Power Rangers, un film de Dean Israelite : Critique

Toujours prompt à satisfaire les désirs les plus absolus du public, Hollywood continue de sonder les tréfonds de la pop-culture. L’objectif ? Trouver une franchise fédératrice, identifiable et potentiellement lucrative. Bref, une marque pouvant susciter enthousiasme, nostalgie et excitation parmi les geeks trentenaires mais pas que. Sauf que la bonne source de l’imaginaire est tellement sur-exploitée qu’à un moment, il ne faut pas s’étonner qu’il n’y ait plus que la merde qui refoule. C’est donc la série, profondément nulle, Power Rangers qui ressuscite aujourd’hui en reboot super-héroïque à 100 millions. Et si le potentiel nanardeux de la chose est assez évident, il y a tout de même un petit peu de plaisir à prendre dans le bouzin.

Synopsis : Cinq jeunes de la petite ville d’Aldon Grove trouvent des médaillons dans une mine. Sans le savoir, ils sont choisis pour devenir les Power Rangers, des justiciers galactiques devant protéger la Terre des forces du mal. Au même moment, la maléfique Rita Repulsa s’éveille.

Power Rangers (la série), c’est quand même assez piteux. Rien que le concept est hérité de l’exploitation la plus opportuniste qui soit.

1 – Prenez des sentaï et gardez seulement les scènes de baston contre des monstres en caoutchouc.

2 – Insérez d’autres scènes avec des ricains pour faire local et vendre la soupe.

3 – Ajoutez zéro acting, zéro violence, humour affligeant et morale neuneu pour mangeurs de Chocapic.

4 – Voilà, vous avez créé Power Rangers. On ne vous remercie pas.

Le pire, c’est qu’aussi indigent (et chiant) que soit le matériel d’origine, ça marche depuis 1993 avec 24 saisons au compteur et pacson de produits dérivés !

Logique donc que Lionsgate (Hunger Games, Twilight,…) jette son dévolu sur les miettes laissées par la concurrence et propose aujourd’hui ÇA !  ÇA, c’est un film qui s’oublie dès le lendemain. Une sorte de boursouflure numérique précédée d’un teen-movie paresseux et convenu. Un projet à la confluence de tant de problématiques des blockbusters actuels qu’il en devient un cas d’école (et il commence à y en avoir beaucoup). Surproduit jusqu’à l’aseptisation, répondant très peu à ses maigres promesses, ni bien, ni vraiment nul mais profondément inutile. De la fast-food pour multiplexes destinée dans deux ans au bac DVD des stations Total.

Ce qui frappe d’ailleurs, c’est combien le film tente de reproduire les mécaniques initiées par Transformers plutôt que se construire une identité même foireuse. Une mythologie un peu naze, un scénario basique, un casting cosmétique (et United Colors of Benneton), des gros robots, de la musique pour djeuns et une réalisation frénétique et ostentatoire. A ce jeu, Dean Israelite (poulain de Michael Bay, comme quoi) semblait tout indiqué, lui dont le Projet Almanac semblait un miteux préambule à ce film.

A 75% en shaky-cam, Power Rangers réserve bien quelques idées de mise en scène intéressantes et quelques plans fun mais on reste dans un filmage faussement dynamique à la Man of Steel. Pas illisible en soi mais tentant artificiellement, par sa bougeotte constante, d’animer le vide qu’il se prend à filmer. C’est vite usant mais l’emploi des SFX dès le deuxième acte permet quand même au cadre de rester fixe parfois plus de trois secondes.

Ça commence déjà à faire beaucoup mais heureusement pour Power Rangers, la petite mais salutaire identité qu’il possède lui vient d’ailleurs. D’un nom que les producteurs tentent d’ailleurs d’oblitérer, ne faisant jamais mention de lui malgré sa présence indéniable et le secret de polichinelle de sa participation au projet. Ce nom, c’est celui de Max Landis (fils de John), scénariste prolifique dont la carrière visible (Chronicle, Dr Frankenstein, American Ultra, Mr Right) ne rend pas totalement compte du potentiel caché. Or, il se trouve que Landis a écrit l’une des premières versions du script avant d’être purement et simplement viré du projet. Ce avec interdiction de parler du film en sus.

Si le film actuel est très différent du script originel (et visible depuis un moment), il en garde ou reformule certaines idées qu’il est impossible d’expliciter ici sans spoiler. On rira cependant gaiement avec Landis des similitudes faites avec Chronicle APRES son départ (???). Power Rangers à cependant un mérite, conserver le ton décontracté et plutôt cool du premier jet à l’inverse du dead serious dark grim’n’gritty tant redouté de la promo (pourtant socle d’un chouette court de Joseph Kahn). C’est John Gatins qui se retrouve crédité en scénariste, lui aussi adepte de cette démarche gonzo pour avoir scénarisé l’un des autres films de couillons de l’année qu’est Kong – Skull Island. Mine de rien, c’est ce qui sauve en partie Power Rangers, l’humour fonctionnant souvent, impulsant le rythme nécessaire pour éviter l’ennui et apportant sympathie et attachement pour des protagonistes pourtant écrits à la truelle.

Car Gatins (ou un autre, comment savoir ?) ne s’est pas trop embêté, il a littéralement décalqué Breakfast Club pour faire correspondre les caractères succincts des cinq personnages principaux. Nous avons le sportif (Jason, un simili Zac Efron), l’intello (Billy), la fille populaire (Kimberly), la marginale (Trini) et le rebelle (Zack). On va même plus loin car une partie des personnages se rencontre en colle, l’entourage familial de chacun est quasi-identique et leur petit club à eux (l’entrainement) est surveillé de près par l’autoritaire Mr Vern…Zordon ! Littéralement du « photocopillage » de John Hugues qui, bien sûr, n’en garde que les apparats et n’en comprend jamais la profondeur, invalidant de fait et avec une certaine incohérence l’usage de héros clichés. Le film, inconscient, va même jusqu’à essayer de reproduire la poignante scène des confessions dans une nullissime soirée camping très embarrassante en 2017. Malaise.

A vrai dire, il ne faut pas en demander beaucoup plus à un film aussi profond qu’une série CW d’il y a 10 ans qui passe des plombes à nouer des relations convenues entre des protagonistes attachants mais unilatéraux. Que le chouette casting fasse le job n’arrive pas à masquer le manque d’écriture à ce niveau. D’autant plus incompréhensible quant la majorité des scènes n’ont pourtant que l’utilité de mener à la suivante tout en piétinant gaiement la suspension d’incrédulité et la cohérence. Ce n’est pas l’interminable déploiement d’une mythologie risible et peu inventive qui sauvera la chose. Même exécuté par le rigolo et bien conçu Alpha 5 et un Bryan Cranston digitalisé.

En clair, Power Rangers, c’est beaucoup de parlote et d’introduction pour peu de pieds-poings-turbolaser. Mais bon, on sait pourquoi vous êtes venus, vous ne voulez pas des personnages mais de la grosse baston pétaradante et jouissive blindée de SFX rutilants ! Bon… autant vous le dire c’est pas pour tout de suite, tout de suite. Pareil pour les tenues moches tunées aux LED bleues et les gros monstres. Le film aurait même pu jouer cartes sur table et s’ouvrir sur un carton « 1h30 d’attente à partir de ce point », on aurait moins eu l’impression de se faire arnaquer. Mais bon, on finit par y arriver à ce climax absolu !

Et…on repassera, les SFX sont à vomir de laideur (la direction artistique aussi), les plans vraiment spectaculaires sont rares et c’est peu excitant pour ce que c’est moche. C’est simple, on se croit à la fin de Thor avec encore plus de mauvais goût et des pixels dégoulinants. Sans parler de la géographie de l’action qui claque la porte, insultée, au milieu d’effets pas finis.

Par ailleurs, le shot d’action et d’événements est bien trop dense pour que la petite demi-heure finale paraisse cohérente en elle-même et avec le reste du film. On passe ainsi d’une situation à l’autre trop vite et trop facilement pour créer des enjeux. A l’image du Les Quatre Fantastiques de Josh Trank, Power Rangers donne l’impression d’un film tellement pensé en build up, pay off (soit une rétention pour des effets payants) qu’il en devient malade. Ce pour rattraper ses impératifs dans une fin qui ne justifie pas les moyens et rappelle les pires climax des années 2000. Le vilain en carton en prime avec une Elizabeth Banks tellement en roue libre qu’elle pourrait faire du wheeling.

Mais alors, demanderez-vous, qu’est-ce qui marche dans ce qui semble être un beau navet ? Et bien en fait, tout dépendra de votre déviance (nécessaire pour encaisser) et votre tolérance à la bêtise. Car forcément, comme le film essaye de pomper tout ce qui marche actuellement, il se Marvellise et offre ainsi des moments bien idiots et racoleurs comme il faut. Un petit bout du générique originel par là, un Mégazord qui danse par ici et puis tout un tas de petites punchlines bien placées.

Cela pourrait être vu, à raison, comme du cynisme mais Power Rangers n’essaye pourtant pas de la jouer petit malin. Il croit dans ce qu’il raconte (aussi stupide cela soit), veut vraiment faire une oeuvre fédératrice et excitante sans juste s’apercevoir qu’à vouloir faire moderne, il a 10 ans de retard. C’est un alpha film de super-héros, entièrement centré sur sa ligne droite, sans quasiment rien autour pour exister mais avec le minima pour sortir le cul des ronces et offrir, en de rares instants, un peu de plaisir ou d’intérêt. Sa bonhomie frondeuse dans le divertissement décérébré rattrapant son ratage manifeste, son intention de ne jamais viser au dessus suffisant à offrir un résultat presque honnête.

En définitive, donc, quand on fait le compte des points, Power Rangers est plutôt une bonne surprise puisque on n’en attendait rien. Mais il n’y a pas de miracle, on est devant un film assez moyen, très cher, envisagé comme la locomotive d’une grosse franchise mais qui ressemble finalement à un téléfilm pilote un peu cossu. Ce avec a peu près autant d’exigence et de pérennité promise que bien d’autres films plus célébrés et moins sympathiques. Vrai calvaire ou petite rigolade oubliable ? A vous d’en décider.

Power Rangers : Bande-annonce

Power Rangers : Fiche Technique

Réalisation : Dean Israelite
Scénario : John Gatins
Interprétation : Dacre Montgomery (Jason), Naomi Scott (Kim), R.J Cyler (Billy), Becky G (Trini), Ludi Lin (Zack), Bryan Cranston (Zordon), Elizabeth Banks (Rita Repulsa), Bill Hader (Alpha 5),…
Photographie : Matthew J.Lloyd
Montage : Martin Bernfeld
Musique : Ron Wasserman
Costume : Kelli Jones
Décors : Andrew Menzies
Producteurs : Haim Saban, Brian Casentini, Wyck Godfrey, Allison Shearmur
Sociétés de Production : Lionsgate, Saban Entertainment, Saban Brands, Temple Hill Productions
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Budget : 100 000 000 USD
Genre : Action, Science-Fiction, Fantastique
Durée : 124 minutes
Date de sortie : 5 Avril 2017

Etats-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise

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