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Game of Thrones, Stranger Things… : Le top 5 des meilleures saisons de 2017

À l’approche de la nouvelle année, il est temps de dresser le bilan des meilleures saisons de 2017. Game of Thrones, Stranger Things mais aussi The Leftovers, voici le top 5 de la rédaction !

De belles nouveautés se sont démarquées cette année, à l’instar de The Handmaid’s Tale ou 13 Reasons Why, mais d’autres séries plus anciennes ont réussi à s’imposer dans le paysage télévisuel. Un top cependant plus diversifié que celui de l’an passé, Netflix est toujours aussi présent, mais d’autres chaines payantes comme Showtime et HBO ont cependant fait de l’ombre au géant du streaming.

Synopsis : L’hiver est enfin arrivé à Westeros. Tandis que Jon Snow essaye de trouver des alliés pour vaincre les Marcheurs Blancs qui approchent, Daenerys est finalement arrivée sur le continent avec son armée, prête à récupérer le Trône de Fer des mains des Lannister. De son côté, Cersei, devenue reine des Sept Couronnes, s’associe avec Euron Greyjoy des Îles de Fer pour lutter contre la mère des dragons…

Après une sixième saison réussie, c’est sans grande surprise que Game of Thrones se retrouve de nouveau dans le top de l’année pour son avant-dernière saison. Plus courte, mais plus intense, les événements s’accélèrent : Daenerys a enfin montré de quoi elle était capable, de nouvelles alliances stratégiques se créent, tandis que l’armée des morts s’apprête à franchir le Mur. Malgré des incohérences scénaristiques les fans (et la rédac’) attendent de pieds fermes le chapitre final prévu pour 2019.

Perrine Mallard

Après nous avoir habitués au délice de la frustration sérielle, cette nouvelle saison nous offre absolument tout ce que nous attendions sur un plateau à tel point qu’elle en devient écœurante et sans surprise. La chronologie totalement incohérente n’aide en rien.

Maxime Thiss

Avec un rythme bien plus effréné, la série prend clairement conscience de son rôle de blockbuster sérielle et nous en met plein les yeux pendant 7 épisodes.

Kévin Beluche

Si la trame scénaristique perd en densité, cette saison gagne clairement en efficacité grâce à des scènes d’action maîtrisées et un caractère épique de plus en plus affirmé! Vivement la suite!

Maxime Kasparian

En dépit d’une narration très accélérée, à laquelle le spectateur ne sera pas habitué au premier abord, les showrunners nous offrent une saison exceptionnelle. Des batailles grandioses, une histoire passionnante jusqu’à l’épisode final réunissant pour la première fois les principaux protagonistes. HBO met les bouchés doubles et prépare une saison finale exceptionnelle.

  • Twin Peaks saison 3 – créée par David Lynch

Synopsis : « See you in 25 years« . Nous pensons retrouver la suite des aléas mystiques de notre ville de Twin Peaks. Nous faisons finalement connaissance avec un monde sombre, plus lent, comme figé dans un entre deux temporel plus violent et plus agressif que jamais. Nos personnages tous plus colorés les uns des autres dans les premières saisons nous apparaissent que petit à petit à l’écran, chacun tristement froids et perturbés. La version maléfique de Cooper a enfermé depuis des années notre personnage lumineux dans la loge noire, est-il toujours possible d’inverser les rôles, et peut-être retrouver l’ordre normal des choses.

Il aura fallu attendre plus de deux ans avant de voir enfin ce retour tant attendu d’une œuvre magistrale qui a marqué toute une décennie de sériephiles tiré de l’œuvre d’un cinéaste hors norme qu’est David Lynch. Si la nouvelle saison de Twin Peaks n’a pas déchaîné autant les passions comme 25 vingts plus tôt, ne s’adressant finalement qu’à une grosse poignée de fans et de curieux (comme le prouvent les audiences désastreuses aux États-Unis comme chez nous sur Canal +), cette « mini-série » n’en reste pas moins une œuvre à part, qui fait débat, qui a ses adorateurs et ses détracteurs, et qui méritait bien le place dans le top 5.

Perrine Mallard

Un chef d’œuvre sériel comme on en voit peu, qui ne tombe pas dans la nostalgie mais qui est au contraire foncièrement moderne. La grande série politique de notre époque.

Adrien Beltoise

Même si certains moments ont été très douloureux, Lynch s’amusant à jouer avec nos nerfs, le cinéaste américain aura proposé avec cette troisième saison quelque chose qui fera date dans l’histoire de la télévision. Une œuvre radicale.

https://www.youtube.com/watch?v=vsdRG0mJj-w

Synopsis : Trois ans se sont écoulés depuis l’invasion de Miracle par les « Guilty Remnant. » Kevin Garvey est désormais à la tête de la police locale, son ex-femme, Laurie est en couple avec John Murphy, tandis que Nora Durst continue de travailler sur les fraudes liées au Ravissement. Ils vivent tous ensemble à Miracle, qui s’anime de plus en plus à l’approche du septième anniversaire des disparus…

Damon Lindelof l’a fait : il a crée une série tout aussi mystérieuse que l’a été LOST en son temps. En trois saisons, Justin Theroux, mais surtout Carrie Coon, nous ont émerveillés à travers leurs personnages complexes et brisés par la disparition de 2% de l’Humanité. Les créateurs nous l’avaient promis, ils n’expliqueraient pas concrètement ce qui est arrivé aux disparus. Le final reste assez énigmatique, obligeant le spectateur à l’interpréter lui-même comme bon lui semble, et c’est la force de The Leftovers : nous forcer à croire, nous devons comprendre les choses, sans forcément les voir. Chapeau Monsieur Lindelof pour ces trois années sérielles exceptionnelles.

Perrine Mallard

Toujours aussi mystérieuse, cette dernière saison ne pouvait pas se finir autrement. Entre humour et profonde tristesse, The Leftovers restera dans les esprits.

Maxime Thiss

Tout simplement la plus belle œuvre de 2017 tout support confondu. D’une puissance picturale sans égale, d’une intensité émotionnelle quasi-divine, un grand témoin de l’Humanité.

Maxime Kasparian

Damon Lindelof avait déjà offert deux premières saisons très mystérieuses. Il continue sur sa lancée en nous offrant un final qui joue sur l’émotion et sur l’humain avant de donner « sa » réponse sur les disparus. Une belle série qui joue sur les croyances et l’espoir. Sans doute un LOST plus réfléchi.

Synopsis : Trois ans ont passé depuis la mort de Danny Latimer et le procès de Joe Miller, qui l’a vu ressortir libre. Alec Hardy et Ellie Miller ont une nouvelle affaire : Patricia Winterman a été violée lors d’une soirée et les premiers éléments indiquent qu’un prédateur sexuel est dans les environs de Broadchurch.

Deux trop longues années ont suffi à nous faire regretter passionnément les enquêtes de Miller et Hardy, le duo le plus électrique et stimulant jamais vu depuis Fox et Mulder, surtout grâce aux interprétations magistrales et sans faille de David Tennant et Olivia Coleman. Si la deuxième saison était centrée sur le procès de Joe Miller, le mari du sergent Ellie et présumé coupable du meurtre du petit Dany Latimer sur fond de pédophilie, la troisième s’ouvre sur un autre sujet de société tout aussi tabou, le viol. Les critiques sont unanimes et le public bien au rendez-vous pour cette dernière et ultime saison d’une des meilleures séries policières dramatiques, créée par Chris Chibnall qui avait fait ses preuves sur Life on Mars (International Emmy Award 2006 de la meilleure série dramatique) et maintenant sur Doctor Who saison 11, prenant ainsi la relève de Steven Moffat. La fin d’un mythe distribué dans plus de 180 pays et ayant connu deux adaptations très plates (Gracepoint et Malaterra).

Hervé Aubert  

Le spectateur retrouve dans cette saison 3 toutes les qualités de Broadchurch : la profonde humanité de ses personnages, le suspense d’une nouvelle enquête et les conséquences des précédentes, les dialogues ciselés, l’interprétation remarquable.

Antoine Mournes

« Après s’être attaqué à la pédophilie ou aux erreurs judiciaires, la saison 3 de la série Broadchurch tape tout aussi fort avec le viol. Sans jamais être moralisateur, le message fictionnel qui s’en dégage sonne plus que juste. Atteint de grâce, cette dernière saison ne manquera pas de marquer toute une génération de sériesphiles qui pleure une des meilleures, si ce n’est « la », série policière dramatique de ces dix dernières années. »

Synopsis : Un an après l’attaque du Démogorgon, Will a finalement pu retrouver sa famille et ses amis, mais garde des séquelles de son séjour du monde à l’envers. Libérée à son tour de cette étrange dimension, Onze décide de percer les secrets qui entourent ses origines…

Stranger Things a été un véritable succès durant l’été 2016 à travers son histoire aux bons nombres de références rendant hommage au cinéma de Spielberg des années 80. Alors qu’ils avaient l’intention d’écrire une seule saison au départ, les frères Duffer parviennent à développer une seconde saison tout aussi passionnante. L’humour, l’énergie et les mystères du début restent intacts et on attend avec impatience ce qu’ils ont l’intention de faire pour la suite.

Adrien Beltoise

La première saison faisait sa sympathique soupe dans les meilleurs pots, la saison 2 se contente de la réchauffer. Malgré sa solide exécution, beaucoup d’inintérêt pour ce qui se passe ici notamment tout ce qui à trait à l’Upside-Down. Espérons que la saison 3 change la recette.

Maxime Thiss

On a un peu l’impression que les Duffer Bros ne savent pas trop où aller après la première saison. Résultat on reprend les mêmes ingrédients et on fait la même recette, sympathique mais redondant

Perrine Maillard

Cette deuxième saison arrive à surpasser la première avec encore plus d’humour et de personnages attachants. La série feel-good de l’année.

Kévin Beluche

Certes, l’effet de surprise n’est plus aussi fort que l’année passée. Mais le plaisir de retrouver cette bande de gamins dans des aventures rétro toujours plus impressionnantes est toujours intact !

Maxime Kasparian

Une première saison réussie, les frères Duffer ont eu l’énorme challenge de faire aussi bien voir mieux que l’an passé. Mieux peut-être pas, mais ils continuent de bien développer leurs personnages et la mythologie autour du monde à l’envers, avec toujours de belles références aux années 80. Espérons juste qu’ils ne tournent pas en rond pour la troisième saison.

https://www.youtube.com/watch?v=KnxpN83hmVM

La rédaction a voté parmi 60 séries, ces saisons auraient pu rentrer dans ce top 5 : 

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Blockbuster et Cinéma en 2017 : une destruction du mythe

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Alien Covenant et Star Wars VIII : Les Derniers Jedi, sortis cette année, n’ont pas fait que des heureux. Nombreux sont les fans qui ont crié au scandale. Cependant, au-delà du résultat et de la qualité première du film, l’attente du public érudit et de plus en plus connaisseur des univers en question se télescope avec la démolition même du mythe de ces sagas. Dans une époque où les blockbusters tendent à se ressembler, en voulant copier l’original pour ne pas échauder leur auditoire, la construction même de la continuité de ses sagas ne proviendrait il pas de la destruction de leur symbole ?

Excepté l’extraordinaire Mad Max Fury Road et le taiseux et magnifique Blade Runner 2049, la mécanique à la fois narrative et esthétique des blockbusters dérive toujours plus ou moins vers la même chose : la preuve avec les firmes Marvel et DC Comics qui, la plupart du temps, nous récitent toujours la même leçon. Alors qu’un film comme Ghost in The Shell de Rupert Sanders ne présente lui aussi guère d’indépendance par rapport à son matériel de base, certains blockbusters sortis cette année jouent les effrontés et font donc office de machine à laver, avec une dimension qui vise à effacer les grands mythes du cinéma, à rabaisser leur légende et qui voit par ce biais, s’insérer cette idée que le jeunisme doit prendre ses galons. Certes, dans Star Wars VIII : Les Derniers Jedi ou même Logan de James Mangold, l’espoir est de mise malgré tout, avec l’écriture de nouveaux personnages, l’émergence de la notion de transmission et de passage de témoin qui essaye tant bien que mal de faire perdurer la « lignée ». Mais à quel prix ? Il n’y a qu’à ressentir les regrets, la folie, la violence de Logan ou Alien Covenant pour comprendre que pour avancer, il faut détruire.

Mais au-delà de cette fenêtre ouverte sur un monde nouveau, la notion de passé et celle de blockbuster ne font pas bon ménage lors de cette année 2017. Avec Rian Johnson qui fait de son Kylo Ren un nouveau tyran ambigu et nerveux qui veut tout effacer, tout bruler et construire une nouvelle ère sur un sol jonché du sang de ses anciennes gloires, Star Wars prend alors une direction qui n’était pas forcément celle que certains attendaient, notamment après un épisode 7 qui gravait dans le marbre le miroir et l’emblème de la nostalgie. Mais la firme Star Wars n’est pas la seule saga à vouloir brouiller les pistes, à vouloir éteindre le flambeau d’une dynastie cinématographique assise sur une horde de fans assoiffés de nouveaux épisodes. Même s’il s’est excusé et qu’il a compris la vision de Rian Johnson, Mark Hamill, l’acteur incarnant Luke Skywalker, a expliqué son désaccord avec le cinéaste sur le tournage du film. Même si Le Réveil de la Force de J.J Abrams initiait cette notion de passé avec notamment les scènes entre Kylo Ren et Han Solo, Les Derniers Jedi a cette qualité de se servir du passé comme point d’appui narratif pour faire avancer son récit, tout en voulant le détruire de l’intérieur pour faire table rase et faire naître une nouvelle saga. Dans Le Réveil de la Force, on voyait apparaître le début d’un duel de deux êtres en proie au doute (Kylo et Rey), jeunes et encore inconscients de leurs potentiels, mais leur sort est aussi une métaphore, un message subliminal d’un film qui avait peur de ne pas être à la hauteur de ses ainés (la trilogie). Le film, les personnages, les acteurs, se rendent compte eux-mêmes de la dureté de la tâche, la peur de ne pas plaire à quelques choses qui les dépasse (le public). Dans cette optique, il faut tuer le créateur, cramer un passé soit disant immortel. C’est presque un rite de passage.

Pourtant, la plus grande discorde, le plus grand désaccord entre une saga et ces fans a été le fameux et fascinant Alien Covenant qui fait désormais office de vilain petit canard, le mal aimé, le film malade qui démystifie l’aura de ce qui fut créé précédemment par ce même Ridley Scott. On est presque devant un cinéaste, qui désavoue avec une ironie crasse sa légende, qui nargue le public et qui crache sur le symbole de Alien. Pour beaucoup de fans, le film est renié, comme s’il n’existait pas. Alors qu’on pensait la recette des blockbusters déjà pré écrites et connue de tous tant sa forme que dans le fond, des œuvres comme celles de Ridley Scott prennent à revers beaucoup de préjugés. Détruire les souvenirs pour mieux en recréer.

Dans une ère clientéliste du cinéma et qui n’a cesse de caresser ses spectateurs dans le sens du poil, Alien Covenant est une bouffée d’air frais, ou pour certains, une erreur de casting qui voit un réalisateur boire le calice jusqu’à la lie. Aux jeux des comparaisons, il est intéressant de voir les similitudes entre les opus décriés comme ce fut le cas avec Alien Covenant, The Last Jedi ou même Batman v Superman : ces films malades dotés de thématiques fascinantes mais qui déambulent au travers de scénario parfois vacillant, à l’imagerie iconique et noire comme en témoignent les personnages de Kylo Ren ou de David dans Covenant. Des nihilistes qui veulent se débarrasser et cracher sur la légende, avec ce sentiment de souffre et de haine d’un monde avec lequel ils cohabitent. La puissance d’Alien Covenant, c’est son atmosphère, parfois ridicule, mais intransigeante et noire, qui suinte la mort du cinéma de Ridley Scott ou celle de ses personnages, il y a un sentiment de désolation, de vomissure, d’un nihilisme goguenard et ricaneur, un regard robotique et malin sur des humains qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas : les mêmes qui expliquent qui peut créer et qui ne le peut pas. Belle allégorie du cinéma et des fans de cinéma.

Au-delà de cette démythification des sagas et de leur essence même, de cette velléité cinématographique à vouloir casser pour mieux réparer, il y a cette idée de création et d’appropriation. Dans Alien Covenant, Ridley Scott est David et David est Scott : un créateur, une âme en peine qui par égo ou opportuniste se prend pour le roi du royaume. Le public est de plus en plus connaisseur, s’immisce de plus en plus dans le marketing lié aux films, et étaye un nombre incalculable de théorie au moindre indice. Ce qui laisse aucune place au mystère ni d’espace de création à des artistes qui doivent faire face aux attentes du public et à la pression de boites de productions qui veulent rentrer dans les clous. Ce qui donnent parfois des ratages incroyables tels que Justice League. Malgré le départ de Snyder suite au drame qu’il a vécu, ce que l’on comprend tous, le film ne semble appartenir à personne, comme si on avait essayé de réanimer un cadavre devenant un monstre de Frankenstein difforme et immonde. En ce sens, cette cassure avec le passé, menée soit les réalisateurs ou par les producteurs, démontrent une envie de créer, de modeler à leur guise, voir de briser le jouet comme bon leur semble.

Une scène est assez marquante dans Alien Covenant : lorsque David fait le tour de son musée des monstres, on pourrait penser que le cinéaste nous fait un monologue sur ce qu’il pense lui-même de sa propre saga, qu’il s’approprie le monstre à lui seul : Ridley Scott reconstruit son mythe et le brûle dans le même temps, amplifie ses multiples symboliques mortifères. Walter, est James Cameron, un ersatz de Ridley Scott dans la mythologie Alien si l’on suit ce dernier. Le pire, c’est le destin du monstre : alors qu’il était au-dessus de tout dans la saga alien, il ne devient qu’une arme, qu’une création meurtrière qui éviscère tout ce qui bouge autour de lui et qui écoute son maitre bêtement comme un chien qui attend sagement sa croquette. C’est tellement risqué mais fascinant de voir un réalisateur faire rejaillir sa haine de l’homme dans son propre film : surtout que la science-fiction se prête allégrement à ses divergences.

Tout comme Thor, dans Thor Ragnarok, à qui on enlève son arme pendant quasiment toute la durée du film, qu’on humilie, qu’on émascule presque ou dans The Last Jedi où le combat final ne se gagne pas au sabre laser comme il aurait dû. Chez Marvel, on avait déjà entraperçu cette volonté de démythifier l’aura des personnages avec par exemple Iron Man 3 et le twist très clivant autour du Mandarin. Il y a dans cette firme cette capacité à vouloir dédramatiser le symbole pour le rendre plus humain, plus faible. Et Thor Ragnarök est le sommet de cette envie Marvel : un humour qui n’est plus là pour servir la situation (comme dans Avengers), mais qui devient maintenant la rythmique même de la scène à l’image des Gardiens de la Galaxie 2 : ce qui malheureusement n’est pas une bonne idée et fait très peur pour la suite de la franchise.

Les xénomorphes, les jedis, ou les super héros, tous ces personnages tombent de leur piédestal pour mieux resurgir. Alors que les films de genre paraissent de plus en plus codifiés, c’est autant un signe de liberté créatrice que d’aveu d’échec de voir que la destruction des mythes semble être une étape inévitable, à la fois pour se renouveler mais aussi pour marquer son style sur un film, quitte à perdre en qualité et à être détesté par toute une frange du public. Car quitte à faire du neuf, autant créer de nouvelles sagas, accoucher de nouvelles idées en friche et d’explorer des univers encore inconnus du grand écran. Que cela soit fait par égo ou nihilisme (Scott), ou par amusement (Waititi) ou par hommage aux derniers barouds d’honneur des personnages (Mangold), ratés ou non, les blockbusters tentent de redéfinir les codes et les caractérisations de leurs personnages après les avoir  imprégnés dans l’imaginaire collectif. Bonne ou mauvaise solution ? A voir…

Les dix personnalités qui ont marqué le cinéma en 2017

Des femmes ont brisé l’omerta sur les agressions sexuelles qui régnait sur Hollywood, une Française a ramené le cinéma de genre en France, une étoile franco-argentine se fraie son chemin jusqu’aux César tandis qu’une américaine a raflé toutes les récompenses pour ses pas de danse. Qui a marqué le cinéma cette année ? Cineseriesmag vous livre sa sélection des dix artistes qui ont façonné le 7ème art en 2017.

1. Nahuel Pérez Biscayart

Si on devait passer en revue les nouvelles étoiles apparues dans la constellation du cinéma français cette année, nul doute que Nahuel Pérez Biscayart émettrait la plus vive des lumières. Et avant qu’un César de Meilleur Espoir Masculin (pour ceux qui doutent encore) ne vienne couronner cet état de fait, sa révélation aura surtout été un synonyme de la pluralité de notre production francophone. Militant fiévreux chez Campillo (120 battements par minute), figure Caligarienne chez Dupontel (Au revoir, là-haut), l’argentin magnétique au regard azur emporte la mise dans ces deux propositions par une prestance, un naturel et une sensibilité désarmante. Aussi à son aise dans l’urgence d’un cinéma vérité et politique que dans les arabesques d’une grande oeuvre populaire, le jeune acteur de 31 ans y incarne d’ailleurs d’un même élan, presque en miroir, les spectres de générations sacrifiées. Comme si la confluence des sujets mais aussi d’une même colère, d’une même révolte mais surtout d’un même amour débordant pointait dans une seule direction, celle d’un acteur incandescent dont on espère que l’étoile ne sera pas filante mais de plus en plus rayonnante. Jusqu’à devenir l’un des soleils de notre culture hexagonale.

Adrien Beltoise

2. Julia Ducournau

Il n’est pas faux de dire que le cinéma français ne rime pas toujours avec cinéma de genre. Englué dans un confort miteux avec l’accumulation d’une ribambelle de comédie à l’idiotie opportune ou préférant parfois prendre ses grands airs avec un cinéma d’auteur aussi ronflant que mystérieux, le cinéma français manque de figure cinématographique qui aime gravir les codes du cinéma de genre. Heureusement pour nous, Julia Ducournau fait partie de cette catégorie. Avec son film Grave, sortie cette année en salle, la cinéaste a mis un grand coup de pied dans la fourmilière du 7ème art français. Qu’on aime ou pas son style, qui mêle imagerie gorasse sur l’émancipation du corps et drôlerie puérile, Julia Ducournau est comme une bouffée d’air frais dans un paysage du cinéma un peu gringalet. Grave aura marqué l’année 2017. C’est indéniable. Pas toujours subtil dans la mise en image de ses thématiques, Grave n’en reste pas moins un film audacieux, évocateur d’une jeunesse, œuvre qui deviendra sans doute l’égérie d’une certaine génération. Comparé par certains à David Cronenberg, la réalisatrice a su trouver son public et se faire une place de choix pour les années à venir, et a surtout fait éclater au grand jour le talent de la jeune Garance Marillier. Aride et généreux en coups de sang cannibales, Grave est un film à voir. Comme le belge Fabrice Du Welz, Julia Ducournau fait partie de ces auteurs qu’on aimerait voir plus souvent dans le monde du cinéma francophone.

Sébastien Guilhermet

3. Agnès Varda

La fin d’année de 2017 a été incontestablement celle des femmes. Si dans le cinéma cela se fait un peu plus rare, il y en a une qui marquera le septième art à jamais. Après le César et la Palme d’honneur, Agnès Varda recevait, en novembre dernier, un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. En devenant alors la première réalisatrice à recevoir la précieuse statuette, on voyait en ce symbole l’accomplissement de tout son engagement et la très large reconnaissance de son talent par la profession. Première grande réalisatrice française, la seule de la nouvelle vague : Agnès Varda a toujours défendu ses convictions à travers un cinéma engagé. Par ses films, ses actes ou ses discours, encore aujourd’hui, elle n’a cessé de faire valoir les droits des femmes avec élégance. Cette année aura aussi été marquée par sa réalisation de Visages Villages, en collaboration avec JR. D’abord présenté à Cannes hors compétition, le film a ensuite beaucoup séduit dans les salles françaises avant d’être présélectionné pour les Oscars 2018. Après plus de 60 ans de carrière, il était difficile de passer à côté de cette femme durant cette année.

Gwennaëlle Masle

4. Edgar Wright

Dans une industrie gangrenée par les suites et autres reboots, jouer aujourd’hui la carte de l’originalité a tout de l’extravagance, voire de l’anticonformisme. Pas étonnant dans ce cas de voir pourquoi Baby Driver et in extenso son réalisateur, le truculent Edgar Wright, ont été adulés. Car au-delà du divertissement pop dans lequel on le cantonne, Baby Driver ose, au milieu d’une histoire à priori banale (un heist-movie mâtiné d’amour), la synesthésie (ou mélange des sens). La vision d’abord, puis l’ouïe après, Wright se plait ainsi à titiller nos sens au gré d’un montage qui file à toute berzingue pour mieux nous balancer à la figure ce qui fait la richesse de son métrage : la mise en scène de la musique. A la manière du film de Tom Twyker, Le Parfum, Wright entend ainsi filmer, mettre en scène quelque chose de versatile, d’abstrait, et le tout dans un film qui n’entend pas tomber dans le pur exercice de style mais bien dans le divertissement estival référencé. En ce sens, il est facile de comprendre pourquoi Edgar Wright a pu implicitement figurer au sein des cinéastes ayant fait 2017 car au milieu de gros poids lourds (Transformers, Justice League, etc.), et seulement armé d’un budget de 34 millions de dollars, le britannique a montré que la technique peut aisément supplanter les moyens et que l’originalité est encore un facteur prisé du public.

Antoine Delassus

5. Les briseuses de silence

Impossible de parler du cinéma en 2017 sans évoquer l’incroyable mouvement de libération de la parole qui a eu lieu suite à l’affaire Weinstein. En faisant tomber l’un des hommes les plus puissants d’Hollywood, ces briseuses de silence ont pu accomplir quelque chose d’historique. Parmi elles, Rose McGowan, Asia Argento, Ashley Judd ou encore Annabella Sciorra, sont devenues les visages du courage et de la rébellion contre les violences faites aux femmes. À travers des témoignages pour les prestigieux New Yorker et New York Times par lesquels tout a commencé, les réseaux sociaux, ou encore des interventions sur les télévisions américaines et européennes, ces femmes ont pu partager leurs paroles afin de mettre fin à une omerta qui régnait depuis beaucoup trop d’années dans le milieu du cinéma. Des confessions fortes, marquantes qui ont exposé à la lumière du jour le secret de polichinelle d’un univers des plus hypocrites. Mais la force de cet événement sans précédent est qu’il ne s’est pas cantonné à la simple industrie du cinéma et s’est propagé dans le monde de la musique, de la télévision, du sport, des entreprises. Un tournant décisif dans ce combat de longue haleine opposant des milliers de femmes meurtries à des porcs supposés intouchables. Le poing levé, elles ont renversé leurs monstres, tel David contre Goliath. Oubliez Wonder Woman, ce sont elles les véritables super héroïnes de 2017.

Maxime Thiss

6. David Lynch

L’année 2017 fût marquée par le retour de David Lynch. Considéré par de nombreux cinéphiles comme une légende vivante, le réalisateur de Mulholland Drive a ravi les fans avec une nouvelle saison de la série Twin Peaks, et ce, 25 ans après la saison 2. 18 épisodes qui ont été marquants, au point que la célèbre revue des Cahiers du Cinéma a osé en faire 3 couvertures, tout en les faisant figurer n° 1 de leur top Cinéma, un comble pour une série. Ainsi, de nombreux cinéphiles mettent également Twin Peaks dans leur top cinéma, au point de provoquer un débat sans fin sur les réseaux sociaux. Si nous ne prenons pas parti, force est de reconnaître que David Lynch a beaucoup fait parler de lui cette année, d’autant plus que plusieurs films du maître ont pu bénéficier en France d’une ressortie Blu-Ray, un must de Nöel. Il faut également rajouter que cette année est sorti au cinéma un documentaire sur l’enfance et la formation du réalisateur, David Lynch The Art Life, et qu’il est en ce moment à l’affiche dans Lucky avec Harry Dean Stanton. Bref, tout ceci faisait amplement mériter sa place à David Lynch.

Alexandre Léaud

 7. Albert Dupontel

Affublé de sa casquette de réalisateur, Albert Dupontel n’a plus rien à nous prouver. Créateur de véritables ovnis cinématographiques qui, chacun à leur époque et à leur manière, ont eu l’exploit de donner un bon coup de pied dans le cinéma hexagonal (Bernie, Enfermés Dehors, Neuf Mois Ferme), on ne voyait plus vraiment quel autre défi sa fibre artistique pouvait relever. Bien mal nous en a pris. Car il aura fallu attendre 2017 pour que celle-ci s’exprime de la manière la plus ambitieuse qui soit avec Au revoir là-haut. S’éloignant du registre strict de la comédie, le film est basé sur un livre, celui de Pierre Lemaitre, véritable fresque macabre sur une escroquerie aux monuments aux morts dans la France de l’après-guerre, auréolé du prix Goncourt 2013. Travaillant avec l’auteur, Dupontel en a fait une épopée romanesque et humaine emplie d’émotion, parfois drôle, souvent touchante, toujours juste. Dans une reconstitution historique impressionnante des années 1920, Au revoir là-haut est également l’occasion pour Dupontel de montrer qu’il est aussi un formidable directeur d’acteurs, ces derniers allant de la révélation (incroyables Nahuel Perez Biscayart et Heloïse Balster !) à la confirmation des habitués du milieu (Laurent Laffite, Niels Arestrup). La réaction est sans appel : le long métrage est un immense succès critique et public, un des meilleurs de cette année. Il est également le 2e plus grand succès de l’acteur réalisateur après Neuf Mois Ferme, et sans nul doute le meilleur de sa carrière. Il va sans dire que 2017 a donc été incontestablement l’année d’Albert Dupontel

Kevin Béluche

8. Emma Stone

Si 2016 était l’année de l’épiphanie pour Emma Stone, 2017 est sans aucun doute l’année de sa consécration. Récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice pour La La Land en février dernier et désormais interprète féminine la mieux payée du tout Hollywood, l’ex-compagne d’Andrew Garfield a vécu une année riche en émotion et en cinéma. De par un visage angélique et un jeu solaire, tout en nuance et dans des personnages toujours différents, il y a fort à parier qu’Emma Stone devienne une véritable icône du cinéma Hollywoodien. Outre le triomphe de la comédie musicale réalisée par Damien Chazelle, on a pu la retrouver dans Battle of the Sexes, du duo Dayton/Faris (Little Miss Sunshine), interprétant l’ex n° 1 mondiale de tennis, Billie Jean King. Portant littéralement le film à bout de bras, aussi bien scéniquement que symboliquement grâce à son propos féministe, Stone s’est vue récompenser d’une troisième nomination consécutive aux Golden Globes de la meilleure actrice. Signe d’une implication sans faille et d’un travail d’acting en perpétuelle évolution.

Louis Verdoux

9. Robin Campillo

Monteur, scénariste, réalisateur, l’aixois Robin Campillo a raflé la mise à Cannes avec ses 120 Battements par minute, palme d’or de cœur du président du Jury Pedro Almodovar, et récipiendaire du Grand prix et d’autres non moins importants. A l’origine de la série Les Revenants avec son long métrage éponyme de 2004 duquel elle a été adaptée, ou encore à l’écriture chez Laurent Cantet pour les films les plus engagés de ce dernier, Robin Campillo prend toute sa dimension de réalisateur avec l’excellent Eastern Boys sorti en 2013, avec un cinéma minimaliste qui s’appuie bien sûr beaucoup sur l’écriture, mais sans oublier un style certain pour dénoncer avant tout le sort des sans-papiers en France, en utilisant une grammaire qu’il maîtrise : les relations complexes entre les humains, ici entre des hommes qui s’aiment , des hommes qu’on désire tout autant qu’on craint, qu’on respecte et qu’on tient pourtant à distance. Avec 120 battements par minute, le cinéaste explose littéralement, de rage, de vie, de mort, avec un très beau film qui mélange l’histoire intime, celle de Sean (Nahuel Perez Biscayart) et de Nathan (Arnaud Valois), avec le combat de toute une génération, celle des années 90 frappées par le Sida, défendue avec la violente énergie du désespoir par les militants d’Act Up. Une mise en scène d’une redoutable efficacité, dans laquelle Robin Campillo fait se côtoyer le documentaire le plus factuel et le plus naturaliste qui soit, l’histoire d’amour la plus vraie et la plus bouleversante, les scènes iconiques les plus marquantes (la Seine de sang, la scène de faux sang). Véritable événement de 2017, 120 battements par minute permet à son auteur d’être distingué comme une des personnalités-clés de l’année dans l’univers du cinéma.

Bea Delesalle

10. Gal Gadot

Début 2016, Gal Gadot n’était encore connue que pour le rôle de Gisele dans la saga Fast and Furious. Après une petite apparition remarquée dans Batman V Superman en mars 2016 dans le rôle de Wonder Woman, c’est en 2017 qu’elle donne un coup de pied dans l’industrie américaine en incarnant l’amazone dans sa première aventure solo sur grand écran. Le succès est immédiat : les recettes mondiales du film avoisinent les 860 millions de dollars et le film devient l’un des plus grands démarrages de tous les temps. Le film devient le plus grand succès commercial pour une femme réalisatrice : Patty Jenkins. Alors que des internautes stupides lui reprochaient d’avoir une trop petite poitrine pour incarner la super-héroïne, Gal Gadot a brisé tous les records et a imposé son rôle d’héroïne dans une industrie trop réticente à offrir de grands rôles à des femmes. Sa gimmick, le X avec les bras croisés, a été reprise par toutes les actrices américaines sur les réseaux sociaux avant de devenir le symbole de la puissance féministe du personnage. Gal Gadot a repris son rôle en Novembre dans Justice League. Douce mais rebelle, engagée et intrépide, l’actrice israélienne ne semble désormais ne faire qu’un avec son personnage.

Roberto Garçon

Atomic Blonde fait du mannequinat à Berlin en Blu-ray

Mi-décembre 1989, quelques jours avant la chute du mur du Berlin, retour sur les péripéties d’espions traquant agent double et liste secrète. En bref, Atomic Blonde sort en Blu-ray chez Universal. Au programme : une espionne bcbg défilant dans un récit hasardeux.

Synopsis : 1989 – Quelques semaines avant la chute du bloc URSS. L’agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionnes du service de renseignement britannique, le MI-6. Envoyée seule à Berlin pour récupérer un dossier de la plus haute importance, elle s’associe à David Percival, le chef de station locale ; dans cette ville au climat très instable, commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers…

Charlize Theron et sa garde-robe défilent à Berlin

Charlize Theron interprète Lorraine Broughton. Cette dernière, censée être l’une des meilleures espionnes des services secrets britanniques, ne cesse d’être repérée. En effet, sa couverture était déjà démasquée lors de son arrivée, et peut-être même avant. Lorraine n’est pas contente, elle s’en plaint beaucoup. Il faut dire que se faire passer pour une avocate avec un look de mannequin sent bon le paradoxe. Lorraine arrive avec une petite valisette et un sac à l’aéroport. Elle a fait expédier ses autres bagages à l’hôtel. Une importante garde robe bon chic bon genre l’attend dans sa chambre. Charlize Theron répétait peut-être sans cesse aux producteurs qu’elle rencontrait : « Marre du désert et des vroum vroum de George ! ». Ainsi notre Atomic Blonde s’habille, se déshabille, ou joue l’entre deux d’une petite tenue chic. Des neons bleux, des néons violets, des néons partout et pour tout, une musique pop’n’cult de Nina Haggen et Charlize défile sous prétexte d’espionner on-ne-sait-qui dans on-ne-sait-quel-lieu pour on-ne-sait-quelles-obscures-raisons.

Le script du scénariste de 300 est un beau bordel. Et encore, celui qu’on voit à l’écran. Le récit du film tente, via une forme déconstruite (non linéaire), de faire passer des vessies pour des lanternes. Atomic Blonde est narrativement chaotique, pas pour sa non linéarité (le monde du cinéma n’a pas attendu ce long métrage pour travailler cette construction et la faire briller), mais pour son manque de rigueur. Ce dernier sera flagrant lors du jeu de révélations finales qui mettront en exergue la fausse complexité d’un récit pourtant très simple.

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Charlize Theron a une garde robe préparée pour toutes les occasions.
Notez ici l’influence de l’une des tenues et postures de Michelle Pfeiffer dans ‘Scarface’ de Brian de Palma.

Le réalisateur David Leitch fait de son mieux pour mettre en place son jeu d’espionnages, de faux-semblants, de trahisons, et de bagarre. Mais les limites de son spectacle sont rapidement exposées par ses contradictions : on remarquera la mise en place de la psychologie de comptoir de son héroïne qu’il essaye de rendre cool ; cela tout en réalisant une esthétique léchée créant un espace de modélisme pour Charlize Theron ; la même actrice devra toutefois participer à sa tentative de (sur)naturalisme des combats (on retiendra son plan séquence comme une danse plutôt qu’une bataille). Hélas, le jeu génial de James McAvoy n’éclairera pas davantage le long métrage de Leitch. Quant au placement du récit de genre dans un contexte historique complexe par l’usage (trop) important de la Pop Culture, cela expose les directions ambivalentes de Berlin, ville tranchée en deux, bien des décennies plus tôt. Toutefois, le Pop participe davantage à la « coolitude » des personnages et de l’ambiance classy-fighty, ainsi qu’à la facilité de capturer l’attention nostalgique du spectateur, plutôt qu’à une véritable réflexion sur la grande Histoire qui traverse le film.

Atomic Blu-ray

L’édition proposée par Universal est soignée : image et son formidables concernant le film ; et nombreuses featurettes promotionnelles/making-of. Notons que la version française n’est pas en HD. Édité en DTS 5.1, le son de la VF reste toutefois correct.

Bande-Annonce – Atomic Blonde

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU DVD

Image : 2.40:1 – 16/9 Anamorphic Widescreen / Durée : 1h50

Audio : Anglais, Français, Allemand, Italien Dolby Digital 5.1 et Anglais Dolby Digital 2.0

Sous-titres : Anglais (sourds & malentendants), Néerlandais, Français, Allemand & Italien

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU Blu-ray + Digital

Image : 2.40:1 – 16/9 Widescreen / Durée : 1h54

Audio : Anglais, Allemand DTS:X Master Audio, Français, Italien DTS Digital Surround 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Néerlandais, Français, Allemand et Italien

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CARACTERISTIQUES TECHNIQUES DU Blu-ray 4K + Digital

Image : 2.40:1 – 16/9 Widescreen / Durée : 1h54

Audio : Anglais DTS:X Master Audio, Portugausi, Français (européen et canadien), Espagnol DTS Digital Surround 5.1

Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Portugais, Néerlandais, Français (européen et canadien) et Espagnol

Bonus DVD, Blu-ray + Digital, Blu-ray 4K + Digital : Scènes coupées – Versions longues / Bienvenue à Berlin / Les blondes ont plus de cran / Le maître de l’espionnage / Anatomie d’une scène de combat / Histoire en mouvement : l’agent Broughton / Histoire en mouvement : la poursuite

Jumanji : Bienvenue dans la Jungle [Critique du film]

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A peine échaudé par le flop du Ghostbuster de 2016, Sony en remet une couche en produisant Jumanji : Bienvenue dans la Jungle. Mais il-y-a Dwayne Johnson dans le film! Qu’est ce qui pourrait mal tourner?

Alors suite ? Remake ? Reboot ? À la fois tout et rien de cela. Ce nouveau Jumanji n’entre même pas dans la nouvelle catégorie des legasequels, où les nouveaux personnages marchent sur les traces de leurs ainés tout en les rencontrant (type Le réveil de la force ou La vengeance de Salazar). Au final, le film aurait pu s’appeler Bienvenue dans la jungle, sans être obligé de se greffer arbitrairement sur Jumanji. Il aurait pu lui rendre hommage, comme à d’autres films d’aventures jeunesses, sans pour autant se bloquer dans une mythologie dont il semble se contrefoutre (le nom d’Alan Parish est prononcé une fois dans le film). Mais voilà, l’heure est à la nostalgie commerciale, et malgré les échecs que cette stratégie peut engendrer (souvenons nous de l’accueil réservé à Ghostbusters version 2016), les studios semblent toujours sûr de tenir un filon juteux. Nous verrons si cela paye, mais vu la qualité du bousin, nous pouvons émettre quelques doutes, car même s’il ne rentre dans aucunes des catégories susnommées, le film ne sort pas de nul part.

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Hasard du calendrier, si le film était sorti en janvier, tout le monde s’en foutrait. Mais il est sorti en décembre et donc tombe à pic pour faire le bilan d’une année blockbuster particulièrement pauvre en inventions visuelles et audaces scénaristiques. Jumanji : Bienvenue dans la Jungle aurait pu être le genre de long-métrage prompt à finir rapidement dans les bacs à 10 euro de la FNAC qu’un acheteur non averti prendrai juste pour compléter son offre de 5 DVD pour 30. Mais tel le Statham du riche, Dwayne Johnson nous a offert pas moins de trois films avec sa tronche sur l’affiche (Fast & Furious 8, Baywatch et celui-ci), une telle générosité ne peut laisser indifférent. Ainsi, ce n’est que justice de faire de lui le symbole de cette année 2017.

Un jeu inoffensif

Alors oui, Dwayne Johnson est cool et a l’air super sympa. Mais il faut admettre que sa filmographie, à base de musculature prise au second degré, commence un peu à tourner en rond. Même son superbe lever de sourcil ne surprend plus personne. Et cet énième long-métrage action/aventure à sa gloire n’offre rien de nouveau à ce niveau- là. Si l’argument body swap du film aurait pu nous laisser le doute quand à une éventuelle prise de risque, nos ardeurs (minimes avouons-le) sont vites refroidies. Passé l’introduction qui nous présente un quatuor d’ados cliché sorti d’un mauvais remake de Breakfast club, les stars censées les représenter dans le jeu semblent oublier rapidement leur rôle pour revenir dans leur zones de confort. Johnson fait du Johnson, Kevin Hart fait du Kevin Hart, Karen Gillian fait des high kick et Jack Black force sur les aiguës. Nous pouvons toujours essayer de creuser vers une critiques acide des représentations normées dans le jeu vidéo, mais le film est tellement inoffensif que le gag le plus discursif est la présence de Nick Jonas dans le rôle d’un mec ringard des années 90. Quelle dérision !

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Ne sortant jamais des sentiers battus, ce Jumanji 2.0 finit par embarrasser avec ses appels du pied insistants dirigés vers la génération youtube. Problème : le quatuors de quinquagénaires chargé du scénario n’a, au pire, jamais touché une manette, au mieux, pas encore admis que la génération 16 bits a presque vingt ans dans la tronche. Et vu la qualité du scénario, essayer de leur expliquer qu’un jeu vidéo n’est pas qu’une histoire de niveaux à passer, d’ items à ramasser ou encore de PNJ limités en interactions, ressemble à une bataille déjà perdue d’avance. Ils auraient pu jouer sur le principe de mort/résurrection qu’avait si bien utilisé Doug Liman dans Edge of Tomorrow pour offrir au réalisateur l’occasion d’un montage ludique. Les scénaristes auraient pu profiter du point de départ pour doubler l’histoire avec une autre intrigue où les avatars prendraient le corps des joueurs dans le monde réel (et ainsi éviter de sacrifier facilement un casting de jeunes premiers auxquels on a pas le temps de s’attacher). Plus simple encore, équilibrer les compétences de chacun des personnages aurait permis d’ offrir au moins un vrai film d’aventure qui lorgnerait plus du côté d’Indiana Jones que de Flynn Carson.

Excès de confiance

Mais les scénaristes ont ce nouveau truc imparable pour nous faire plaisir : l’humour méta. Passage obligé de toute comédie américaine récente, les films doivent maintenant être self-conscious. Donc nous regarder droit dans les yeux toute la séance et nous bombarder de clins d’œil pour nous faire comprendre qu’ils savent très bien que ce qu’ils font est débile. Mais puisque c’est fait exprès, c’est forcément drôle ! Comme c’est pratique. Plus besoin aujourd’hui d’essayer de rendre l’impossible vraisemblable, puisque de toute façon même les personnages ne croient plus ce qu’ils vivent. La post-modernité est enfin poussé à son seuil maximal de rentabilité… Chouette !

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Sauf que ce qui était autrefois une marque de respect envers le spectateur plus vraiment dupe commence de plus en plus à ressembler à de la paresse créative. Inutile de créer un univers cohérent, puisque d’entrée de jeu on nous annonce qu’il est factice. Pourquoi développer des personnages quand ceux-ci n’ont d’autre intérêt que d’être des caricatures ? Pourquoi expliquer certains point d’intrigues puisque les fans combleront les trous eux-mêmes avec leur imagination (oui Star Wars 8 je te met dans le même panier) ? Au final, pourquoi écrire un scénario, puisqu’il suffit de mettre bout à bout des péripéties sans queue ni tête tout en insistant sur le « second degré » ? À l’ère de la spoilerophobie, où le scénario est tellement vénéré que la moindre révélation ternirait son éclat, voire une telle paresse intellectuelle à l’œuvre relève du paradoxe vertigineux.

Mais quand les effets numériques n’impressionnent plus personne et que les réalisateurs baissent les bras face à des producteurs de moins en moins sûrs d’eux, il ne reste que l’histoire pour divertir. Sauf que même les scénaristes se contentent de signer à huit ou douze mains des intrigues bancales pour encaisser leur chèques et comblent leur lacunes par un second degré prétentieux. Voilà l’état du blockbuster en 2017 et voici ce qu’est Jumanji : Bienvenue dans la jungle. Le filon du combo action/humour/méta s’est trouvé bien vite épuisé, et avec les possibilités vendues par les acteurs du numériques depuis des années, il serait peut-être intéressant de passer à autre chose. Pour que le cinéma ne reste pas cet espace cynique qu’il est devenu, mais redevienne une porte vers tout les possibles et tout les imaginaires. Nos enfants aussi ont le droit d’avoir leur machine à rêve. Question de santé artistique : dites non au cynisme!

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Bande-annonce

Synopsis : Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Fiche technique

Titre original : Jumanji : Welcome to the Jungle
Réalisation : Jake Kasdan
Scénario : Zach Helm, Chris McKenna, Jeff Pinkner, Scott Rosenberg et Erik Sommers, d’après Jumanji de Chris Van Allsburg
Direction artistique : Steve Cooper
Décors : Owen Paterson
Costumes : Laura Jean Shannon
Photographie : Gyula Pados
Montage : Steve Edwards
Musique : Henry Jackman
Production : Ted Field, William Teitler, Matthew Tolmach et Mike Weber
Coproduction : Hiram Garcia
Production déléguée : Lauren Selig
Sociétés de production : Matt Tolmach Productions, Radar Pictures, Seven Bucks Productions et Sony Pictures Entertainment
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Pays d’origine :  États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm
Genre : fantastique, aventure
Durée : 119 minutes
Dates de sortie : France : 20 décembre 2017 – États-Unis : 22 décembre 2017

The Florida Project, un film de Sean Baker : critique

Avec un film presque entièrement à hauteur d’enfants dans un décor à la Disneyland qui ressemble plus à un cauchemar qu’à un conte de fée, Sean Baker fait de The Florida Project une œuvre percutante où règne l’envie d’en découdre avec la vie.

Une petite fille fantastique

Présenté cette année à Cannes (à la Quinzaine des réalisateurs), The Florida Project décrit l’envers du rêve américain. L’intrigue se déroule en effet dans un immeuble coloré, à l’ombre de Disney, où tentent de grandir des jeunes filles en fleurs et leurs camarades masculins. Cet enfer sur terre (on y voit brûler des maisons abandonnées, repères de camés) ressemble à un vaste terrain de jeu pour des enfants paumés à la tête desquels sévit Mooney, 6 ans. Cette petite gamine au caractère bien trempé est portée par la gouaille impressionnante de la toute jeune Brooklynn Prince. Pas de princesse ici, mais une mère dépassée et immature qui distille pourtant de l’amour en pagaille. C’est un gardien tendre et attendrissant (Willem Dafoe) qui veille sur tout ce petit monde, comme il peut. Il est un peu gauche, un peu impressionné par Mooney et ses « 400 coups », par la mère aussi et ses erreurs. L’ambiance est donc aussi guimauve en apparence que le lieu plutôt glauque (car gangrené par le manque d’argent) est masqué sous des couches de peintures colorées, car les touristes atterrissent non loin de là. Au jeu de la débrouille, Mooney s’en sort brillamment réussissant toujours à se faire payer une glace pour trois (elle et ses deux copains) par un pigeon de passage.

« La beauté, on dit qu’elle est dans l’œil de celui qui regarde »

Le film adopte donc le rythme de Mooney, son insolence, son intelligence, sa désinvolture, mais sans rien épargner du monde des adultes. La caméra de Sean Baker ne lésine jamais sur les plans larges et colorés, ni le montage sur la répétition du quotidien de Mooney et sa mère dans cet hôtel où elles sont en transition depuis bien trop longtemps. Si la fougue de Mooney est attendrissante, celle d’Harley, la mère, passe pour de l’irresponsabilité. On en perd son âme d’enfant. Car tout le film joue sur le contraste entre l’enfance et les responsabilités, entre la magie Disney et la crasse ambiante. Les rênes sont lâchés et Sean Baker ne se refuse rien, pas même la retenue, quitte parfois à se noyer dans le pathos. Cependant, la prestation des formidables acteurs, le destin écrasé et solitaire de ces personnages vaut bien la peine que tous les éclats du monde leurs soient rendus au cinéma. Déjà, les héroïnes de Tangerines étaient énervées et indépendantes, et ce n’est pas Mooney qui crachera sur ce désir d’envol, même les ailes coupées en plein décollage. 

The Florida Project : Bande annonce

The Florida Project : Fiche technique

Synopsis : Mooney a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien. 

Réalisateur : Sean Baker
Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch
Interprètes : Willem Dafoe, BriaVinaite, Landry Jones, Brooklynn Prince, Valeria Cotto, Christopher Rivera, Macon Blair, Aiden Malick
Photographie : Alexis Zabe
Montage : Sean Baker
Producteurs : Sean Baker, Chris Bergoch, Alex Saks, Kevin Chinoy, Francesca Silvestri, Shih-Ching Tsou
Société(s) de Production : Cre Films, June Pictures
Distribution : Le Pacte
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 20 décembre 2017

États-Unis – 2017

Preston Sturges mis à l’honneur dans un coffret Wild Side

Ce mercredi 13 décembre est sorti un coffret consacré à Preston Sturges. Edité chez Wild Side, l’objet contient trois Blu-ray, six DVD et un livre grand format. Son objectif : vous faire (re)découvrir le cinéaste Preston Sturges qui était, dans les années 40, le « King of Comedy » !

Preston Sturges, un grand cinéaste méconnu en France

Avec la sortie de ce coffret, Wild Side invite à redécouvrir un cinéaste conséquent, Preston Sturges. Premier des scénaristes d’Hollywood à avoir accès à la réalisation de ses propres scripts, Sturges permet ainsi à toute une vague de screenwriters de devenir des cinéastes auteurs (dans le contexte américain du terme, l’auteur est scénariste et réalisateur) : Orson Welles, Billy Wilder et tant d’autres. Il est aussi, avec Orson Welles, le cinéaste le plus prolifique de l’époque. Et pourtant, comme le note Marc Cerisuelo, professeur d’esthétique du cinéma et biographe du filmmaker, Orson Welles est davantage connu et célébré en France que Sturges. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale prend fin, plusieurs années de cinéma américain débarquent dans l’Hexagone et sont découvertes. Bazin remarquera l’oeuvre de Preston Sturges qui délaisse la screwball comedy des années 30 pour revenir vers des formes et motifs burlesques. Toutefois, Welles traverse ici les mémoires du cinéma tandis que le « King of Comedy » est rapidement oublié. Après des mésententes avec des producteurs et quelques échecs dans la deuxième moitié des années 40, Sturges est écarté du milieu hollywoodien, tandis que Welles poursuit sa prestigieuse carrière parfois troublée par des échecs commerciaux et/ou critiques dans les pays anglosaxons. De plus, le réalisateur de Citizen Kane est soutenu par la critique française (des Cahiers du Cinéma), notamment par (son créateur), André Bazin. Plus tard, le roi de la comédie écrit deux films vers la moitié des années 50 dont un qu’il réalise, Les Carnets du Major Thompson, échec qui marquera la fin de la carrière du cinéaste qui sera progressivement oublié en France.

La (re)découverte de ces films s’avère être une bouffée d’air frais. Entre contes moraux/philosophiques, burlesque des corps et des mots et drame démarrant avec des figures archétypales de plus en plus complexes et donc humaines, les (grands) films de Preston Sturges constituent une subtile et conséquente peinture de l’Amérique « de Papa ». Un riche portrait qui en influencera bien d’autres, de La Mort aux Trousses d’Hitchcock aux frères Coen et leur O’Brother Where Are Thou, dont le titre est directement tiré des Voyages de Sulllivan de Sturges.

Extrait – Les Voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels, 1941)

Une célébration prestigieuse : quelques mots sur le coffret

Le coffret édité par Wild Side constitue une belle et consistante introduction dans le cinéma de Preston Sturges. Chacun des six films est accompagné d’une présentation individuelle du spécialiste Marc Cerisuelo. Le coffret contient un riche entretien avec le théoricien. Entrevue d’une durée de trente minutes qu’on aurait appréciée bien plus longue. La découverte est aussi enrichie par un livre exclusif d’un peu plus de 180 pages « rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares ». Concernant l’édition des films, on alterne entre des remasterisations de grande et très bonne facture (sur quatre films), et de moyenne/basse qualité (concernant deux métrages). Pour plus de détails, vous êtes invités à lire le test précis de retro-hd.com. Wild Side présente ainsi un coffret très réussi dans l’ensemble, qui fait honneur à l’initiative de l’éditeur de faire (re)découvrir des oeuvres et cinéastes loin d’occuper les nombreux et différents espaces de médiations d’aujourd’hui. Toutefois, le prix de lancement de 119,99 euros pour un coffret six films (3 Blu-ray + 6 DVD) + bonus + livre pourrait en rebuter certains.

Extrait – Héros d’occasion (Hail the Conquering Hero, 1944)

Synopsis et caractéristiques vidéo des six films 

Le Gros Lot (Christman in July, 1940), avec Dick Powell, Ellen Drew et Raymond Walburn : en participant à un concours de slogans, le jovial Jimmy MacDonald ne sait pas encore que sa vie est sur le point de basculer. Contre toute attente, il remporte le gros lot, soit les 25 000 dollars promis au vainqueur. Généreux et altruiste, celui-ci décide de couvrir de cadeaux sa fiancée Betty ainsi que tout son entourage. Hélas, Jimmy est loin de s’imaginer qu’il est victime d’une mauvaise blague et que cette fortune n’est qu’éphémère… Durée : 1h04 en DVD – 1h07 en Blu-ray.

Les Voyages de Sullivan (Sullivan’s Travels, 1941), avec Joel McCrea et Veronica Lake : John L. Sullivan, riche et brillant metteur en scène d’Hollywood, en a assez du ton léger de ses films. Il souhaite à présent mettre en lumière la face cachée de l’Amérique, à savoir la misère qui touche une grande partie de la population. Pour mener à bien ce projet, celui-ci décide d’adopter les codes ainsi que le mode de vie d’un vagabond. Durant don périple, il fait la rencontre d’une jolie jeune femme qui l’accompagnera et lui prodiguera de judicieux conseils. Malheureusement pour Sullivan, la dure réalité va le frapper de plein fouet, lui faisant vivre une expérience plus difficile qu’il ne l’imaginait. Durée : 1h28 en DVD – 1h31 en Blu-ray.

Un cœur pris au piège (The Lady Eve, 1941), avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda : Charles Pike, riche héritier, revient d’un long voyage en Amazonie. Sur le bateau le ramenant à New-York, il croise la belle et mystérieuse Jean Harrington, fille d’un riche magnat de l’industrie pétrolière. Dès le premier regard, un jeu de séduction s’installe et le jeune homme, très vite charmé, ne s’aperçoit pas que la jolie demoiselle est sur le point de lui jouer de bien mauvais tours… Ironie du sort, Jean se retrouve bientôt prise à son propre jeu mais l’aventurière n’a pas encore abattu sa dernière carte… Durée : 1h30 en DVD – 1h34 en Blu-ray.

Extrait – Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, 1942)

Madame et ses flirts (The Palm Beach Story, 1942), avec Claudette Colbert et Joel McCrea : Gerry et Tom Jeffers s’aiment passionnément, malheureusement leur situation financière est critique. Préoccupée par ses difficultés pécuniaires et voulant aider son mari, inventeur, à trouver les fonds nécessaires pour lancer son dernier projet, Gerry décide de le quitter par amour. Elle est bien déterminée à rejoindre Palm Beach afin d’y rencontrer un homme riche qui pourra rembourser toutes ses dettes et résoudre les problèmes d’argent du couple. Tom, ne comprenant pas l’attitude de sa femme, se lance à sa poursuite. Durée : 1h26 en DVD – 1h28 en Blu-ray.

Héros d’occasion (Hail the Conquering Hero, 1944), avec Eddie Bracken, Ella Raines : fils d’un soldat émérite disparu au combat, Woodrow Truesmith n’ose dire à sa mère qu’il a été réformé. Lorsque celui-ci fait la connaissance de véritables marines, le jeune homme se voit contraint de revenir dans sa bourgade natale. Accueilli en véritable héros de guerre, partagé entre la culpabilité et la volonté de ne pas décevoir ses proches, il se retrouve prisonnier de ses propres mensonges, tous plus farfelus les uns que les autres. Jusqu’au jour où les villageois exhortent le jeune homme à se présenter aux élections municipales. Durée : 1h38 en DVD – 1h41 en Blu-ray.

Infidèlement vôtre (Unfaithfully yours, 1948), avec Rex Harrison et Linda Darnell : Sir Alfred Carter, chef d’orchestre dont la renommée n’est plus à faire, est éperdument amoureux de sa femme. Lorsqu’un détective lui apprend que celle-ci l’a trompé avec son secrétaire, le monde s’écroule sous ses pieds. Ébranlé par la nouvelle mais stimulé par son désir de vengeance, le maestro imagine alors en plein concert trois façons différentes de laver cet affront, transcendé par la musique de Rossini, Wagner et Tchaïkovski… ! Une fois la représentation terminée, il ne lui reste plus qu’à passer à l’acte… Durée : 1h40 en DVD – 1h45 en Blu-ray.

Extrait – Infidèlement vôtre (Unfaithfully yours, 1948)

Caractéristiques techniques DVD : Master restauré – Format image : 1.33 (1.66 pour Indidèlement vôtre), 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Anglais DTS. 2.0 & Dolby Digitial Mono – Sous-titres : Français

Caractéristiques techniques Blu-ray : Master restauré – Format image : 1.33 (1.66 pour Indidèlement vôtre) – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais DTS Master Audio Mono – Sous-titres : Français

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6 films majeurs, à la fois en DVD (6 disques, incluant les compléments) et en Blu-ray (3 disques – 2 films/disque)

COMPLÉMENTS :

– Entretien avec Marc Cerisuelo, auteur du livre Preston Sturges ou le Génie de l’Amérique (30′)

– Présentations individuelles des 6 films par Marc Cerisuelo

+ Livre exclusif grand format (24x30cm à l’italienne) de 188 pages, rassemblant à la fois un texte inédit de Philippe Garnier (ainsi que des textes sur chacun des films), la biographie de Preston Sturges signée Marc Cerisuelo et un album photo dédié à chacun des films, tiré d’archives rares.

Prix public indicatif : 119,99 Euros le Coffret 3 Blu-ray + 6 DVD + Livre

Addicted Heroin : la flamme LGBT qui embrase la Chine

Portés par le souffle LGBT, les BL dramas asiatiques s’offrent une échappée belle dont la romance Addicted Heroin est l’un des exemples les plus séduisants. Une web-série gay chinoise écrite par Chai Jidan et qui, malgré la censure, reste l’une des mieux notées sur la toile !

Ces dix dernières années, les dramas asiatiques BL (comprendre Boys Love) connaissent un foisonnement sous l’impulsion de la tendance LGBT, des romans gays ou des mangas Yaoi. Parmi ces séries très inégales et manquant souvent de subtilité, Addicted Heroin sort du lot. Malgré des moyens modestes, ce drama chinois est de ceux qui parviennent à émouvoir et à faire sourire, avec pudeur et finesse, sans tomber dans le grotesque comme le douteux HIStory : Obsessed ou la décevante adaptation Wait for Me at Udagawachou.

La recette est toute simple et l’histoire n’a rien de très original : une romance adolescente entre deux garçons que tout sépare mais que le destin va irrémédiablement réunir… Bai Luo Yin est issu d’un milieu très modeste et vit seul avec son père depuis le divorce de ses parents. De son côté, Gu Hai est le fils d’un riche militaire veuf et autoritaire. Quand le père de Gu Hai se remarie avec la mère de Luo Yin, les deux garçons refusent d’intégrer cette nouvelle « famille » et se retrouvent par hasard dans la même école. Commence alors un jeu du chat et de la souris, entre taquinerie et séduction ; on aurait vite fait de tomber dans le cliché !

Pour autant, Addicted Heroin tire son épingle du jeu en misant sur la sobriété du cadre, de l’histoire et surtout sur la fraîcheur de son duo d’acteurs. Leur interprétation est impeccable, leurs minois transmettent les émotions avec justesse et l’alchimie s’installe entre eux rapidement. Quant aux décors, certes très sommaires, ils ajoutent au réalisme et touchent par leur simplicité. Là où bon nombre de dramas pèchent par un excès de jeu et un humour pesant, la série ravit par son ton léger et ses échanges naturels. Seul bémol : des scènes en huis clos insipides durant lesquelles les étudiants restent en classe à ne rien faire – on a beau savoir qu’en Chine, comme au Japon, les élèves ont des temps d’études en autonomie, ces passages lourds et inutiles sont assez déroutants.

En Chine, les fictions BL ont gagné légion de jeunes adeptes ces dernières années, en particulier chez les jeunes femmes. La littérature, les jeux vidéo et les animés qui traitent de l’amour au masculin abondent dans la sphère Web. Mais fin janvier 2016, Addicted Heroin est censurée et bannie des principaux sites de vidéo en streaming, l’état désapprouvant le sujet (l’homosexualité) et le titre de la série (Heroin ou plutôt 上瘾, combinaison ingénieuse des prénoms des deux héros en caractères chinois). Dans un sondage du Comité pour le bien-être de la jeunesse de la ville de Chengdu, 93% des 20.000 répondants refusaient cette censure. Chai Jidan avait alors assuré que le tournage de la deuxième saison ne serait pas affecté. Celui-ci devait avoir lieu en mai 2016…

Et pourtant, la série ne contient aucun caractère choquant. Tout n’est que suggéré avec retenue et sensibilité, avec toute cette délicatesse et cette tendresse qui se dégage des deux personnages. Humblement mais sûrement, Addicted Heroin parvient à se hisser à la hauteur des BL dramas les plus appréciés comme le très beau Seven Days (tiré du manga éponyme).

Dans un pays qui classait encore officiellement l’homosexualité comme une maladie mentale jusqu’en 2001 et, ce, malgré la dépénalisation en 1997, sortir du placard reste aujourd’hui un combat et de telles créations forcent le respect. A noter que l’homosexualité est toujours désignée comme un « désordre psychologique » dans de nombreux manuels universitaires récents de psychologie et que les unions homosexuelles sont, évidemment interdites.

Pour les plus curieux ou pour les adeptes, vous trouverez ces séries LGBT asiatiques classées par pays d’origine sur Kchatjjigae.com.

Addicted Heroin : Bande-annonce

Addicted Heroin : Fiche technique

Synopsis : Bai Luo Yin vit, dans des conditions très vétustes, avec son père divorcé. Gu Hai évolue dans une sphère aisée auprès de son veuf de père. Mais quand ce dernier épouse la mère de Luo Yin, les chemins des deux jeunes hommes vont étrangement se croiser… 

Titres alternatifs :  上瘾 (Heroin) / 上癮网络剧 (Shang Yin Wang Luo Ju)
D’après le roman Are You Addicted ? de Chai Jidan
Réalisation : Ding Wei
Scénario : Chai Jidan
Casting : Xu Weizhou, Huang Jingyu, Lin Feng Song, Chen Wen, Song Tao, Wang Dong, Zhou Yu Tong
Musique : Chai Jidan, Xu Weizhou
Genre : Romance, Comédie
Diffusion : 29 Janvier 2016 au 23 Février 2016
Chaîne de retransmission : Original network iQiyi ; Huace Film & TV (Youtube)
Production location(s) : Pékin
Nombre d’épisodes : 15
Durée moyenne : 22 minutes par épisode.

Chine – 2016

Lucky de John Carroll Lynch : l’adieu émouvant de Harry Dean Stanton

Avec toute la noblesse qui le caractérise, Harry Dean Stanton fait sa dernière apparition au cinéma avec Lucky. Touchant du doigt cette douce Amérique périphérique et multiculturelle, John Carroll Lynch accouche d’un amer récit initiatique, funèbre mais caressé par une humilité et une ironie souriante.

C’est drôle mais triste à la fois. Se dire que c’est la dernière fois qu’on le verra sur un écran de cinéma, que ce sont les derniers dialogues que Harry Dean Stanton laissera transparaître de son vivant. Le destin voulut que ce dernier acte de bravoure cinématographique soit Lucky : un film qui était fait pour lui, tellement il ressemble à l’acteur qu’il était. Dans cette Amérique désertique, un vieil homme passe ses journées à voir des amis au bar d’à côté tout en jouant aux mots croisés dans son restaurant habituel. 23 ans plus tard, on croirait revoir Travis : celui de Paris Texas. Mais cette fois ci, au lieu de courir après l’absence, de crier dans le vide à la recherche de l’être aimé, il semble fatigué par les regrets, émoussé par la douleur intérieure et son amertume a été remplacé par la peur.

Dans Lucky, il y a beaucoup de Jim Jarmusch : ce cadre rustique mais très américain, ce rythme lancinant, cette mise en scène du quotidien, cette starification des choses simples, ce décorum naturaliste mais aussi véritablement burlesque. Côté burlesque qui apparaît beaucoup dans les relations entre les différents personnages comme l’atteste Howard, l’ami de Lucky, qui est déboussolé par le perte de sa tortue terrestre. Lucky est une œuvre qui respire beaucoup cette atmosphère « americana » : il est devenu un vieux de la vieille, un cowboy qui a rendu les armes, qui fume ses dernières cigarettes et qui n’a plus que quelques rêveries pour ne plus suffoquer. Car derrière le calme qu’il incarne, sa gentillesse et sa posture de pilier de bars mélancoliques, Lucky vit un quotidien assez morne, où les ramifications de l’agitation semble bien derrière lui, dans un passé qu’il semble exclure de sa mémoire.

A l’image de Paterson de Jim Jarmusch, John Carroll Lynch fait parler le geste du quotidien, le rituel de la journée, la victoire de la rencontre, que ça soit la petite gymnastique du matin au cocktail identique de soir en soir. La rythmique du film est diluée dans cette volonté perpétuelle de mettre le présent dans un contexte bien spécifique, de magnifier un dialogue aussi lunaire que philosophique. Malgré cette rengaine sur le temps qui passe, cette émotion que porte le personnage à cette idée que nous serons tous consumés à un moment donné de l’histoire, que nous sommes un grain de sable dans un désert qui dissimule bien des secrets, Lucky ne transpire pas la nostalgie grabataire mais au contraire, devient la célébration de l’osmose d’un groupe, d’une communauté américaine aussi paisible qu’anxieuse.

Lucky n’est pas une vitrine cinéphile qui existe juste pour voir David Lynch et Harry Dean Stanton taper la discussion à l’écran et amuser la galerie ; le film n’est pas un film testimonial visant à filmer une relique du cinéma sous toutes ses coutures. John Carroll Lynch donne une aura noble à son œuvre, écrase toute ambition opportuniste pour se donner corps et âmes à un acteur qui fait de même pour le cinéaste. C’est alors que se dessine un beau de portrait, simple mais passionnant dans son questionnement sur le temps qui passe et la falaise vers laquelle nous fonçons tous plus ou moins : la mort. Sauf qu’au lieu d’être un tire larmes qui puise sa passion dans le lacrymal, Lucky garde cette pertinence, ou même cette impertinence pour glorifier la vie, dans cette envie de continuer à sourire devant l’inévitable. A quoi bon respecter les règles, quand on peut les contourner avec plaisir et l’approbation de tous ses proches. Harry Dean Stanton est un visage marquant du cinéma et sort par la grande porte. Merci à lui.

Lucky : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=zsr_VHbQbSI

Lucky : Fiche technique

Titre original : Lucky
Réalisation :John Carroll Lynch
Scénario : Logan Sparks
Photographie : Tim Suhrsted
Montage : Slobodan Cajic
Sociétés de production : Magnolia Pictures
Société de distribution : KMBO
Pays d’origine :  États-Unis
Genre : drame
Durée : 88 minutes

Sortie : 12 décembre 2017

Le crime de l’Orient-Express : sur les rails de l’indifférence

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Passant devant et derrière la caméra, Kenneth Branagh signe cette nouvelle adaptation du roman d’Agatha Christie. Mais malgré quelques qualités, Le crime de l’Orient-Express souffre de l’Ego de son auteur, plus intéressé par la figure d’Hercule Poirot que par l’enquête qui l’a rendu célèbre.

Synopsis : Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express pour rentrer à Londres. Mais alors que le train se retrouve bloqué par la neige, Samuel Ratchett, un riche américain, est assassiné. À la demande de son ami M. Bouc, directeur de la ligne, Poirot se met à enquêter pour découvrir le meurtrier parmi les passagers.

« Ce n’est pas naturel que cinq ou six suspects soient sur place lorsque B est assassiné et que tous aient un motif pour tuer B ». Ces mots prononcés par Ariadne Oliver, auto-caricature assumée d’Agatha Christie qui accompagne parfois Hercule Poirot, résument assez bien le problème de toute adaptation de l’auteure britannique. Elle même avait un certain recul sur son œuvre, teinté d’une certaine auto-dérision, élément que beaucoup d’interprétation de ses livres semblent laisser de côté. Le crime de l’Orient-Express version Kenneth Branagh a du mal à se défaire de cette première incongruité. Pourtant, et plus particulièrement dans le cas d’un long métrage de cinéma, le plus important avant de mettre en scène un meurtre est d’installer un semblant de vraisemblance. Après une introduction classique (mais un peu longue) qui nous présente cet Hercule Poirot nouvelle génération, plus fantasque que ses prédécesseurs Peter Ustinov et David Suchet (pour les plus connus), nous entrons dans le vif du sujet. Les passagers embarquent, se croisent et s’ignorent. L’un deux semble paranoïaque, il sera assassiné au moment où une avalanche bloque le luxueux train au milieu des montagnes. Les éléments sont enfin en place, l’enquête peut donc commencer… Et pourtant, elle ne passionne pas plus que cela.

L’incapacité du film à nous embarquer ne vient cependant pas de sa mise en scène ampoulée. Nous serions presque heureux de dire que pour une fois, Kenneth Branagh s’est un peu calmé sur les cadrages outranciers. Il reste bien sûr quelques effets numériques un peu baveux et quelques plans-citations hyper travaillés complètement gratuits (pourquoi cette évocation grossière et gratuite de la Cène de De Vinci ?) mais dans sa globalité, Le crime de l’Orient-Express n’est pas si désagréable à regarder. Il y a par-ci par-là quelques jolis cadrages, et on ne saurait reprocher à Branagh d’essayer de dynamiser l’espace réduit du train par des plongées frontales ou quelques flashbacks en noir et blanc. Même la musique de Patrick Doyle renforce parfois certains moments. La scène de meurtre, par exemple, tout en distorsion d’effets (images en noir et blanc, violence du montage et musique douce), est plutôt réussie. Bref, cette nouvelle version du roman a ses instants de grâce de temps en temps.

Mais paradoxalement, pour un amoureux des lettres comme l’acteur/réalisateur, le principal défaut du film vient de l’adaptation même du texte. Si le nom d’Agatha Christie est connu dans le monde entier, le dénouement de ses romans les plus célèbres l’est tout autant. Que ce soit Les Dix Petits Nègres, Le meurtre de Roger Ackroyd ou Le Crime de l’Orient-Express, même certains qui n’ont jamais lu les livres ont une petite idée du twist final qui leur donne cette saveur particulière. Adapter la reine du crime au cinéma ou à la télévision est un exercice d’équilibriste, demandant un juste dosage entre respect de l’œuvre et entorses pour essayer de surprendre. Exercice que réussit, par exemple, très bien la série Les petits meurtres d’Agatha Christie sur France 2. Mais dans ce cas précis, si le film se permet de modifier gentiment quelques personnages, l’intrigue suit à peu près le même déroulement et au final, surprend très peu.

Le seul véritable écart que se permet le réalisateur se concentre sur le personnage de Poirot lui même. Tordant le cou aux principes Kracaueriens qui veut que l’enquêteur n’ait pas d’autre vie que celle de chasser le crime, Branagh s’offre le rôle d’un Hercule Poirot aussi fantasque qu’introspectif. Bien décidé à monter qu’il en a une plus grosse que David Suchet, l’acteur/ réalisateur se met dans tous les plans du film, invente une peine de cœur, brode autour d’une éventuelle maniaquerie du personnage, et lui ajoute une petite touche de lassitude face à la dépravation du monde. Si nous allions sur un terrain psychanalytique, nous pourrions affirmer que rarement un film n’avait aussi bien théorisé l’Ego de son auteur. Avec cette nouvelle adaptation, Kenneth Branagh s’offre un écrin à la taille de son délire. La moustache n’est plus amusante, elle est monstrueuse, et malgré le travail remarquable effectué sur les décors et les costumes, nous ne pouvons voir que cette pilosité faciale qui dévore le cadre. Toujours un peu trop sûr de lui, l’acteur semble même convaincu de pouvoir jouer l’accent belge sans problème, ajoutant des mots français placés de façon aléatoire dans ses phrases, prononcés eux avec un accent anglais trop marqué. Un sommet d’ironie involontaire est atteint lorsque le détective se permet de reprocher à un autre personnage de mal imiter l’accent allemand. Quel pied pour le spectateur francophone !

le-crime-de-l-orient-express-johnny-depp-film-critique-cinemaMais malgré tout, nous finissons par apprécier ce nouveau Hercule Poirot qui arrive à être amusant par moment, sans tomber dans l’excentricité extrême qui vampirisait les adaptations de Sherlock Holmes ces dernières années. Mais à trop vouloir moderniser son détective belge, le réalisateur oublie qu’il a un autre film à faire, intitulé Le crime de l’Orient-Express. Car pendant que Poirot se lustre la moustache en regardant la photo de son aimée, il reste un crime à résoudre et des suspects à confondre.
C’est tout particulièrement sur ce point que l’adaptation pèche. À trop vouloir montrer son Poirot, Branagh oublie de développer les autres personnages. Depuis le Nine de Rob Marshall, nous n’avions jamais vu un casting aussi luxueux laissé ainsi sur le bord du quai. Malgré leur carrière respectable, Judi Dench, Derek Jacobi, Willem Dafoe, Michelle Pfeiffer et Penélope Cruz n’ont pas grand chose à jouer. Au rayon moins connu, Manuel Garcia-Rulfo et Sergei Polunin sont plus dans la figuration, le premier n’ayant qu’une scène d’interrogatoire, le second nous gratifiant d’un « high-kick » retourné totalement hors de propos en guise d’introduction. Au final, trois seulement tirent leur épingle du jeu. Josh Gad arrive à donner un peu d’épaisseur à son personnage, Daisy Riley se révèle plus à l’aise dans le genre costumé que dans le space-opéra et surprise, Johnny Depp, plus en retrait qu’à son habitude, est finalement un salopard crédible. L’ancienne idole des ados semble avoir trouvé une porte de sortie à son statut d’icône glamour, préférant maintenant se jeter sur des rôles de pourriture absolue (après Black Mass et Les Animaux Fantastiques). Pensait-il offrir une catharsis à ses nouveaux détracteurs, après ses déboires avec la justice, en endossant le rôle de celui qui se fait charcuter (par des femmes notamment) ? Nous ne le saurons peut-être jamais, mais le geste ne manque pas de force et prend une résonance particulière.

Toujours est-il qu’avec une telle distribution, nous aurions aimé assister à une enquête plus passionnante. Quelque chose de l’ordre d’un voyage dans les méandres de l’esprit humain. Nous aurions aimé en savoir plus sur les motivations personnelles de chacun, sur ce qui les pousse vraiment à mettre de côté leur sens moral pour se prêter à des actes ignobles. Malheureusement, les fils rouges qui connectent les suspects restent grossiers, et l’explication finale déçoit. Les motivations du crime originel semblent un peu faible et les volte-faces des personnages deviennent artificielles. En tant que spectateur, nous en arrivons même à nous sentir idiots de ne pas connaître ce colonel Armstrong dont tout le monde parle. Nous en revenons donc à cette citation de l’auteur, et nous demandons comment est-ce possible que tous soient connectés au même événement antérieur.

C’était pourtant le rôle de Branagh de nous donner suffisamment d’éléments pour ressentir de l’empathie pour ces personnages, afin de mieux appréhender les dilemmes moraux qui secouent la figure, habituellement monolithique, du détective. Mais c’est plutôt l’indifférence qui nous étreint devant ce rassemblement méticuleux d’indices (un kimono rouge, une brosse a pipe etc.). Le Crime de l’Orient-Express aurait pu être une nouvelle adaptation épique et majestueuse du classique d’Agatha Christie, mais il ne ressemble qu’à une péripétie dans les aventures de ce nouveau Hercule Poirot.

Le crime de l’Orient-Express : Bande-annonce

Fiche Technique : Le crime de l’Orient-Express

Titre original : Murder on the Orient Express
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : Michael Green, d’après Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie
Direction artistique : Dominic Masters
Décors : Jim Clay
Costumes : Alexandra Byrne
Photographie : Haris Zambarloukos (en)
Montage : Mick Audsley
Musique : Patrick Doyle
Production : Kenneth Branagh, Mark Gordon, Judy Hofflund, Simon Kinberg, Michael Schaefer (en), Ridley Scott, Aditya Sood
Production déléguée : James Prichard et Hilary Strong
Sociétés de production : Genre Films (en), Scott Free Productions et The Mark Gordon Company
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 55 millions de dollars
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : policier
Durée : 114 minutes

Etats-Unis 2017

Star Wars VIII : à la vitesse lumière, vers de nouveaux horizons

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A rebours du Réveil de la Force tourné vers la nostalgie du passé, Star Wars épisode VIII regarde vers l’avenir. Les derniers Jedi marque ainsi la fin définitive d’une génération et l’essor d’une nouvelle, désormais prête à prendre ses propres responsabilités. Le pari était risqué et audacieux, mais permet de donner une pleine ampleur aux personnages principaux.

Avertissement : cet article expose les événements qui se sont déroulés dans l’épisode VIII.

La complexité de la transmission générationnelle au centre des enjeux

La trame générale de Star Wars VIII n’a certes rien de très original. Alors que les membres de la Résistance tentent d’échapper au Premier Ordre, Rey cherche à convaincre Luke de renoncer à sa retraite et de l’initier à la formation des Jedi. L’histoire est bien sûr riche en rebondissements, mais sert surtout à aborder le thème de la transmission à travers le personnage de Luke. Deux questions se posent pour l’ancien maître Jedi.

Tout d’abord, faut-il ou non transmettre, en prenant le risque de faire renaître l’obscurité ? Bien que le célèbre Yoda le lui ait expressément demandé dans l’épisode VI, Luke vit désormais seul sur une planète éloignée. La cause de son isolement et de son refus d’enseigner, ambiguë dans l’épisode VII, est clairement révélée dans Star Wars VIII. Non seulement Luke a échoué à maintenir Kylo Ren dans la lumière, mais on apprend qu’il est aussi directement à l’origine du « monstre » qu’est devenu son neveu. En effet, la tentation de tuer son padawan par pure peur du côté obscur qui grandissait en lui a précipité le basculement de Kylo Ren. Ce sont donc les craintes et les angoisses existentielles de Luke qui ont constitué le déclencheur tragique de la renaissance du côté obscur. Pourquoi alors continuer à transmettre à des apprentis dont la puissance l’effraie au point de l’inciter au meurtre ? Le maître Jedi, rongé par son erreur, se montre logiquement tout aussi terrorisé lorsqu’il découvre la force brutale de Rey.

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Ainsi, pour Luke, l’ordre Jedi qu’il représente, parfois trop confiant, trop arrogant, ne permet plus de sauvegarder l’équilibre de la Force, mais favorise au contraire le chaos. Fort symbole de sa volonté d’en finir avec l’héritage des Jedi, Luke brûlera avec l’aide de Yoda, dans une scène étonnamment comique, les livres anciens des Jedi conservés dans le temple comme de véritables reliques. Cependant, face à la détermination de Rey, à la mort de son ami Han Solo, et surtout en réponse à l’appel de sa sœur Leia, Luke se laisse finalement fléchir.

Ensuite, que faut-il transmettre ? C’est ici que la sagesse de maître Yoda fait œuvre de leçon de vie. Les héros peuvent échouer et l’échec, plus que toute autre chose, y compris le savoir, doit être transmis. Cette vérité acquise, si Luke sait qu’il est impossible de ramener Kylo Ren, il retrouvera partiellement sa foi en les Jedi, en finissant par désigner Rey comme l’une d’entre eux. Pourtant, Rey n’apprendra de Luke que des rudiments sur la nature de la Force. Pas de code des Jedi, ni même de valeurs morales spécifiques ayant mené l’Ordre à sa perte. Tout ceci devant disparaître, ou être refondé, il reviendra donc à Rey de trouver elle-même sa propre voie.

Le changement générationnel au cœur d’un épisode charnière

Au delà de la transmission, Star Wars VIII fait progressivement place entière à la jeune génération, alors que celle de la trilogie originale disparaît ou s’efface. La disparition inattendue et touchante de Luke, avec le passage de relais à Rey en qualité de dernière Jedi, en reste la preuve principale mais est loin d’être la seule.

La princesse Leia, calme et réfléchie, qui s’opposait à l’impulsif pilote Poe, finit par demander aux membres de la Résistance de suivre celui-ci. Poe Dameron deviendra-t-il le prochain chef des Rebelles ? On pourrait l’envisager, d’autant plus que le décès de Carrie Fischer interroge sur la présence du personnage de Leia dans l’épisode IX.

Kylo Ren s’émancipe également de son ancien maître, Snoke, pour devenir le nouveau Suprême leader du Premier Ordre. Il renoue alors pleinement avec les désirs de son modèle Dark Vador, en proposant à Rey de créer ensemble un Ordre à leur image, comme Anakin l’avait fait lors de l’épisode III à Padmé. En plus, de même que son grand-père, il assassinera le seigneur noir qui le manipule, mais avec une différence de taille. Pour Kylo Ren, il ne s’agit pas de sauver quelqu’un mais de prendre le pouvoir. Toutefois, le personnage (remarquablement interprété par Adam Driver) est rendu plus humain, moins manichéen, depuis que l’on connaît la vérité sur le geste malheureux de Luke. Ben Solo s’est alors senti trahi, ce qui nourrit sa haine, y compris contre lui même. Révulsé par les Jedi, il cherche une autre voie auprès de Snoke, avant de se rendre compte qu’il est manipulé et de prendre la place du Leader Suprême.

En outre, le développement de la relation entre Kylo Ren et Rey est plutôt intéressant. Bien que cette dernière ait refusé de se joindre à lui, les deux personnages sont étroitement connectés et leur maîtrise de la Force s’équilibre parfaitement, au point de séparer un sabre laser en deux parties égales. On attend donc impatiemment de voir l’évolution de leur lien dans l’épisode IX…

Mentionnons finalement le rôle joué par Finn et Rose, nouveau duo amoureux, dans la stratégie comme dans le combat permettant aux résistants d’échapper au Premier Ordre. Dans Star Wars VIII, la jeunesse prend donc la relève. Elle est forte, déterminée, pleine de rêves et d’ambitions, et nous promet d’assurer une fin de trilogie particulièrement épique.

Un spectacle visuel étourdissant et novateur, enrichi d’une bonne dose d’humour

Les derniers Jedi tient parfaitement ses promesses en termes de réalisation, de mise en scène et d’esthétique visuelle. En outre, sa durée temporelle resserrée, totalement inédite, parvient à instaurer une atmosphère d’urgence tendue avec un certain suspense.

De plus, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, le récit ne constitue pas un Empire contre Attaque bis, à l’image du Réveil de la Force, trop similaire à un Nouvel espoir. Star Wars 8 parvient parfaitement à trouver son propre chemin, sans tomber dans des facilités scénaristiques. On pouvait s’attendre par exemple à ce que Ben Solo bascule du côté clair, mais le réalisateur a choisi une voie bien opposée, moins prévisible et plutôt bien pensée. Quant à la révélation des parents de Rey, simples ferrailleurs anonymes, non dotés de pouvoir spécifique, elle rejoint la mythologie de Dark Vador et fait de Rey une élue de la Force. Rian Johnson ne s’est donc pas engouffré tête baissée dans la brèche ouverte par pléthore de théories plus ou moins plausibles. Cette solution simple est finalement la plus cohérente et satisfaisante.

Rian Johnson recourt davantage à l’humour que J.J. Abrams. Ainsi, les « laveuses » de la planète d’Achth-To, les Porg, Chewbacca, et bien sûr le très débrouillard droïde BB-8 savent toujours nous faire sourire, même au beau milieu de l’action. Cependant, la première scène d’entraînement entre Luke et Rey en fait peut-être un peu trop…

Les créatures, notamment les Porg, drôles et adorables, et les magnifiques chiens de glace, sont très réussies. La planète « casino » fournit également un univers assez riche, coupé entre des joueurs nantis et des serviteurs soutenant secrètement la Résistance.

Mais le plus impressionnant dans la saga demeure les scènes de bataille. Sur ce point, on ne peut qu’être admiratif de ce Star Wars VIII qui nous propose, en deux heures trente, tous les types de combat que l’on apprécie : qu’il s’agisse de l’incontournable sabre laser ou des somptueux ballets aériens introductifs au dessus des cuirassés du Premier Ordre. On retient également une surprenante séquence dans laquelle la Résistance fait front contre un canon laser au moyen d’engins de fortune, laissant derrière eux un sillon de sel rouge.

Des faiblesses narratives affaiblissant « la Force » du récit

Malgré son lot bienvenu de surprises et ses scènes d’actions impressionnantes, Star Wars 8 reste un peu décevant sur quelques points narratifs.

Il est en premier lieu regrettable que certains personnages secondaires méritant des développements plus approfondis disparaissent trop soudainement. Snoke, un méchant au fort potentiel tout à fait intrigant dans l’épisode 7, est ainsi réduit dans le film à deux courtes scènes avant d’être tué « à distance » par son apprenti. On aurait pu espérer, en effet, un peu plus d’informations à son égard, ou au moins, un affrontement digne de ce nom avec Kylo Ren et Rey. La capitaine Phasma, commandante des stormstroopers, est tout autant délaissée et vite éliminée. Dommage qu’une confrontation un peu plus intense avec Finn n’ait pas été exploitée.

En second lieu, le début d’une histoire d’amour entre Rose et Finn ne paraît pas trop crédible. Depuis l’épisode 7, Finn s’est surtout attaché à Rey, et c’est d’ailleurs à sa protection qu’il pense en priorité tout au long des Derniers Jedi. Cette relation n’apporte en outre pas grand chose d’utile au récit.

En définitive, si Les Derniers Jedi est bien une suite au Réveil de la Force, les partis pris de Rian Johnson ne s’inscrivent pas dans la continuité de l’approche de J. J. Abrams. Fini la nostalgie du passé, les emprunts à la trilogie originale, le « fan service », le mythe sacré d’un ordre Jedi perdu et idéalisé. Place à la novation, à l’avenir, à la génération suivante, déterminée et indépendante, qui devra, sans maîtres, sans codes, et sans limites, trouver sa propre place dans les étoiles.

Star Wars, Les derniers Jedi – Bande Annonce

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi – Fiche Technique

Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine :  États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera, action
Durée : 152 minutes

Etats-Unis 2017

You’re the Worst (saisons 1 à 4) : ensemble pour le pire ?

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En attendant en 2018 la 5e et ultime saison, revenons sur les précédentes saisons de You’re the worst, formidable série qui a su s’affranchir des codes de la romcom traditionnelle.

Synopsis : Jimmy, jeune écrivain et Gretchen, responsable des relations publiques d’un rappeur stupide, vont tenter de vivre une histoire d’amour… Tous les deux ayant un comportement auto-destructeur, la tâche va être compliquée…

Diffusée sur FFX, You’re the worst n’a rien à voir avec les comédies romantiques habituelles, et cela, notamment par son ton « trash ». Et pourtant, depuis quatre excellentes saisons, on se passionne devant l’histoire d’amour autant évidente que compliquée de Gretchen et Jimmy. La 5e saison, qui débarquera en 2018, conclura la série. Peut-on espérer un « happy end » pour ce couple aussi énervant qu’attachant ?

you-re-the-worst-serie-ffx-stephen-falk-aya-cash-chris-geere-critiqueA l’image des personnages principaux qui jouent sans cesse les blasés, You’re the worst refuse de rejouer les éternels codes de la comédie romantique. Jimmy (Chris Geere) n’a rien du prince charmant, Gretchen (Aya Cash) n’est pas niaise. Il s’agit au départ d’une relation basée purement sur le sexe. On détecte alors comme une sorte de mise en abyme par rapport à l’état d’esprit des personnages. En effet, la série se présente comme une anti-comédie romantique par son ton « trash » et ses personnages torturés. Pourtant, par cette envie de s’affranchir des codes de la romcom, You’re the worst renouvelle à sa façon ce genre si méprisé. On assiste finalement véritablement à la naissance des sentiments de ces handicapés de l’amour et même de la société. Justement, la force de cette sitcom est son arrière-plan social qui explique certainement pourquoi les personnages (et pas uniquement Jimmy et Gretchen) ont si peur d’aimer et de s’engager.

L’amour est quelque chose de compliqué. La série met bien en avant les différentes étapes et autres possibilités, aussi bien positives que négatives autour : la naissance des sentiments, l’évolution du couple avec ses hauts et ses bas, l’image de l’amour dans la société (le couple tenu par la sœur mariée de Lindsay est une représentation de ce que la société pourrait éventuellement attendre) et même la séparation. Ces thèmes, tous reliés entre eux, sont donc traités avec une réelle pertinence. Les enjeux ont beau être dramatiques et bien plus profonds qu’on ne pourrait le penser (et la série est même parfois touchante), le ton est toujours léger. Il faut évidemment être sensible à un humour pas toujours très fin et supporter des personnages qu’on pourrait détester dans la vie, mais l’ensemble est souvent très drôle, notamment grâce à des répliques piquantes, des personnages hauts en couleur ou encore des situations croustillantes.

Si la série est souvent drôle en traitant des divers thèmes autour de l’amour et du couple, elle surprend encore plus par les différents types de sujets qui y sont abordés : notamment la dépression (au cœur de la saison 2) ou les états de stress post-traumatiques suite à la guerre d’Irak (mis en avant via le personnage d’Edgar).

you-re-the-worst-serie-ffx-stephen-falk-aya-cash-chris-geere-kether-donohue-desmin-borges-critiquePlus globalement, même si on nous présente des personnages hauts en couleur, Stephen Falk pointe du doigt une société plus triste qu’elle en a l’air. Gretchen, Jimmy et les autres se cachent derrière leurs caractères festifs (différentes grosses fêtes, ayant lieu au fil des épisodes, se terminent toujours dans le chaos) pour pouvoir cacher leurs blessures et la peur de ne pas être à la hauteur par rapport à ce que la société attend d’eux. Ils préfèrent même afficher leur marginalité pour mieux affronter leurs différences même si paradoxalement ils aimeraient parfois être mieux intégrés dans les codes sociétaux.

Stephen Falk a alors pris beaucoup de risques qu’on ne voit pas tant que ça à la télévision, surtout dans le cadre d’une romcom – même si You’re the worst revendique sa version « anti ». Il n’hésite pas à déconstruire les différents mythes autour du couple pour mieux le reconstruire. Sa série est à l’image des personnages (tous interprétés par une impeccable distribution encore trop méconnue) : le chaos peut nous mettre au plus bas mais il est également libérateur pour pouvoir mieux se reconstruire et retrouver sa place. Le pire peut aussi laisser place au meilleur.

You’re the Worst : bande-annonce

You’re the Worst : fiche technique

Créée par Stephen Falk
Casting : Aya Cash, Chris Geere, Desmin Borges, Kether Donohue…
Genre : Comédie
Format : 22 mn
Premier épisode  : 17 juillet 2014
Chaîne d’origine : FX / FFX