Santa & Cie, une comédie tout feu tout flamme désordonnée d’Alain Chabat

Avec Santa & Cie, Alain Chabat prédisait son grand retour avec l’humour qui faisait son succès 25 ans auparavant, mais trop vite rattrapé par un rythme effréné et des clichés qui font tout valdinguer…

Synopsis : Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël.

Sauvons un peu de magie

Avec une bande-annonce prometteuse et des critiques presses positives, difficile de ne pas résister au charme d’Alain Chabat qui nous a fait tant rire dans Les Nuls avec qui il signe La Cité de la peur (culte), le Burger Quizz, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (culte), Avez-Vous Déjà Vu..?, RRRrrrr! (culte), mais ça c’était avant – avant son passage au potache et au commercial avec Sur les traces du Marsupilami ou sa rencontre avec Luc Besson qui lui demande d’être parrain de la troisième promotion à l’Ecole de la Cité. Ses rencontres sont souvent prolifiques et deviennent cultes donc. La bande à Jamel Debbouz, les Robins des bois… Sa voix est connue de tous depuis Shrek et ses participations sont toujours remarquées. Mais les mauvais choix sont monnaie courante et sa dernière réalisation, malgré une bonne dose de magie FX et l’apparition du Palmashow, en cumule nombre. A commencer par le scénario digne d’un Christmas movie en seconde partie d’après-midi avec le calibre des séries B de qualité comme Elfe ou Super Noël. Dès le départ, son personnage de Santa, débonnaire et gentiment ronchon ne semble pas comprendre que, pour guérir les lutins, en soigner un seul suffit à réveiller toute la fournée. Wanda, la sexy Mère Noël qu’Audrey Tautou incarne délicieusement, le lui avait pourtant précisé avant qu’il ne parte, sans déjà trop y croire.

On semble lister trop de fainéantises : comme par hasard sa carte s’envole, son traîneau dysfonctionne juste au dessus de Paris. Alors certes, le décalage est propice au sourire. Unsanta-et-cie-palmashow personnage inventé de toutes pièces se confronte à la réalité de notre monde (déjà vu mille fois) et sa joute avec Jean-Pierre Bacri en faux Père Noël nous décroche quelques zygomatiques. Toutefois, le désordre arrive rapidement comme un leitmotiv et il est nécessaire qu’il retourne toute une pharmacie pour être mis en garde à vue. Les intérieurs commissariat sombres bleutés stimulent le regard, mais le duo du Palmashow est bien fade et leur seule incursion humoristique consiste à feindre une préparation collective d’intervention pour… le repas de Noël ou insinuer une homosexualité. Dès l’arrivée du personnage de l’avocat joué par Pio Marmaï, et surtout son frère en petite frappe magicien, on assiste à une cohue incohérente. On est très vite amené dans l’intimité de sa famille, avec deux enfants qui jouent excellemment bien (deux révélations !) et une femme au foyer dépassée par les événements. Golshifteh Farahani, première actrice franco-iranienne à jouer dans un film américain avec Mensonges d’Etat en 2008, était habituée aux rôles dramatiques en tournant avec Garrel, Honoré ou Jarmusch. Elle change pour la première fois de registre avec le « monument français » (selon ses propres mots) Chabat. Malheureusement, par faute d’écriture plus que d’interprétation, son personnage n’est que prétexte, tout comme son mari qui ne fait que de beugler, ou bramer pour reprendre un vocabulaire plus adéquat. Après son frère qu’il ne fait que protéger, après Santa qui surgit en plein milieu de la nuit dans la chambre… L’arc narratif du frère voleur et profiteur n’ayant santa-et-cie-enfants-alain-chabatjamais écrit au Père Noël est plus que mal construit, il est inutile. Les événements s’enchaînent donc sans logique, de manière brouillonne et quasi bouffonne. A cause du rythme fourre-tout, les réparties comiques se noient dans un ersatz de film d’action, ou ont déjà été vues dans la bande-annonce. On n’a pas le temps de comprendre, comme par un souci de vitesse que Chabat confond avec précipitation, la subtilité des dialogues, à condition que toutefois il puisse y en avoir. On se rappellera de « La prison ? Oh ça va, c’est moi qui ai inventé le Monopoly, donne moi deux dés, je fais un double et je sors »… C’est à peu près tout, la blague du « cochon dinde » étant rapidement oubliée. « Houn Houn ? » (la petite essaie de répondre au renne), « Ah non, tu viens de dire veux-tu un yaourt à la fraise ? C’est con parce que maintenant il en veut un ». L’interpellation de la mère asiatique pour une photo est bien trouvée (le Père Noël est international et connait tout le monde), mais le dialogue pauvre. Fainéantise ? La fin de Santa & Cie aura le mérite de nous faire découvrir le nouveau tube de Sia qui, lui, est mémorable !

santa-et-cie-fx-famille-cadeauxAu fort accent nullesque (la scène du repas où Santa s’étonne de la violence à la télé – avec un cri de Wilhelm – fait écho au sketch « Histoire de la Télévision », la scène devant le cinéma du couple qui sort enfin – inutile – ne sert qu’à faire revivre La Cité de la peur le temps de quelques titres sans queue ni tête, si vous voyez Red is Dead! …), Santa & Cie se regarde avec la conscience des références cheap, le mordant en moins, la tendresse peut-être et quelques sourires en plus, mais ne convainc personne, si ce ne sont petits en mal d’aventure en carton. A demi-absurde par la confrontation réalité / fiction pas complètement assumée, le réalisateur acteur scénariste humoriste se repose sur ses acquis sans aucune prise de risque, au risque justement de sombrer dans un désordre bessonien le plus profond. Si les bonnes surprises sont à attraper telles des bulles de savon aussitôt éclatées, la mauvaise règne en maître. 

Santa & Cie : Bande-annonce

Santa & Cie : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Alain Chabatsanta-et-cie-affiche
Interprétation : Alain Chabat (Santa), Audrey Tautou (Wanda), Golshifteh Farahani (Amélie), Pio Marmaï (Thomas), Bruno Sanches (Magnus et tous les lutins), Louise Chabat (Lutines), Simon Aouizerate (Mathis, le garçon), Tara Lugassy (Maëlle, la fillette), David Marsais (Inspecteur Olivier Le Guennec), Grégoire Ludig (Commissaire Stéphane Bertoli), Johann Dionnet (le frère de Thomas), Jean-Pierre Bacri (Le Père Noël en rouge et blanc) Thomas VDB (le dealer de bonne humeur)
Image : Antoine Sanier
Décors: Jean-Philippe Moreaux
Musique : Matthieu Gonet
Montage: Grégoire Sivan
Producteur(s): Sylvain Goldberg, Alain Goldman, Serge de Poucques, Nadia Khamlichi, Gilles Waterkeyn
Société de production : Légende, avec la participation de Gaumont, France 2, Nexus Factory (Belgique), Umedia (Belgique)
Distributeur : Gaumont
Durée : 95 minutes
Genre : comédie, christmas movie
Date de sortie : 06 décembre 2017

France – 2017

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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