que l’on déteste, Trey Edward Shults nous propose d’y suivre le quotidien d’une famille dans un monde apocalyptique rongé par une mystérieuse maladie. Faisant le choix d’en dévoiler le moins possible sur son univers, le déroulement du film se concentre plutôt sur la psychologie et le développement de ses personnages. Son principal point fort repose sur sa mise en scène, qui nous plonge dans une langueur extrême que l’on finit par partager avec cette famille, le tout, servi par de magnifiques séquences qui font preuve d’une grande maîtrise du cadrage et de la lumière.
1 – Get Out
Contrairement aux autres films de cette liste, Get Out de Jordan Peele a joui d’une certaine notoriété (il est en fait celui qui a le plus rapporté au box-office avec un peu plus de 254 millions de dollars). Et pour cause, il y a très peu de choses que l’on peut lui reprocher : acting réussi ? Check. Musique parfaitement adaptée à l’intrigue ? Check. Décors et photographie travaillés ? Check. Mention spéciale aux séquences d’hypnose particulièrement admirables, qui n’ont -de mémoire- jamais eu d’équivalent dans d’autres films. Si de premier abord Get Out ne semble être qu’un énième film traitant de racisme, le scénario se révèle plus subtilen évoquant le malaise des relations entre classes sociales et le racisme positif : une approche relativement peu abordée au cinéma. Pour toutes ces raisons, il nous a semblé judicieux de le citer dans cette liste, malgré son grand succès à sa sortie.
Mention spéciale – Oats Studio Volume 1
Le Volume 1 de Oats Studio n’est pas un long-métrage, mais une anthologie de court-métrage. Toutefois, il est indispensable pour tout fan d’Épouvante-Horreur ou même de Science-Fiction de la découvrir. Principalement pour les trois courts métrages de Neill Blomkamp qui en font partie : Firebase, Rakka et Zygote (classés dans l’ordre chronologique de leurs intrigues). Situés dans un même univers très travaillé, on retrouvera dans ces trois courts métrages (particulièrement dans Zygote) ce qu’aurait pu être le Alien 5 de Blomkamp (qui malheureusement, après la sortie cette année du piètre Alien : Covenant, a vu ses chances de sortir un jour diminuer). La légendaire interprète d’Ellen Ripley, Sigouney Weaver, joue d’ailleurs le rôle de Jasper dans Rakka. Chacun de ces courts métrages sont disponibles sur la chaîne Youtube de Oats Studio. Alors, pourquoi se priver?
Concours : À l’occasion de la sortie en salles le 17 janvier de Last Flag Flying (La Dernière Tournée) réalisé par Richard Linklater avec Steve Carell, Bryan Cranston et Laurence Fishburne, remportez des places de cinéma.
SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE
En 2003, Larry « Doc » Sheperd, un ancien médecin de la Navy, retrouve Sal Nealon, un gérant de bar et le révérend Richard Mueller. Tous les trois ont combattu ensemble au Vietnam mais ils ne s’étaient pas revus depuis trente ans. Larry est venu leur demander de l’accompagner aux funérailles de son fils, mort au combat en Irak et dont le corps vient d’être rapatrié aux États-Unis. Sur la route, l’émotion se mêle aux fous-rires car les trois hommes voient leurs souvenirs remonter et ils retrouvent leur camaraderie…
Basé sur le roman de Poniscan, qui est la suite d’une œuvre antérieure, The Last Detail. Ce livre a été adapté dans un film en 1973 par Hal Ashby (avec Jack Nicholson, Randy Quaid, et Otis Young).
Réalisateur : Richard Linklater (Boyhood, Everybody Wants Some!)
Scénario : Richard Linklater et Darryl Ponicsan, d’après le roman de Darryl Ponicsan
Interprétation : Steve Carell, Bryan Cranston, Laurence Fishburne, Yul Vasquez, Cicely Tyson, J. Quinton Johnson, Deanna Reed-Foster, Graham Wolfe, Jeff Monahan
Producteurs : Ginger Sledge, Richard Linklater, John Sloss
Producteurs exécutifs : Harry Gittes, Thomas Lee Wright, Karen Ruth Getchell
Directeur de la photographie : Shane F Kelly
Chef décorateur : Bruce Curtis
Créateur de costumes : Kari Perkins
Musique : Graham Reynolds notons la chanson de « Not Dark Yet » de Bob Dylan au générique
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 17 janvier 2018
Durée : 2h 04min
Concours Last Flag Flying (La Dernière Tournée) : remportez 5×1 places de cinéma
Modalités du jeu concours : Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 21 Janvier 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.
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Alors que Star Trek Discovery va venir ranimer nos vies de spationautes ce samedi 7 janvier 2018, retour sur la série qui nous emmène dans les étoiles dix ans avant l’Enterprise et son capitaine Kirk.
Synopsis : Après un siècle de silence, les Klingons refont surface. Déterminés à réunifier leur empire, ils déclarent la guerre à la Fédération des planètes unies. Officier en disgrâce de la Starfleet, Michael Burnham se retrouve au centre du conflit.
L’image en guerre
Star Trek Discovery démarre sur un événement important de l’univers : le début d’une guerre. Une nouvelle, encore, entre les Klingons, extraterrestres communautaristes prêts à tout pour retrouver une « gloire » perdue, et la Fédération des Planètes Unies, composée par l’humanité et pléthore d’autres peuplades galactiques. Des Klingons préparent ainsi un piège pour fédérer tous leurs pairs (gérés en famille/tribu) à l’aube de l’inauguration d’une nouvelle grande ère pour ces aliens guerriers. L’USS Shenzhou est au centre du piège. Les deux premiers épisodes forment le pilote du show. Disons-le de suite : l’ensemble est empli de bonnes intentions mais se révèlera être chaotique.
Le générique de la série
https://www.youtube.com/watch?v=un1v0i_WEhY
Avec ses effets spéciaux et sa direction artistique soignés, la septième série Star Trek (la série animée comprise) se veut visuellement grandiose. Superbe et spectaculaire, Discovery, premier show complètement feuilletonnesque de l’univers, est marquée par l’ère Abrams, à tel point que les réalisateurs/monteurs n’y sont pas allés de main morte avec le bouton Lens Flare qu’on remarque et que l’on subit rapidement. Une forme de continuité visuelle, se sont peut-être-t-ils dit, qui ne poursuit cependant pas le fétichisme filmique de J.J. Abrams. Dans ces deux premiers épisodes, le show tend à imiter les prises du vue du cinéaste, certains cadres sont directement repris de ses deux films. Le montage est souvent effréné, le rythme est beaucoup moins humain que dans les œuvres du réalisateur.
Le copycat s’arrête dès l’épisode 3. Ce dernier est réalisé par Akiva Goldsman, scénariste de Batman & Robin, co-auteur des récents La 5ème Vague et Divergente 2, mais aussi d’Un homme d’exception. Aussi expérimenté dans le monde des séries télévisées, Goldsman expose en un épisode le problème de Discovery. Il faut le savoir, Bryan Fuller, le créateur original du show, a été détaché du projet après mésententes artistiques avec les productions CBS. Alex Kurtzman, coscénariste des films d’Abrams, a repris le projet en main. Et l’épisode 3 semble caractériser ce début de saison : une réalisation qui se cherche (trop inspirée dans le pilote ; plate et terne dans le troisième épisode) ; un montage foutraque ; et un scénario pas assez réfléchi et prétexte à tout pour accoucher d’une guerre : pourquoi le personnage de Michael Burnham agit comme-ci puis comme ça ? Mais d’où sortent ces deus ex machina à la noix qui mettent en scène Sarek et Burnham ? D’où le lien vulcain est-il assez puissant pour avoir une conversation de secours lorsque le moment le nécessite ? Bêtement spectaculaire, narrativement facile, la spiritualité vulcaine n’a jamais connu pareille utilisation, même la Force de Star Wars, à l’utilisation parfois incohérente dans certaines œuvres de l’univers, n’a jamais connu un tel traitement.
Trekkies en colère
Si deux proches de Fuller ont continué de travailler sur la série, ne nous mentons pas, la patte Fuller n’est pas toujours claire à l’écran. Mais, même si l’on met de côté les problèmes de production ayant régi le show (loin d’être tous connus), on remarque que la direction artistique est loin d’être unie. D’abord, sommes-nous dans la timeline d’Abrams (la chronologie Star Trek est bouleversée par un voyage temporel) ? Sur le plan visuel, la réponse est oui. Nous sommes loin de l’ambiance colorée de la série originale de Gene Roddenberry. Ou alors sommes-nous bien face une œuvre qui se passe dix avant la toute première série et bien des années après Enterprise, qui suivait les aventures des premiers explorateurs humains à bord du vaisseau expérimental humain homonyme. Après tout, on peut percevoir une certaine continuité entre les combinaisons du Capitaine Archer et les costumes de Starfleet dans Discovery. L’intérieur de ce dernier est d’ailleurs plus agréable à vivre que le premier Enterprise à l’espace davantage fonctionnel. Plus tard, les Enterprise sont ainsi plus confortables, celui de Jean-Luc Picard ayant ainsi un pont digne d’un grand salon télévisé. En cela, même si elle poursuit la modernisation de Star Trek jusqu’à la télévision,Discovery est subtilement cohérente… La direction artistique a pris certaines libertés avec l’univers. Par exemple, les Klingons ont été redésigné. Ce qui a provoqué la colère de grand nombre de fans de la franchise. Bien sûr, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas gardé celui – magnifique – mis en place dans les premiers films et iconisé en la personne du Lieutenant Worf dans The Next Generation ? Et on peut aussi retourner la question : pourquoi l’ont-ils fait ?
Le Klingon a un nouveau design.
Ce choix serait imputable à Bryan Fuller. Le créateur a toujours eu un rapport important à la chair. De Pushing Daisies à American Gods en passant par Hannibal, l’obsession de Fuller s’étend ici jusque dans la galaxie de Star Trek. Notons rapidement que le créateur n’est pas un néophyte de l’univers puisqu’il a fait ses armes en tant que scénariste sur le show Deep Space Nine, puis en tant qu’auteur et coproducteur sur la série Voyager.
L’armure de combat des Klingons.
Les Klingons semblent ainsi avoir des armures intimement liées à leur corps. Mieux que ça, les morts sont réemployés par l’un des chefs de guerre : ce dernier pose lie leur sarcophage à la coque du vaisseau. À la défense comme à l’attaque, le Klingon de Discovery semble ainsi être un pur corps guerrier. Et parmi ces guerriers, un racisme existe. L’un d’entre eux a la peau blanche et est considéré comme étant un impur. Impur qui avait pourtant été choisi par son ancien chef pour mener l’attaque sur la fédération. Et ce corps moqué se révélera être plus combatif que ne le penseront ses adversaires… Le travail du corps de Discovery trouvera une autre importante illustration dans le voyage spatial en deux temps : d’abord avec l’utilisation d’une créature et de spores ; ensuite, avec l’action de Stamets dont le corps est alors lié au système mis en place suite aux premières expériences avec l’incroyable créature extraterrestre et les mêmes spores.
Star Trek Discovery modernise visuellement l’univers dans nos salons, comme ceux d’Abrams l’ont fait dans les salles obscures. Toutefois, qu’importe la modernisation ou l’inscription du show dans telle ou telle timeline, d’importantes incohérences trekkiennes sont là. Et qu’on ne dise pas que le Discovery est un vaisseau expérimental (ce qui est vrai), les discontinuités qui suivent sont présentes sur d’autres starships. En effet, que penser du holodeck qui n’est pas censé exister avant quelques centaines d’années (Star Trek The Next Generation) même si l’on peut noter des premières tentatives de mise en place dans Star Trek La Série Animée (suite de la série originale)? Et quid des conversations holographiques à longue distance ? Cette réécriture technologique de l’univers dépasse la modernisation abramsienne. Fan service ? Citations claires pour exposer que les précédentes séries n’ont pas été oubliées ? Ougadgets technologiques présents pour capter l’attention d’un public jeune ou au contraire averti s’étant déjà habitué à ces exploits futuristes ?
Une bataille où la chair (de Stamets) va avoir un rôle important.
De la créativité mécanique à l’humanité créative
Les premiers épisodes balbutient sur l’identité de la série. Mais à partir de l’épisode 4, l’identité visuelle du show semble peu à peu se poser. Même si des facilités scénaristiques subsistent, les récits gagnent en humanité. Tel accident provoque la rencontre de personnages avec le Discovery. Et ces événements ne sont pas vains, Ash Tyler, prisonnier des Klingons, deviendra le chef de la sécurité du vaisseau. Mais est-il vraiment remis de son expérience ? Le voyou Harry Mud, célèbre bad guy de l’univers Star Trek, ne sera pas libéré par le Capitaine Lorca sur le vaisseau klingon. Mais ce dernier n’aurait-il pas sous-estimé le bandit ?
Michael Burnham, personnage principal, servait davantage de prétexte au show. Comme il a été dit plus haut, plusieurs de ces décisions sont incongrues, incohérentes… Mais Burnham est avant tout le moteur de la série, elle lance le contexte de la guerre… Spécialiste des Klingons, elle est intégrée au Discovery qu’on découvre alors. Peu à peu, le personnage se dessine, notamment grâce aux interactions avec l’équipage, mais aussi avec la découverte plus importante de son background difficile ainsi que de la mise en exergue de ses sentiments post-accident du Shenzhou.
Jason Isaacs est le capitaine Lorca, aussi dangereux que déterminé et charmant.
À propos de l’équipage, notons le soin apporté au cast ainsi qu’aux personnages. Lorca, interprété par l’impeccable Jason Isaacs, est un Patton de l’espace, un capitaine prêt à tout pour gagner la guerre. Saru est un officier scientifique d’une race extraterrestre inconnue jusqu’ici, et aux propriétés physiologiques fort intéressantes pour le récit (voir l’épisode 8 Si Vis Pacem, Para Bellum) et au design curieux. Le Discovery habite aussi un couple d’hommes gays en les personnes du Lieutenant Ingénieur Stamets et du Lieutenant Médecin Culber. En cela, la série poursuit le progressisme de l’univers mis en place par Gene Roddenberry il y a déjà cinquante et un ans.
Stamets et Culber
« To boldly go where no man has gone before »
Cette première partie de saison de Discovery, imparfaite soit-elle, constitue de beaux moments dans l’univers Star Trek. Les derniers – réussis – épisodes présentés ont aussi mis en lumière le potentiel du show qui pourrait avoir de belles années devant lui à la manière de Voyager, The Next Generation ou Deep Space Nine. Aussi n’oublions pas que d’autres shows Star Trek ont eu des débuts en dent-de-scie, notamment l’une de plus grandes si ce n’est la meilleure so far so long, Star Trek The Next Generation.
BANDE-ANNONCE – Star Trek Discovery
Star Trek Discovery est disponible sur CBS All Access et Netflix.
Chaque sortie d’un long-métrage estampillé « written by » Aaron Sorkin constitue une occasion de constater l’écrasante domination du dramaturge new-yorkais sur le reste de sa profession. C’est peu dire qu’il était attendu au tournant avec Le Grand jeu, sa première réalisation qui s’inscrit à la fois dans la continuité et en rupture de son œuvre, et s’octroie pour l’occasion les services d’une Jessica Chastain incendiaire.
De l’aristocratie en Amérique
Les gens exceptionnels font le portrait des gens exceptionnels. C’est en tous cas l’observation qui se dégage de la carrière d’Aaron Sorkin, mastermind de l’architecture scénaristique qui éblouit ceux qui essaient de s’en approcher, et Stradivarius érigé comme tel par ses pairs de plume qui ne manquent jamais une occasion de lui administrer leur déférence. Et à en juger par les figures qui constellent sa filmographie, Sorkin ne fait guère mystère de la conscience qu’il semble avoir de son statut. Jugez plutôt : un président des États-Unis durant les quatre premières saisons de The West wing, le sénateur qui a officieusement organisé la débâcle de l’armée Soviétique en Afghanistan dans La guerre selon Charlie Wilson, le créateur du réseau social qui a bouleversé la notion même d’interaction dans The Social Network… Bref, vous l’aurez compris, la filmographie du père Sorkin n’a rien de l’éloge de la normalité qui semble obséder ses contemporains, lui qui n’a cessé tirer le portrait d’une élite à laquelle il s’identifie sans fausse modestie.
Toutefois, on aurait tort d’en conclure que l’écriture de Sorkin ne constituerait pour lui que le support d’un narcissisme de classe qui lui permettrait de contempler son reflet à l’écran. Bien au contraire, son œuvre questionne ses personnages, confronte leurs envies à leurs responsabilités et les jauge à l’aune leur capacité à assumer l’exigence qui s’accompagne de leurs talents. Charlie Wilson est un politicien redoutable et apprécié, mais qui va devoir convoquer ses dons pour faire autre chose que garantir sa place et profiter de la bonne chère. Même chose pour le Will McAvoy de The Newsroom, journaliste surdoué incité à sortir de sa profitable apathie pour se mettre en danger en relevant le niveau de son journal. Quant au président Shepherd (littéralement « berger », on ne saurait être plus clair) du Président et Miss Wade, il recommence à se montrer digne de sa fonction lorsqu’il arrête de penser à sa réélection.
Or, cette notion de responsabilité est essentielle pour comprendre le rapport que Sorkin entretient avec le milieu qu’il dépeint. Chez lui, il ne s’agit pas de faire la promotion d’une oligarchie qui travaille pour elle-même, ou de plonger le spectateur dans les secrets de cour des « premiers de cordées » (pour reprendre l’expression de notre start-upper de président). L’élite à laquelle s’identifie Sorkin, c’est celle de l’aristocratie de l’Antiquité grecque, qui désigne les êtres d’excellence dont les qualités s’accompagnent d’une rigueur morale inattaquable. Soit la définition apportée par le philosophe politique Alexis de Tocqueville, notamment connu et célébré pour son ouvrage De la démocratie en Amérique, qui distinguait la noblesse, caste fermée qui menaçait de s’étioler, avec l’aristocratie qui se renouvelle au contraire par l’apport des talents nouveaux. A l’instar de Brad Bird dansA la poursuite de demain, l’auteur milite pour une élite plus que pour un élitisme et assume de confier les grandes questions sur l’avenir du monde entre les mains des personnages capables d’y répondre. C’est là que réside la dimension morale de The social Network, qui questionnait l’une des inventions les plus emblématiques de la décennie à travers le génie médiocre de son créateur, qui mobilise son intellect hypertrophié pour satisfaire sa basse névrose. Acte qui équivaut à un affront déontologique pour ce chantre d’une utopie « Frank Capraesque » de l’Amérique, où la hauteur intellectuelle n’a d’égal que la probité morale qui incombe à ceux qui ont la charge d’élever le pays au niveau de ses principes.
La plume sous les formes
Or, cette exigence, l’auteur se l’impose à lui-même à travers la haute idée qu’il se fait de son art et l’intransigeance dont il fait preuve quant à la préservation de son intégrité. En tant qu’aristocrate assumé de l’art dramatique, Sorkin se fait un point d’honneur à contrecarrer cette tendance à harceler l’exception pour l’abaisser au niveau de la norme (ou l’idée que les décideurs s’en font). Pas question de vulgariser ses enjeux pour les rendre accessibles à moindre frais, au contraire. Quand l’industrie se met au diapason pour s’adapter à la concentration de plus en plus aléatoire du spectateur/consommateur, Sorkin fait le pari de considérer le public comme un adulte capable d’encaisser un effort d’attention. Qu’il s’agisse de ses célèbres dialogues d’une densité phénoménale, ses dispositifs iconoclastes tournant le dos aux conventions (voir Jobs de Danny Boyle), sa propension à mettre protocole et procédure au centre de ses postulats… Le travail de Sorkin porte dans son ADN le majeur tendu de l’auteur adressé à la culture de masse, quintessence d’un geste artistique qui défie toutes tentatives de marchandisation de son médium. L’exigence est une vertu qui se partage.
Une profession de foi aussi prononcée influe directement sur la reconnaissance du monsieur, qui compte parmi les rares scénaristes dont la patte survit aux réalisateurs qui se l’approprient. Pas le moindre exploit quand on a travaillé avec des cinéastes aux personnalités aussi marquées que David Fincher ou Danny Boyle. Chose exceptionnelle pour un scénariste, Sorkin est même crédité comme créateur de formes avec son fameux « walk and talk », du nom donné à ces séquences caractéristiques de son œuvre dans lesquelles la caméra suit les personnages parler en se déplaçant. Avec un tel déterminisme visuel et scénique dans l’écriture, le passage du monsieur derrière la caméra n’était qu’une question de temps, même si on mesure la pression que représentait une telle transition. Car, si l’on sait déjà que Sorkin trône tout en haut de l’Olympe de sa profession, toute la question était de savoir s’il pouvait relever la comparaison en tant que metteur en scène. Si la personnalité immédiatement identifiable de l’homme de plume faisait écho dans celle de l’homme derrière la caméra…
Or, c’est peut-être parce qu’il était conscient de cet enjeu que Sorkin a choisi de relever le défi en adaptant les mémoires de Molly Bloom, ex-championne de ski qu’un grave accident a éloigné à tout jamais des pistes. Pour rebondir, la belle trouve pied dans le monde underground des parties de poker clandestines, jusqu’à devenir l’égérie du milieu de Los Angeles à New-York… Soit pour 99% des gens le prototype de la success-story dessinant une personnalité extraordinaire à l’aune de ses accomplissements dans un milieu qui ne lui tendait pas les bras. Mais pour celui qui a conté et questionné les destins fictifs ou réels de personnes qui ont littéralement bouleversé le cours de l’histoire récente, l’affaire semble un peu légère. Et pour cause, si Molly Bloom est très vite introduite comme une femme aux possibilités hors-normes, Sorkin la définit avant tout à travers le destin dont un accident improbable l’a privé.
Combattre sans péril, victoire sans gloire ?
De fait, c’est une destinée par défaut que relate Le Grand jeu, le personnage s’échinant à se déterminer en opposition avec ce qu’elle ne pourra pas être. Ainsi, bien que Sorkin s’efforce à relater avec force emphase ludique (façon « comment rendre fun et captivant les truc relous à l’écran », ouvrage cosigné par Martin Scorsese, Oliver Stone et Adam McKay) les stratagèmes tarabiscotés avec lesquels la belle se fait une place au soleil, ses exploits se révèlent constamment atténués par la narration. Structuré en flash-back séparant le présent du récit de sa propre ascension, Le grand jeu confronte sans cesse les dires de Molly au regard sévère de l’avocat à qui elle raconte son histoire. Au point de transformer ses confessions en expertise d’audience dans lesquels ce dernier endosse le rôle de procureur contre sa cliente.
On reconnaît ici l’esprit d’homme de loi, sans doute structuré par la famille de juristes dans laquelle il a grandi, qui a souvent prévalu dans le travail de Sorkin. Son insistance sur les détails protocolaires, ses joutes verbales infusées de syllogismes, ou sa persistance à décliner la dichotomie entre éthique et pragmatisme sont autant de traces du substrat juridique qui a survécu et à bien des égards a façonné la dramaturgie de l’auteur. Dans The Newsroom, l’auteur allait même jusqu’à faire du plateau télévisé sur lequel se déroulait une bonne partie de l’action le tribunal de la chose publique aux États-Unis. Le grand jeu reprend cette logique au cours des échanges entre Jessica Chastain et Idriss Elba mais les ramène à une échelle plus intime, puisque pour la première fois chez Sorkin les enjeux véhiculés par l’héroïne ne concernent… qu’elle-même. Pas de destinées supérieures entre les mains de Molly Bloom, sinon le sort des quelques clients des parties de pokers clandestines qu’elle a organisées de la côte Ouest à la côte Est.
Pour un peu, la matériau apparaîtrait presque trivial au regard de l’arsenal scénaristique déployé. Or, la question se pose dans des termes similaires à Molly Bloom, qui évolue dans un milieu clairement en deçà de ses possibilités intellectuelles. La dialectique inhérente au genre, où le héros/ héroïne s’impose dans un milieu opaque en écrasant les autres de sa supériorité, se retrouve ainsi mise en abyme à l’œuvre dans le dispositif déployé. En effet, Le Grand jeu existe dans une disproportion de moyens qui permet à Sorkin de rouler tranquillement sur la concurrence, mais qui ne se répercute jamais dans l’amplitude thématique et/ou du récit. Pour une œuvre qui s’est toujours distinguée par sa propension à ramener une narration complexe à un fil rouge intimiste immédiatement perceptible, l’absence de grande histoire à travers laquelle regarder la petite laisse dans premier temps songeur. Il faut même un moment avant de comprendre que la raison d’être du film ne réside dans ce constat : Sorkin n’est pas impressionné par Molly Bloom (ou du moins pour les raisons pour lesquelles son parcours semble être raconté).
Confessions intimes
Jusqu’à présent, la filmographie de Sorkin s’est toujours affirmée dans un paradoxe. On l’a dit, l’identification aux personnages qu’il mettait en scène dans ses textes avait valeur de déclaration de supériorité dans son propre corps de métier pour l’auteur. Mais cette identification constituait également un aveu d’humilité vis-à-vis de ces figures, justement parce qu’ils ne font pas le même boulot. Aussi (sur)doué soit-il, Sorkin s’est toujours positionné en troubadours des praticiens qui doivent gérer des problématiques sacerdotales à sa place. Il est à même de cerner les protagonistes du destin exceptionnels qu’il relate à l’écran, sans prétendre se projeter complètement en eux. C’est l’essence classique de son travail, qui construit cette compréhension des personnages en gardant à l’esprit la séparation entre le public et l’écran, à la fois fenêtre et frontière de l’imaginaire dépeint.
On commence à comprendre ce qui a interpellé Sorkin dans le personnage de Molly Bloom. Car à l’instar de son héroïne, Sorkin lui aussi a fait défaut à l’hétérodoxie familiale en tournant le dos à la carrière juridique embrassée par son père, son frère et sa sœur pour emprunter la voie des planches. Comme elle, il a durablement marqué sa profession de son empreinte et tous les deux se sont brulés les ailes dans les excès qui caractérisent leur secteur d’activité respectifs (l’addiction aux drogues dures pour Sorkin, les relations dangereuses et l’illégalité pour Molly Bloom). Et comme elle, ses prédispositions il auraient probablement permis de se distinguer dans un corps de métier moins… trivial.
On le voit, si Molly Bloom est le premier personnage que Sorkin ne regarde pas en contre-plongée, c’est moins par snobisme que par sentiment de proximité vis-à-vis de son parcours. Au final, le reproche formulé en creux à l’héroïne n’est pas tant d’avoir transgressé les limites de la légalité que d’avoir utilisé ses dons pour cela, le personnage d’Elba se substituant au jugement paternel qu’elle cherche à fuir en le poursuivant. . On ne s’aventurera pas à extrapoler sur le degré de vécu que l’auteur a intériorisé dans ce personnage. Ce qui est sur, c’est qu’il n’oublie d’ailleurs pas de mettre l’arrogance de son postulat en perspective, lorsque le sentiment de maitrise de Molly sur son petit monde se retournera inévitablement contre elle. Mais c’est également la raison pour laquelle le film se révèle parfois déceptif sur le cœur de son argument de vente (le business monté par Molly sur les parties de poker), dans la mesure où Sorkin ne semble pas plus intéressé que ça par le milieu dans lequel elle évolue. Rien de franchement honteux en soit, mais le réalisateur semble parfois dissimuler son manque d’intérêt pour le contexte derrière les apparats d’une leçon trop bien apprise, jusqu’à se reposer sur ses dialogues pour meubler . La chose se remarque d’autant plus à la lueur des précédents travaux d’un auteur qui s’est toujours épanoui dans le fait de raconter ses personnages à travers leur travail (le fameux « walk and talk » : parler sans jamais arrêter ce qu’on est train de faire, faire avancer l’histoire dans le mouvement des protagonistes). Y compris dans leurs mécanismes les plus techniques, ici relativement indifférents au spectateur, malgré la volonté de l’auteur d’y injecter du fun.
Ainsi, ce n’est pas tant dans l’ascension de l’héroïne et les passages ou elle se surélève par rapport à ses contemporains qui constitue le cœur du film, mais au contraire ceux qui la descendent de sa position. Jusqu’à présent, les dispositifs scénaristiques atypiques de Sorkin participaient de cette volonté d’inviter l’audience sur le piédestal sur lequel trônaient ses personnages, sans les en faire descendre pour autant. C’est le parti-pris inverse qui est adopté dans Le grand jeu, à travers l’opposition de l’héroïne avec le personnage d’Idriss Elba qui donne lieu aux meilleures scènes du film. Sorkin y révèle d’ailleurs son meilleur profil en tant que metteur en scène, s’efforçant de traduire dans son découpage les rapports de force induits par son texte plutôt que de se contenter de les illustrer. Le procédé fonctionne d’autant plus que la direction d’acteurs se révèle au diapason de cette volonté : Elba y est impérial d’autorité crypto-patriarcale, et Chastain plante une bonne fois pour toutes son drapeau au sommet de la montagne qu’elle occupe depuis un moment déjà. L’actrice parvient à véhiculer une variation épatante de nuances dans une enveloppe outrancièrement sexualisée (de par la nature du rôle) sans jamais trahir de façon nette la distance que son personnage nourri vis-à-vis de sa propre image.
De fait, cette impossibilité pour le personnage de se grandir à travers sa fonction constitue l’enjeu principal du récit, et va cristalliser le lien que le réalisateur-scénariste nourri avec le personnage. Ainsi, dans la mesure où le réalisateur ne réussit à simuler qu’une excitation molle pour le parcours factuel de Molly Bloom (en cela, son surnom de « Loup de Wall Street au féminin » mis en avant par la promo française relève du contre-sens total), c’est ailleurs que Sorkin va construire son respect et l’admiration dont il a besoin pour raconter son histoire. A la faveur d’indices subtilement distillés, c’est ainsi l’intégrité morale de la jeune femme qui emporte l’adhésion du spectateur et l’admiration de l’auteur/ réalisateur qui, rappelons-le encore une fois, a toujours placé la vertu de ses personnages au-dessus de leur intelligence. In fine, Molly devient un personnage éminemment sorkinien, rejoignant la constellation d’autodidactes géniaux qui tapisse la filmographie du grand auteur, qui n’a peut-être jamais autant parler de lui dans un écrin à priori pourtant impersonnel. Les confessions d’un grand auteur sont toujours une chose précieuse. Le grand jeu ne fait pas exception.
Le Grand Jeu : Bande-annonce
Fiche technique : Le Grand Jeu (Molly’s Game)
Réalisation: Aaron Sorkin
Scénario: Aaron Sorkin, d’après Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker, de Molly Bloom
Interprétation: Jessica Chstain (Molly Bloom), Idriss Elba (Charlie Jaffey), Kevin Costner (Larry Bloom), Chris O’Dowd (Douglas Downey), Michael Cera (Player X), Graham Greene (Juge Foxman)…
Photographie: Charlotte Bruss Christensen
Décors: Patricia Larman
Costumes: Susan Lyall
Montage: David Rosendbloom
Musique: Daniel Pemberton
Production: Mark Gordon, Amy Pascal
Sociétés de production : Entertainment One, Pascal Pictures, Huayi Brothers Pictures et The Mark Gordon Company
Sociétés de distribution : STX Entertainment (États-Unis), SND Films (France)
Genre : Thriller, Drame
Durée : 140 minutes
Date de sortie : 3 Janvier 2017
Il semblerait que glamour et engagement soient au rendez-vous pour le prochain Festival de Cannes qui se déroulera du 8 au 19 mai 2018. Pierre Lescure et Thierry Frémaux ont annoncé ce matin que Cate Blanchett en présiderait le jury. Un véritable honneur pour l’actrice aux 12 récompenses mais aussi un symbole pour les femmes du cinéma.
En succédant à l’immense réalisateur espagnol Pedro Almodóvar dont le jury a récompensé The Square en 2017, l’actrice autrichienne aura à cœur de tenir dignement ce rôle. Elle a d’ailleurs déclaré : « Le privilège que l’on me fait de me demander de présider le Jury et la responsabilité qui sera la mienne m’emplissent d’humilité. Cannes joue un rôle majeur dans l’ambition du monde de mieux se connaître en racontant des histoires, cette tentative étrange et vitale que tous les peuples partagent, comprennent et désirent ardemment. » On imagine difficilement la fierté et la passion avec laquelle elle a reçu et accepté la proposition mais on ne peut que s’en réjouir.
Découverte en 1998 dans Elizabeth, Cate Blanchett n’a plus quitté le septième art depuis. Navigant entre des rôles divers et variés toujours joués avec une immense justesse : de films indépendants aux productions à gros budget, elle a touché à tous les genres. L’actrice, aux mille visages dans le cinéma international, a été récompensée deux fois par l’Academy Awards. À l’image de sa carrière hétérogène, ces deux oscars lui ont été remis pour Blue Jasmine de Woody Allen et Aviator de Martin Scorsese. La comédienne a tourné avec les plus grands réalisateurs : Todd Haynes, Malick, Scorsese, Woody Allen, Alejandro González Iñárritu, Anderson, Jarmush et a su passer de films d’auteurs aux plus grands blockbusters américains avec Le Seigneur des Anneaux ou encore Thor : Ragnarok chez Marvel. Sa délicatesse s’allie toujours avec sa volonté et sa détermination pour porter au plus haut ses personnages. C’est une femme du grand écran certes, mais aussi une comédienne qui frôle encore les planches de temps à temps et est d’ailleurs co-directrice du Sydney Theatre Company.
Derrière cette actrice de talent, il y a aussi une grande femme pleine d’engagement qui a su faire frémir Hollywood. L’une des premières à briser le silence concernant l’affaire Weinstein, elle saisit les grandes occasions pour exprimer ses opinions militantes en faveur des droits des femmes et contre le harcèlement sexuel. Cate Blanchett a ainsi créé, avec plusieurs grandes stars américaines, un fonds contre le harcèlement sexuel visant à apporter un soutien juridique et légal aux femmes victimes de harcèlement au travail, et ce, dans n’importe quel secteur. Time’s up est le projet phare de 2018 qui ouvre l’année de manière engagée et déterminée avec une lettre ouverte très claire.
Véritable coup de maître médiatique pour le Festival de Cannes ? Peut être, mais cela est aussi une manière de témoigner leur soutien aux femmes du monde et de porter au rang mondial des luttes pour l’égalité.
Cate Blanchett sera à l’affiche de deux films bien distincts en 2018 : Ocean’s 8, de Gary Ross et Where’d You Go, Bernadette? de Richard Linklater. Deux productions qui en disent long sur la variété de ses choix artistiques. L’éclectisme de sa carrière laisse présager de longs et passionnants débats dans le clan du jury et surtout, une Palme d’or digne de son talent, du moins, c’est tout ce que l’on espère. Réponse le 18 mai prochain…
2017 nous a offert de très bons long métrages mais aussi son lot de déceptions cinématographiques. Parmi eux, Les Proies de Soffia Coppola ou encore Justice League de Zack Snyder… Découvrez notre flop 10, composé des pires films de l’année.
En réponse à notre top 20 des meilleurs films de 2017, il fallait également un flop. Nous aurions pu vous choisir le pire qu’on a pu voir cette année, mais on s’est dit que reparler de A bras Ouverts ou de Raid Dingue n’était pas très intéressant.
Du coup on a préféré vous parler de nos plus grosses déceptions, des films qui auraient pu être des grands mais qui se sont pris les pieds dans le tapis, par de grands réalisateurs ou non.
Il est à noter que parmi ces plus grosses déceptions, on en retrouve qui sont aussi très appréciés, comme 120 battements par minute ou Dunkerque. Pour avoir déçu une partie de la rédaction, ces films échouent aux portes du top 20, et se retrouvent dans ce flop. Comme nous sommes joueurs, vous trouverez le lien vers les critiques, souvent positives, pour ces films plus sources d’avis divergents que vraiment mauvais.
10. A Cure for Life,
de Gore Verbinski
Vincent : « Trop emballé par ses expérimentations visuelles, le prometteur Verbinsky oublie de soigner son scénario. A trop vouloir surprendre le spectateur à grand renfort de twist enchaînés, le film en devient brouillon, incohérent, et finit par marcher de façon un peu trop voyante sur les plates bandes de Martin Scorsese, pour finir comme un mauvais épisode de Chair de Poule. » Kévin B : « La première heure du film, encouragée par une intrigue prometteuse et une esthétique à tomber, nous laisser présager du meilleur! Hélas, Verbinski embourbe son récit dans des situations de plus en plus risibles, jusqu’à un final effarant de ridicule, et pas du meilleur goût ! » Adrien : « 2h30 de beauté glacée où plus le mystère se dévoile, plus on a peur de comprendre vers quoi on va (une déception, spoiler) pour finir dans du grand-guignolesque assez indigent et hors propos. Sacrément dommage. » Note lors de la sortie salle : 2/5
9. Kingsman : Le Cercle d’Or,
de Matthew Vaughn
Vincent : « Problème de rythme, scénario écrit à la vas-y-que-j’te-pousse et manque d’équilibre entre les différents registres. Après la bonne surprise du premier épisode, Vaughn montre ses limites en préférant la surenchère à la cohérence, avec le même problème que Machete Kills : trop de stars tuent la star. » Antoine D : « Le premier film ne cessait de le répéter : c’est à ses manières que l’on juge un homme. Comment donc juger autrement que par ce gâchis putassier et obscène, cette parodie de James Bond coupée à la blague beauf et aux enjeux inconsistants ? » Antoine M : « Ah ça pour valdinguer sur du vide, les Américains savent y faire oui, mais pour proposer un semblant d’empathie, de frisson ou de surprise il n’y a plus personne. » Lire la critique (positive) de Kevin B : 4/5
8. Les Proies,
de Sofia Coppola
Ariane : « Une 1ère partie molle, une fin prévisible et des persos assez creux, ce remake reste bien fade et paradoxalement peu féministe. » Maxime T : « Y’a autant de tension sexuelle que dans un épisode de Derrick. Par pitié, arrêtez de donner des rôles à Colin Farrell. Mention spéciale pour le personnage super mal écrit de la pauvre Kirsten Dunst. » Gwennaëlle : « Une mise en scène élégante pour un film lent et ennuyeux servi par des actrices fades. » Adrien : « Les Proies ou la preuve filmée qu’il faut se méfier des contrefaçons. » Lire la critique (positive) de Kévin L : 4/5
7. Alien Covenant,
de Ridley Scott
Ariane : « Scott détruit sa créature, la créature détruit son créateur. Contemplation désenchantée d’un art morbide où se déchire le voile du mystère ». Tout le mystère installé par Prometheus est dévoilé, un peu dommage. Le film tombe aussi un peu dans le gore sanguinolant au détriment du vrai film d’horreur à atmosphère angoissante comme l’était Alien le 8ème passager. Le traitement du thème de la création est un peu maladroit. Reste un bon Fassbender. » Hervé : « Scott ravage le mythe des xénomorphes en cherchant bêtement et inutilement à expliquer leur création. » Jeap : « Le projet très attendu d’un Alien V par Neill Blomkamp fut officieusement annulé suite à l’annonce d’un Alien: Covenant, dont le résultat reste bien inférieur au simple travail préparatoire de Alien V » Note lors de la sortie salle : 2,5/5
6. Valérian,
de Luc Besson
Vincent: « Malgré son admiration que l’on ne saurait lui démentir pour l’œuvre d’origine, Besson échoue à faire son space opera français. Tous les éléments sont dans le film, mais le réalisateur n’arrive pas à les agencer correctement. Une simple réécriture du scénario avec moins de blabla et plus d’actions aurait déjà rendu l’ensemble beaucoup plus digeste. Décevant, mais toujours moins que la carrière d’Edgar Wright. » Marushka : « Valerian, le pire film de l’année, impossible de faire abstraction du budget exorbitant pour un résultat aussi minable : scénario inexistant, moneyshots inutiles, personnages au degré zéro de toute profondeur, acteurs nuls, effets visuels à vomir. » Kévin B : « Certes, c’est visuellement splendide, et de nombreux décors nous ravissent la rétine. Encore aurait-il fallu un semblant de scénario et des acteurs un minimum convaincants! » Lire la critique (plutôt gentille) de Roberto : 3/5
5. 120 battements par minute,
de Robin Campillo
Mégane : « À force de n’en entendre que du bien, on finit évidemment par être déçu. Si 120 BPM nous offre une très belle et émouvante réalisation, la mise en scène et les personnages se retrouvent quant à eux, complétement caricaturés et bourrés de clichés. De quoi dénaturer cette œuvre, à première vue pourtant si belle. » Benjamin : « 120 BPM alterne entre métaphores balourdes et douteuses, dialogues stupides (mention au « tu fais quoi dans la vie ? » – « je suis séropositif ») et réalisation scolaire des scènes d’amphi, entre autres, pour aboutir à un film cliché empli de lieux communs plutôt qu’une œuvre réflexive sur les notions d’engagement et de pulsion de vie. » Antoine D : « Ayant souffert d’un emballement médiatique disproportionné, quel dommage à l’arrivée de récolter un film ayant le toupet d’être partagé entre un portrait militant subtil et une romance balourde et surannée. » Antoine M: « Film survendu au même titre que La La Land, cloisonnant le spectateur jusqu’à étouffement, 120 BPM propose une belle histoire d’amour guère convaincante teintée de tragédie. » Lire la critique (élogieuse) de Chloé : 5/5
4. Song to Song,
de Terrence Malick
Tina : « Malick caricature son cinéma avec ce Fuck tout Fuck interminable, vide et prétentieux, avec cette pauvre Rooney Mara (et sa voix-off pénible), se contentant d’être mignonne en s’enroulant ridiculement dans des rideaux comme dans une pub pour Guerlain. » Maxime T: « La vision de l’amour par Malick se résume à se courir après en rigolant dans des appartements qui feraient saliver Stéphane Plaza. Seule Rooney Mara peut donner la force de tenir les 2h (et encore). » Chloé : « Que c’est long, et prétentieux, et vide ! Le dernier plan à lui seul achève le spectateur qui se demande vraiment ce qu’il est venu voir : une pub de deux heures pour un énième parfum ou un vague mélo sur la force de l’amour, de l’air pur de l’eau fraîche ? » Lire la critique (positive) de Frédéric : 3,5/5
3. Justice League,
de Zack Snyder
Jeap : « Après les médiocres Suicide Squad et Wonder Woman, la Warner Bros semble continuer dans sa lancée avec un Justice League qui commet les mêmes erreurs que les deux sus-nommés mais en pire. » Marushka: « Justice League, un plan marketing géant aux allures de feu d’artifice de pétards mouillés qui ne sert à rien sauf à annoncer le prochain feu d’artifice de pétards mouillés de la Warner/DCU » Ariane : « Perdu entre 2 réalisateurs, entre l’identité DC et l’humour Marvel, JL piétine et ne garde le cap qu’au cœur de l’action. » Kévin B : « Suite à de nombreuses complications, Justice League se perd entre deux identités incompatibles! En résulte un film malade, terriblement bancal, et qui sonnera peut-être définitivement le glas du DC Universel ». Antoine D : « Monstre de Frankenstein façonné par des corporatistes sans scrupules, Justice League est de cette trempe de films trop soucieux de plaire qu’il en oublie de prendre justement des risques, pourtant jusqu’ici apanage de DC Comics. » Lire la critique (plutôt gentille) de Roberto : 3/5
2. Dunkerque,
de Christopher Nolan
Mégane : « Dunkerque laisse un goût d’inachevé. Nolan semble être passé à côté de son film en nous contant une histoire d’une grande platitude. À la fin du visionnage, Dunkerque nous laisse une sensation de vide sidéral. » Adrien: « Tic tac, tic tac, tic tac. Nolan creuse le sillon entamé avec Interstellar, c’est très conceptuel pour lui, sûrement très profond et probablement sensoriel quand on est pas saoulés par le dispositif lourdingue. Le souci c’est qu’après le film il faut le montrer à des gens. » Hervé : « En reprenant des procédés qui avaient fonctionné dans ses films précédents (les différentes chronologies, la volonté d’être immersif), Nolan se perd complètement dans un film artificiel, excluant des spectateurs qui ne se sentent jamais vraiment concernés par ce qui se déroule à l’écran. » Lire la critique (élogieuse) de Antoine D : 5/5
1. Mother !
de Darren Aronofsky
Maxime T : « Tu la vois ma belle grosse métaphore qu’elle est belle. Rarement vu quelque chose d’aussi insupportable, et comme si ça ne suffisait pas, on nous fout la gueule de J-Law quasi tout le temps en gros plan. » Mégane : « Une pure déception. Tout simplement un méli-mélo d’incompréhension. À trop vouloir en faire et rendre son œuvre unique et originale, Darren Aronosky a fini par se perdre dans son propre scénario. Pour moi, c’est une véritable overdose et une migraine assurée après le visionnage. » Sébastien : « Darren Aronofsky semble s’enfoncer encore plus dans la névrose avec une œuvre certes passionnante mais pleine d’esbroufe, redondante et ringarde dans ses effets visuels grandiloquents. » Chloé : « Mother! est une overdose de tout : signification, sonorités, bruits, musiques, bizarreries, si bien qu’au final, on ne sait plus ce que l’on regarde, à part une énorme purge qui se voudrait très très (trop?) intelligente. » Clément : « Mother! est un film complètement inutile et insignifiant. Tout se veut compliqué mais au final il n’y a rien à comprendre. Nul doute que cette métaphore biblique ratée constituera l’un des plus gros ratés de Darren Aronofsky. » Lire la critique (élogieuse) de Frédéric : 5/5
Comme chaque année et comme tout le monde, la rédaction de CineSeriesMag a choisi les meilleurs films de l’année 2017. Beaucoup de longs-métrages ont marqué la rédaction, comme 120 Battements par Minute, Coco ou La La Land, mais font-ils partie de notre top ? Et surtout, qui succèdera à The Revenant ?
Chers lecteurs,
Chaque année, la constitution d’un top des meilleurs films de l’année est un événement en soi. Chacun y va de son avis, les coups de cœurs et les déceptions ne sont pas toujours partagés, et pourtant, il faut bien arriver à s’entendre. Voici donc notre méthode : chaque rédacteur a donné à absolument tous les films vus une note entre 1 et 10, pour un total de 347 films notés. Chacun des films se retrouvait donc avec une moyenne qui correspond à sa place. Si la méthode est discutable, elle a le mérite de prendre ainsi en compte les avis négatifs, et permet de prendre en compte l’ensemble de la rédaction. Cela explique l’absence de grands films qui ont beaucoup plu, mais qui ont aussi divisé, comme 120 battements par minute qui se retrouve aux portes du top 20. Certains films surprenants ont également leur place; en effet nous avons privilégié la qualité du film et non sa popularité, et c’est pourquoi il fallait au moins 5 votes pour qu’un film soit pris en compte. Certes les gros films peuvent s’en retrouver pénalisés, mais de cette manière, toutes les sensibilités de notre rédaction se retrouvent représentées, et tous les films présents dans ce Top 20 2017 ont une note moyenne comprise entre 7,5 et 8. Il s’agit sans aucun doute des meilleurs films de l’année.
Vous retrouverez le top 10 de nos rédacteurs en dernière page. Bonne lecture 🙂
Sont arrivés aux portes du Top 20, en vrac : 120 Battements par Minute, Moonlight, Baby Driver, Logan Lucky, Dunkerque…
Après le remarqué Snow Therapy, Ruben Östlund décroche la Palme d’or avec The Square grâce au jury présidé par Pedro Almodóvar. Un choix risqué (les comédies étant rarement récompensées, encore moins pour une Palme !) mais audacieux dans le sens où ce film ne fera pas et ne cherche pas à faire l’unanimité. Par sa mise en scène précise et par son art de provoquer un malaise qui engendre le rire, le réalisateur suédois semble à peine caricaturer l’art contemporain et son milieu. Lui-même proposerait alors une œuvre entrant dans cette veine qu’on pourrait désigner (selon son ressenti) arty-contemporaine. Östlund crée-t-il alors un film à partir de ce qu’il dénoncerait ? Cette mise en abyme rend en partie The Square inclassable, trouvant un réel équilibre entre la comédie, le drame, la satire sociale et l’essai philosophique. Surtout, si le long-métrage parvient à se moquer de certaines dérives du milieu de l’art contemporain, on ne peut pas non plus le limiter à une critique de ce monde-là, loin de là. Le décor est surtout un moyen de pointer du doigt une bourgeoisie méprisante, complètement contradictoire avec les valeurs prônées justement dans l’art contemporain dans lequel elle se complait. L’acteur danois Claes Bang est exceptionnel dans le rôle de ce beau gosse terriblement lâche. Lire la critique au moment de la sortie
Après Démineurs et Zero Dark Thirty, le nouveau film de Kathryn Bigelow était attendu au tournant. Et quel uppercut que Détroit, œuvre bouillonnante et en colère retraçant une bavure policière méconnue survenue durant les émeutes de 1967. Cristallisant en sa trame des siècles de tension raciale, ce cauchemar viscéral abandonne l’objectivité de la cinéaste pour embrasser la révolte et la fureur. Peu étonnant, donc, que le film ne plaise pas à tout le monde (d’où échec et polémiques) tandis que le médium cinéma lui vibre encore une fois de cette électricité. Et nous de ce récit sur le fil du rasoir capté par la caméra scalpel de la cinéaste. De son introduction documentée à un deuxième acte intense et fiévreux, menant à une puissante et révoltante conclusion, Détroit cogne, fait mal pour renvoyer la société américaine au sort de ces héros. Face au mur. Lire la critique au moment de la sortie
Avec cette histoire de missionnaires jésuites et de communautés chrétiennes violemment maltraitées en terre nippone, Martin Scorsese revient à ses thèmes de prédilection : comment avoir la foi dans un monde dominé par le Mal ? Comment faire le Bien au milieu d’une violence permanente ? Peut-on sauver des personnes, y compris malgré elles ? Avec ses images sublimes dressant le portrait d’un pays brutal et sauvage, tendu (comme les personnages principaux) entre souffrance et quête de la sérénité, Martin Scorsese signe un très beau film épique et émouvant, et donne à Liam Neeson un de ses plus beaux rôles. Lire la critique au moment de la sortie
Visages Villages est une bulle d’amour et de douceur porté par un duo authentique qui nous fait sourire autant qu’il nous touche. L’aventure d’Agnès Varda aux côtés de JR est captivante dans sa diffusion de la bonne humeur. Un projet fascinant qui donne envie d’en construire beaucoup d’autres pour mettre un peu d’art dans le quotidien, pour montrer surtout que l’art peut être partout. D’un ancien bunker à des containers ou encore à la façade d’un bâtiment, JR expose ses photos sur tous les supports avec l’aide de l’œil aiguisé de la réalisatrice de la Nouvelle Vague. Entre jolies leçons de vie et partage artistique, cette balade a su ravir les spectateurs et la rédaction en 2017. Lire la critique au moment de la sortie
16.
La Planète des Singes : Suprématie,
de Matt Reeves
Les deux volets de La Planète des Singes version années 2010 avaient conquis le public et la critique avec des spectacles aux scénarios soignés, intelligents, et se refusant de céder aux travers des blockbusters classiques, notamment la primauté de l’image sur le reste. Il va sans dire que La Planète des Singes : Suprématie est du même acabit, voire plus. Car ayant la lourde tâche de clôturer la trilogie, le film surpasse tout d’abord ses aînés en repoussant toujours plus les limites des effets spéciaux. Jamais les singes n’ont paru aussi réels, aussi humains grâce aux effets toujours plus saisissants de la motion capture. D’ailleurs, que serait César le leader simien, sans l’incroyable performance d’Andy Serkis ? Que serait le long métrage sans les prestations des autres comédiens, Woody Harrelson en tête, et un scénario explorant encore davantage le clivage entre les hommes et les singes, à grands coups de références (Apocalypse Now, La Grande Évasion…), et d’une mise en scène encore plus soignée ? Que serait une trilogie sans une conclusion digne de ce nom ? La Planète des Singes : Suprématie est un peu tout cela à la fois : une fin épique, et l’un des meilleurs blockbusters de 2017 ! Lire la critique au moment de la sortie
Si American Honey mérite sa place dans le top 2017, c’est avant tout parce que c’est un film poignant et épris de liberté, qui nous donne envie de tout plaquer pour prendre la route sans se soucier des conventions et des contraintes du quotidien. C’est une œuvre d’affranchis. Andrea Arnold, pourtant britannique, arrive parfaitement à capter l’esprit d’une Amérique jeune et marginale, en signant avec American Honey un road-movie énergique qui fait souffler un vent de folie sur le cinéma. Long métrage aussi atypique que marquant, ce constat à la fois désenchanté et criant d’énergie s’avère être une ode à la vie poétique et déjantée qui capture la modernité et la sauvagerie d’une époque singulière. Lire la critique au moment de la sortie
14.
Mise à mort du cerf sacré,
de Yorgos Lanthimos
Le Grec Yorgos Lanthimos est un des cinéastes les plus passionnants et vraisemblablement les plus passionnés de notre temps. Non content de développer une thématique intéressante et foisonnante, celle d’une société dysfonctionnelle, il le fait avec une maîtrise quasi-absolue du langage et de la grammaire cinématographiques. Des plans tirés au cordeau, où le fait que tout soit millimétré n’est jamais entaché du soupçon de posture ni d’attitude programmatique. Au contraire, son style contribue majoritairement à rendre ses films inoubliables, car vraiment singuliers et vraiment personnels. Ce cinéaste, qui met un autre génie, Apichatpong Weerasethakul, dans son panthéon personnel est une des très bonnes surprises de ces quinze dernières années.
Dans Mise à mort du cerf sacré, il n’en va pas autrement. S’appuyant sur la tragédie antique grecque, celle d’Iphigénie, qui est précisément une histoire de vengeance et de sacrifice, le film raconte le passage d’une famille américaine sur papier glacé à une entité dystopique faite d’une violence de film d’horreur, où la vengeance, le remords, la culpabilité et l’expiation ont une place de choix. Chaque grand angle, ou à l’inverse chaque gros plan, chaque plongée et contre-plongée, tous minutieusement et magnifiquement réalisés, sont choisis pour plonger le spectateur dans une immersion totale à l’intérieur du monde allégorique de Lanthimos. Tous réussissent à installer une tension incroyable dans un film qui pourtant porte les marques de fabrique du cinéaste comme des dialogues quasi-mécaniques, et une froideur générale de la tonalité, considérées (à tort ici) comme peu porteuses d’émotion.
Un des meilleurs films de 2017, Mise à mort du cerf sacré est également le meilleur film de Yorgos Lanthimos à ce jour, en combinant l’originalité propre à ses films, et l’expérience accumulée tout au long de ses six longs métrages. Un vrai bonheur de cinéphile. Lire la critique au moment de la sortie
Good Time n’a rien remporté au dernier Festival de Cannes même s’il a fait sensation. Pourtant, ce petit bijou des frères Safdie (qui sortaient jusqu’à présent des films plutôt confidentiels) avait les épaules pour finir dans le palmarès. Le scénario tient en théorie sur un timbre-poste mais les réalisateurs parviennent à nous offrir un long-métrage d’une richesse incroyable. A travers cette odyssée folle avec une approche expérimentale dans un New York glauque, à la After Hours de Martin Scorsese (sans chercher non plus à le copier), Good Time est autant drôle que touchant (son générique final est particulièrement émouvant), autant rafraîchissant que désespérant. En grand frère paradoxalement aimant et toxique, Robert Pattinson nous confirme définitivement qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération en nous livrant ici une interprétation intense. Lire la critique au moment de la sortie
12.
Laissez bronzer les cadavres,
de Hélène Cattet et Bruno Forzani
Après s’être amusé à déconstruire le giallo, c’est au tour du western spaghetti de passer à la moulinette du couple Hélène Cattet/Bruno Forzani. En adaptant Laissez bronzer les cadavres, une série noire signée Bastid/Manchette, le duo français nous convie à un règlement de comptes dans un village abandonné en Corse. Sous ce scénario assez simpliste se cache cependant une proposition de cinéma des plus radicales. Au gré des diverses expérimentations, les deux cinéastes donnent naissance à une œuvre extrêmement sensorielle. Chaque plan regorge d’idées. Couleurs saturées, sons amplifiés, jeu sur les textures, soundtrack rendant hommage au cinéma bis des 70s, Laissez Bronzer les cadavresbouscule tous les sens du spectateur dans un rollercoaster d’une intensité rarement vue au cinéma. Le genre d’œuvre typiquement conçue pour la salle afin d’en décupler l’expérience. Lire la critique au moment de la sortie
Dans une année marquée par la symbiose musicale (Baby Driver, La La Land,…), le dernier né des studios Pixar fait figure de Nouvelle Star. Coco, puisque c’est son nom, est un enchantement, une merveille comme seul le studio à la lampe est capable d’en produire. Visuellement à tomber par terre, thématiquement vertigineux, Coco reste pourtant d’une simplicité et d’une aisance désarmante par la sincérité qui émane de sa démarche et de sa fabrication (pourtant monumentale). Revenu aux films d’univers, Pixar s’empare ici (à la manière de Ratatouille) d’une culture étrangère pour la sublimer et y bâtir le support d’une mythologie riche et foisonnante. Un nouveau monde qu’on se passionne à explorer, riant et vibrant durant le voyage, en larmes lors de notre arrivée à destination. Et où la musique réchauffe et étreint le cœur. Du très grand cinéma et probablement plus encore. Lire la critique au moment de la sortie
La saison 4 de Black Mirror vient de débarquer sur Netflix. Avec 6 épisodes supplémentaires, la série d’anthologie affirme encore une fois sa maîtrise et son goût pour les récits fascinants et dénonciateurs. Critique.
Quand la série Black Mirror s’est faite remarquer, elle a vite été considérée comme un OVNI télévisuel mais a rapidement acquis une notoriété et un public. Avec seulement 7 épisodes, la série attire l’attention de Netflix qui décide de produire deux nouvelles saisons, chacune composées de six épisodes. Le concept est simple et rappelle la structure des Contes de la crypte : chaque épisode est autonome et se déroule dans un univers différent. L’ensemble des épisodes sont reliés par leur posture critique envers la société moderne et notamment l’usage des nouvelles technologies. Depuis les premiers épisodes, la réalité rattrape la série et des technologies évoquées dans le show prennent leur place dans le monde réel. Avec cette 4ème saison, Black Mirror évoque différents genres cinématographiques ( la comédie romantique avec « Hang the DJ », le drame familial avec « Arkangel », la série B avec « Metalhead », le space opera avec « USS Callister » ) et aborde de nouvelles thématiques ( le contrôle parental, l’invasion des objets connectés, la prolifération de l’intelligence artificielle ou encore l’avènement des applications de rencontres ). Plus optimiste que les saisons précédentes, ce quatrième chapitre offre à ses intrigues des conclusions moralistes mais plus éclairées. La technologie n’est désormais plus le symbole infernal d’une société dépassée mais un cadeau à double-tranchant. Sans aucun doute, Black Mirror est la version moderne de la Quatrième Dimension.
USS CALLISTERréalisé par Toby Haynes (4 x 01) avec Jesse Plemons (Friday Night Light), Cristin Milioti (Fargo), Jimmi Simpson (Westworld), Michaela Coel (Chewing Gum) et Billy Magnussen (Aladdin).
Toby Haynes signe là le meilleur épisode de la saison et l’un des plus remarquables de la série. Prenant le ton de pastiche des space-opera à la Star Gate, l’épisode conte les aventures galactiques d’un vaisseau dans l’univers de Space Fleet. Surprise, les équipiers du vaisseau sont en réalité des humains piégés dans le délire d’un informaticien à l’égo surdimensionné. Reprenant les codes des récits de science-fiction, USS CALLISTER offre une œuvre colorée sous tension et une réflexion sur les possibilités terrifiantes de l’intelligence artificielle lorsque mêlée à la cruelle nature humaine. Jesse Plemons, déjà vu dans Friday Night Lights, excelle dans son rôle double de capitaine et de looser et Cristin Milioti, vu dans Fargo ou How I met Your Mother, retient l’attention par son charme et son énergie. Loin de la poésie et des longueurs de la série, USS CALLISTER est un épisode dynamique dont la moitié des événements se déroule en quelques heures. Un shoot d’adrénaline.
ARKANGELréalisé par Jodie Foster (4 x 02) avec Rosemarie Dewitt (United States of Tara), Brenna Harding (A Place to Call Home) et Owen Teague (Bloodline)
A l’opposé de l’épisode précédent, Arkangel se concentre sur un drame familial où une mère paranoïaque implante une technologie à l’intérieur de sa petite fille pour surveiller tous ces agissements. L’épisode est très fidèle à l’identité des premiers épisodes de la série et rappelle les récits intimistes de « Retour sur image » ( 1×03) ou « Bientôt de retour » (2×01). L’intrigue se concentre sur la jeune fille, représentée pendant l’enfance puis l’adolescence, tandis qu’elle grandit et s’émancipe face à une mère aimante mais bien trop intrusive. La douleur de la mère, interprétée avec justesse par Rose Marie Dewitt, est communicative mais le désir de s’émanciper de sa fille est tout à fait compréhensible et louable. Ici la technologie est vouée à protéger les enfants, mais devient vite un élément dangereux et liberticide. En plus d’apporter une morale ambiguë, l’épisode fait le constat de parents dépassés par la trop grande exposition qu’offre Internet à leurs enfants, mais transmet aussi un message alarmiste sur le contrôle parental.
CROCODILE réalisé par John Hillcoat ( 4×03) avec Andrea Riseborough (Bloodline), Andrew Gower (Outlander) et Kiran Sonia Sawar (Murdered By My Father)
Avec cet épisode, John Hillcoat délivre un des épisodes les plus faibles de la saison. Avec des airs de déjà-vu, « Crocodile » raconte deux histoires en même temps qui vont finir par se rejoindre. D’un côté, on suit une femme prête à tout pour se débarrasser des preuves et des témoins d’un meurtre que son ex-petit copain à commis des années auparavant et de l’autre une employée de la police qui reconstitue une scène de crime à travers une technologie qui permet de fouiller dans les souvenirs des témoins. La confrontation des deux protagonistes est inévitable et offre un final au premier abord cruel mais dont on se délecte avec le sourire grâce au rebondissement final. Cependant le rythme est bien trop lent pour passionner et le récit met du temps à nous faire comprendre de quoi il s’agit. On peut retenir une métaphore intéressante sur les traces douteuses qu’on laisse sur les espaces numériques, et qu’il est quasi-impossible de faire disparaître.
HANG THE DJ réalisé par Timothy Van Patten (4×04) avec Tim Van Patten (The Sopranos, Game of Thrones), Georgina Campbell (Flowers, Broadchurch), Joe Cole (Peaky Blinders) et George Blagden (Versailles, Vikings).
« Hang the DJ » tient son intérêt par son concept cocasse et ingénieux : imaginez si avant de vivre une relation amoureuse vous saviez combien de temps elle allait durer. A partir de cette idée rigolote, « Hang the DJ » propose une comédie romantique où deux personnes vont tomber amoureuses alors qu’elles sont destinées à ne rester que douze heures en couple. Bien qu’originale au premier abord, l’idée a déjà été traitée dans la comédie romantique Timer, sorti en 2009. Le traitement de la romance est très classique et attendu mais « Hang the DJ » est un bel épisode à des kilomètres de la noirceur ambiante de Black Mirror. Cependant dans ces dernières minutes, l’épisode surprend et retourne son histoire à l’envers pour offrir un petit clin d’œil aux applications de rencontres qui restructurent nos rites conjugaux et ré-organisent notre rapport à l’amour et à la sexualité.
METALHEAD réalisé par David Slade ( 4×05) avec David Slade (Hannibal, American Gods), Maxine Peake (Silk), Jake Davies (The Missing) et Clint Dyer (Hope Springs)
Black Mirror propose son épisode le plus atypique à travers celui-ci. Avec aucun élément de contextualisation, « Metalhead » retrace une course-poursuite entre une femme et un robot tueur. L’épisode puise dans la série B et se révèle être un croisement curieux entre Duel de Steven Spielberg et Rubber de Quentin Dupieux. Grâce à sa mise en scène et sa photographie bichrome, ce cinquième épisode se pose comme un simple exercice de style sublimé par un bel usage des reflets et des ombres. Si on peut y voir une angoisse sur l’intrusion des objets connectés, « Metalhead » tient son intérêt bien plus dans la forme que dans le fond, curieux pour un épisode de Black Mirror. Le méchant est très peu menaçant et la tension est peu palpable malgré une maîtrise de celle-ci pour insuffler du suspense. Quelques fulgurances de la caméra sont à retenir en dépit d’un message peu clair.
BLACK MUSEUMréalisé par Colm McCarthy (4×06) avec Babs Olusanmokun (Roots, The Defenders) Douglas Hodge (Catastrophe) et Letitia Wright (Humans).
« Black Museum » est un des épisodes les plus passionnants et fascinants de la série. A l’image de l’épisode de Noël, « Black Museum » imbrique plusieurs récits et ce en trois volets. Chacune des histoires racontée aurait pu mériter un épisode entier. Dans la première, on découvre un médecin qui développe une obsession malsaine à travers une technologie qui le connecte à la douleur de ses patients. Dans le second, on rencontre un père de famille qui, suite à la mort de sa femme transmet sa conscience dans son propre cerveau pour qu’elle puisse continuer à lui parler. Dans le troisième..il faudra voir l’épisode pour ne pas être spoilé sur le dernier clou du spectacle. L’ingéniosité du scénario nous permet de conceptualiser les enfers numériques, qui pourraient devenir la première arme des intelligences artificielles. Avec cet épisode vicieux, Black Mirror établit une connexion avec le spectateur : il faut être animé par un voyeurisme et un goût pour le morbide pour continuer à se délecter des épisodes de Black Mirror de la même manière que les visiteurs du Black Museum prenne un malin plaisir derrière le rideau rouge.
Black Mirror – Saison 4 | Bande-annonce officielle