Broadchurch, une série de Chris Chibnall, saison 3 : Critique

Beaucoup crient au parfait retour de l’excellente et captivante meilleure série policière jamais réalisée avec cette saison 3 de Broadchurch, qui, en revenant aux fondamentaux, procure angoisse et fascination.

Synopsis : Trois ans ont passé depuis la mort de Danny Latimer et le procès de Joe Miller, qui l’a vu ressortir libre. Alec Hardy et Ellie Miller ont une nouvelle affaire : Patricia Winterman a été violée lors d’une soirée et les premiers éléments indiquent qu’un prédateur sexuel est dans les environs de Broadchurch.

broadchurch-trish-winterman-cell-saison-3Deux trop longues années ont suffit par nous faire regretter passionnément les enquêtes de Miller et Hardy, le duo le plus électrique et stimulant jamais vu depuis Fox et Mulder, surtout grâce aux interprétations magistrales et sans failles de David Tennant et Olivia Coleman. Si la deuxième saison centrée sur le procès de Joe Miller, le mari du sergent Ellie et présumé coupable de meurtre du petit Dany Latimer sur fond de pédophilie, la troisième s’ouvre sur un autre sujet de société tout aussi tabou, le viol. Trish Winterman joué brillamment par Julie Hesmondhagh (Cucumber, Happy Valley) est une mère de famille qui, perdue au milieu du port, est recueillie par la police et prise en soin, car violée deux jours auparavant. Beth Latimer, dont le deuil semble être fait, travaille à présent dans une agence sociale d’aide aux personnes en crise et prend sous son aile la quadragénaire au regard de chien battu. La fille d’Alec est revenue vivre avec lui, mais est relativement maltraitée par des élèves de son lycée. Ellie est aidée de son père pour s’occuper de ses deux enfants. Mark n’a toujours pas tourné la page et cherche par tous les moyens, quitte à s’éloigner de sa famille, à faire justice. D’autres portraits font parti du puzzle mis en place : la meilleure amie de la victime, employée également dans la même épicerie qui fête ses 50 ans dans un manoir grandiose, et son mari coureur de jupon, le directeur de cette épicerie obsédé par Trish, son ex-mari, le chauffeur de taxi, un adolescent retord, un autre en réserve, un ancien violeur relâché, sans oublier les anciens, l’ex-rédactrice en chef, le prêtre… Ces fils tendus telle une toile d’araignée à la Agatha Christie constitue tout un nouveau microcosme tout aussi puissant et hétéroclite que la première saison. Le doute s’installe sur chacun d’entre eux pour terminer sur une totale surprise comme sait si bien le faire le créateur et scénariste britannique Chris Chibnall.

La splendeur des falaises des plages de West Bay couplée à la composition délicate, poétique et emportée de Olafur Arnald provoque encore chez le spectateur à la fois douce nostalgie et frisson de dépaysement. Entre souvenirs familiers et instabilité émotionnelle suite à cette nouvelle intrigue riche et brillamment écrite, Broadchurch compose une dense enquête autour du regard toujours pesant d’hommes naturellement surprotecteurs, sexistes ou désespérés. À l’exception que toutes ces peintures masculines compose un microcosme homogène, hétéroclite et représentatif de notre société. Même l’inspecteur Hardy, brut et opiniâtre, reste vulnérable face à sa fille victimisée dans son nouveau lycée ou face à la solitude affective. On regrette que les scénaristes n’aient pas donné plus de consistance après le seul date qu’il a eu avec une blonde inconnue tout autant stressée. Sa partenaire de jeu Olivia Coleman témoigne une fois de plus de l’étendue magistrale de son talent. À la fois, sensible pour toutes ces femmes violées (les yeux humides), sincère et tout autant loyale, carrée et intransigeante dans sa profession et plus légère envers son collègue, leurs répliques sont délicieuses et toujours sources de rictus. Il aurait peut-être été trop utopique ou déplacé d’envisager une idylle entre les deux, mais quoiqu’il en soit la fin de la saison rudimentaire et poignante sonne comme une ouverture, malgré la conclusion affirmée du créateur et scénariste Chris Chibnall.

Après s’être attaqué à la pédophilie ou aux erreurs judiciaires, la saison 3 de la série Broadchurch tape tout aussi fort avec le viol. Sans jamais être moralisateur, le message fictionnel qui s’en dégage sonne plus que juste. Atteint de grâce, cette dernière saison ne manquera pas de marquer toute une génération de sériesphiles qui pleure une des meilleurs, si ce n’est « la », série policière dramatique de ces dix dernières années.

Série Broadchurch : récap et trailer saison 3

Fiche Technique : Broadchurch

Créateur et showrunner : Chris Chibnall
Réalisateurs : Paul Andrew Williams (1, 2, 3, 7 et 8), Daniel Nettheim (4,5), Liz Arnold (6)
Scénaristes : Chris Chibnall
Interprétation : David Tennant : Inspecteur principal Alec Hardy, Olivia Colman : sergent Ellie Miller, Jodie Whittaker : Beth Latimer, Andrew Buchan : Mark Latimer, Julie Hesmondhalgh : Trish Winterman, Sarah Parish : Cath Atwood, Mark Bazeley : Jim Atwood, Lenny Henry : Ed Burnett, Charlotte Lucas : Sarah Elsey, Charlie Higson : Ian Winterman, Georgina Campbell : DC Katie Harford, Mariah Gale : Caroline Hughes, Kelly Gough : Laura Benson, Hannah Rae : Daisy Hardy, Sunetra Sarker : Sahana Harrison, Chris Mason : Leo Humphries, Jim Howick : Aaron Mayford, Richard Hope : Arthur Tamworth, Hannah Millward : Leah Winterman, Sebastian Armesto : Clive Lucas, Becky Brunning : Lindsay Lucas, Deon Lee-Williams : Michael Lucas
Photographie :  Matt Gray et John Conroy
Musique : Ólafur Arnalds
Format : 8 x 45
Date de diffusion : du 27 février au 17 avril 2017
Chaîne d’origine : ITV
Genre : Drame Policier

Angleterre – 2017

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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