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American Horror Story Hotel, saison 5 : Une série de Ryan Murphy et Brad Falchuk

[Critique] American Horror Story Hotel, saison 5

Synopsis : Une série de meurtres sanglants commis à Los Angeles amène le détective John Lowe jusqu’au mystérieux Hôtel Cortez, tenu par la comtesse Elizabeth et hanté par de macabres résidents.

Début très prometteur

american-horror-story-hotel-critique-sarah-paulsonAmerican Horror Story Hotel commençait bien, après une saison 4 pas totalement convaincante mais qui rattrapait une saison 3 déjà bien décevante. La série semblait alors prendre un nouveau départ. Le grand changement de cette saison est bien sûr l’absence de Jessica Lange, impératrice incontestée de la série. Il va sans dire que cela n’a pas plu à tous les fans, cet adieu était pourtant nécessaire car, si l’actrice nous a offert des performances habitées et mémorables, ses personnages n’en étaient en fait qu’une seule entité recyclée saison après saison.
Apprenant alors les leçons de Freak Show dont la principale faiblesse était ses personnages et situations vus et revus, Ryan Murphy chamboule les rôles et c’est avec surprise qu’on retrouve Evan Peters jusqu’alors habitué aux rôles de “gentils” jouer le défunt fondateur du Cortez, Mr. March, accessoirement serial killer, qui avait construit l’hôtel dans le seul but d’en faire un immense vide cadavres et ainsi pouvoir tuer ses victimes à sa guise. Denis O’Hare nous surprend lui aussi avec son nouveau rôle, celui de l’émouvante Liz Taylor, barman travesti, qui change profondément des personnages habituellement antipathiques de l’acteur. On retrouve brièvement Lily Rabe dans deux épisodes, notamment dans le très bon Devil’s Night, où elle interprète Aileen Wuornos ou plutôt le fantôme de cette prostituée devenue serial killer. Après une apparition furtive dans Freak Show, Matt Bomer et Wes Bentley sont promus personnages principaux. Et enfin mais pas des moindres : Lady Gaga elle-même, qui a su convaincre les plus sceptiques d’entre nous en offrant une performance plus qu’honnête pour son premier rôle, celui de la vampirique Comtesse Elizabeth.

Pourquoi changer quand ça marche ?

american-horror-story-hotel-critique-kathy-batesUn casting plutôt alléchant au sein d’un superbe décor donc, car si on peut accorder quelque chose à Murphy c’est bien son titre de “créateur d’univers”, avec ses décors travaillés et sa photographie léchée, Hotel à une esthétique très aboutie. Le Cortez fait partie intégrante des personnages et on se complaît à errer dans ses couloirs kubrickiens.
Mais voilà, créer de super personnages, les déposer dans un chouette hôtel pour ensuite les laisser vagabonder et tuer anarchiquement les clients, ça ne suffit pas à faire une série. Murphy nous offre un semblant de renouveau avec le premier épisode mais s’arrête ici, ne remettant rien d’autre en question et on retrouve alors tout ce qui faisait défaut aux saisons précédentes. A l’instar de ses aînées, Hotel est une saison en dent de scie, alternant des épisodes palpitants et d’autres terriblement en dessous de nos attentes, comme si les scénaristes se lassaient en chemin. Car si les personnages étaient prometteurs, leurs histoires ne suivent pas : la créature au gode tout droit sorti de Seven n’est que très peu évoquée alors qu’elle était de loin le personnage le plus intriguant de l’hôtel, de même que les enfants vampires créés par la comtesse, un des secrets énigmatiques de l’hôtel qui ne mène pourtant nulle part au final. La plupart des histoires sont bâclées et mises de côté même celle du mystérieux détective John Lowe, personnage principal qui nous faisait découvrir l’hôtel autour duquel le récit était centré mais qui disparaît au fil des épisodes, n’apparaissant qu’occasionnellement avant de voir le dénouement de son récit expédié lors du finale. Si les premières saisons avaient réussi à gérer ce trop plein de personnages et de récits, Hotel n’y parvient pas et donne l’impression d’un fouillis incontrôlé pour lequel on peine à sympathiser avec ces personnages qui manquent de profondeur. Mention spéciale a Denis O’Hare cependant, qui arrive à nous émouvoir et fait de Liz Taylor le personnage le plus touchant de la saison et à vrai dire le seul dont l’histoire nous intéresse réellement. Au final, Hotel ne nous offre rien de bien nouveau, les nouveaux rôles reprennent en fait le schéma habituel, Jessica Lange a juste été remplacé par une version plus jeune d’elle-même. Redondant jusqu’au dernier épisode, sorte d’épilogue happy end où tous les fantômes se trouvent une raison d’être, American Horror Story nous rabroue ici encore et avec peu de subtilité l’idéologie qui affirme que même les freaks ont le droit au bonheur, mais après cinq saisons on est en droit de se demander si on n’a pas un peu fait le tour de la question.

Et l’horreur dans tout ça ?

american-horror-story-hotel-critique-wes-bentley-evan-petersPensant qu’une série en anthologie signifie assez de renouveau pour faire ce qu’ils veulent, les créateurs perdent de vue le concept original. Exit l’ambiance glauque à souhait sur laquelle la série devait reposer mais pas de problème quant à recycler les personnages et les histoires à l’infini alors que c’est tout le contraire qu’ils auraient dû faire.
Outre les problèmes scénaristiques, American Horror Story peine à garder l’ambiance qui a fait sa renommée et même si les touches d’humour de plus en plus présentes sont les bienvenues (la scène de la fusillade sur “Hotline Bling” ou encore celle de la vidéo tribute d’Iris étaient aussi surprenantes qu’hilarantes), le reste n’a malheureusement plus rien à voir avec ses débuts. Additionnant scènes sanglantes et références horrifiques le tout sur de la bonne musique goth/punk, certains moments sont assez jubilatoires, mais il nous manque quelque chose. Hotel n’arrive jamais vraiment à nous faire peur.
American Horror Story était la promesse d’un film d’horreur sordide et terrifiant au format série. Et les deux premières saisons ont tenu cette promesse, nous faisant frissonner de peur et nous déstabilisant tant la série était dérangeante à l’époque mais qui est loin d’être le cas à présent. Alors soit, on nous offre un vrai bain de sang et du sexe à chaque épisode, mais c’est loin, très loin d’être suffisant pour nous choquer. Devant cette provocation facile on ne peut que se sentir nostalgique des débuts, quand les mystères de Murder House nous empêchaient de dormir le soir ou quand Asylum nous avait offert un univers tellement glauque qu’il devenait presque insoutenable à regarder par moment et nous restait en tête bien après l’épisode.
On continue d’espérer à chaque nouvelle saison la renaissance de la série tout en sachant au fond qu’on ne retrouvera rien de tout ça. Et c’est cette sensation de rester sur notre faim à chaque fois, cette frustration de voir un tel potentiel gâché qui nous empêche d’apprécier pleinement la série et c’est bien dommage.

On ne va pas se mentir, la série reste bonne, et malgré ses défauts évidents il nous arrive de prendre encore notre pied. Une fois encore, on attend avec impatience la saison prochaine, piégé par ce concept d’anthologie qui ne cesse d’attiser notre curiosité, mais encore combien de temps avant qu’on se lasse définitivement ?

American Horror Story Hotel, saison 5 – Bande-annonce

American Horror Story Hotel, saison 5 : Fiche Technique

Création : Ryan Murphy et Brad Falchuk
Réalisation : Bradley Buecker, Alfonsa Gomez-Rejon et David Semel
Scénario : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear, Jennifer Salt, Jessica Sharzer et James Wong
Interprétation : Kathy Bates, Sarah Paulson, Evan Peters, Wes Bentley, Matt Bomer, Denis O’Hare, Lady Gaga…
Décors : Mark Worthington
Costumes : Chrisi Karvonides-Dushenko
Photographie : John B. Aronson et Michael Goi
Montage : Adam Penn, Fabienne Bouville, Bradley Buecker et Robert Komatsu
Musique : James S. Levine
Casting : Eric Dawson, Carol Kritzer et Robert J. Ulrich
Production : Alexis Martin Woodall et Chip Vucelich ; Tim Minear (consultant) ; Jessica Sharzer (superviseur)
Production exécutive : Dante Di Loreto, Brad Falchuk, Ryan Murphy, Bradley Buecker, Jennifer Salt et James Wong
Société de production : 20th Century Fox
Genre : horreur, dramatique, fantastique
Format : 12 épisodes de 42 minutes
Diffusion: FX

Redacteur LeMagduCiné