Les Animaux Fantastiques, un film de David Yates : Critique

Nouveau démarrage pour la franchise Harry Potter avec la sortie du film Les Animaux Fantastiques. JK Rowling et David Yates réussissent à donner un second  souffle à cette saga qui aura rendu de nombreux lecteurs heureux tout en remplissant grassement les comptes en banque des producteurs. Les aventures de Norbert Dragonneau ont-elles le potentiel pour remplacer Harry dans le cœur des fans ? Ho que oui!

Rowling, Rowling, Rowling… (air connu)

Adaptation, suite, prequel, remake, reboot… Les années se suivent et se ressemblent et les cinémas ne semblent plus proposer que d’interminables itérations de franchises à succès. Au bout d’un moment on se dit que ça commence à bien faire ; le côté mercantile pourrait bien susciter une certaine frilosité chez le spectateur… Alors pourquoi aller voir le dernier produit en date d’une marque qui a déjà rapporté plusieurs milliards de dollars à ses producteurs ? Deux raisons peut-être permettent aux Animaux Fantastiques de sortir un peu du lot. La première étant bien sur l’argument « auteur » un poil roublard mais qui fait sont petit effet, J.K Rowling elle-même signe le scénario du film, prenant de court les décisionnaires avides en proposant un développement autour d’une mythologie sur laquelle elle garde un contrôle artistique conséquent. La seconde est à juger au regard de la concurrence. Si le déluge de blockbusters super-héroïques qui prend en otage presque la totalité des écrans depuis quelques années (2016 étant un cru particulièrement dense avec deux X-men, deux Marvel plus les séries Netflix), revenir vers un univers un peu plus magique et enfantin sera peut être le remède qu’il vous faut. En plus si vous faites partie de cette génération « Harry Potter » qui, même sans être fan, a grandi avec les livres et les films, et bien faites-vous une raison, vous ne pourrez pas vous empêcher d’aller le voir.

Tout cela ne dispense pas d’avoir des craintes sur le produit final. La peur de voir une auteure que l’on aimait bien s’enfermer dans une caricature d’elle-même, car même les plus grands écrivains peuvent être de piètres scénaristes (Stephen King, Brett Easton Ellis et Cormac McCarthy s’y sont déjà pété les dents). Ou encore l’appréhension de tomber devant un long métrage creux se contentant de recycler des codes et des personnages déjà connus. Nous avons tous cru que le film se contenterait de lâcher sa ménagerie fantastique dans New York sans véritablement composer une intrigue, se contentant d’effets numériques tellement incroyables que l’on dirait de la magie. Bref, une fois encore la peur du vide nous prend aux tripes, pauvres moldus que nous sommes. Et pourtant, magie du cinéma ou mentalité de vieux con qui grandit en nous, dès l’apparition du logo Warner Bros accompagnée des notes mythiques composées par John Williams en son temps, le charme opère. On se sent replonger en enfance avec l’envie furieuse de pénétrer à nouveau dans cet univers.

Avec Les Animaux Fantastiques, Rowling décide donc de refaire son monde en déplaçant l’intrigue de son Royaume-Uni contemporain aux Etats-Unis de la prohibition. A nouveaux lieux, nouveaux personnages. Le trio magique complémentaire est donc remplacé par un quatuor un peu branque composé d’un zoologiste timide (Eddie Redmayne à la limite de l’autisme), un moldu bon vivant un peu paumé (Dan Fogler), une employée radiée du gouvernement magique local (Katherine Waterston) et sa sœur télépathe (Alison Sudol). Substituant aux enfants trop parfaits de la première heure des adultes bourrés de défauts, l’auteure prend des risques avec son propre univers et cela fait plaisir. L’intrigue se déploie ainsi autour de ces quatre personnages confrontés à diverses créatures magiques, un gouvernement bien moins sympathique que son homologue britannique et la menace d’un mage noir venu d’Europe. N’ayant rien perdu de son style foisonnant qui a fait son succès, elle développe ainsi toute une facette méconnue de son œuvre et partage son imagination avec un plaisir communicatif. Face à une concurrence qui élève la vacuité scénaristique au rang des beaux-arts, Les Animaux Fantastiques fait la proposition presque expérimentale d’un univers dense qui préfère développer sa mythologie tranquillement, plutôt que de l’adapter à des schémas narratifs pré-existants. Malgré son âge et sa longévité, l’univers Potterien apporte paradoxalement un vent de fraîcheur sur les écrans.

Le film n’est évidemment pas parfait. Le problème d’une narration touffue (celui-là même qui avait donné des sueurs froides à Steve Kloves chargé d’adapter les romans) provoque parfois des égarements. Embarquée dans sa folie créatrice, Rowling multiplie les intrigues secondaires qui, faute de temps, aboutissent à des conclusions parfois tièdes. Ainsi l’utilité de la dynastie moldue Shaw (dont le patriarche est incarné par John Voight) est tout à fait discutable, développée plus que raison pour finalement n’aboutir sur rien, le final laissant peu de doute quand au retour de ces personnages. Idem du côté de l’antagoniste principal, Percival Graves, qui aurait pu être le Eliot Ness du monde magique – un fonctionnaire incorruptible, peu impressionnable mais légèrement obtus face au flegme du magizoologiste – pour finalement être réduit à un méchant basique peu intéressant (qui n’est même pas la menace principale qui tombe sur la grosse pomme). Si la romancière en profite pour exprimer le fond de sa pensée sur la politique sécuritaire américaine (patriot act, peur du terrorisme etc.), l’intrusion de cette note plus « adulte » est faite sans véritable finesse. La facilité avec laquelle l’administration magique outre-atlantique condamne ses citoyens sans procès provoque ainsi le temps d’une séquence un léger malaise. Regrettable car le jeu calme et mesuré de Colin Farell détonne en comparaison des personnages fantasques que la saga s’était amusée à déployer. Une nouveauté qui aurait été bienvenue si elle avait été utilisée correctement.

Il est également dommage de constater que Rowling ne démord pas de ses tics d’écriture de roman policier pour ado, concluant une fois de plus sur un twist surfait tout en multipliant les fausses pistes trop évidentes (il y a toutefois quelque chose d’amusant dans le fait de compter le temps que le film passe à tenter de nous faire croire que Ezra Miller n’a qu’un rôle secondaire). Tout cela débouche sur un paradoxe étonnant : la fantaisie et la naïveté se retrouvent du coté des adultes tandis que l’horreur prend place dans l’esprit des enfants (au détour de séquences particulièrement glauques dans un orphelinat que n’aurait pas renié Dickens). Curieux choix qui semble démontrer que le public visé s’avère quand même être très spécifique (le même qu’en 1993 qui aurait grandi) et que la créatrice ne cherche pas vraiment à se mettre en phase avec une nouvelle génération. Certains appellent cela de la cohérence artistique, d’autres une zone de confort, mais qui sommes nous pour juger ?

Malgré tout cela, il est difficile de faire la fine bouche devant un film aussi bien exécuté. La partie artistique reste le point fort de la saga. Les décors dépaysent, les costumes mettent en joie et la magie fait toujours son effet. David Yates, de retour derrière la caméra, retrouve le rythme qu’il avait réussi à insuffler à l’Ordre du phénix tout en composant de très belles séquences bourrées d’humour et de candeur enfantine qui font chaud au cœur. La découverte de l’intérieur de la valise, où se déploie un bestiaire merveilleux entre des paysages qui se succèdent comme les toiles d’un panorama, réveille notre âme d’enfant. La poursuite avec un rhinocéros magique en chaleur dans Central Park est une pépite d’humour. Le cameo de Ron Perlman en gobelin mafieux dans un bar clandestin amusera les plus grands. Il sera également difficile de ne pas craquer pour les petites créatures qui accompagnent le héros (un bambou câlin et un ornithorynque cleptomane), avant que ceux-ci n’envahissent les rayons peluches des magasins de jouets. Les Animaux Fantastiques est un film dense, bancal, qui fuit parfois de tous côtés, mais dont la générosité fait plaisir à voir. Non seulement on ressort de la salle heureux, mais en plus on en redemande.

Synopsis: 1926, New York. Norbert Dragonneau rentre à peine d’un périple à travers le monde où il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques. Il pense faire une courte halte à New York mais une série d’événements et de rencontres inattendues risquent de prolonger son séjour et vont le mener face au terrible mage noir qui sème alors la terreur dans la communauté des sorciers, Gellert Grindelwald…

Les Animaux Fantastiques : Bande-annonce

Les Animaux Fantastiques : Fiche Technique

Titre original : Fantastic Beasts and where to find them
Réalisation : David Yates
Scénario :  J.K Rowling
Interprétation : Eddie Redmayne (Newt Scamander), Katherine Watertson (Tina), Dan Fogler (Jacob), Alison Sudol (Queenie), Colin Farell (Percival Graves), Ezra Miller (Creedance), Ron Perlman (Gnarlak), Jon Voight (Henry Shaw Sr.)…
Photographie : Phillipe Rousselot
Montage : Mark Day
Musique : James Newton Howard
Costume : Colleen Atwood
Décors : James Hambridge
Producteurs :  David Heyman, Steven Kloves, J.K Rowling et Lionel Wigram
Sociétés de Production :  Heyday Films, Warner Bros, Wigram Productions et The Blair Partnership
Distributeur :  Warner Bros
Budget : 180 000 000 $
Classification : Tout Public
Récompenses :  Oscar 2017 du Meilleurs costumes pour Colleen Atwood
Genre :  Fantastique, Aventure
Durée : 133 min
Date de sortie : 16 novembre 2016

 Etats-Unis – 2016

Festival

FFCP 2026 : People and Meat, l’appétit des oubliés

"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

Newsletter

À ne pas manquer

Gojira, l’enfant des cendres #02 – Le Projet G

En avril 1954, la Tōhō perd un film et en gagne un autre. D’une idée griffonnée par Tomoyuki Tanaka dans un avion naît le « Projet G », classé secret. Entre Ishirō Honda, Eiji Tsuburaya et Shigeru Kayama, découvrez comment Godzilla prend forme en six mois, de l’auberge de Shibuya au premier clap.

Gojira, l’enfant des cendres #01 – Le soleil couchant de l’empire

Né en 1954 des bombes et de la peur atomique, Godzilla est aussi l’histoire d’un pays. Des navires noirs de Perry en 1853 à l’essai de Bikini, en passant par l'ère Meiji, la guerre du Pacifique, Hiroshima et l’Occupation américaine, retrouvez le contexte qui a donné naissance au roi des monstres.

Moulin : l’étoffe d’un héros

Avec Moulin, László Nemes s'écarte des règles du biopic pour livrer une réflexion sur le statut du héros et sur le combat que se livrent l'obscurité et la lumière. Un geste de mise en scène qui n'égale certes pas celui du remarqué Le Fils de Saul mais donne un film plastiquement somptueux, servi par l'interprétation très juste de Gilles Lellouche et Lars Eidinger.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.