Bates Motel, une série de Anthony Cipriano : critique

La série Bates Motel vient de s’achever lundi aux États-Unis après cinq saisons riches en rebondissements et meurtres divers. Que vaut-elle en comparaison de l’illustre Psychose d’Hitchcock lui ayant servi de modèle ?

Synopsis : Après la mort de son mari (qui n’a de mystère que pour le téléspectateur), Norma Bates décide de refaire sa vie loin de l’Arizona, dans la petite ville de White Pine Bay dans l’Oregon. Elle emmène avec elle son fils Norman, âgé de 17 ans, avec qui elle partage une relation fusionnelle compliquée, presque incestueuse.

En 1960, la sortie de Psychose, si elle essuie quelques critiques lui reprochant sa violence et sa noirceur, est un réel succès public. Comme toujours, succès rimant avec suites, l’original de Sir Alfred Hitchcock finira, plus de vingt ans après, par voir trois suites sortir (en 1983, 1986 et 1990) avec le toujours excellent Anthony Perkins dans le rôle de Norman Bates. Un remake plan pour plan de Gus Van Sant, où Vince Vaughn reprend le rôle du célèbre tueur, voit le jour en 1998. Le succès n’étant pas au rendez-vous, c’est à la télévision que reviendra Norman dans la série Bates Motel de 2012 à 2017. La série choisit non pas d’étendre l’histoire vue dans les films, mais de développer les relations d’un Norman Bates jeune et de sa mère. Si cette tentative de décrire la naissance d’un monstre populaire est louable, qu’en est-il réellement après cinq ans ?

La première saison pose l’essentiel : l’historique des Bates mère et fils et leurs relations fusionnelles mais houleuses. L’interprétation de Vera Farmiga, en mère au lourd passé et au tempérament de feu, est parfaitement contrebalancée par celle de Freddie Highmore dans la défroque de Norman. Malgré cela, il faudra attendre la deuxième saison pour voir le récit décoller réellement et se laisser prendre au jeu. Car autour de ces deux acteurs gravitent une pléiade de personnages plus ou moins bien croqués. Si le personnage du frère de Norman est plutôt bon, difficile d’accrocher, en revanche, au côté gravure de mode teen du reste du casting. C’est en cela que Bates Motel pêche un peu. Les rôles secondaires ne sont pas tous excellents, la pauvre Emma qui éprouve des sentiments forts pour Norman pour céder ensuite à son bellâtre de frère ne sert clairement à rien si ce n’est à ajouter une couche de pathos plus que dispensable. La pauvre se trimbale quand même, trois saisons durant une bonbonne d’air et un masque à oxygène dus à sa maladie, un look ringard et une mère alcoolique l’ayant abandonnée à un père strict. Tout ça pour au final ne voir que la pauvre mère apparaître furtivement lors d’un épisode de la saison quatre pour être liquidée par notre Norma/Norman préféré.

Tout au long de ces cinq saisons se greffent donc des axes narratifs, ni très intéressants, ni très utiles qui, sans nuire totalement à l’ensemble, l’allongent de façon artificielle. Heureusement malgré ces scories, la plongée dans la folie de Norman est, elle, lentement et intelligemment amenée. Grâce à la description minutieuse de l’étouffement de sa mère, le duel qui se joue à l’écran est souvent intense. Cette mère possessive, capable de passer d’une douceur angélique à une froideur ou une violence glaçante, va pousser petit à petit, saisons après saisons, le jeune Norman à la folie la plus totale. Les scènes de meurtres basées sur la possession du corps de Norman par sa mère, qui devient une des deux personnalités de notre jeune assassin, sont brèves, mais renforcent l’ensemble sans verser dans la violence gratuite. Aucun rapprochement avec une autre femme ne sera dès lors possible pour Bates sans voir Norma prendre le dessus et laisser, après chaque crime, un trou noir dans sa tête. En cela la série réussit à expliquer la perte d’identité (accentuée par la performance impeccable de Highmore dans un rôle difficile surtout après l’immense Perkins dans le rôle) de Bates.

Après quatre premières saisons culminant par le meurtre de Norma par son fils, le film rejoint la série dans cette cinquième et ultime saison via quelques clins d’œil habilement détournés. La fameuse scène de douche, si elle n’atteint pas le génie de celle d’Hitchcock en termes de mise en scène, permet toutefois un changement majeur, Bates étant, pour cette seule et unique fois, en pleine possession de ses moyens au moment du meurtre et non guidé par son autre personnalité. C’est d’ailleurs ce nouveau trauma qui va le faire dérailler, non plus vers la psychose, mais dans la folie totale.

La censure et les mœurs de l’époque ayant changé, la tendance étant à une ambiance sombre, le final de Bates Motel s’éloigne de ceux du film et du livre sur lesquels la série est basée.

Si le génie de l’œuvre d’Hitchcock reste indemne, saluons tout de même une série qui aura su atteindre son objectif, à savoir dépeindre la naissance d’un psychopathe, pour, au final, nous laisser avec un spectacle télévisuel de bonne facture à défaut d’égaler son chef d’œuvre de modèle.

Bates Motel : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=bMWyYtz0AaA

Bates Motel : Fiche Technique

Créée par Anthony Cipriano (2013)
Casting : Vera Farmiga, Freddie Highmore, Max Thieriot, Olivia Cooke, Kenny Johnson, Brooke Smith…
Genre : Drame, Policier, Thriller
Format  : 42 minutes
Premier épisode : 18 mars 2013
Épisode final : 24 avril 2017
Chaîne d’origine : A&E
Nb. de saisons : 5
Nb. d’épisodes : 50
Nationalité : Américaine

[irp]

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Olivier Pastorino
Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.