American Horror Story : Saison 1-3 Critique série

American Horror Story Saison 1-3 : Monstres pervers, nonnes sadiques et plan à trois avec zombies

Ryan Murphy se présente lui même comme un « créateur d’univers ». Cette définition lui correspond plutôt bien. Cela fait plusieurs années qu’il parcourt le paysage télévisuel, développant ça et là plusieurs projets souvent originaux. Mais s’il met tout son cœur dans les premières saisons à installer des personnages et une ambiance particulière, le réalisateur semble à chaque fois se lasser rapidement, préférant passer à autre chose, laissant ses bébés dépérirent tristement. Il suffit de voir la saison 1 de Glee plutôt bien menée et celles qui l’on suivie accumulant reprise de tubes parfois indigestes, intrigues teen classiques et fan service facile (le couple Finn/Rachel qui n’en finit pas de se tourner autour…).

Avec American Horror Story, Murphy semble avoir trouvé la parade à son ennui chronique : à chaque saison un nouveau lieu, de nouveau personnages, de nouveaux enjeux. Une forme d’anthologie qui rappelle les grandes heures de la télévision (La Quatrième Dimension) dans une version plus étendue. Il y a donc trois saisons pour l’instant, la première (nommée par les fans Murder House), Asylum et Coven, et comme dans toute anthologie, la qualité n’est pas forcément équivalente entre chaque segment.

Murder House 

Pour lancer American Horror Story, Murphy et sa bande décident de s’attaquer à un classique de l’épouvante un peu tombé en disgrâce ces dernières années : la maison hantée. L’intrigue démarre, comme toujours, avec une famille qui vient d’emménager pour trouver une nouvelle vie (le père ayant foutu en l’air l’ancienne avec son comportement érotomane). La mère est dépressive et la fille un brin suicidaire… Que du bonheur en perspective, et pas trop d’originalité à l’horizon. Cette première saison est donc un essai plutôt sage. La trame principale reste dans les sentiers battus (rencontre successive de fantômes, affrontement, doutes sur la santé mentale…) mais on sent déjà bourgeonner quelques petites idées par ci, par là, des éléments originaux. Voulant repousser certaines limites, les auteurs n’hésitent alors pas à convoquer d’autres segments de la culture américaine pour densifier l’univers. Des fantômes certes, auquel viennent s’ajouter le traumatisme des fusillades dans les campus, des monstres dans le grenier, des serial killer et autres légendes urbaines, rajoutant ça et là quelques références cinématographiques de bon goût (Rosemary’s Baby, La Malédiction…), pour faire passer la pilule de leur délire qui peut parfois sembler indigeste tant il part dans tous les sens. On se demande encore si le flash back éclair avec le Pape au Vatican était véritablement indispensable.

Partir ainsi sans fondations solides aurait toutefois pu faire planter la série mais, coup de chance, les acteurs font tenir la baraque. Car si American Horror Story a marqué les esprits, c’est surtout grâce à un come back inattendu, celui de Jessica Lange qui incarne, avec une perversité communicative, la voisine inquiétante et envoûtante, un personnage hitchcockien qui semble toujours osciller entre l’animosité et l’empathie pour ses nouveaux « amis ».

Néanmoins Murder House ne convainc pas totalement car certains délires sont assez peu exploités (quelques  fantômes qui passent en coup de vent…), mais on retrouve tout de même certains thèmes cher à Murphy, comme l’acceptation de soi, la revendication d’être un freak (que l’on soit gothique, autiste, fantôme ou serial killer, on a tous le droit au bonheur!!), projetés cette fois dans un univers plus sombre et déviant que d’habitude. AHS intrigue donc suffisamment pour laisser une chance à sa deuxième saison.

Asylum

Si l’on trouve déjà que la première fournée part un peu en cacahuète, on ne s’attend clairement pas à ce qui va suivre. Nouvelle intrigue donc qui prend place dans les années 60, au cœur d’un asile tenu d’une main de fer par une nonne sadique (Jessica lange de retour) et un docteur à la déontologie douteuse (James Cromwell, le gentil berger de Babe). La saison multiplie les situations sordides et ne laisse aucun répit à ses personnages. Si Murder House est déjà bien peu glauque, Asylum est véritablement crade. Une sacré bande gravite autour de cette maison de fous : des bonnes sœurs perverses, un tueur qui découpe la peau de ses victimes, un prêtre arriviste, des aliens, le diable en personne et même un père noël psychopathe, caché dans les sous sols (Ian McShane qui arrive à faire oublier qu’il est un piètre Barbe Noire dans Pirates des Caraïbes : la fontaine de Jouvence)… que du bonheur ! Et le plus beau dans tout ça ? Ça tient plutôt la route . On aurait pu croire que cela partirait trop loin (un fond de nazisme vient s’ajouter par la suite), et on a même des nouvelles d’Anne Franck, mais finalement tout ce joyeux bordel fonctionne plutôt bien. Et pour ceux qui détestent Maroon 5, Adam Levine se fait bouffer dans le premier épisode (à bon entendeur !…). Murphy en profite alors pour développer ses thèmes de prédilections plus en profondeur, appuyant cette fois véritablement le discours féministe et gay friendly, au travers des personnages de Jessica lange, Sarah Paulson, Lily Rabe… Ces femmes sont souvent maltraitées, écorchées, torturées pour motif « médical », les raisons de leur enfermement étant souvent d’ordre sexuel (nymphomanie, homosexualité, meurtre en réponse à un viol…), ou due à une maternité non désirée assimilée à une forme d’emprisonnement. Une libération du corps féminin qui effraie les hommes même les plus sadiques, préférant étouffer toute pulsion par la violence. Peu de figures masculines sont épargnées, si ce n’est la première victime des aliens (Evan Peters), plus ouvert et marié à une femme noire en début de saison. Les autres ont tous une tare à compenser (impuissance, complexe d’Œdipe…), et payent le prix fort pour leur arrogance. Un discours aux airs de féminisme radical mais qui reste cohérent de bout en bout, convoquant l’imaginaire collectif de l’hystérie, qui aux origines était considéré comme exclusivement féminine (nom dérivé du grec hystera, utérus), et de la possession pour mieux le retourner.

Même si certaines idées passent une fois de plus à la trappe, comme les extra terrestres assez sous exploités ou le personnage de l’évêque (Joseph Fiennes) plutôt secondaire, Asylum reste haletante du début à la fin et s’impose comme l’une des œuvres les plus viscérales de la télévision américaine. Après un tels progrès, on ne peut qu’espérer le meilleur pour la suite.

Coven

Cette troisième saison est pourtant une déception. Si les deux précédentes s’amuse à jouer avec les poncifs du genre, celle ci annonce pas mal de nouveauté et de fraîcheur pour laisser, finalement, l’impression d’un potentiel gâché. Mettant cette fois en scène un couvent de sorcières à la Nouvelle Orléans, on est en droit d’attendre une version gothique et trash d’Harry Potter, boosté au girl power, jazz et  folklore vaudou. Il y a un peu de tout ça, mais rien ne semble développé sur le long terme. Un peu comme si Tarantino avait réalisé Ma sorcière bien-aimée, faisant en sorte que Samantha éclate Jean Pierre à coup de fusil au bout du 3ème épisode. Tant de pistes sont développées pour finalement être laissées de coté. Le pouvoir de succube de Zoe (Taissa Farmiga) n’est plus évoqué, passé le premier épisode. Le minotaure du début est rapidement éliminé, pareil pour les chasseurs de sorcières qui annoncent un grand final avant de se faire trucider lors de l’épisode suivant. Coven ne manque pas d’idées, parfois brillantes (un plan à trois avec un zombie) mais lier le tout en un ensemble cohérent semble être le dernier des soucis de Murphy. Délirante oui, mais tellement frustrante. La tueuse immortelle Marie-Delphine LaLaurie (excellente Kathy Bates), bien que très présente, n’a que peu d’intérêt pour l’intrigue et certains personnages se font tuer, pour revenir à la vie sans explication particulière (Quennie) ; d’autre sont tous simplement évacués de l’intrigue un peu facilement, comme Nan la télépathe. Et si le discours féministe de la saison 2 est pertinent, ici il devient trop extrême : toutes les femmes de la saison sont fortes, mais aucun homme ne leur arrive à la cheville. Ils sont tous crétins, impulsifs, manipulables ou soumis, à l’exception du diable, sous les traits de Papa Legba/le Baron Samedi (figure mortuaire du culte vaudou) qui n’aura de toute façon qu’un rôle très secondaire. Un propos sincère, mais un peu trop caricatural pour être pris au sérieux.

Et si la réalisation de Murder House et d’Asylum est efficace, celle Coven souffre souvent d’un manque de retenue. Les réalisateurs ne se refusent aucun délire de mise en scène (ralentis, décadrages extrêmes, musiques rock à fond les ballons…), ce qui continue de rendre le tout parfois très indigeste, comme cette interminable explication dans le dernier épisode sous la forme cinéma muet. On s’éclate derrière la caméra, mais au détriment de toutes cohérences narratives ou artistiques.

Coven était attendue au tournant et a eu bien du mal à convaincre avec sa trame bancale et sa résolution finale qui donne l’impression que l’histoire s’arrête là où elle aurait du commencer.

Freak Show

Comme toute anthologie, American Horror Story connaît donc ses premiers passages à vide. Bien qu’elle remplit les écrans depuis 3 ans de personnages déjà mythiques, il est facile de remarquer que Murphy ne perd rien de ses vieux tics de recyclage : si quelque chose plaît pourquoi s’en priver ? Ainsi les acteurs qui reviennent d’une saison sur l’autre ont souvent plus ou moins le même rôle, avec des variantes, comme une seule personnalité qui serait divisée dans une infinité de réalités, Jessica Lange reste toujours un peu perverse (et danse dans chaque saison avec une robe rouge, une clope au bec et un verre de whisky dans la main) et Evan Peters demeure un amoureux transit (avec ou sans sang sur les mains…), quelques impressions de déjà vu qui peuvent finir par parasiter l’esprit rebelle de la série, la faisant basculer dans le fan service de bas étage.

Mais l’intérêt de la série réside surtout en ce qu’elle s’est constituée comme une bonne planque au cœur du système pour une belle bande de rebuts de l’industrie. Il est évident qu’il s’agit d’abord pour Ryan Murphy d’une catharsis : Après avoir écrit les aventures d’un duo de chirurgiens beaux et riches dans Nip/Tuck et les amourettes pleines de paillettes de Glee, on peut comprendre qu’il veuille se changer les idée, quoi de mieux alors que de faire voler les tripes dans une série horrifique ? Il semble que ce soit une bonne thérapie, car d’autres ont suivi le mouvement. Derrière la caméra, au scénario on peut retrouver Tim Minear, un ancien de la bande à Whedon, James Wong, malheureusement connu pour avoir réalisé le désastreux Dragonball Evolution et devant Jessica Lange bien sur qui effectue un retour en grâce après avoir disparu dans nombres de série B (voire Z), mais aussi tout les autres déçus du système : James Cromwell qui se fait de plus en plus rare sur les écrans, Ian McShane cantonné aux rôles de second couteau dans de grosses productions hollywoodiennes, qui prend ici un malin plaisir à découper ses victimes, Kathy Bates dont le rôle mythique de Misery lui à trop longtemps collé à la peau…Tous ces acteurs trouvent paradoxalement une porte de sortie grâce à cette série et un bon moyen de se rapprocher des nouvelles générations (Evan Peters, Emma Roberts…), Un peu en dehors d’un système qui pourrait ne plus vouloir d’eux, la faute à leur grand âge et leur sex appeal un peu daté. On ne peut que remercier Murphy de remettre en avant ces acteurs qui comptèrent un jour parmi les plus brillants. C’est un peu ça l’âme de la série, une belle brochette de tarés qui se mettent ensemble pour faire un gros doigt aux systèmes de productions classiques.

Mais de belles intentions ne suffisent pas à justifier une baisse de rythme. American Horror strory s’en tire grâce à son format particulier. Si une saison est mauvaise, la prochaine ne pourra être que meilleure, c’est ce que tout le monde se dit. En espérant qu’il ne s’agit pas d’un plan foireux pour relancer la suite en grande pompe en faisant semblant de s’excuser d’un « faux pas ».

Synopsis :Anthologie d’horreur, chaque saison prend place dans un nouveau lieu avec des personnages différents. De Los Angeles à la Nouvelle Orléans, des années 60 à nos jours, une vision macabre de l’Amérique et son folklore d’hier et d’aujourd’hui.

American Horror Story Extrait saison 4 Freakshow

Fiche technique : American Horror Story

Titre original: American Horror Story
Genre: Horreur, Épouvante, Fantastique
Créateur(s): Ryan Murphy, Brad Falchuk
Avec: Jessica Lange, Evan Peters, Lily Rabe, Sarah Paulson, James Cromwell, Zachary Quinto…
Production: Alexis Martin Woodall, Patrick McKee
Pays d’origine: États-Unis
Date: 2011
Chaîne d’origine: Fx
Épisodes: 38
Durée: 50 minutes
Statut: en cours (saison 4 annoncée)

 

 

 

 

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.