PIFFF 2017 : Une jeunesse au centre de la tourmente avec Sicilian Ghost Story, Tragedy Girls & Bodied

Pour son troisième jour de compétition, le PIFFF 2017 s’intéresse à une jeunesse dans la tourmente avec Sicilian Ghost Story, un drame italien inspiré d’un fait divers, Tragedy Girls, un slasher décomplexé autour de la fièvre des réseaux sociaux et le nouveau film Bodied de Joseph Kahn qui se plonge dans les battles de rap. Tout un programme qui nous gratifie aussi encore d’une belle restauration d’un classique de John Carpenter.

[Compétition] – Sicilian Ghost Story

Réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (Italie, 2017)

Le cinéma italien n’a pas le vent en poupe ces dernières années. Pour ainsi dire, il tombe de plus en plus dans l’oubli mais, parfois, certaines surprises apparaissent ici et là. Néanmoins, Sicilian Ghost Story a beau avoir un parti pris plus original que la moyenne des films italiens, il n’en reste pas moins une histoire très ancrée dans la mafia. Inspirés par un fait réel, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza essayent d’apporter un peu de mysticisme à l’ensemble par leur point de vue quelque peu fantaisiste. Si de prime abord l’idée séduit, elle finit par lasser. Le récit en vient à tirer terriblement en longueur au point de susciter un véritable agacement. Les rares scènes d’émotions efficaces se perdent dans une mise en scène trop poseuse qui vire à certains moments à l’inertie la plus totale.

L’écriture avait pourtant une certaine finesse dans sa façon d’explorer un tel drame à travers le prisme de l’amour adolescent et le tout est de surcroît tenu par des jeunes acteurs plus que convaincants. Mais la démarche ne prend pas et le tout retombe au final comme un soufflé. Sicilian Ghost Story ne convainc donc pas malgré certains charmes plus qu’évidents.

[La séance culte] – Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin

Réalisé par John Carpenter (Etats-Unis, 1986)

Comme le veut la tradition du PIFFF chaque année ils nous propose de redécouvrir un film de John Carpenter sur grand écran. A l’occasion de la restauration des Aventures de Jack Burton, c’est donc ce classique de Carpenter qui bénéficie du public du PIFFF. Pur produit des années 80, le film à clairement vieilli mais n’a pas perdu de sa superbe, au contraire ce charme désuet renforce son statut culte pour un Carpenter qui a été, pendant très longtemps, injustement mésestimé. Car quand le maître de l’horreur signe un film qui détourne les codes de l’actionner, remplaçant le héros viril habituel en un crétin balourd, et qui assume son second degré jusqu’au bout, on allait forcément avoir une œuvre détonante. Et ce fut le cas, une œuvre singulière volontairement crétine mais visuellement virtuose dans ce melting-pot d’influences allant du film d’art martiaux aux westerns dans une comédie virevoltante et jouissive.

C’est drôle, inventif et iconique avec un Kurt Russell en très grande forme et une bande son exceptionnelle signée comme à son habitude par Carpenter lui-même. Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin est une oeuvre qui traverse superbement les années avec son mysticisme enivrant et un kitsch savoureux qui en font encore aujourd’hui un très bon Carpenter qu’il faut voir ou revoir sans modération.

[Compétition] – Tragedy Girls

Réalisé par Tyler MacIntyre (Etats-Unis, 2017)

Alors que l’année dernière il avait fait parlé de lui avec son bancal mais pas inintéressant Patchwork, Tyler MacIntyre revient avec Tragedy Girls pour détourner, non sans un humour grinçant, les codes du slasher. Alors que, dans ce genre de films, les filles sont les premières à se faire dégommer par les tueurs sanguinaires, ici ce sont les nanas qui jouent les faucheuses. Mais l’intelligence du scénario vient du fait de placer son récit dans la quête de popularité et de trouver sens à sa vie. Véritable satire sur la fièvre des réseaux sociaux qui pousse au narcissisme où la valeur de l’existence se résume par le nombre de followers, de like ou de retweet. Acerbe et cruel dans son portrait de cette jeunesse déphasée, le film se montre aussi incroyablement jouissif dans son jeu de massacres saupoudré de second degré et d’une ironie souvent savoureuse. On se surprend à aimer détester ces personnages souvent antipathiques mais ainsi MacIntyre signe une tragédie effrayante car immorale et sans lueur d’espoir.

Avec sa mise en scène soignée et bien pensée qui ne tombe pas dans les travers habituels des films sur les réseaux sociaux, Tragedy Girls possède une authenticité et une maîtrise qui lui apporte une certaine fraîcheur. Notamment dans sa manière de jouer avec le slasher qui donne droit à quelques scènes de meurtres plutôt inventives. Avec en plus une alchimie évidente entre Alexandra Shipp et Brianna Hildebrand qui sont toutes deux impeccables dans leurs rôles de sociopathes en puissances. Un bon film et, clairement, l’un des meilleurs de cette compétition du PIFFF !

La journée s’est clôturée sur Bodied, présenté en hors compétition. Le film de Joseph Kahn n’a laissé personne indifférent et a suscité des réactions dithyrambiques de la part du public qui salue sa forme audacieuse, inventive ainsi que son intensité. Même si des voix plus discrètes s’interrogent sur un film un poil longuet et un peu vain dans son abattage de battle de rap. Une chose ressort de tout ça, c’est que Bodied s’annonce comme une expérience à part qui mérite le coup d’œil.

Festival

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.