Logan, un film de James Mangold : critique cinéma

Logan, troisième et dernier volet de la saga « Wolverine », embarque notre super-héros retraité dans sa dernière aventure, aussi intimiste que sanglante. Une surprise bien assumée, après tant de tentatives ratées. James Mangold retrouve enfin ses marques, perdues depuis Walk the Line. Coïncidence?

Synopsis : En 2029, 14 ans après les récits de X-Men : Days of Future Past, la race des mutants n’existe plus. Logan est l’un des derniers survivant et travaille en tant que chauffeur privé au Nouveau-Mexique pour prendre soin du Professeur Charles Xavier, nonagénaire et malade. Celui qu’on appelait « The Wolverine » n’est plus que l’ombre de lui-même ; fatigué, affaibli, amère, et vieillissant. Tout semble perdu jusqu’au jour où sa rencontre forcée avec une jeune mutante, insuffle une lueur d’espoir à sa fin de carrière.

“Que suis-je devenu, mon cher ami, tout le monde s’en va, à la fin”

Ces paroles de Johnny Cash résument parfaitement le synopsis du dernier opus de la saga X-Men de la Fox. James Mangold réalise son deuxième film sur le mutant « grognon » et, cette fois-ci, y met plus du sien que dans le mitigé The Wolverine (2013). Ce réalisateur new-yorkais, qui oscille entre « navets » commerciaux et films indépendants, est surtout connu pour avoir réalisé le très bien accueilli Walk the Line en 2005.

Il serait débilitant de ne pas évoquer le parallélisme ambivalent entre le plus gros succès de Mangold et Logan. Le biopic sur Johnny Cash est la palette sur laquelle se repose le style et le propos du réalisateur en tant qu’artiste de cinéma. Si Logan est un film plutôt réussi, il est nécessaire d’essayer de comprendre comment le réalisateur a pu accomplir une telle prouesse, vu l’échec de ses prédécesseurs. Il faut donc revenir à ce film musical de 2005, quand le western contemporain revenait à la mode.

Walk the Line conte l’histoire de Johnny Cash, un jeune homme du sud des États-Unis, désabusé par la vie, ayant perdu une bonne partie de sa famille très jeune, excepté son père, distant et agressif. Johnny regagne espoir en l’avenir en rejoignant l’armée de l’air et en épousant sa copine. Mais très rapidement, ses talents uniques dans l’univers musical l’arrachent à cette paix retrouvée et l’obligent a faire face à ses démons d’antan. Son amour pour sa collègue mariée sera sa perte mais aussi son épiphanie en ce qui concerne le vrai sens à donner à sa vie. Après plusieurs démêlés avec l’alcool, la violence, et la drogue, Johnny trouve sa rédemption en prison et décide d’utiliser son don pour le bien d’autres âmes perdues comme lui-même et pour aider ceux qu’il aime. Il essaie de rompre ce cycle faisant de lui un « messie malgré lui » qui a coûté la vie à un bon nombre d’êtres chers à ses yeux.

James Howlett alias Logan serait le Johnny Cash de l’univers Marvel. Souvenez-vous, en 2000, Hugh Jackman incarnait pour la première fois « Wolverine » à l’écran, derrière la caméra de Brian Singer dans X-Men. Si Logan est un mutant, il est avant tout un homme sans quête, vivant dans le passé. Logan a un talent. Ce n’est ni ses griffes en « Adamantium », ni sa capacité à guérir de toute blessure, son talent est de venir en aide aux solitaires et aux opprimés tels que lui. Ce talent sera certes sa perte car il le force, tout au long de l’intrigue, à confronter son passé et l’essence même de son besoin d’aider et de parrainer.

Attardons nous sur l’objet même du discours ; Logan. En 2029, les X-Men ne sont plus. Le monde a changé et l’humanité se gave de stéroïdes et se nargue d’avoir supplanté les mutants grâce à la sélection naturelle. Si Wolverine parvient à sauver les mutants d’un génocide, en changeant le passé dans Days of Future Past, leur extinction advient quand même, sous la forme d’un phénomène naturel et hormonal dans cette nouvelle « timeline ». Logan et le Professeur Xavier sont les survivants et les seuls témoins de ce temps où les mutants étaient l’avenir de l’humanité. Dans ce monde où l’espèce humaine n’a plus besoin d’eux, Logan est chauffeur privé (« Uber X ») et subvient au besoins médicaux de Charles, souffrant de dégénérescence cérébrale. Ils n’ont qu’une seule quête, s’acheter une vie tranquille au bord de l’eau en attendant la mort. Cependant, le passé les rattrape quand une jeune fille en détresse se met en travers de leur chemin. Cette jeune fille, contrairement à Marie (X-Men), Charles (Days of Future Past) ou Mariko (The Wolverine), n’est pas un être sans défense. Au contraire, elle ne sait que trop se défendre et se met, de ce fait, en danger. Qui d’autre que Logan pour la protéger en de telles circonstances ?

Cependant, en 2029, Logan est vieux, Logan est malade, Logan ne guérit plus aussi rapidement qu’avant. Il passe son temps à s’occuper de Charles, nonagénaire, dont la sénilité rend son puissant don de télépathie dangereux pour toute personne se trouvant à proximité de lui. Charles est la dernière âme en peine que Logan s’efforce à sauver et il n’a plus la capacité, ni l’envie de se soucier d’autres opprimés solitaires.

En résumé, le but ultime de cet opus est de mener Logan à sa dernière aventure, malgré les obstacles ci-dessus. Une mission bien ingrate et solitaire pour James Mangold. Si le parallèle entre Walk the Line et Logan existe, c’est qu’il est volontairement mis en place par le réalisateur, lui-même, pour contrer les blocages d’une telle entreprise. Une telle fin ne peut se faire sans parti pris, ni proposition définie de réalisation

Dans The Wolverine, Mangold se cache sous des couches épaisses de velléités et de contraintes de la Fox, de Marvel Entertainement, de Jackman, des producteurs, et des fantômes du très mauvais X-Men Origins : Wolverine et X-Men : The last StandThe Wolverine n’était pas un film du réalisateur mais une commande à terminer pour accéder à quelque chose de plus personnel.

Le parallélisme découvre subséquemment une stratégie de réalisation tripartite. Elle met en place un univers mais aussi un espace d’évolution pour le récit, et esquive toute contrainte liée à des moyens extérieurs à la création. Si le scénario est en grande partie la réussite de ce film, sa réalisation le différencie des autres opus X-Men car on y voit une proposition claire et assumée. Logan est un road-movie aux airs de western contemporain.

Comme dans Walk the Line, le personnage central passe par trois phases ; le désert surexposé où il survit à ces démons et se laisse aller en attendant un avenir incertain. Puis il valse dans l’entre-deux, aux paysages modernes et nocturnes, donnant un air propre et aseptisé à tout, même aux casinos du Nevada où il lutte pour et contre sa quête. Puis, arrive la forêt et ses verts pâturages. Sous une photographie bien plus épurée et froide, pour faire ressortir la chlorophylle de l’histoire sur grand écran, le héros accepte sa quête, après coup. Après la perte de sa motivation première, il trouve l’absolution dans sa peine et son tourment. La finalité n’est pas réjouissante et sans douleur mais belle et apaisante car elle conclut et donne sens à la quête de toute une vie.

Mangold use de cette stratégie depuis Walk The Line et en fait « inconsciemment » sa marque. Ce parti pris crée la surprise dans Logan car il vient nous propose un film indépendant à la place d’un énième film de super-héros. Un film émancipé des velléités des studios, des contraintes du film de genre, et surtout, de la limite dans l’action.

Les failles de ce troisième opus, plutôt réussi, seraient peut-être sa démarche tardive dans une franchise qui se cherche depuis 2003, suite au poétique X2. Logan n’a pas plus de failles qu’une tentative de film indépendant de sa génération. Le récit aurait pu être plus développé vers la fin, surtout par rapport aux enfants rescapés d’Alkali. On aurait aimé plus de temps à l’écran pour le duo Jackman/Steward, moins de blancs dans la rythmique du scénario, un méchant beaucoup plus prononcé qu’énoncé, une finalité moins devinée, à mi-chemin de la fin… Cependant, aucune de ses failles n’enlève le fait que la démarche surpasse l’anomalie. La proposition du réalisateur séduit assez facilement et la mélancolie se fait ressentir de A à Z. Un devoir accompli pour la conclusion d’une franchise fatiguée.

James Mangold signe une parfaite révérence pour 17 ans de récit qui malheureusement ne trouve sa voix qu’à sa toute fin. Comme la quête de James Howlett dans Logan, la saga a eu sa période désertique où tout été surexposé et dispersé (X-Men Origins : Wolverine), sa période aseptisée et nocturne où le travail doit être fait mais prudemment et de façon neutre (The Wolverine), et la fin verte, froide, et épurée, dans l’acceptation et l’épiphanie amère mais enfin assumée (Logan).

 Logan : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=li4g3I7Xosk

Logan : Fiche technique

Réalisation : James Mangold
Scénario : Scott Frank, James Mangold, Michael Green
Interprétation : Hugh Jackman (Logan / Wolverine), Patrick Stewart (Charles Xavier / Professeur X), Dafne Keen (Laura), Boyd Holbrook (Donald Pierce), Eriq La Salle (Will Munson), Stephen Merchant (Caliban), Richard E. Grant (Dr Rice)…
Image : John Mathieson
Décors : François Audouy
Costumes : Daniel Orlandi
Montage : Michael McCusker, Dirk Westervelt
Musique : Marco Beltrami
Producteur(s) : Hutch Parker, Lauren Shuler Donner, Simon Kinberg
Production : Donners’ Company, Kinberg Genre, Marvel Entertainment, TSG Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox
Durée : 2h17
Genre : Action, Science fiction, Aventure
Date de sortie : 1 mars 2017

États-Unis – 2017

Auteur : Pascal J-H.C Topige

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