American Horror Story Cult : Make America great again

Après trois dernières saisons très moyennes, American Horror Story Cult revient en force avec une critique virulente de la société américaine depuis l’élection du clown Donald Trump. La série horrifique d’anthologie n’a jamais été aussi politique. Cette fois les véritables monstres sont les humains.

Objet culte de Ryan Murphy, la série d’anthologie American Horror Story vient de conclure sa septième saison. N’ayant laissé fuiter que quelques informations avant son premier épisode, la saison 7 baptisée Cult était attendue au tournant. En effet, cela fait plusieurs saisons que la série horrifique a cessé de faire peur. Pourtant, les deux premières étaient des véritable coups de génie. Murder House réinventait le schéma classique du manoir hanté avec les éléments qui allaient devenir l’ADN de la série, à savoir une galerie de personnages étranges, du sexe et des séquences tordues. Le tout se constituait autour d’une intrigue simple et cohérente, croisement entre Rosemary’s baby et Poltergeist. La saison Asylum s’est imposée comme un chef d’œuvre télévisuel où l’abondance d’intrigues et de thématiques formaient un véritable spectacle d’horreur efficace et intelligent. Depuis, American Horror Story patauge. On retrouve des protagonistes excentriques à foison, des bonnes idées qui fourmillent entre les épisodes et des scènes toujours aussi dérangeantes. Mais la capacité de Ryan Murphy à construire un récit clair, qui ne se laisse pas ronger par ses personnages, est portée disparue. Éloignée du  » gothique chic  » de Freak Show ou Hotel la saison 7 propose un univers plus terre à terre et en phase avec l’actualité.

Pour cette saison, pas de fantômes, de sorcières ou de créatures étranges. Les vrais monstres sont les humains. Pour la première fois, la série n’a jamais porté aussi bien son nom. American Horror Story Cult conte l’horreur que la société américaine est en train de vivre depuis l’élection de Donald Trump et dresse le portrait d’une Amérique névrosée et tourmentée. Tout l’intérêt de la saison réside dans la métaphore politique qu’elle constitue. Chaque personnage est là pour représenter un pan de la société américaine. Le couple lesbien, porté par Sarah Paulson et Alison Pill, forme l’aspect progressiste et démocrate, meurtri par la défaite d’Hillary Clinton. Le personnage de Sarah Paulson, phobique des clowns, fait une crise de panique à chaque vision de Donald Trump. Futé. La baby-sitter Winter Anderson symbolise une jeunesse idéaliste en manque de repères, capable de basculer de la marche des femmes à l’extrême droite. Les voisins Wilton représentent la bien-pensance exacerbée sous forme de  » Social Justice Warrior « , ces justiciers de l’internet prêts à défendre chaque minorité. La journaliste biaisée, Beverly Hope, incarne les médias généralistes américains, qui sont accusés d’avoir contribué à l’élection de Trump.

Arrive alors le personnage clé de la saison : Kai Anderson, leader charismatique, joué par Evan Peters. Manipulateur aux cheveux bleus, il est l’allégorie de l’alt-right américaine. Surfant sur l’insécurité et la crise identitaire, le mouvement se renforce à travers son idéologie suprématiste et ultra-conservatrice. Le  » Cult  » du titre fait référence à la secte que constitue Kai. A une époque où on ne prospecte plus dans les lieux publics mais sur les forums en ligne, Kai va recruter tout le monde. Partout. Séducteur et doté d’une intelligence sociale, son discours s’adapte face à chaque personne qu’il veut endoctriner.  Moralement ambigu, son personnage est tout aussi perdu que les autres. D’un côté, il prône des valeurs familiales conservatrices, de l’autre il s’engage dans un plan à 3 avec sa sœur et son amant pour faire un enfant. Alors qu’il est prêt à sauver toutes les victimes d’un pasteur tordu, il ira plus tard assassiner chaque individu ayant une opinion contraire à la sienne. Finalement, Kai ne représente rien. Il dirige une secte où personne ne partage les mêmes valeurs. Toute la saison pourrait être la représentation physique de ce qui se passe sur Internet, là où les mouvances extrémistes recrutent les esprits influençables. Chacun des assassinats, commis par la secte, sont semblables aux  » raids  » sur les réseaux sociaux. Ces agressions numériques qui ont lieu lorsque qu’un groupe d’internautes se déchaîne et  insulte en masse une même cible de manière organisée. Les épisodes de la saison sont entre-coupés de reconstitutions historiques de vraies sectes qui ont marqué l’histoire des Etats-Unis pendant le 20ème siècle. Ces mêmes sectes qui inspirent Kai, qui se revendique comme un Charles Manson contemporain. Malgré une fin brouillonne, la dernière scène clôt avec force l’ambition morale et politique de la saison. Ally, élue démocratiquement sénatrice du Michigan, qui sous la même capuche de Valérie Solanas semble être bien près de fonder une nouvelle secte. La véritable prise de pouvoir est celle des femmes à l’image de la scène de débat qui oppose Kai, qui déblatère des propos sexistes, face à une Ally impassible.

Soyons clairs : la saison ne fait jamais peur. Véritable cri d’alarme sur une Amérique divisée en crise, Cult provoque l’effroi par son réalisme. American Horror Story se met enfin à reparler d’autre chose que de soi-même.

American Horror Story Cult : Bande-annonce

En bonus le générique d’American Horror Story Cult :

https://www.youtube.com/watch?v=XAmTyoE-imA

American Horror Story Cult : Fiche technique

Créateur & Showrunner : Brad Falchuk, Ryan Murphy
Casting : Sarah Paulson : Rôle : Ally Mayfair-Richards, Cheyenne Jackson : Rôle : Dr. Rudy Vincent, Evan Peters : Rôle : Kai Anderson, Billie Lourd : Rôle : Winter Andersonn, Alison Pill : Rôle : Ivy Mayfair-Richards
Nombre d’épisodes : 10
Nb. d’épisodes : 11
Chaîne d’origine : FX

USA – 2017

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.