This Is Us, une série de Dan Fogelman : Critique saison 1

Plus grande surprise de cette année 2016/2017, This Is Us achève de nous émouvoir ce dernier mardi 14 mars après l’une des plus grosses audiences de NBC depuis 6 ans. On récidive : la meilleure série dramatique toute catégorie et on vous dit pourquoi…

Synopsis : La famille Pearson est composée de Rebecca, la mère qui reprend le chant au sein d’un groupe; Jack le père idéal, jaloux, mais pas possessif; puis les trois enfants, Kevin dont le fantôme « acteur modèle d’une sitcom » le suit dans sa nouvelle vie à New York, Kate en proie avec son obésité et sa nouvelle vie de couple avec Toby, enfin Randall qui cherche à en savoir plus sur ses origines, car de couleur de peau différente, sa femme et ses deux enfants. This is us est le témoin du temps qui passe au sein de cette famille recomposée. 

Intimes Univers-alités

Cela fait déjà 6 mois que la famille Pearson est entrée dans nos foyers, nos cœurs, nos mémoires en cumulant en moyenne entre 8 et 10 millions de téléspectateurs en deuxième partie de soirée sur NBC. (Lire la critique du pilote ici). En France, la série n’est pas encore devenue notoriété publique. Il suffit de demander à votre entourage, beaucoup diront qu’ils n’ont pas encore regardé ou ne connaissent même pas ! Canal+ la diffusera à partir du 6 avril, à raison de deux épisodes par semaine. On a de fortes raisons de penser que l’impact se prolongera au-delà du 8 juin (date de diffusion des deux derniers épisodes sur la chaîne câblée française) et ce jusqu’à la reprise à l’automne 2017 ! C’est donc en toute relative discrétion que cette première saison voit le jour. Et depuis Happy Days, The Cosby Show, La Fête à la maison (Full House), Sept à la maison (7th Heaven) ou The Foster, on avait rarement été séduit aussi rapidement par les membres d’une même famille et leurs problèmes existentiels. La particularité est de jongler entre deux temporalités et cette mode remonte déjà à quelques années (Cold Case, Lost, Broadwalk Empire, The Good Wife, Quantico, The Missing, HTGAWM…). Nous ne disserterons pas sur l’utilité scénaristique de ce procédé courant. Nos confrères de Series Addict ont fait un joli dossier à ne pas manquer ! Mais la spécificité de This is us est de faire correspondre des tranches de vie avec le temps présent pour témoigner de comment ont grandi ces trois enfants. La saison 1 ne fait qu’effleurer l’ensemble des répercutions possibles des personnages sur notre actuelle époque, laissant encore suffisamment de marge pour deux prochaines saisons, voire deux autres, et ces 18 épisodes ne tarissent pas de puiser dans nos lacrymales. Chaque dernier épisode à sa manière aborde sensiblement des thèmes qui peuvent nous être difficiles comme la maladie et l’accompagnement en fin de vie, l’ambition artistique contrariée ou le burn-out professionnel.

La magie de cette nouveauté est de nous emporter, tel un tourbillon de nostalgie et de tendresse, dans plusieurs quotidiens reliés. Alors certes cela peut sembler surfait et trop lisse, par la beauté des acteurs ou la mise en scène en surbrillance, mais l’attachement aux personnages suffit amplement à compenser ces éventuelles critiques. This is US, traduisible par United States, parvient-il à rendre universel son discours? Affirmatif. La sensibilité avec laquelle chaque membre du casting semble prendre au sérieux son personnage, viscéralement, est remarquable et nous  en venons presque à nous demander si la larme n’est pas liée au sublime ou à la réelle émotion retranscrite. Aucune effusion, grandiloquence, spectaculaire ou cliffhanger dramatique, l’haleine est tenue par simple compassion et identification. On apprend dès les premiers épisodes, après les révélations préliminaires sur les complexes enfantins de chacun ainsi que la mécanique du couple somme toute banale, mais fortement attachante (Roméo & Juliette, Ross & Rachelle ou Angel & Buffy apparaissent tels des Raymond & Huguette*), la principale attente qui va ponctuer toute la saison : comment et quand surtout est décédé Jack, ce père chez qui la perfection n’a aucune limite? Les conflits internes se répercutent méticuleusement sur la continuité scénaristique. Si vous attrapez le train en marche, l’avantage est de ne pas avoir la tête qui tourne, mais vous n’aurez pas tous vos bagages pour arriver à destination.

Qu’est-ce qui a provoqué chez Kévin ce besoin irrépressible d’accomplir sa vie et avec qui? Comment aborder sa propre image, mais surtout celle que l’on renvoie au travers l’obsession de Kate pour lutter contre son obésité et quelle animosité l’a fait se distancer de sa mère? Que motive la recherche de ses origines et surtout jusqu’où est-on prêt à aller pour se réconcilier avec ses démons intérieurs pour que Randall en vienne à quitter son boulot? Comment et sur quoi se construit un couple? Si malheureusement, il n’existe qu’une seule vision relativement normative du couple (malgré la tentative de Kévin de coucher avec ses partenaires de jeu), celle de l’évidence, datée des siècles derniers, ce doit être par mesure d’universalité. Et pourtant des millions d’individus partagent la difficulté de s’épanouir dans une durabilité affective ou ne connaissent qu’une multitude de rencontres. Est-ce pour autant synonyme d’instabilité? Faut-il s’accorder sur une seule poussée sentimentale pour construire qui nous sommes? Quoiqu’il en soit, le souvenir amoureux comme construction identitaire vient corroborer ici certaines théories. Car si Westworld est magistrale par son regard porté sur le cinéma, sur la fiction contemporaine dans sa propre définition et les limites spectatorielles dans l’attente diégétique, This is us l’est tout autant par son regard porté sur la famille, sur l’universalité des notions telles que « frères et sœurs », « amours inconditionnelles », « choix extérieurs » ou « construction d’un foyer » et « établissement d’un cocon ». Dégoulinant de nostalgie pour certains (une minorité) ou puissantes évocations et invocations intimes du souvenir comme processus identitaire perpétuel, car constamment menacé par l’oubli pour tous les autres, ce drama ne cessera d’attiser passion et émotion, notamment par une habile stratégie de communication semblable à celle d’HTGAWM sur les réseaux sociaux.

Chacun des arcs narratifs s’ouvre et se conclue sans que l’on s’y attende vraiment, malgré l’attente effective logique et vraisemblable. Comme la mort du père biologique de Randall, William, au terme de l’épisode 16 « Memphis » centré sur son passé, et d’un cancer des poumons incurable ou lorsqu’on apprend l’amour de jeunesse de Kévin, Sophie qui était la meilleure amie de Kate. Les fausses pistes telle que l’alcoolisme de Jack ou les directions artistiques héréditaires telle que la passion pour le chant de Rebecca… D’ailleurs la musique indie folk acoustique (Sufjan Stevens, Goldspot, Ringo Star, Radiohead) participe entièrement à cette plongée tendre american-dreamesque à la manière d’un road movie indépendant pour nous conter telle une veillée de Noël les péripéties satinées des Pearson. Nous en venons à douter, comme pour notre propre existence, des choix que chacun va faire. Pleurer des conséquences, mais surtout de cette délicatesse qui fait écho à nos propres déliquescences, de nos êtres chers perdus ou retrouvés. Une chose est sûre, attendre la saison 2 de This is us est déjà un deuil…

Entretien avec l’équipe après la diffusion du finale

* Il s’est permis cette nauséeuse référence ?! (Scène de ménage)

Fiche Technique : This is us

Créateur et showrunner : Dan Fogelman
Réalisateurs : Glenn Ficarra, Ken Olin, John Requa, Helen Hunt…
Scénaristes : Dan Fogelman, Bekah Brunstetter, Elizabeth Berger, Kay Oyegun…
Interprétation : Mandy Moore, Milo Ventimiglia, Sterling K. Brown, Justin Hartley, Ron Cephas Jones, Chrissy Metz, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan …
Photographie : –
Montage : –
Musique : Siddhartha Khosla
Production : 20th Century Fox Television
Société de production : Barge Productions Rhode Island Ave. 20th Century Fox Television
Format : 18 épisodes de 42 minutes environ
Date de diffusion : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : NBC
Genre : Drame Familial

Etats-Unis – 2016

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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