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Les studios EuropaCorp vont adapter le jeu vidéo Ruiner en série télévisée

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Les cinéphiles passionnés par la science-fiction, la japanimation et les univers cyberpunk comme Akira ou les récents Ghost in the Shell et Blade Runner 2049 peuvent se réjouir. EuropaCorp a l’intention d’adapter le jeu vidéo futuriste Ruiner en série télévisée.

Selon des informations de Deadline Hollywood, EuropaCorp à l’intention d’acquérir les droits d’exploitation pour la télévision de Ruiner, un jeu d’action, en vue du dessus, dans un univers cyberpunk. Ce titre, développé par le studio polonais Reikon Games et édité par Devolver Digital, est sorti en septembre 2017 sur Pc, Mac, Xbox One et PS4. D’après des précisions de Deadline Hollywood, EuropaCorp serait donc sur le point de sceller un accord avec les ayants-droit. La société de Luc Besson serait alors en mesure d’obtenir la licence d’exploitation pour la télévision du jeu Ruiner. Dmitri M. Johnson, le PDG de DJ2 Entertainment, à l’origine de la  découverte du jeu, occupera la fonction de producteur exécutif sur la future série, aux côtés de Luc Besson.

L’intrigue de Ruiner plonge les joueurs dans un monde où une multinationale, sans foi ni loi, récolte les émotions des plus démunis pour les vendre aux riches. Le héros est équipé d’un implant neuronal et devra faire usage de ses compétences pour survivre dans un univers hostile. Il va devoir libérer son frère des griffes de la multinationale et lutter contre des hordes d’ennemis terrifiants et des tueurs à gages futuristes.

EuropaCorp chercherait actuellement des scénaristes et des réalisateurs pour ce projet ambitieux. Le tournage de la série télévisée Ruiner serait déjà prévu pour l’année 2018. Le cyberpunk pourrait donc revenir à la mode dans les mois et les années à venir avec les nouvelles déclinaisons de Star Wars ainsi qu’avec la sortie l’an prochain de l’adaptation du manga Gunnm par Robert Rodriguez, Alita : Battle Angel, dont la bande-annonce vient d’être récemment dévoilée.

DJ2 Entertainment a déjà vendu des droits de jeux vidéo pour les besoins d’adaptations pour différents studios comme la Paramount (Sonic the Hedgehog), Hulu (Life Is Strange), the Russo Brothers Studio (Little Nightmares), Gold Circle (We Happy Few) ou bien encore Original Film (Sleeping Dogs). Après l’aventure Valerian, EuropaCorp pourrait donc s’attaquer à une nouvelle adaptation ambitieuse avec le projet de série télévisée, basée sur le jeu vidéo Ruiner.

Bande-annonce du jeu vidéo Rouiner :

Star wars : Les derniers Jedi – Vu, consommé, un peu lourd à digérer

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Manichéisme bien établi, apprentissage expédié, thématiques survolées… Star Wars Les derniers Jedi reste dans la continuité de son prédécesseur et limite ainsi toute prise de risque. Le département marketing peut souffler, il y’aura bien des porgs sous le sapin.

Synopsis: Suite des aventures des gentils Rey, Finn et Poe contre les méchants Kylo, Hux et Snoke. Tout le monde court partout, et à la fin un vaisseau explose. Bref, c’est un Star Wars nouvelle génération. 

Il n’y a pas si longtemps, dans notre galaxie, la sortie d’un nouveau Star Wars était un événement. Un truc un peu fou qui bousculait les foules. D’une certaine manière, nous étions toujours étonnés d’en voir un nouveau sortir. Les deux premières trilogies avaient, entre chaque épisode, presque 3 ans d’écart. De quoi créer une attente et, surtout, prendre le temps d’amener de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages, bref, chaque nouvel épisode était comme une pierre bien placée sur un édifice mastoc. Et que l’on aime ou pas, chacun avait au moins la décence de proposer un arc narratif propre, des enjeux prévus pour tenir en haleine le temps qu’il faudra etc. Bon ou mauvais, les Star Wars de George Lucas avaient la décence d’être des films, et on les applaudissait pour ça.
Pas vraiment d’applaudissements entendus à cette première séance… La joie de remettre la tête dans les étoiles qui nous avait pris en 2015 à la sortie du Réveil de la force a laissé place à une sorte de méfiance. C’est un peu le nouvel espoir de la critique, ce public souvent méprisé (à tort) semble, en partie, avoir mal digéré la blague de J.J Abrams. D’où sortait ce nouveau Star Wars qui ressemblait un peu trop au premier ? Où était passé l’artisan passionné, qui avait redonné du peps à Star Trek et Mission Impossible, dans ce produit formaté et consommable ? Il aura fallu un Rogue One providentiel pour redonner un peu d’éclat à cette saga qui n’avait même plus la décence de cacher sa fonction de catalogue de Noël de luxe. Certes, les figurines de BB-8 se sont sûrement très bien vendues, mais il semble que quelque chose se soit brisé dans le cœur des fans. Et on ne pouvait même pas accuser les critiques d’avoir sciemment terni la réputation du film.

Mais il serait évidemment stupide d’annoncer un flop. Les derniers Jedi fera-t-il péter le box office ? La question est indéniablement idiote. Évidemment que oui, puisque l’arsenal marketing de Disney nous farcit la tête avec le retour de Luke Skywalker, tout en maintenant son public dans une peur constante du spoiler. Si vous voulez savoir la suite, vous devez voir le film, même si vous n’en avez pas spécialement envie. « Mais comment ne pas avoir envie de voir Star Wars ? » se demandent certains, alors que les nouveaux jouets sont déjà disponibles avant la sortie du film. Donc oui le film va marcher. Non pas parce qu’il le mérite, mais parce qu’il le doit. Il est prévu, calibré, annoncé pour ça. Et plus que n’importe quel film de super-héros, l’échec d’un Star Wars serait l’équivalent d’un Armageddon financier pour l’industrie hollywoodienne.

Tels les clients fidèles d’une banque, nous sommes cette armée de consommateurs conciliants qui renflouent les caisses du cinéma pop-corn. Disney devrait nous en remercier, puisque grâce à nous, le studio pourra mettre la Fox sous le sapin, mais comment ? Peut-être en nous offrant un film digne de nos attentes. Ce serait là un geste décent. Mais, haha, Disney et la décence ne partagent que trois lettres. Il savent qu’ils nous tiennent par les astéroïdes avec leur univers putageek. Pourquoi s’embêter à faire un grand film quand on peut se contenter de vendre l’idée. Il restera toujours quelques gogos du fond qui n’ont toujours pas compris comment marchait une campagne marketing pour discuter dessus, inventer des théories foireuses et écrire des pages wikipédia.

De quoi parlions nous déjà ? Oui, Les Derniers Jedi. Voici donc la promesse non tenue de l’extension d’un univers déjà bien pesant dans l’imaginaire collectif. Nous étions restés avec ce sale goût dans la bouche devant un épisode introductif gavé de fan service, allant jusqu’à intégrer l’idée même d’idolâtrie dans sa propre diégèse. Kylo Ren n’était pas le nouveau Dark Vador, il était un fan qui voulait l’être. Rey n’était pas non plus la nouvelle Skywalker, mais elle voulait l’être. Cet élément avait laissé le public circonspect. Nous reprenons donc directement à la suite du précédent, avec le texte défilant culte qui… Nous rappelle ce qu’il s’est passé dans l’épisode précédent. Notez bien ce détail, le texte culte ne sert plus à remettre en contexte après une ellipse entre les deux épisodes (comme il était d’usage), mais à nous rappeler ce qu’il s’est passé deux minutes avant dans cette galaxie très lointaine. Disney ne serait quand même pas en train de nous prendre pour des buses par hasard ?
Mais non ! Le studio a écouté les critiques des fans ! Dès le début Luke Skywalker n’est plus un modèle à suivre, mais un vieux pépé ronchon qui se la joue Dark Knight et Kylo Ren explose son masque de radiateur. Prend ça dans ta face vieux monde à l’agonie ! Maintenant on attend la vraie aventure, avec de vrais enjeux dramatiques et des personnages construits sur des bases solides. Ce qui est manifestement encore trop demander.

starwars8-lastjedi-mark-hamill-aka-luke-skywalker-movie-reviewLe plus hallucinant dans cette histoire c’est de voir que ceux qui se revendiquent de l’héritage de George Lucas semblent tout à fait incapables de comprendre sa démarche créatrice. Celle-ci peut donc se résumer en deux points : premièrement, aucun des films ne doit se ressembler, chacun doit avoir un ton, une vibration, un souffle qui lui est propre. Deuxièmement, le second épisode d’une trilogie doit toujours être plus sombre et retourner les enjeux précédents. A ce titre, là où La guerre des étoiles était une aventure sympathique et bon enfant, L’empire contre-attaque puait la charogne. Luke Skywalker ouvrait le bide de sa monture pour se réchauffer dans ses entrailles, Han Solo était trahi par son ami et se faisait torturer, Dark Vador tranchait la main de son fils. Les choses sérieuses commençaient à prendre forme. C’était la guerre, la vraie, et ça craignait un peu pour nos héros.Dans cet épisode VIII, présenté en promo comme « L’empire contre-attaque de la nouvelle trilogie » nous sommes restés à Disneyland. Les méchants restent très méchants, les gentils très gentils. Là où Lucas aimait citer Kurosawa, Rian Johnson préfère nous gaver de péripéties à la manière d’un tapis roulant qui nous distribue des sushis dégueulasses. Au bout de 2h30, autant dire qu’on a les dents du fond qui baignent. Les vieux personnages viennent faire coucou, les nouveaux nous gavent avec leur combat intérieur déjà vu avant, et d’autres têtes inédites font leur apparition. Essayons donc de nous intéresser à Rose, intérêt amoureux un peu sorti de nulle part mais toujours plus amusante qu’un Benicio Del Toro qui semble jalouser à Samuel L. Jackson son record d’apparitions dans les franchises les plus lucratives. Qui sait, peut-être qu’on le verra dans le prochain Jurassic World faire un caméo avec Matt Damon.

Vous aurez peut-être remarqué que nous avons un peu de mal à parler du film en lui-même. Deux raisons à cela. Déjà, la peur panique du spoiler empêche vraiment d’aller au fond des choses. Est-ce que l’on peut même se permettre de dire qu’aucune révélation du film n’est au niveau du « Je suis ton père » ? Même pas sûr. Deuxièmement, c’est tout simplement qu’il n’y a rien à dire vraiment. Après, on peut être certains que d’ici trois jours nous serons gavés de romans dérivés et livres explicatifs qui nous en mettront plein la vue avec leurs analyses brillantes et leur biographie chiadée de personnages secondaires dont tout le monde se cogne. Cela laissera à Kathleen Kennedy l’impression d’avoir inventé quelque chose, on ne sait pas encore quoi, mais si elle est heureuse comme ça…
Mais nous digressons encore. Parlons donc des Derniers Jedi et de la promesse de Rian Johnson d’offrir à l’univers Star Wars une vision d’auteur. Nous pourrions le traîner dans la boue et le finir à coup de botte, mais comme il était tellement mignon quand il est passé à Quotidien et que Looper n’était pas si mauvais, restons courtois. Contentons nous de lui offrir un petit sourire encourageant devant ses effets de styles niveau première année en école de cinéma. Mais oui Rian ils sont rigolos tes raccords thématiques, oui on a compris que chaque fois qu’un personnage en évoquait un autre, ce dernier apparaîtrait dans le plan suivant. Et oui oui, ton champ/contre-champ entre deux personnages qui se parlent à distance est mignon aussi.

Ce que l’on a du mal à comprendre en revanche c’est l’intrigue concentrée sur une journée. Comment imaginer une évolution de personnages correcte, quand leur voyage spirituel dure à peine une vingtaine d’heures ? Sans parler des enjeux réduits qui servent juste de prétexte à faire péter la machine à CGI tout en se débarrassant de quelques nouveaux personnages un peu encombrants. L’entraînement de Rey est rapidement évacué, et même si son maître lui dit que la Force, ce n’est pas que pour soulever des cailloux, et bien mine de rien ça aide quand même.
En vérité la seule chose que l’on pourrait sauver de ce Star Wars : Les derniers Jedi, est la présence de Mark Hamill, qui se la joue plus Joker que Luke Skywalker. L’homme brisé vendu par la promotion passe plus de temps à remettre en question le film lui-même, en pointant (involontairement ?) ce qui ne va pas dans cette écriture à la chaîne. Effectivement la Force ne devrait pas être simplement un super pouvoir, et oui nous pouvons affirmer que les Jedi ont en général péché par arrogance et fait pire que mieux. Donc effectivement passer à autre chose pourrait être une bonne idée. Mais Disney aime les rebelles surtout quand ils la ferment.
Donc même si Luke Skywalker lui-même dit que les Jedi ne servent à rien et même si Rogue One juste avant essayait de nous dire que des types sans grands pouvoirs pouvaient faire de grandes choses, le studio préfère quand même les sabres laser, parce que ça se vend mieux. Ainsi tout personnage qui n’a pas la chance de naître avec la Force sera donc inutile à l’intrigue globale. Même la bataille finale tant attendue sera parasitée par un duel. Le sabre laser était un des éléments cool de la saga, il est devenu sa raison d’être.
Tel un épisode de série, Star Wars : les derniers Jedi se consomme et, si l’on apprécie ce genre de choses, admettre que le film est un bon Star Wars ne fait pas de lui un grand film. Mais de toute façon la machine est relancée pour une trilogie de plus, fort peu subtilement annoncée ici. L’histoire devient un éternel recommencement. Mais qui sait, sur douze films, peut être que le treizième va nous étonner…

Star wars Les derniers Jedi Bande-annonce

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi : Fiche Technique

Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine :  États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera
Durée : 152 minutes

Etats-Unis 2017

Bleeder, le film choc de NWR édité en digibook DVD/Blu-Ray

Avant de réussir à s’exporter à l’étranger et devenir l’un des cinéaste les plus esthètes de son époque, le réalisateur Nicolas Winding Refn réalisait encore des films dans son Danemark natal. D’abord Pusher, pur odyssée gangstériste, puis Bleeder, beau télescopage dans un Copenhague interlope de deux histoires faites d’amour et de violence où perçaient déjà le lumineux Mads Mikkelsen et celle qui deviendra sa femme, Liv Corfixen.

Copenhague, 1999. Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Au même moment, son ami Lenny, cinéphile introverti travaillant dans un vidéo-club, tombe fou amoureux d’une jeune vendeuse et ne sait comment le lui dire…

Un drame brut

Et dire qu’on a failli le rater celui-là. Privé de sortie en France (le studio de production ayant fait faillite) jusqu’à ce que le réalisateur en rachète les droits, Bleeder a pourtant tout l’air de l’oeuvre ultime pour quiconque s’estime fan du cinéaste danois. Car, bien qu’étant seulement son deuxième film, Bleeder arrive à incarner en à peine 90 minutes, le manifeste de son style. Immiscion de la violence et de l’amour, goût pour les personnages terrassés par la fatalité, références nombreuses et variées : tout l’apanage du danois se retrouve ainsi mélangé dans cette histoire d’amour où les sentiments, aussi exacerbés soient-ils, sont amplifiés, démultipliés mais aussi inarrêtables. Comme dans ce titre, Bleeder, qui renvoie à l’hémophilie, mais dans un sens plus général, à cette impossibilité de contenir, de garder tout ça enfoui. Il faut que ça sorte dit ainsi le réalisateur. Que ça soit la colère de Kim Bodnia, en truand qui s’inquiète de la paternité ; l’amour de Mads Mikkelsen qu’il ne sait communiquer à celle qui lui fait chavirer le coeur, ou même l’amour que témoigne NWR en personne à sa ville Copenhague qu’encore une fois, il magnifie via l’usage du quotidien, entre un banal restaurant ou le vidéoclub grimé en quasi sanctuaire de Mikkelsen.

Des bonus pleins de simplicité

Quand l’on sait le processus créatif entourant son oeuvre (et ce d’autant plus depuis le brillant documentaire « My Life Directed By NWR »), on ne peut qu’être curieux de savoir comment cette oeuvre directement inspirée de Chungking Express (ndlr : film de Wong Kar-Wai) a vu le jour. Hélas, on devra se contenter d’un entretien entre NWR et son acteur fétiche Mads Mikkelsen. Mais quel entretien ! D’une durée plutôt rare de 47 minutes, il permet au duo, non sans une réelle camaraderie, de revenir sur le projet, de s’amuser sur les galères du tournages, de revenir sur la fascination de NWR pour son actrice Liv Corfixen (qui deviendra par la suite sa femme), etc… Une rencontre originale, amusante qui a le chic de changer par rapport aux ressorts promotionnels classiques et qui transpire surtout la simplicité et l’amitié entre les deux danois les plus connus de la profession (après Lars Von Trier).

Digibook COMBO
Blu-ray/ DVD
Livret
40 pages
24,99€

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES
• LANGUE : Danois
• SON : D.D & DTS HD  Master audio  5.1
• SOUS-TITRES : Français
• IMAGE : 16/9 – 2.39 – Couleur
• DURÉE : 1h34
BONUS :
BLEEDERS” entretien avec Nicolas Winding Refn et Mads Mikkelsen (47mn)

Bande-annonce Bleeder 

Outlander saison 3 : des retrouvailles qui virent au naufrage

La saison 2 d’Outlander s’achevait sur les adieux déchirants de Claire et Jamie, quelques minutes avant le tumulte de la bataille de Culloden, laissant le spectateur en plein suspense. Forcément, l’enjeu de la saison 3 reposait donc sur les retrouvailles tant attendues entre les deux amants, ce qui tenait les fans au supplice !

Synopsis : 16 avril 1746. Alors que la terrible bataille de Culloden éclate, Jamie se prépare à mourir en héros et renvoie Claire dans son époque, en 1948. Après des adieux déchirants, cette dernière, alors enceinte lui, retrouve à contrecœur son premier mari, Frank, avec qui elle s’installe à Boston. Problème : de son côté, Jamie a survécu à la bataille et n’est plus que l’ombre de lui-même, tandis que Claire s’étiole peu à peu dans un mariage qui ne lui convient plus, rongée par le poids du secret et l’amour qu’elle éprouve encore pour son highlander écossais… Les deux « star-crossed lovers » vont-ils se retrouver ? 

Une attente insoutenable

Si Outlander fait rêver grâce à ses paysages d’Ecosse magnifiques, son folklore dépaysant, sa musique celtique, son ambiance mystique et ses péripéties haletantes, la série brille avant tout par l’intensité de l’histoire d’amour qu’elle raconte, cette romance aussi passionnée que fusionnelle entre Claire, une infirmière anglaise du XXe siècle, et Jamie, un highlander écossais du XVIIIe. Ces deux amants, séparés par deux cents ans d’Histoire, vibrent au rythme des mésaventures et des obstacles que le destin sème sur leur route pour mettre leur relation à l’épreuve. Ce ressort outlander-saison-3-Claire-Briannascénaristique central, qui reprend le topos romanesque des « star-crossed lovers » (amants maudits par les étoiles), est évidemment la première source de suspense de la série ; il tient le spectateur en haleine en s’amusant à sans cesse séparer et réunir les deux héros, pris au piège des affres d’un amour aussi impossible que torturé. Alors que les premières saisons mettaient en travers de leur chemin un redoutable ennemi (le terrible Jack Randall), ici, c’est la bataille de Culloden qui force à nouveau Claire et Jamie à se désunir. Renvoyée dans son époque en 1948, dans les bras d’un mari qu’elle n’aime plus et enceinte de Jamie, Claire est au supplice et ne parvient pas à oublier l’homme qu’elle a laissé derrière elle, sur le champ de bataille. Dès lors, une question se pose : Jamie a-t-il survécu ? Et surtout, comment les deux amants vont-ils braver la fatalité pour se retrouver ?

A partir de cet instant, la série joue avec nos nerfs en misant sur l’attente, dans les 6 premiers épisodes de sa saison 3. On suit d’une part le retour de Claire dans son foyer, ses retrouvailles -froides- avec Frank, son accouchement, son déménagement à Boston. Perdue et le cœur brisée, elle tente de tourner la page et de recommencer une nouvelle vie ailleurs, loin de l’Ecosse et des souvenirs, même si sa fille Brianna lui rappelle tous les jours l’existence de Jamie. Rongée par le regret et l’incertitude, Claire va de l’avant et garde tant bien que mal son secret pendant près de 20 ans : en apparence, elle forme un couple sans histoire avec Frank, mène une existence respectable, et passe même son diplôme de chirurgien, à une époque où la médecine était encore un bastion réservé aux hommes blancs. A ce titre, la série renoue d’ailleurs avec son féminisme légendaire en montrant à nouveau que Claire s’impose dans un milieu régi par les hommes, schéma qui rappelle le combat qu’elle a dû mener à son arrivée dans l’Ecosse de 1743 pour se faire respecter par une tribu de mâles a priori rustres et misogynes. Le racisme et la différence sont donc des thématiques qui, malgré le changement de décor radical, restent chères à Outlander.

D’autre part, une question nous torture : qu’est-il advenu de Jamie ? Comme Claire, le doute nous tenaille ! La série ne tarde pas à lever le voile sur la question, en nous montrant un Jamie ensanglanté et blessé sur le champ de outlander-saison-3-Jamiebataille, jonché des cadavres de ses compatriotes. Sur lui gît la dépouille de son pire ennemi : Randall. La fin d’une ère. Mais Jamie n’est pas au bout de ses peines. Désormais seul face à un futur incertain, il est rapidement capturé par les Anglais qui voient en lui un traître à la Couronne, un agitateur et un révolutionnaire. Entre moult menaces d’exécution, des années d’exil où il vit reclus en ermite et une longue peine d’emprisonnement, cet homme dévasté par le chagrin souffre et lutte pour se reconstruire dans un monde qu’il considère hostile. A noter que le personnage, muré dans la tourmente, prend un tournant intéressant qui renforce le sentiment d’empathie chez le spectateur. Pour autant, la chance tourne lorsque Jamie se lie d’amitié avec un soldat britannique et retrouve du réconfort dans les bras d’une femme qui lui donnera un fils illégitime, bâtard dont il confiera la garde à un homme de confiance, avant de partir (encore et toujours) monter une affaire à Édimbourg, où il deviendra imprimeur sous le nom d’Alexander Malcolm. Là aussi, 20 ans se sont écoulés.

Des retrouvailles expédiées

S’il était intéressant de voir évoluer en parallèle Claire et Jamie, cet effet d’attente, qui s’étale sur la moitié de la saison, finit par atteindre ses limites. Avouons-le, 6 épisodes pour faire monter l’excitation des fans en vue des retrouvailles de Claire et Jamie, c’est une mise en bouche qui traîne un peu en longueur ! Quel ne fût donc pas notre bonheur lorsqu’enfin Claire, après des années de recherches à travers les archives de (quasiment) toute la planète, retrouve, avec l’aide de sa fille et de son ami historien, la trace de Jamie ! Ni une ni deux, elle repart traverser les pierres, fébrile comme au premier jour de leur rencontre, prête une nouvelle fois à plonger dans l’inconnu. Propulsée deux siècles en arrière, elle réapparaît chez Jamie après une séparation de vingt ans : un choc pour nos deux amants, qui ont du mal à se réapprivoiser. Si la frénésie du moment ravive notre passion pour la série et renoue brièvement avec le romanesque de la saison 1, il s’en faut peu pour que la magie de cet instant tant attendu retombe comme un vieux soufflé.

Car problème : lorsqu’une série repose presque intégralement sur un couple confronté à l’adversité de la séparation, que faire pour donner du rebond à l’action quand l’enjeu central disparaît ? Une fois réunis, Claire et Jamie retombent rapidement dans leur « routine », et risquent d’être ennuyeux, écueil dont Outlander avait visiblement peur, puisqu’à peine les deux époux ont-ils le temps de se retrouver, que les péripéties les plus rocambolesques viennent à nouveau perturber leur bonheur fragile. La série craignait-elle de se figer dans l’immobilisme ? Toujours est-il qu’il transparaît dès lors une volonté démesurée de divertir qui enlève tout cachet à la suite de la saison, embourbée dans un amas de sous-intrigues aussi ridicules que décevantes, qui trahissent la nature même d’Outlander.

Le naufrage

Exit l’atmosphère mystérieuse et brumeuse de l’Ecosse : dans cette seconde moitié de saison, Claire et Jamie, qui doivent faire face au kidnapping brutal de leur neveu par des marins portugais, s’embarquent pour un grand périple à bord d’un navire censé les emmener jusqu’aux Caraïbes… Commence alors une succession de rebondissements qui, au lieu de nous faire vibrer, lassent rapidement par leur caractère outrancier, artificiel mais surtout répétitif, avec la reproduction de motifs scénaristiques éculés. Pour n’en citer que quelques uns : chasse au trésor, outlander-saison-3-Claire-Jamieséquestration de Claire sur un navire ennemi, énième séparation du couple, épidémie de typhus, naufrage de Claire sur une île déserte, 150ème arrestation de Jamie, cérémonie tribale dans la jungle africaine, sacrifices humains, prophétie à dormir debout, commerce triangulaire, tempête déchaînée et 2ème naufrage… La série rompt avec sa tradition romanesque pour nous emmener dans un univers à la croisée des mondes entre Pirates des Caraïbes et Robinson Crusoé, tentant de dissimuler le vide narratif et l’absence d’enjeux profonds par de vaines péripéties qui finissent par avoir raison de notre patience.

Même les derniers épisodes, qui réunissent à nouveau Claire et Jamie et qui font resurgir des fantômes du passé (l’étrange et dangereuse Geillis) tout en essayant de raviver le faste des saisons précédentes avec notamment une scène de bal qui fait écho à la scène versaillaise de la saison 2, ne parviennent pas à faire oublier le fiasco de cette fin de saison, incontestablement ratée… Dommage de nous avoir fait patienter fébrilement pendant 6 épisodes pour au final nous noyer sous une avalanche de rebondissements qui bafouent en tous points le fondement identitaire d’Outlander. Avec une ouverture qui laisse présager une saison 4 sous de nouveaux auspices pour Claire et Jamie, échoués sur le continent américain (en Virginie), reste à espérer que l’intrigue reprenne une voie plus authentique, mais tout porte à croire que le show se dirige de plus en plus vers une série d’aventures. Un virage à 360° qui pourra laisser certains fans de la première heure sur le bas côté, même si Outlander peut éventuellement partir à la conquête d’un nouveau public.

Outlander saison 3 : Bande-annonce VO

Outlander : Fiche technique

Création : Ronald D. Moore, d’après les romans de Diana Gabaldon
Réalisation : Brendan Maher, Jennifer Getzinger, Norma Bailey, Jennifer Getzinger, David Moore,  Charlotte Brändström, Matthew B. Roberts
Interprétation : Caitriona Balfe (Claire Randall Fraser) ; Sam Heughan  (James « Jamie » Fraser) ; Tobias Menzies (Frank Randall) ; Sophie Skelton (Brianna « Bree » Randall Mackenzie Fraser) ; John Bell (Ian Murray Jr.) ; Richard Rankin (Roger Wakefield)…
Décors : Jon Gary Steele
Costumes : Terry Dresbach
Photographie : Michael Swan, Neville Kidd, Stephen McNutt
Montage : Michael O’Halloran, Liza Cardinale, Melissa Lawson Cheung
Musique : Bear McCreary
Genres : Drame, Romance, Fantasy, Aventure, Historique
Diffuseur : Starz (Etats-Unis), W Network (Canada), Netflix (France)
Format de la saison : 13 épisodes de 60 minutes
Dates de diffusion en France : 11 septembre 2017 – 11 décembre 2017

Etats-Unis / Royaume-Uni- 2017

Sortie DVD/Blu-Ray du documentaire Gimme Danger de Jarmusch sur les Stooges

Le 22 novembre dernier est sorti en DVD, Blu-Ray & VOD Gimme Danger, le documentaire de Jim Jarmusch sur les Stooges et son leader iconique, L’iguane, autrement dit Iggy Pop.

Synopsis : Apparu pour la première fois à Ann Arbor, Michigan, au cours d’une révolution contre-culturelle, le style de rock’n’roll puissant et agressif des Stooges a fait l’effet d’une bombe dans le paysage musical de la fin des années 60. Soufflant le public avec un mélange de rock, de blues, de R&B et de free jazz, le groupe au sein duquel débute Iggy Pop posa les fondations de ce que l’on appellerait plus tard le punk et le rock alternatif. Gimme Danger, le nouveau film de Jim Jarmusch, retrace l’épopée des Stooges, l’un des plus grands groupes de rock de tous les temps. Gimme Danger présente le contexte dans lequel les Stooges ont émergé musicalement, culturellement, politiquement, historiquement et retrace leurs aventures et mésaventures en montrant leurs inspirations et les raisons de leurs premiers défis commerciaux, jusqu’à leur arrivée au Panthéon du rock. 

Avec Gimme Danger, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2016, Jim Jarmusch se met au défi de réaliser un documentaire sur des icônes du Rock’n’Roll américain que sont les Stooges et son leader Iggy Pop qui, du haut de ses 70 ans, continue de faire vivre le rock dans tous les festivals et autres salles de concert où il passe. Si le documentaire de Jim Jarmusch est parfois un peu décousu, il n’en est pas moins passionnant. Par sa complicité avec Iggy Pop, le réalisateur parvient à se procurer des images d’archives rares qui nous font rentrer dans l’intimité du groupe et de ses membres, entre folies de concerts avec sauts dans la foule, riffs de guitare fous et une part de vie privée. Gimme Danger peut être interprété comme une réelle fresque musicale où l’évolution du groupe et sa place de plus en plus imposante dans le monde du Rock’n’Roll américain voire mondiale sont finement représentés. Le côté précurseur du groupe est très intelligemment expliqué grâce aux comparatifs établis avec d’autres groupes tels que  Ramones, The White Stripes, Rage Against the Machine, Sex Pistols ou The Strokes. On lit dans le travail de ces différents groupes, qu’on ne présente plus aujourd’hui, toutes les influences héritées des Stooges.

Le principe du témoignage face caméra permet également aux spectateurs de reprendre leur souffle et amène un côté légèrement plus posé, tout comme les divers diaporamas de photos, certaines étant vraiment touchantes. Aussi, on ne se lasse pas d’entendre les plus gros hits du groupe tels que 1969 , Down on the street ou Little Doll. Iggy Pop et ses comparses sont des électrons libres, des chiens fous de la musique, et on ne peut se plaindre d’en découvrir davantage sur eux.

Caractéristiques techniques du DVD & Blu-Ray Gimme Danger

Bonus :
• Entretien avec Jim Jarmusch et Iggy Pop (édition FNAC) : 27 minutes
• Scènes coupées : 12 minutes – Editeur : LE PACTE

Gimme Danger : Bande-annonce

PIFFF 2017 : Une violence qui monte crescendo et grosse bébête en guise de conclusion

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Pour ses deux derniers jours, le PIFFF 2017 a décidé de sortir l’artillerie lourde avec des films à la violence de plus en plus acerbe. Les éclaboussures de sang abondent entre le film de genre français Revenge, la nouvelle origin story du célèbre Leatherface ou encore le massacre en entreprise de Mayhem. Mais l’événement le plus notable est sans aucun doute le retour d’un des monuments du Kaiju Eiga dans son pays natal, après plus de 10 ans d’absence, avec Shin Godzilla.

[Compétition] – Revenge

Réalisé par Coralie Fargeat (France, 2017)

On a beau le répéter encore et encore, mais le cinéma de genre en France est dans une position compliquée entraînant à la fois la fascination et la répulsion. Comme beaucoup de réalisateurs le disent,  arriver à faire produire un film de genre français est quasiment impossible sans aide extérieure, à savoir des soutiens de productions étrangères. Il faut donc saluer l’effort quand un long métrage de ce genre voit enfin le jour et après le succès de Grave l’an dernier dans les festivals et cette année au box-office cela pourrait promettre de meilleurs lendemains pour le film de genre français. Cela nous amène donc directement à Revenge, qui comme Grave fait coup double en nous offrant à la fois un film de genre français mais aussi en permettant de découvrir une jeune cinéaste et donc favoriser la représentation des femmes dans l’industrie cinématographique. L’histoire de Revenge suit la vengeance d’une jeune femme laissée pour morte après un viol dans une oeuvre ultra-violente sous forme de chasse à l’homme.

On sent que Coralie Fargeat veut toucher un large public avec son film, très américanisé dans son style et partiellement tourné en anglais, préférant la frénésie du divertissement au détriment de la force de son propos. En résulte un récit énergique et souvent jouissif dans sa violence décomplexée et vengeresse mais aussi relativement stupide dans l’enchaînement de ses péripéties. Allant beaucoup trop vite dans son déroulement, on passe de l’invraisemblable à l’incohérence dans des situations parfois proches du ridicule et qui suscitent souvent l’hilarité. Au lieu d’avoir l’œuvre mordante qu’on aurait espéré avoir, on a un divertissement flirtant avec le nanardesque jubilatoire mais assez vain au final. La réalisatrice réduit trop souvent son personnage principal à ses purs attraits physiques et n’en fait qu’une silhouette désincarnée ce qui rend difficile toute empathie envers elle et son calvaire tellement ce dernier est surréaliste et que Fargeat dédramatise trop souvent les situations. Pourtant Revenge a une réalisation solide et de bons acteurs mais se montre maladroit dans sa mise en scène qui plonge souvent dans l’excès et la gratuité pour se donner des effets de style. En résulte un film plaisant sur l’instant mais inconséquent et qui sera sans doute vite oublié.

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[Hors compétition] – Leatherface

Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo (États-Unis, 2017)

Il n’y a pas grand chose à dire sur ce Leatherface qui a été précédé d’un accueil glacial des plus justifiés. Peut-être aurions-nous pu être plus indulgent avec lui s’il s’était évertué à réinventer la mythologie de son personnage plutôt que de vouloir à tout prix s’imposer comme le préquel du chef d’oeuvre de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse. En voulant directement citer l’œuvre culte de Hooper, les deux réalisateurs français Julien Maury et Alexandre Bustillo se tirent eux-mêmes une balle dans le pied car ils se confrontent directement à la comparaison. Mais en voulant offrir une préquel à l’histoire du célèbre tueur, ils ouvrent la porte aux choix bancals qui viennent même dénaturer l’œuvre d’origine.

Leatherface n’a donc rien pour lui entre sa réalisation aux fraises, ses jumpscares systématiques et paresseux et une utilisation catastrophique de la court-focale pour accentuer sans imagination l’horreur des situations. On ne comptera pas aussi sur un scénario prévisible, qui n’apporte rien au mythe d’origine mais qui en plus nous gratifie de dialogues risibles récités par des acteurs qui donnent un nouveau sens au terme « surjeu ». Passez votre chemin et regardez plutôt le Massacre à la tronçonneuse de 1974.

https://www.youtube.com/watch?v=TCSZ3QJBfeY

[Hors compétition] – Mayhem

Réalisé par Joe Lynch (Etats-Unis, 2017)

Habitué des séries B sévèrement burnées, Joe Lynch ne change pas de style pour son nouveau film où il joue des codes du film de zombies pour les attribuer au huis-clos en forme de jeu de massacres. Extrêmement ludique sur sa forme où l’on suit un jeune avocat ambitieux bloqué sur son lieu de travail qui a été contaminé par un virus ; les infectés, désinhibés, s’adonnent à toute forme de débauches. Critique sur la déshumanisation et l’aspect impitoyable du monde du travail : on se retrouve plongé dans un récit caricatural mais assumant son second degré et sa satire. Mayhem devient cela dit très vite répétitif avec sa construction de jeu vidéo où les personnages montent les étages pour accéder aux prochains niveaux et où chaque niveau se clôture par un boss. Le tout devient vite redondant dans son enchaînement de scènes de bagarres mais cela se compense par l’énergie de l’ensemble.

Les personnages principaux ne sont pas très développés mais vite attachants grâce à la sympathie dégagée par les acteurs qui les incarnent. En ça, Steven Yeun s’en sort admirablement bien dans le rôle de ce golden boy en pleine rédemption et trouve enfin un rôle à sa mesure au cinéma. Mayhem est un divertissement des plus efficaces mais pas très fin mais il saura faire passer un bon moment le temps d’un dimanche soir pluvieux.

[Film de clôture] – Shin Godzilla

Réalisé par Hideaki Anno et Shinji Higuchi (Japon, 2016)

Shin Godzilla marque un événement d’envergure. Celui du retour du célèbre monstre de cinéma dans son pays natal après une absence de 13 ans. Il apparaît très vite comme une réponse au Godzilla de Gareth Edwards et à l’envie hollywoodienne de créer un univers partagé autour des kaiju du cinéma. Loin des récits habituels américains, ce Shin Godzilla préfère jouer la multiplicité des points de vue pour montrer l’effervescence et l’ampleur d’une situation de crise. Faisant directement référence au film d’origine, il replace son Godzilla dans un contexte post-Fukushima pour redonner toute la dimension symbolique à ce dernier. En résulte une oeuvre engagée et intelligente qui sait associer la profondeur de son propos à un spectacle visuel tonitruant et résolument moderne, avec une mise en scène ample et généreuse qui brille par la gestion de son rythme, notamment dans les arcanes de la chaîne de commandement derrière les situations de crises.

Mais Hideaki Anno et Shinji Higuchi maîtrisent aussi la mise en échelle pour rendre son statut totalement iconique à Godzilla qui n’a jamais été aussi imposant et immense. Ils signent une œuvre marquante et habile qu’on prend plaisir à découvrir sur grand écran, une occasion probablement unique offerte par le PIFFF et qui s’assure donc une clôture titanesque et mémorable avec ce très bon Shin Godzilla.

Le Palmarès :

Avec sa clôture, le PIFFF 2017 nous a dévoilé son palmarès où le public a gratifié Tigers Are Not Afraid de Issa Lopez de l’Oeil d’or des longs-métrages internationaux, un drame mexicain sur une bande d’orphelins devant faire face à la violence orchestrée par les gangs. Un film qui n’a pas convaincu l’auteur de ces lignes mais qui a su plaire au public mais aussi le jury qui lui a donné le prix Ciné Frisson + du meilleur film.

Pour les courts métrages c’est Spooked de Spook & Gloom qui repart avec le prix Ciné Frisson + du meilleur court-métrage français et une mention du jury tandis que le prix du jury et l’Oeil d’or du meilleur court-métrage français revient à Scaramouche Scaramouche d’Arthur Môlard. Et pour finir c’est le court-métrage espagnol RIP de Albert Pintó et Caye Casas qui repart avec l’œil d’or des courts-métrages internationaux.

Bienvenue à Suburbicon : Malaise de banlieue

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Malgré les espoirs que l’on place en lui, Georges Clooney ne cesse de décevoir. La faute à un début de carrière flamboyant que l’acteur/cinéaste a bien du mal à rattraper. Et ce n’est pas un coup de pouce des frères Coen qui sauvera Bienvenue à Suburbicon.

Quand nous parlons cinéma, nous aimons toujours évoquer les galères de tournage, les problèmes de productions et tout autre mur que doit traverser un cinéaste pour pouvoir sortir son film. Paroxysme de ce sadomasochisme créatif, nous aimons évoquer jusqu’à l’indigestion ces œuvres mortes nées, lancées sur de bons rails mais qui ne nous laisserons finalement que des images de tournages, des concepts abandonnés ou de vagues idées de scénario. Le public semble avoir facilement assimilé l’idée que la création d’un film s’apparente plutôt à un chemin de croix, et les documentaires sur des œuvres inachevées sortent régulièrement pour nous rappeler ces films que nous ne verrons jamais, tels le Dune de Jodorowsky ou le Superman de Tim Burton.
En revanche, nous oublions qu’il arrive parfois que les choses se passent plutôt bien. Bien accompagné, le cinéaste arrive au bout de la production avec ce qui semble être une version définitive du film qui met tout le monde d’accord. Équipe de production efficace ou conjonction favorable des astres, le mystère demeure. Et pourtant certains cinéastes sans éclat arrivent de temps en temps à sortir un film qui détonne dans une filmographie médiocre. C’est ainsi que Chuck Russell, réalisateur de nanars avérés (L’Élue, Le roi scorpion), nous offrit une adaptation tout a fait honorable de The Mask en 1994. Michael Bay surprit également son petit monde en 2013, en canalisant son style outrancier et vulgaire pour réaliser No Pain no Gain qui se hissa rapidement au rang des grandes comédies du XXIe siècle. Étonnant de la part d’un type qui est fissa reparti filmer ses robots géants.
George Clooney cinéaste semble de plus en plus s’apparenter à ce genre-là, profitant d’un coup de bol créatif opportun. Sorti en 2003, Confession d’un homme dangereux marque son entrée dans le monde des acteurs qui s’essayent à la réalisation. Attendu au tournant, ce premier galop en a surpris plus d’un. Un scénario brillant de Kaufmann, une interprétation habitée de Sam Rockwell et, surprise totale, une mise en scène à la fois élégante et pleines d’idées formelles. De quoi déjà fantasmer un Georges Clooney presque punk et anti-système. Malheureusement, à la suite de ce départ canon, l’auteur a vite montré ses limites en présentant des copies décevantes, allant du correct (Good Night and Good Luck) à l’anecdotique (Jeu de dupe, Les marches du pouvoir) en passant par le vraiment mauvais (Monuments Men). Au point que nous en sommes presque à remettre en cause la paternité de ce premier grand film tellement il ressemble au film d’un autre. Bienvenue à Suburbicon, d’après une idée des frères Coen, laissait espérer un retour de cet auteur inattendu que nous aurions aimé défendre, il n’en sera finalement rien au point que le film se place rapidement du côté des mauvais ersatz coenniens.

Nous sommes projetés dans l’ambiance carte postale des banlieues américaines des années 50. Costumes cravates et robes fleuries sont donc le quotidien de cette communauté parfaite entièrement dédiée à l’American Way of Life. Curieux choix de cadre, tant le trope aura été plus qu’essoré, quelque soit le genre (science-fiction, polars, comédie etc). Ainsi, et comme à son habitude, la tranquillité du jardin d’Eden sera rapidement perturbée. De nouveaux résidents noirs réveillent le fond de racisme crasseux qui dort en chacun des résidents blancs, tandis que leur voisins font face à des événements qui secouent un peu les fondations familiales. Seul lien entre ces deux éléments, les deux enfants s’envoient amicalement des balles de base-ball. Pendant ce temps-là, les parents noirs font face à une foule de plus en plus hostile, les parents blancs eux doivent gérer leurs instincts primaires. Un premier problème saute alors aux yeux : le film semble hésiter un moment entre le discours sur le racisme ordinaire et celui sur l’ambition dévorante des banlieusards blancs, pour finalement choisir le deuxième (et donc le moins intéressant).
La présence des Coen au scénario peut à ce titre faire sourire les amateurs. Tentant le tout pour le tout, la carte du mystère qui se révèle au fur et à mesure, Clooney rate sa cible et évente un peu trop vite les éléments de l’intrigue. Nous comprenons rapidement que le père (Matt Damon) cache quelque chose, que la belle sœur (Julianne Moore) est une écervelée intéressée et que les deux cambrioleurs n’ont pas tué la mère par hasard. Tout cela principalement parce que la plupart d’entre nous avons déjà vu Fargo, et que ce type de ressort narratif commence un peu à sentir le renfermé. En attendant, le lien avec la famille noire, qui habite pourtant juste à côté, reste encore à trouver.

Mais l’échec du film n’est pas à chercher du côté de ses maladresses narratives mais plutôt dans ses erreurs de tons. Nous avions l’espoir une comédie noire capable d’attaquer de front l’Amérique de Trump par son versant idyllique, nous obtenons un film bâtard incapable de prendre ses différentes pièces dans le bon sens. Il faut attendre l’arrivée d’un assureur un peu trop curieux (Oscar Isaac) pour sentir un bref sursaut dans une intrigue qui se veut nébuleuse mais qui progresse lentement. Sauf que là où nous attendions un verni qui se fissure lentement, nous assistons finalement à l’arrachage violent d’un masque grossier. Tout cela pour assister à un feux d’artifice gore au cynisme mal placé en guise de final. Ainsi, l’image comique de Matt Damon, chevauchant un vélo trop petit pour lui, vue dans la bande-annonce, se révèle finalement moins drôle, tant le personnage nous est devenu antipathique (comme la plupart des habitants de cette banlieue).
Dernière surprise d’un métrage qui tente désespérément de tromper son monde, le père n’est pas le héros du film. Ce rôle échoue finalement à son fils, spectateur trop passif des horreurs qui l’entourent. Mais adopter de façon aussi frontale le point de vue d’un enfant achève de planter le film. Complaisant dans sa représentation de la violence, Clooney oublie qu’à peine le quart des événements vécus par cette famille suffirait à traumatiser n’importe quel enfant à vie. Les cinéastes seraient-ils à ce point désabusés pour oublier qu’un acte violent reste un acte violent ? D’un point de vue adulte, il est tout à fait possible d’en rire. Par les yeux d’un enfant cela devient tout de suite plus compliqué, surtout quand l’absence totale de liens affectifs entre les membres de la famille n’est pas expliquée.

Avec Suburbicon s’envole finalement le dernier espoir de voir en George Clooney le cinéaste caustique qu’il se promettait d’être. Il est vrai que le film est violent, qu’il attaque frontalement une certaine image de l’Amérique. Mais son cynisme trop premier degré l’empêche d’être drôle, ce qui fait de Bienvenue à Suburbicon l’un des films les plus embarrassants de l’année.

Bienvenue à Suburbicon : Bande-annonce

Synopsis : Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.

Bienvenue à Suburbicon : Fiche Technique

Titre original : Suburbicon
Réalisation : George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Ethan et Joel Coen
Acteurs principaux : Matt Damon, Julianne Moore, Oscar Isaac et Noah Jupe
Genres : Policier, Comédie
Date de sortie : 06 décembre 2017
Durée : 1h44min

USA – 2017

L’Odyssée du Hindenburg s’envole en Blu-ray & DVD aux éditions ESC

En cette froide fin d’année, L’Odyssée du Hindenburg revient en vidéo chez les éditions ESC. De retour en Blu-ray et DVD, le film catastrophe/historique de Robert Wise suit le dernier voyage du spectaculaire zeppelin Hindenburg tout en racontant les débuts en puissance du nazisme dans une Allemagne loin d’être unie derrière le führer.

Synopsis : En 1937, le célèbre zeppelin Hindenburg doit effectuer un vol transatlantique depuis l’Allemagne hitlérienne jusqu’aux États-Unis. Ayant vent d’une tentative d’attentat, les autorités envoient le colonel Ritter (George C. Scott) à son bord afin de veiller à la sécurité et démasquer les terroristes.

L’Odyssée du Hindenburg comme portrait d’une certaine Allemagne de 1937

Le cinéaste Robert Wise, réalisateur de grands films tels que Le Jour où la Terre s’arrêta, La Canonnière du Yang-Tsé ou encore La Mélodie du Bonheur, s’attache ici au récit du dernier voyage du Hindenburg. Le filmaker utilise le genre pour mieux capter la grande Histoire. Ici, Ritter, un général de l’armée de l’air allemande, anti-nazi, doit contrer un possible attentat au cœur du zeppelin. Il devra faire équipe avec un nazi convaincu, officier de la Gestapo. La bombe explosera et le zeppelin subira le sort qu’on lui connait.

Ci-dessous, un extrait des archives Pathé sur l’accident du Hindenburg.

Un texte à la fin du film rétablit l’absence de faits établis sur la réalité de l’accident : on ne connaît pas les véritables causes de la catastrophe. Les autorités nazis soupçonnent un possible attentat, tout en maintenant qu’il n’y a aucune forme de rébellion existante contre leur ordre. Wise met ainsi en place deux récits de genre, l’un policier/espionnage, l’autre, catastrophe. Avec Richard Levinson et William Link (les créateurs de Columbo) et Nelson Gidding à l’écriture, il réussit à créer un suspense dans une histoire dont la finalité nous est bien connue.

L’enquête permet au cinéaste de dresser le portrait d’une certaine Allemagne de 1937, notamment bourgeoise et aristocratique. Le brillant George C. Scott incarne un père, général au service d’un ordre qu’il déteste et d’un pays qu’il ne reconnaît plus. L’homme a perdu son fils unique à cause de la folie nazie. Il a aussi opéré en Espagne notamment sur le bombardement de Guernica. Il doit d’ailleurs recevoir une médaille pour cet « acte d’héroïsme » qui le dégoute – et le torture – au plus haut point. Officier de la première guerre mondiale ayant mal digéré le traité de Versailles, il n’a toutefois pas été séduit par Hitler et ses discours de gloire et de nouvelle apogée de la nation, emplis d’une haine de l’autre et de folies inacceptables pour Ritter. Sa femme veut quitter la nation, il ne peut déserter. Il envisage tout de même un départ loin de Berlin. L’officier croisera la route d’une aristocrate (interprétée par la formidable Anne Bancroft) qui a tout perdu : ses terres ont été saisies par l’état nazi pour des tests d’armement. Elle part retrouver aux États-Unis son plus grand amour, sa petite fille muette, en sureté loin de l’eugénisme nazi. Ritter aura aussi pour suspects deux artistes, l’un musicien, l’autre comique, anti-nazis qui iront jusqu’à créer un petit spectacle musical hilarant (le général sourira), excepté pour le capitaine du Hindenburg, national-socialiste convaincu. Espions au service des États-Unis, bourgeois juifs fuyant le nazisme et organisant le départ du reste de leur famille, publicitaire courant après les scoops… Le polar du Hindenburg dresse le portrait-robot d’individus victimes de l’Histoire. Ritter trouvera celui qui veut mettre à feu le zeppelin. « Je ne veux pas de morts » dit Boerth, l’un des « matelots » de l’aérostat. Ancien chef des jeunesses hitlériennes, Boerth a rapidement pris conscience de la folie dangereuse du führer et de son ordre. Et le Hindenburg, symbole important de la puissance nazie, doit être détruit pour montrer qu’il existe bien une résistance face à ce fascisme. Ritter, chargé par Goebbels de le protéger, soutiendra l’action de Boerth. Wise signe ainsi le portrait d’une Allemagne en crise, de ses bourgeois à ses militaires, en n’oubliant pas ses petites mains.

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Anne Bancroft et George C. Scott observent et surveillent certains faits et gestes.

La catastrophe constitue l’apogée de ce tableau. A partir de l’explosion, le cinéaste filme en noir et blanc, alterne plans sur ses personnages et images d’archives. Cependant, elle est mise en place dès le début du film, et elle gagnera d’ailleurs en tension lors de l’incident de la toile percée. L’introduction du long métrage, toute en archives, promeut les aérostats et les zeppelins. Ce moyen de transport serait le plus sûr au monde, et les images nous rappellent le point de vue des US sur le Hindenburg, à l’époque surnommé « l’orgueil de l’Allemagne ». L’introduction et la fin du film participent au film catastrophe tout en contribuant à la fresque historique de Wise.

Ainsi les récits de genre et l’Histoire sont intrinsèquement liés. Cette caractéristique essentielle du long métrage n’est pas le fruit d’un heureux hasard. Wise, cinéaste classique, perpétue ici l’une des plus grandes traditions du cinéma. D’un métrage qui aurait pu être un bête objet opportuniste surfant sur la tendance des films catastrophes des années 60-70, Robert Wise réussit à faire un objet filmique. Imparfait certes, L’Odyssée du Hindenburg est une œuvre passionnante, thrilling, cinématographiquement excitante, dont l’importance de la (re)découverte est d’autant plus forte à une époque où Wonder Woman fait de beaux discours sur l’humanité manipulée et touchée par la guerre – précisément la Première Guerre Mondiale – tout en dégommant sans scrupules les soldats allemands, bêtement représentés comme des nazis par Patti Jenkis et le tout Hollywood qui oublient que le monde et son histoire sont constitués par une infinités de nuances. Ainsi L’Odyssée du Hindenburg intègre de façon tout à fait organique l’œuvre du cinéaste, éternel remède à la bêtise ambiante de nos sombres jours.

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Le Hindenburg, orgueil de l’Allemagne nazie, s’envole pour un dernier voyage.

Premier Blu-ray pour un dernier voyage

L’édition proposée par les éditions ESC propose de redécouvrir le film dans un nouveau master haute définition. Pour la première fois en Blu-ray en France, L’Odyssée du Hindenburg arrive dans nos bacs dans sa version non tronquée (cf. Universal et l’édition DVD de 2008) avec une copie soignée. Propreté, stabilité de l’image et détails sont au rendez-vous. Le grain est préservé et la colorimétrie semble juste. Évidemment, certains effets spéciaux et trucages visuels sont alors davantage remarquables à l’écran. Le son a aussi bénéficié d’une remasterisation de qualité, même si certains dialogues tendent à une artificialité, comme s’ils avaient été postsynchronisés. Du côté des bonus, le contenu est plutôt léger : l’édition comporte une analyse pertinente du film par Olivier Père (directeur du cinéma d’Arte) – d’une durée de vingt-six minutes –, ainsi qu’une bande-annonce promotionnelle de la collection Hollywood Classics éditée par ESC.

Bande-Annonce – L’Odyssée du Hindenburg

CARACTÉRISTIQUES Blu-ray/DVD

Langues : Français, Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.85 – 16/9 compatible 4/3 – Format audio : VF + VOST 2.0 – durée du film : 120 min

Bonus inédits :

« Un film catastrophe paradoxal », analyse du film par Olivier Père (Directeur du cinéma d’Arte)

Bande-annonce « Dans la même collection »

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L’Odyssée du Hindenburg

En Blu-ray : 19,99 €

En DVD : 16,99 €

Sortie le 28/11/17

PIFFF 2017 : Une jeunesse au centre de la tourmente avec Sicilian Ghost Story, Tragedy Girls & Bodied

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Pour son troisième jour de compétition, le PIFFF 2017 s’intéresse à une jeunesse dans la tourmente avec Sicilian Ghost Story, un drame italien inspiré d’un fait divers, Tragedy Girls, un slasher décomplexé autour de la fièvre des réseaux sociaux et le nouveau film Bodied de Joseph Kahn qui se plonge dans les battles de rap. Tout un programme qui nous gratifie aussi encore d’une belle restauration d’un classique de John Carpenter.

[Compétition] – Sicilian Ghost Story

Réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (Italie, 2017)

Le cinéma italien n’a pas le vent en poupe ces dernières années. Pour ainsi dire, il tombe de plus en plus dans l’oubli mais, parfois, certaines surprises apparaissent ici et là. Néanmoins, Sicilian Ghost Story a beau avoir un parti pris plus original que la moyenne des films italiens, il n’en reste pas moins une histoire très ancrée dans la mafia. Inspirés par un fait réel, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza essayent d’apporter un peu de mysticisme à l’ensemble par leur point de vue quelque peu fantaisiste. Si de prime abord l’idée séduit, elle finit par lasser. Le récit en vient à tirer terriblement en longueur au point de susciter un véritable agacement. Les rares scènes d’émotions efficaces se perdent dans une mise en scène trop poseuse qui vire à certains moments à l’inertie la plus totale.

L’écriture avait pourtant une certaine finesse dans sa façon d’explorer un tel drame à travers le prisme de l’amour adolescent et le tout est de surcroît tenu par des jeunes acteurs plus que convaincants. Mais la démarche ne prend pas et le tout retombe au final comme un soufflé. Sicilian Ghost Story ne convainc donc pas malgré certains charmes plus qu’évidents.

[La séance culte] – Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

Réalisé par John Carpenter (Etats-Unis, 1986)

Comme le veut la tradition du PIFFF chaque année ils nous propose de redécouvrir un film de John Carpenter sur grand écran. A l’occasion de la restauration des Aventures de Jack Burton, c’est donc ce classique de Carpenter qui bénéficie du public du PIFFF. Pur produit des années 80, le film à clairement vieilli mais n’a pas perdu de sa superbe, au contraire ce charme désuet renforce son statut culte pour un Carpenter qui a été, pendant très longtemps, injustement mésestimé. Car quand le maître de l’horreur signe un film qui détourne les codes de l’actionner, remplaçant le héros viril habituel en un crétin balourd, et qui assume son second degré jusqu’au bout, on allait forcément avoir une œuvre détonante. Et ce fut le cas, une œuvre singulière volontairement crétine mais visuellement virtuose dans ce melting-pot d’influences allant du film d’art martiaux aux westerns dans une comédie virevoltante et jouissive.

C’est drôle, inventif et iconique avec un Kurt Russell en très grande forme et une bande son exceptionnelle signée comme à son habitude par Carpenter lui-même. Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin est une oeuvre qui traverse superbement les années avec son mysticisme enivrant et un kitsch savoureux qui en font encore aujourd’hui un très bon Carpenter qu’il faut voir ou revoir sans modération.

[Compétition] – Tragedy Girls

Réalisé par Tyler MacIntyre (Etats-Unis, 2017)

Alors que l’année dernière il avait fait parlé de lui avec son bancal mais pas inintéressant Patchwork, Tyler MacIntyre revient avec Tragedy Girls pour détourner, non sans un humour grinçant, les codes du slasher. Alors que, dans ce genre de films, les filles sont les premières à se faire dégommer par les tueurs sanguinaires, ici ce sont les nanas qui jouent les faucheuses. Mais l’intelligence du scénario vient du fait de placer son récit dans la quête de popularité et de trouver sens à sa vie. Véritable satire sur la fièvre des réseaux sociaux qui pousse au narcissisme où la valeur de l’existence se résume par le nombre de followers, de like ou de retweet. Acerbe et cruel dans son portrait de cette jeunesse déphasée, le film se montre aussi incroyablement jouissif dans son jeu de massacres saupoudré de second degré et d’une ironie souvent savoureuse. On se surprend à aimer détester ces personnages souvent antipathiques mais ainsi MacIntyre signe une tragédie effrayante car immorale et sans lueur d’espoir.

Avec sa mise en scène soignée et bien pensée qui ne tombe pas dans les travers habituels des films sur les réseaux sociaux, Tragedy Girls possède une authenticité et une maîtrise qui lui apporte une certaine fraîcheur. Notamment dans sa manière de jouer avec le slasher qui donne droit à quelques scènes de meurtres plutôt inventives. Avec en plus une alchimie évidente entre Alexandra Shipp et Brianna Hildebrand qui sont toutes deux impeccables dans leurs rôles de sociopathes en puissances. Un bon film et, clairement, l’un des meilleurs de cette compétition du PIFFF !

La journée s’est clôturée sur Bodied, présenté en hors compétition. Le film de Joseph Kahn n’a laissé personne indifférent et a suscité des réactions dithyrambiques de la part du public qui salue sa forme audacieuse, inventive ainsi que son intensité. Même si des voix plus discrètes s’interrogent sur un film un poil longuet et un peu vain dans son abattage de battle de rap. Une chose ressort de tout ça, c’est que Bodied s’annonce comme une expérience à part qui mérite le coup d’œil.

Santa & Cie, une comédie tout feu tout flamme désordonnée d’Alain Chabat

Avec Santa & Cie, Alain Chabat prédisait son grand retour avec l’humour qui faisait son succès 25 ans auparavant, mais trop vite rattrapé par un rythme effréné et des clichés qui font tout valdinguer…

Synopsis : Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël.

Sauvons un peu de magie

Avec une bande-annonce prometteuse et des critiques presses positives, difficile de ne pas résister au charme d’Alain Chabat qui nous a fait tant rire dans Les Nuls avec qui il signe La Cité de la peur (culte), le Burger Quizz, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (culte), Avez-Vous Déjà Vu..?, RRRrrrr! (culte), mais ça c’était avant – avant son passage au potache et au commercial avec Sur les traces du Marsupilami ou sa rencontre avec Luc Besson qui lui demande d’être parrain de la troisième promotion à l’Ecole de la Cité. Ses rencontres sont souvent prolifiques et deviennent cultes donc. La bande à Jamel Debbouz, les Robins des bois… Sa voix est connue de tous depuis Shrek et ses participations sont toujours remarquées. Mais les mauvais choix sont monnaie courante et sa dernière réalisation, malgré une bonne dose de magie FX et l’apparition du Palmashow, en cumule nombre. A commencer par le scénario digne d’un Christmas movie en seconde partie d’après-midi avec le calibre des séries B de qualité comme Elfe ou Super Noël. Dès le départ, son personnage de Santa, débonnaire et gentiment ronchon ne semble pas comprendre que, pour guérir les lutins, en soigner un seul suffit à réveiller toute la fournée. Wanda, la sexy Mère Noël qu’Audrey Tautou incarne délicieusement, le lui avait pourtant précisé avant qu’il ne parte, sans déjà trop y croire.

On semble lister trop de fainéantises : comme par hasard sa carte s’envole, son traîneau dysfonctionne juste au dessus de Paris. Alors certes, le décalage est propice au sourire. Unsanta-et-cie-palmashow personnage inventé de toutes pièces se confronte à la réalité de notre monde (déjà vu mille fois) et sa joute avec Jean-Pierre Bacri en faux Père Noël nous décroche quelques zygomatiques. Toutefois, le désordre arrive rapidement comme un leitmotiv et il est nécessaire qu’il retourne toute une pharmacie pour être mis en garde à vue. Les intérieurs commissariat sombres bleutés stimulent le regard, mais le duo du Palmashow est bien fade et leur seule incursion humoristique consiste à feindre une préparation collective d’intervention pour… le repas de Noël ou insinuer une homosexualité. Dès l’arrivée du personnage de l’avocat joué par Pio Marmaï, et surtout son frère en petite frappe magicien, on assiste à une cohue incohérente. On est très vite amené dans l’intimité de sa famille, avec deux enfants qui jouent excellemment bien (deux révélations !) et une femme au foyer dépassée par les événements. Golshifteh Farahani, première actrice franco-iranienne à jouer dans un film américain avec Mensonges d’Etat en 2008, était habituée aux rôles dramatiques en tournant avec Garrel, Honoré ou Jarmusch. Elle change pour la première fois de registre avec le « monument français » (selon ses propres mots) Chabat. Malheureusement, par faute d’écriture plus que d’interprétation, son personnage n’est que prétexte, tout comme son mari qui ne fait que de beugler, ou bramer pour reprendre un vocabulaire plus adéquat. Après son frère qu’il ne fait que protéger, après Santa qui surgit en plein milieu de la nuit dans la chambre… L’arc narratif du frère voleur et profiteur n’ayant santa-et-cie-enfants-alain-chabatjamais écrit au Père Noël est plus que mal construit, il est inutile. Les événements s’enchaînent donc sans logique, de manière brouillonne et quasi bouffonne. A cause du rythme fourre-tout, les réparties comiques se noient dans un ersatz de film d’action, ou ont déjà été vues dans la bande-annonce. On n’a pas le temps de comprendre, comme par un souci de vitesse que Chabat confond avec précipitation, la subtilité des dialogues, à condition que toutefois il puisse y en avoir. On se rappellera de « La prison ? Oh ça va, c’est moi qui ai inventé le Monopoly, donne moi deux dés, je fais un double et je sors »… C’est à peu près tout, la blague du « cochon dinde » étant rapidement oubliée. « Houn Houn ? » (la petite essaie de répondre au renne), « Ah non, tu viens de dire veux-tu un yaourt à la fraise ? C’est con parce que maintenant il en veut un ». L’interpellation de la mère asiatique pour une photo est bien trouvée (le Père Noël est international et connait tout le monde), mais le dialogue pauvre. Fainéantise ? La fin de Santa & Cie aura le mérite de nous faire découvrir le nouveau tube de Sia qui, lui, est mémorable !

santa-et-cie-fx-famille-cadeauxAu fort accent nullesque (la scène du repas où Santa s’étonne de la violence à la télé – avec un cri de Wilhelm – fait écho au sketch « Histoire de la Télévision », la scène devant le cinéma du couple qui sort enfin – inutile – ne sert qu’à faire revivre La Cité de la peur le temps de quelques titres sans queue ni tête, si vous voyez Red is Dead! …), Santa & Cie se regarde avec la conscience des références cheap, le mordant en moins, la tendresse peut-être et quelques sourires en plus, mais ne convainc personne, si ce ne sont petits en mal d’aventure en carton. A demi-absurde par la confrontation réalité / fiction pas complètement assumée, le réalisateur acteur scénariste humoriste se repose sur ses acquis sans aucune prise de risque, au risque justement de sombrer dans un désordre bessonien le plus profond. Si les bonnes surprises sont à attraper telles des bulles de savon aussitôt éclatées, la mauvaise règne en maître. 

Santa & Cie : Bande-annonce

Santa & Cie : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Alain Chabatsanta-et-cie-affiche
Interprétation : Alain Chabat (Santa), Audrey Tautou (Wanda), Golshifteh Farahani (Amélie), Pio Marmaï (Thomas), Bruno Sanches (Magnus et tous les lutins), Louise Chabat (Lutines), Simon Aouizerate (Mathis, le garçon), Tara Lugassy (Maëlle, la fillette), David Marsais (Inspecteur Olivier Le Guennec), Grégoire Ludig (Commissaire Stéphane Bertoli), Johann Dionnet (le frère de Thomas), Jean-Pierre Bacri (Le Père Noël en rouge et blanc) Thomas VDB (le dealer de bonne humeur)
Image : Antoine Sanier
Décors: Jean-Philippe Moreaux
Musique : Matthieu Gonet
Montage: Grégoire Sivan
Producteur(s): Sylvain Goldberg, Alain Goldman, Serge de Poucques, Nadia Khamlichi, Gilles Waterkeyn
Société de production : Légende, avec la participation de Gaumont, France 2, Nexus Factory (Belgique), Umedia (Belgique)
Distributeur : Gaumont
Durée : 95 minutes
Genre : comédie, christmas movie
Date de sortie : 06 décembre 2017

France – 2017

Les Gardiennes : la fresque humaniste de Xavier Beauvois

Sept ans après Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois revient avec Les Gardiennes, une grande fresque humaniste. Il situe son intrigue en plein cœur de la Première Guerre mondiale et s’intéresse aux sorts des femmes qui attendaient le retour des soldats en travaillant la terre.

Des femmes et des soldats

Les Gardiennes est d’abord un fil de saisons qui défilent, d’attente, d’espoir, de désir. Ce n’est pas un film bavard, mais plutôt un film contemplatif, qui emprunte à l’esthétique d’un tableau comme Les glaneuseset s’intéresse aux corps, aux gestes et à leur répétition. Il y a quelque chose de purement sociologique, ethnographique dans cette description minutieuse des travaux des champs. La dureté est réelle, mais Beauvois décide de montrer non pas des femmes courbées, mais des femmes fortes, bien droites, qui travaillent sans relâche. D’ailleurs, c’est à une robuste apprentie qu’Hortense fait appel pour l’aider à la ferme, une femme aussi douée « pour les travaux fins que pour les travaux de force ». Elle saura donc aussi bien coudre que diriger les bêtes. C’est ainsi qu’elle débarque dans la vie de deux femmes qui attendent le retour des frères et d’un mari pour l’une, de ses fils pour l’autre. Entre elles, la douceur et la confiance s’installent d’abord. Francine fait peu à peu partie de famille, même si ça n’est jamais complètement, elle le découvrira bien assez tôt. C’est surtout elle qui intéresse le réalisateur : le visage très graphique de son interprète Iris Bry, son air buté, parfois illuminé par des troués de bonheur et sa petite voix, sa robustesse aussi. Aux côtés de Laura Smet, mystérieuse, froide et « fatale », et de Nathalie Baye, entre dureté et fragilité, elle ne démérite pas, malgré un jeu parfois un poil mécanique.

« L’honneur, c’est quoi ? »

Et puis il y a les hommes qui parfois reviennent du front en permission, mettent leur grain de sel dans les affaires que les femmes font pourtant tourner du mieux qu’elles peuvent en leur absence. Ils sont là avec leurs démons, l’impossibilité de faire face à ce qu’ils ont vécu. Beauvois les filme comme des animaux étranges, souvent trop étrangers au foyer qu’ils retrouvent, comme les pièces manquantes d’un puzzle qui ne viendraient pas tout à fait compléter celles déjà assemblées. Ils sont un peu trop frais et propres sur eux parfois, si bien qu’on n’a pas toujours l’impression véridique qu’ils reviennent du combat, mais c’est un détail. Car dans ce rythme lent, posé, doux et cette esthétique très naturaliste que présente Beauvois, il y a aussi beaucoup de beauté, d’humanité. Les femmes sont présentés comme mille facettes de l’être humain et de ses contractions. Les Gardiennes ne renonce donc pas à aller jusqu’à sonder la noirceur des âmes, même dans l’apparence quiétude du paysage, lui aussi omniprésent. Les saisons défilent et la neige revient toujours s’étaler dans toute sa blancheur, ignorant les souffrances de la terre, de la chair, des esprits. Francine s’affirme peu à peu, se découvre, s’enthousiasme, tombe de haut et devient un personnage à part entière, passionnant et touchant. Elle tente tant bien que mal de trouver sa place, donnant de la voix, du corps, de la vie dans tous les actes qu’elle pose. Et c’est avec respect et humilité que Xavier Beauvois filme une page d’histoire. Les Gardiennes n’est pas particulièrement féministe, bien qu’il mette à l’honneur des personnalités de femmes affirmées, endossant aussi bien des rôles assignés à la gent féminine que des travaux plus régulièrement assignés aux hommes, c’est un film humaniste avant tout. Les femmes y sont duelles, elles sont un ensemble en apparence solidaire, qui peut s’éparpiller à tout moment et dont la destinée est scellée par celle des hommes qui se battent et qui tombent au champ d’honneur. La paix revient avec ses espoirs de changement, mais c’est pourtant la vie qui est à reconstruire. Il y a dans l’attente que filme Xavier Beauvois, quelque chose de presque mystique, en tout cas c’est avec fluidité et grandeur qu’il pose sa caméra sur ces terres nourricières que la guerre n’a pas rendues complètement stériles. Au final, ce sont beauté et lumière qui de ce dégagent de cette œuvre délicate et sensible. On en ressort plus qu’apaisés. 

Bande-annonce : Les Gardiennes

Fiche Technique : Les Gardiennes

Réalisateur : Xavier Beauvois
Scénario : Xavier Beauvois, Frédérique Moreau, Marie-Julie Maille
Interprètes : Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry, Olivier Rabourdin, Cyril Descours, Nicolas Giraud, Mathilde Viseux, Marie-Julie Maille, Mathilde Beauvois
Photographie : Caroline Champetier
Montage : Marie-Julie Maille
Costumes : Anaïs Romand
Producteurs : Sylvie Pialat, Benoît Quainon
Sociétés de production : Les Films du Worso, Pathé, France 3 Cinema
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : drame
Date de sortie : 6 décembre 2017
Durée : 134 minutes

France – 2017

PIFFF 2017 : Un fantastique diffus au profit de l’horreur de la réalité

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Pour son deuxième jour, le PIFFF 2017 délaisse quelque peu le fantastique pour nous plonger dans une white trash comedy avec 68 Kill, un drame mexicain avec Tigers Are Not Afraid et nous lancer sur les traces d’un tueur au sein d’un Londres victorien avec Golem, le tueur de Londres.

[Compétition] – 68 Kill

Réalisé par Trent Haaga (Etats-Unis, 2017)

Trent Haaga s’est d’abord imposé comme un scénariste plutôt prometteur jusqu’à présent. Encore peu connu, il a pourtant développé un véritable amour pour les portraits au vitriol d’une Amérique déphasée et borderline. Après être passé pour la première fois derrière une caméra en 2011 avec Chop, le voilà de retour 6 ans après avec 68 Kill. Dans la droite lignée de son précédent travail, il signe une white trash comedy acerbe et particulièrement efficace. Drôle, impertinent et plaisant à suivre surtout grâce à sa réalisation impeccable, notamment sa photographie très léchée qui retranscrit à merveille l’univers crade et stylisé du « redneck movie », le film reste par contre très classique dans ce qu’il amène.

Le scénario est un peu léger même s’il est mené par l’excellent Matthew Gray Gubler qui compose ici un looser magnifique assez attachant. Il est par contre dommage que les personnages féminins n’aient pas bénéficié du même soin d’autant que l’ensemble tend vers un propos des plus misogynes. Ici les femmes sont représentées de manière très négative mais, dans son immoralité constante et sa façon de ne pas cautionner ses personnages, 68 Kill ne franchit jamais la ligne fatidique du sexisme. Même si sa façon de flirter avec risque indubitablement de faire grincer des dents.

[Compétition] – Tigers Are Not Afraid

Réalisé par Issa Lopez (Mexique, 2017)

On sent dans Tigers Are Not Afraid la volonté de s’imposer comme le nouveau Labyrinthe de Pan. Une volonté tellement évidente que cela va amoindrir le film d’Issa Lopez. Même utilisation du fantastique pour pallier l’horreur de la réalité, personnage principal similaire, etc. Autant d’éléments qui ne peuvent empêcher la comparaison et le long métrage de Lopez en pâtit sincèrement. Il n’a pas la même subtilité quant à l’utilisation du fantastique dans son récit et jamais il n’arrive à insinuer le doute dans l’esprit du spectateur même s’il s’y essaye maladroitement. Le problème ici vient du fait que le récit ménage plus le choc que l’émotion, ce qui implique que le film se perd entre ses péripéties qu’il ne développe pas assez et la dynamique entre le groupes d’enfants.

Pourtant ce n’est pas la faute des très bons jeunes acteurs ni de la réalisation percutante qui retransmet avec gravité la réalité qui régit un pays sous l’emprise des gangs et de la corruption. Mais plutôt d’un pathos beaucoup trop envahissant et d’une absence de subtilité évidente dans la symbolique de cette histoire. A trop chercher où il veut aller Tigers Are Not Afraid finit par n’aller nulle part et se perd dans l’inconsistance de sa démarche.

[Compétition] Golem, le tueur de Londres

Réalisé par Juan Carlos Medina (Royaume-Uni – 2016)

Pour son deuxième long métrage, Juan Carlos Medina signe un thriller d’époque maîtrisé et efficace même s’il ne révolutionne pas son genre. Pour autant, Golem, le tueur de Londres arrive à surprendre grâce à son habile gestion du suspense qui permet de créer le doute autour de l’identité du tueur alors que celle-ci est des plus évidentes. Mais dans sa manière d’élaborer son récit et de le rendre aussi dense, on arrive vraiment à se prendre au jeu même si le mystère prend souvent le pas sur des personnages assez peu développés au final. Notamment le personnage principal qui, malgré la présence classieuse de Bill Nighy (Indian Palace – suite royale, I, Frankenstein), n’arrive pas à s’imposer dans l’histoire.

Celle qui vole la vedette ici, c’est clairement Olivia Cooke (Bates Motel & prochainement The Quiet Ones) qui signe vraiment une performance nuancée et impressionnante dans sa manière de jongler entre les émotions. Elle crève l’écran. Le tout est encadré par une réalisation superbe, notamment dans l’impeccable reconstitution d’époque. Tout sent bon le savoir-faire et Golem, le tueur de Londres se donne les moyens de flatter la rétine de son spectateur en offrant un spectacle hautement divertissant alors qu’il aurait aisément pu basculer dans le simple téléfilm de luxe.

La journée s’est ensuite clôturée sur Jojo’s Bizarre Adventure Diamond Is Unbreakable Chapitre 1, le deuxième film de Takashi Miike à être hors compétition pour cette édition du PIFFF après The Blade of the Immortal. Une adaptation de manga qui a eu du mal à convaincre le public et a reçu un accueil des plus glacials.