Manichéisme bien établi, apprentissage expédié, thématiques survolées… Star Wars Les derniers Jedi reste dans la continuité de son prédécesseur et limite ainsi toute prise de risque. Le département marketing peut souffler, il y’aura bien des porgs sous le sapin.
Synopsis: Suite des aventures des gentils Rey, Finn et Poe contre les méchants Kylo, Hux et Snoke. Tout le monde court partout, et à la fin un vaisseau explose. Bref, c’est un Star Wars nouvelle génération.
Il n’y a pas si longtemps, dans notre galaxie, la sortie d’un nouveau Star Wars était un événement. Un truc un peu fou qui bousculait les foules. D’une certaine manière, nous étions toujours étonnés d’en voir un nouveau sortir. Les deux premières trilogies avaient, entre chaque épisode, presque 3 ans d’écart. De quoi créer une attente et, surtout, prendre le temps d’amener de nouveaux enjeux, de nouveaux personnages, bref, chaque nouvel épisode était comme une pierre bien placée sur un édifice mastoc. Et que l’on aime ou pas, chacun avait au moins la décence de proposer un arc narratif propre, des enjeux prévus pour tenir en haleine le temps qu’il faudra etc. Bon ou mauvais, les Star Wars de George Lucas avaient la décence d’être des films, et on les applaudissait pour ça.
Pas vraiment d’applaudissements entendus à cette première séance… La joie de remettre la tête dans les étoiles qui nous avait pris en 2015 à la sortie du Réveil de la force a laissé place à une sorte de méfiance. C’est un peu le nouvel espoir de la critique, ce public souvent méprisé (à tort) semble, en partie, avoir mal digéré la blague de J.J Abrams. D’où sortait ce nouveau Star Wars qui ressemblait un peu trop au premier ? Où était passé l’artisan passionné, qui avait redonné du peps à Star Trek et Mission Impossible, dans ce produit formaté et consommable ? Il aura fallu un Rogue One providentiel pour redonner un peu d’éclat à cette saga qui n’avait même plus la décence de cacher sa fonction de catalogue de Noël de luxe. Certes, les figurines de BB-8 se sont sûrement très bien vendues, mais il semble que quelque chose se soit brisé dans le cœur des fans. Et on ne pouvait même pas accuser les critiques d’avoir sciemment terni la réputation du film.

Tels les clients fidèles d’une banque, nous sommes cette armée de consommateurs conciliants qui renflouent les caisses du cinéma pop-corn. Disney devrait nous en remercier, puisque grâce à nous, le studio pourra mettre la Fox sous le sapin, mais comment ? Peut-être en nous offrant un film digne de nos attentes. Ce serait là un geste décent. Mais, haha, Disney et la décence ne partagent que trois lettres. Il savent qu’ils nous tiennent par les astéroïdes avec leur univers putageek. Pourquoi s’embêter à faire un grand film quand on peut se contenter de vendre l’idée. Il restera toujours quelques gogos du fond qui n’ont toujours pas compris comment marchait une campagne marketing pour discuter dessus, inventer des théories foireuses et écrire des pages wikipédia.

Mais non ! Le studio a écouté les critiques des fans ! Dès le début Luke Skywalker n’est plus un modèle à suivre, mais un vieux pépé ronchon qui se la joue Dark Knight et Kylo Ren explose son masque de radiateur. Prend ça dans ta face vieux monde à l’agonie ! Maintenant on attend la vraie aventure, avec de vrais enjeux dramatiques et des personnages construits sur des bases solides. Ce qui est manifestement encore trop demander.

Vous aurez peut-être remarqué que nous avons un peu de mal à parler du film en lui-même. Deux raisons à cela. Déjà, la peur panique du spoiler empêche vraiment d’aller au fond des choses. Est-ce que l’on peut même se permettre de dire qu’aucune révélation du film n’est au niveau du « Je suis ton père » ? Même pas sûr. Deuxièmement, c’est tout simplement qu’il n’y a rien à dire vraiment. Après, on peut être certains que d’ici trois jours nous serons gavés de romans dérivés et livres explicatifs qui nous en mettront plein la vue avec leurs analyses brillantes et leur biographie chiadée de personnages secondaires dont tout le monde se cogne. Cela laissera à Kathleen Kennedy l’impression d’avoir inventé quelque chose, on ne sait pas encore quoi, mais si elle est heureuse comme ça…
Mais nous digressons encore. Parlons donc des Derniers Jedi et de la promesse de Rian Johnson d’offrir à l’univers Star Wars une vision d’auteur. Nous pourrions le traîner dans la boue et le finir à coup de botte, mais comme il était tellement mignon quand il est passé à Quotidien et que Looper n’était pas si mauvais, restons courtois. Contentons nous de lui offrir un petit sourire encourageant devant ses effets de styles niveau première année en école de cinéma. Mais oui Rian ils sont rigolos tes raccords thématiques, oui on a compris que chaque fois qu’un personnage en évoquait un autre, ce dernier apparaîtrait dans le plan suivant. Et oui oui, ton champ/contre-champ entre deux personnages qui se parlent à distance est mignon aussi.

En vérité la seule chose que l’on pourrait sauver de ce Star Wars : Les derniers Jedi, est la présence de Mark Hamill, qui se la joue plus Joker que Luke Skywalker. L’homme brisé vendu par la promotion passe plus de temps à remettre en question le film lui-même, en pointant (involontairement ?) ce qui ne va pas dans cette écriture à la chaîne. Effectivement la Force ne devrait pas être simplement un super pouvoir, et oui nous pouvons affirmer que les Jedi ont en général péché par arrogance et fait pire que mieux. Donc effectivement passer à autre chose pourrait être une bonne idée. Mais Disney aime les rebelles surtout quand ils la ferment.
Donc même si Luke Skywalker lui-même dit que les Jedi ne servent à rien et même si Rogue One juste avant essayait de nous dire que des types sans grands pouvoirs pouvaient faire de grandes choses, le studio préfère quand même les sabres laser, parce que ça se vend mieux. Ainsi tout personnage qui n’a pas la chance de naître avec la Force sera donc inutile à l’intrigue globale. Même la bataille finale tant attendue sera parasitée par un duel. Le sabre laser était un des éléments cool de la saga, il est devenu sa raison d’être.
Tel un épisode de série, Star Wars : les derniers Jedi se consomme et, si l’on apprécie ce genre de choses, admettre que le film est un bon Star Wars ne fait pas de lui un grand film. Mais de toute façon la machine est relancée pour une trilogie de plus, fort peu subtilement annoncée ici. L’histoire devient un éternel recommencement. Mais qui sait, sur douze films, peut être que le treizième va nous étonner…
Star wars Les derniers Jedi Bande-annonce
Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi : Fiche Technique
Titre original : Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson, d’après les personnages et l’univers créés par George Lucas
Direction artistique : Andrew Bennett, Neal Callow, Todd Cherniawsky, John Dexter, Jason Knox-Johnston et Oli van der Vijver
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Michael Kaplan
Photographie : Steve Yedlin
Son : Matthew Wood
Montage : Bob Ducsay
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy, Ram Bergman
Coproduction : Pippa Anderson
Production déléguée : J. J. Abrams, Jason McGatlin et Tom Karnowski
Sociétés de production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1
Genre : science-fiction, space opera
Durée : 152 minutes
Etats-Unis 2017