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Obsessions, un Julien Duvivier trois en un

Parmi la fournée de raretés rendues accessibles en cette fin d’année par le remarquable travail éditorial d’ESC Distributions, Obsessions (Flesh and Fantasy) n’est pas la moins atypique. Réalisé en 1943 par Julien Duvivier pendant sa deuxième  parenthèse américaine, Obsessions est un nouveau film à sketches du réalisateur, et constitue un exercice de style rappelant à notre bon souvenir le grand formaliste qu’il était.

Duvivier y raconte trois histoires empruntant chacune à des genres différents. La première suit une femme laide et acariâtre à la Nouvelle-Orléans, amoureuse ingrate d’un homme qui ne la voit pas et qui un soir se voit remettre par un mystérieux inconnu un masque qui transforme son visage. Le second (adapté d’une nouvelle d’Oscar Wilde) narre la déchéance d’un avocat sur le point de se marier et à qui tout réussit, jusqu’à ce qu’un médium lui annonce qu’il va prochainement se rendre coupable de meurtre. Enfin, le troisième segment est consacré à un funambule dont la vie se met à basculer dès lors que l’angoisse de tomber s’insinue en lui à travers des rêves récurrents. Le tout lié par une conversation entre deux hommes causant surnaturel, fatalité et autodétermination…

Sans nécessairement occuper une place dans le haut du panier de la filmographie pléthorique du réalisateur de Marie-Octobre, Obsessions constitue le parfait terrain de jeu pour Duvivier, qui laisse libre cours à ses élans formalistes. Particulièrement dans la seconde histoire, où le cinéaste emploie tous les outils à sa disposition pour faire partager au spectateur l’enfer psychologique dans lequel plonge le grand Edward G. Robinson, artisan de sa propre chute. Grand moment de mise en scène ultra expressive jouant de façon presque sadique avec son personnage principal, le segment s’impose comme le meilleur des trois. Peut-être parce que l’amertume cynique de son déroulement renvoie au propre pessimisme du réalisateur qui trouve dans l’issue de cette fable sur les prophéties autoréalisatrices de quoi apporter de l’eau à son moulin.

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Aime t-il le masque, où la personne cachée dessous ?

Résolument plus optimiste et bienveillant vis-à-vis de leurs personnages, les deux autres sketches réservent néanmoins leurs motifs de satisfaction. La première histoire notamment, qui parvient à nous faire croire à la transformation de l’héroïne à partir d’un argument fantastique pourtant minimaliste. Elle ne fait que revêtir un masque, pourtant le réalisateur parvient à nous faire croire au changement qui s’opère, plongeant dans une ambiance de conte païen dès lors que le film bascule dans la féérie. Surtout, il met en exergue la condition éminemment cinématographique du masque, qui cache moins qu’il ne révèle le visage du personnage dans le regard des autres. A l’instar de l’image filmique qui n’existe qu’à partir de ce que l’on y projette, le masque s’anime à partir de la personnalité de l’héroïne, auparavant enfouie sous le vernis de sa laideur. Les masques ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Plus convenue, la dernière histoire offre néanmoins une certaine démonstration de la maestria du réalisateur, qui manque de nous faire attraper le vertige au travers de quelques séquences extériorisant l’angoisse du héros pourtant en pleine action. On ne sait si Robert Zemeckis avait revu le film pour les besoins de son formidable The walk, mais force est de constater que le film du cinéaste de Forrest Gump a un précédent dans le filmage d’une discipline aussi anxiogène que méditative à l’écran.

A noter qu’Obsessions devait s’ouvrir sur un long segment durant lequel un tueur poursuivait une femme aveugle dans sa maison alors qu’une tempête de neige faisait rage au dehors. Malgré l’excellent accueil du sketch lors des previews, Universal décida de le couper, et engagera plus tard le réalisateur Réginald LebOrg pour tourner de nouvelles scènes afin d’en faire un long-métrage autonome. Le film sortira un an plus tard sous le titre Destiny, sans que Duvivier ne soit crédité au générique.

Vous l’aurez compris, Obsessions a tout de l’exercice de style pour son réalisateur, qui aborde davantage la chose sous l’angle du défi formel et moins par conviction pour son discours (en gros : « il n’y a de fatalité que celle que l’on s’impose »). Ce qui constitue une raison amplement suffisante de se ruer sur une édition nous rappelant à quel point le cinéma français fut un temps une terre de conteurs-aventuriers de l’image, pour lesquels le récit s’indexait sur les moyens présidant à son articulation visuelle.

DVD-Obsessions-film-duvivier-julien-ESC-Distributions-Flesh-and-FantasyOBSESSIONS (Flesh and Fantasy)
Un film américain de Julien Duvivier
Nouveau master restauré

Résumé : Un homme obsédé par un rêve, le raconte à un ami. Intéressé, ce dernier décide de lui lire trois histoires au caractère onirique similaire. Le premier, une jeune fille profite d’un bal masqué pour conquérir l’homme qu’elle aime. Dans le second, un homme devient assassin malgré lui et enfin, dans le dernier, un acrobate rêve qu’il tomberait à la vue d’une femme brune.

Obsessions fait partie des 5 films réalisés par Julien Duvivier aux USA, durant la seconde guerre mondiale. Ce film a été co-produit par l’acteur Charles Boyer et une partie des décors a été réalisée par l’autre acteur du film : Edward G. Robinson !

Avec Edward G. Robinson (Les dix Commandements, La Maison des étrangers (ECS distribution), Key Largo, Assurance sur la mort…), Charles Boyer (Hantise, Madame de, Fanny, Casbah (remake USA de : Pépé le Moko…) et Barbara Stanwyck (Assurance sur la mort, La grande vallée, l’homme de la rue…).
Scénario : Ernest Pascal, Samuel Hoffenstein, Ellis St Joseph.
Directeur de la photo : Stanley Cortez et Paul ivano
Musique : Alexandre Tansman

Réalisateur : Julien Duvivier (1896 – 1967) : Pepe le moko, La Belle équipe, Le petit monde de Don Camillo, Un carnet de bal, La fin du jour, La Bandera, L’imposteur, Pop bouille ….

Année de production : 1943 – noir et blanc – Langue : Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.33 16/9 compatible 4/3 – Format audio : dolby digital mono 2.0
Durée du film : 94 mn

Bonus inédits :
. Analyse du film par Christophe Gans, réalisateur des films : « Le Pacte des loup », La belle et la bête » Silent hill »…. Et ancien directeur du magazine Starfix.
« A la lisière du fantastique », entretien avec Eric bonnefille auteur de « Julien Duvivier, mal aimant du cinéma français »

« Fenêtre sur cour » et « Les banlieusards » : même combat !

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A travers ces deux films « Fenêtre sur cour » et « Les banlieusards », qui possèdent un certain nombre de similitudes, comment les scénaristes parviennent-ils à rendre leurs personnages principaux aux pratiques douteuses attachants ?

Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock, 1954) et Les banlieusards (Joe Dante, 1989) sont deux films séparés par 35 ans mais qui ont malgré tout beaucoup de points communs, que ce soit leur sujet, leur localisation ou leur rapport à l’art. Et ce n’est pas un hasard si ces deux films possèdent des corrélations puisque Dana Olsen, le scénariste du film de Joe Dante est un grand admirateur du film d’Alfred Hitchcock, avouant même qu’il s’agit de l’un de ses films préférés et nommant le projet en hommage à ce dernier : Bay Window (Rear Window étant le titre américain de Fenêtre sur cour).

Mais au-delà de ses similitudes, il est intéressant de voir comment les deux scénaristes,  d’un côté John Michael Hayes pour Fenêtre sur cour et de l’autre Dana Olsen pour Les banlieusards, réussissent à rendre un personnage principal aux pratiques douteuses attachant aux yeux du spectateur.

Premièrement, pour chacun des deux principaux protagonistes, une excuse est trouvée pour qu’ils se trouvent prisonniers de chez eux. Pour le personnage de James Stewart dans Fenêtre sur cour, il s’agit d’une blessure, une jambe cassée. Et pour le personnage de Tom Hanks dans Les banlieusards, il  s’agit d’une semaine de vacances qu’il souhaite passer à son domicile. Avec ces deux situations initiales, les deux films deviennent des huit clos : l’un à l’échelle d’un appartement, l’autre à l’échelle d’un quartier qui confrontent les personnages à l’ennui.

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James Stewart et Grace Kelly dans Fenêtre sur cour

Deuxièmement, les deux scénaristes trouvent un moyen détourné pour que les personnages se mettent à espionner leurs voisins. Dans le cas de Fenêtre sur cour, le choix de faire du personnage de James Stewart un photographe n’est pas hasardeux. En utilisant son appareil photo pour regarder ses voisins, le personnage est dans le prolongement de sa profession et de sa passion. Cela permet en quelque sorte de légitimer ce qu’il fait. Ce qui n’aurait pas été le cas s’il n’était pas photographe et qu’il regardait ses voisins avec, par exemple, une paire de jumelles. Pour Les banlieusards, il en est de même. Ce sont les habitudes peu conventionnelles et les vacarmes causés par ses voisins la nuit dans leurs caves qui amène le personnage de Tom Hanks à espionner ces derniers.

Troisièmement, ils leur trouvent une justification de continuer. Il s’agit ici, dans les deux films, de la supposition par le personnage principal que l’un de ses voisins est un meurtrier, l’amenant à ne plus être un simple voyeur mais un enquêteur qui en observant ses voisins cherche des indices qui pourraient l’aider à sauver des vies.

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Tom Hanks (au centre), Bruce Dern (à gauche) et Rick Ducommun (à droite) dans Les banlieusards

Enfin, dernièrement, ils leurs trouvent un entourage. Les deux protagonistes ne sont pas solitaires, ce sont des personnages entourés, avec des amis ou une famille. Ils leurs donnent des relations sociales tout à fait conformes aux mœurs de la société et les amènent même à partager leur découverte avec leur entourage qui va plus ou moins les croire et/ou les aider.

En incorporant tous ces éléments dans le traitement de leurs personnages, John Michael Hayes et Dana Olsen créent des protagonistes qui malgré leur activité paraissent honnêtes et bienveillants, et auxquels les spectateurs peuvent se rattacher. Ils arrivent à légitimer une pratique, celle du voyeurisme et s’en amusent avec le spectateur en lui rappelant des situations qu’il a pu connaître ou en lui rappelant que lui-même, devant un film est un voyeur, observant des personnages qui n’ont pas conscience de l’être.

Fenêtre sur cour et Les banlieusards sont deux grands films dans deux domaines bien distincts, l’un étant un oppressant thriller et l’autre une hilarante comédie satirique. Ils n’ont pas perdus de leur actualité et méritent toujours d’être découverts ou redécouverts aujourd’hui.

La Planète des Vampires vous accueille (de force) en Blu-ray

Ce mercredi 6 décembre débarque dans un coffret limité La Planète des Vampires. Édité par La Rabbia, le film culte de Mario Bava nous revient avec une envoûtante copie 4K. Une œuvre certes imparfaite, mais une expérience cinématographique rare.

Synopsis : Les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot s’approchent d’une planète inconnue dont provient un mystérieux signal. Soudain, l’Argos est pris dans une force d’attraction magnétique faisant perdre connaissance à tous les membres de l’équipage, à l’exception du commandant Mark qui parvient à effectuer les manœuvres nécessaires à l’atterrissage. Après que le vaisseau a touché le sol, Mark a cependant la surprise de voir ses compagnons saisis par une rage homicide, dont ils n’ont plus aucun souvenir une fois qu’ils sont revenus à leurs esprits. L’atmosphère extérieure s’avérant respirable, les astronautes se mettent en route pour rejoindre le Galliot qui s’est posé non loin, mais en arrivant, ils constatent que tous les membres de l’équipage se sont entretués. Les deux vaisseaux étant hors d’usage, les survivants se retrouvent donc coincés sur cette étrange planète, désormais convaincus qu’il s’y tapit une force invisible vouée à les mener à leur perte…

L’expérience de la création

La Planète des Vampires n’est pas le plus grand film de science-fiction, quand bien même Nicolas Winding Refn, associé à la remasterisation 4K du long métrage de Mario Bava, ne cesse de le déclarer, tout en dénonçant avec vigueur un plagiat de l’œuvre par Ridley Scott et Dan O’Bannon pour Alien. Le cinéaste danois entretient le concept dont il s’imprègne de plus en plus. Ce concept tient en la mise en lumière (publique) d’un égo important entiché de phrases provoc’ qui sont parfois loin d’être insensées. On retiendra, amusés, cette déclaration d’ouverture du documentaire Planète Bava présent dans les bonus de la galette Blu-ray : « Il faut abandonner tout espoir de normalité lorsqu’on pénètre dans le monde de Mario Bava. Parce ce qu’il représente tout ce que je suis. »

Passons sur les révélations du Saint Nicolas Winding Refn qui oublie de dire que le long métrage de 1965 est l’adaptation d’une nouvelle de science-fiction nommée Una notte di 21 ore (Une nuit de 21 heures) écrite en 1960 par Renato Pestriniero. La Planète des Vampires reprend avec fidélité son intrigue de science-fiction dont on retrouvera les motifs à de très nombreuses reprises dans l’histoire du genre : la possession du corps par des esprits aliens a été mise en scène dans Star Trek : on peut penser au Retour sur soi-même (Return to Tomorrow, saison 2, épisode 20, 1968) ou encore à L’Importun (Turnabout Intruder, saison 3, épisode 24, 1969) ; et Alien bien sûr, qui porte consciemment l’héritage du film de Bava d’ailleurs revendiqué par Scott et O’Bannon. On peut même remonter plus loin dans le temps et supposer que la nouvelle ait elle-même été influencée par It ! Terror from beyond space d’Edward L. Cahn, qui est aussi la deuxième source d’inspiration d’Alien. Réalisé en 1958, le métrage suit la deuxième expédition marsienne chargée de retrouver les membres du premier voyage. Ces derniers ont bien atterri sur le sol rouge, mais ne donnent plus signes de vie. Le seul survivant retrouvé est suspecté d’avoir assassiné ses comparses, mais la vérité est toute autre : une créature résidente de la planète est à l’origine de ces morts. Sans émotions, elle va éliminer un à un les membres de la deuxième expédition lors de son retour vers la Terre. Et on note bien d’autres influences qui ont pu inspirer l’auteur de la nouvelle comme les scénaristes du film :

« Bien sûr, Bava et ses scénaristes s’étaient eux-mêmes largement inspirés des classiques de la SF américaine des années 50. La possession de l’enveloppe corporelle des humains par des extraterrestres rappelle Invaders From Mars (1953) de William Cameron Menzies ou L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956) de Don Siegel, tandis que la situation de huis-clos évoque La Chose d’un autre monde (1951) de Howard Hawks. On pense aussi très fort à Planète Interdite (1956) de Fred McLeod Wilcox, pour l’arrivée sur un astre habité par une puissance psychique immatérielle. »

                                             – La Planète des Aliens ?, Livret de l’édition

La Planète des Vampires n’est donc pas une histoire de S-F qui brille par son originalité, ni un film réussi sous tous les aspects : la force de l’œuvre n’est pas dans son scénario qui fait beaucoup tourner en rond ses personnages, ni dans l’interprétation pauvre de ces derniers servie par un casting sans envie ni passion. En effet, les acteurs pensaient tourner dans une série Z. Mais allons-au delà des costumes kitsch des spationautes, passons sur les quelques effets spéciaux déjà désuets à l’époque, et oublions notre impossibilité à croire en certains décors débordant de cache-misère. Le long métrage de Mario Bava un succès, mais en quoi l’est-il ?

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Mais à quoi pense Barry Sullivan (à droite) ? Rêve-t-il de son glorieux passé de star américaine alors que son collègue espagnol, Angel Aranda (à gauche), interprète comme il peut un personnage préoccupé ?

Plus tard, dans le même document bonus, arrive le sage et raisonné discours du cinéaste et cinéphile Christophe Gans. L’érudit explique ainsi :

« Les gens qui pensent que le cinéma, effectivement, c’est une question d’acteurs, de dialogue, de scénario, évidemment le film ne leur est pas destiné. Il est destiné à d’autres personnes qui s’intéressent beaucoup plus à ce qu’on peut appeler l’acte créatif, dans ce qu’il a parfois de plus spontané, et même de plus pauvre. (…) Bava est seul maître à bord : le film n’existe qu’à travers sa compétence technique et son acte créatif. (…) C’est de la série B à l’os (…) et Bava est l’homme, le seul derrière la réussite de La Planète des Vampires. »

Tout est dit. Regarder La Planète des Vampires, c’est vivre l’expérience de l’acte créatif. Ou comment un seul homme a œuvré sur tous les fronts – des effets spéciaux aux décors en passant par la photographie – pour réaliser son film. Le réalisateur, qui est aussi l’un des cinq co-scénaristes de l’œuvre, est un cinéaste entièrement voué à son métrage. Comme le rappelle le livret fourni dans l’édition, « on sait également que Bava a été amené à terminer seul, en utilisant sa science des trucages optiques, des films dont les réalisateurs avaient déserté le plateau ou s’étaient avérés incapables de boucler le tournage dans les délais impartis, comme La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur, ou Les Vampires et Caltiki Le Monstre Immortel, tous deux de Riccardo Freda ». Ainsi le maestro use de toute son imagination pour donner de la matière à son fragile scénario. Il voit aussi en ce projet l’opportunité de travailler la science-fiction, genre qui l’a toujours passionné. Le cinéaste livre ainsi un film qui s’avèrera être matriciel pour la science-fiction et l’épouvante moderne. On peut noter, entre autres, l’arrivée des résidents assassins via la forme de brouillard qu’on retrouvera chez Carpenter et son Fog ; la découverte d’un vaisseau alien contenant les squelettes de ses spationautes extraterrestres géants ainsi qu’un pilote resté sur son siège qu’on retrouvera dans Alien. Mario Bava use de la couleur, de la lumière, de la fumée et de ses trucs et astuces pour créer à lui seul – ou presque, notons la formidable composition musicale – un univers de science-fiction. Le cinéaste créé même un trip dans tous les sens du terme : La Planète des Vampires est un voyage sur une autre planète ; une aventure visuelle hallucinée ; un parcours qui va vous aspirer et vous faire expérimenter une forme de songe…

Remasterisation majestueuse pour une édition solide

Après été célébré au Cannes Classics de 2016 en séance spéciale puis avoir connu une ressortie au cinéma la même année par BAC Films/La Rabbia, La Planète des Vampires nous envoute enfin en vidéo. Le master 4K du film est formidable. Couleurs, lumières, détails et nuances… Le long métrage de Mario Bava, remasterisé par Italian International Film, n’aura jamais été aussi beau. Bien sûr, l’image est si précise que l’on remarque que la couche du sol du vaisseau tend à s’en détacher. Les fils « invisibles » tenant les portes des tombes se révèlent et certains effets spéciaux vous amuseront davantage qu’ils vous exciteront. Le son a bénéficié du même soin. On pourrait toutefois regretter l’absence de la piste américaine du film. N’oublions pas que le personnage principal, le Capitaine Mark Markary, est interprété par l’acteur américain Barry Sullivan, star de nombreux films noirs des années 40’ et 50’. Et disons-le, le doublage italien – soit la « version (dite) originale » – de l’acteur est loin d’être convaincant quand bien même on sait à quel point Sullivan n’était pas du tout convaincu par ce qu’il faisait, jusqu’à ce qu’il fût agréablement surpris, impressionné même, par les images du film.

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Couleurs, lumières, trucages visuels… Voici l’une des grandes images de ‘La Planète des Vampires’.

Du côté des bonus, comptez sur le livret très intéressant fourni dans l’édition pour combler un manque de contenu – notamment informatif – sur la galette Blu-ray. Hormis l’intéressant documentaire d’une trentaine de minutes déjà cité plus haut, Planète Bava, et la version super 8 (et allemande) du film de seize minutes, vous ne trouverez que les bandes-annonces d’époque américaines et allemandes ainsi que celle pour sa nouvelle sortie au cinéma en 2016. Bref, de quoi regretter à nouveau l’absence de la piste sonore américaine du long métrage. Heureusement, le livret est là. Ce dernier revient sur Mario Bava, sa carrière, son parcours atypique lié à celui de son père – auquel il viendra plus tard rattacher son propre fils – et bien sûr sur le développement de La Planète des Vampires. De plus, le livret comprend un retour sur le rapport du film au genre de la science-fiction. Enfin, il contient aussi un intéressant entretien avec Lamberto Bava, fils du cinéaste.

Bande-Annonce – La Planète des Vampires

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Langues : Français / Italien – Sous-Titres : Français – Son : Mono – Image : 16/9 – 1.85 – Couleur – Durée : 1h26

BONUS

– PLANETE BAVA Un documentaire de Yves Montmayeur (37mn)

avec Nicolas Winding Refn, Christophe Gans, Lamberto Lava, Fulvio Lucisano, Sergio Stivaletti, Gabriele Mayer, Luigi Cozzi

– LA PLANÈTE DES VAMPIRES en super 8 (version allemande) (16mn)

– Film-annonce US – Film-annonce allemand – Film-annonce ressortie 2016

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Fear the Walking Dead Saison 3 : En DVD et Blu-Ray depuis le 05 décembre 2017 chez Universal

Et une saison de plus pour Fear the Walking Dead, une ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que les choses ne s’améliorent pas pour la famille Clarke et ses compagnons d’aventures. Séparés en petits groupes ou seuls (Strand, Ofelia, Madison et Alicia, Nick, Travis) à la fin de la saison 2, nos héros rencontrent lors de cette troisième saison de nouveaux obstacles à surmonter.

Synopsis : Dans cette troisième saison de Fear the Walking Dead, les familles Clarke et Salazar seront soumises à un nouveau test, et devront s’unir pour survivre aux abords de l’univers hostile de la frontière mexicaine. Cette dernière ayant été abolie depuis l’apocalypse, les personnages devront tenter de reconstruire la société tout en maintenant l’équilibre de leurs familles.

Attention, cet article contient des révélations sur les saisons 3 et 4.

Le ranch du malheur

Nouvelle saison, nouveau décor. Finis le bâteau de Strand, l’hacienda, le Rosarito Beach Hotel et la Colonia des saisons 1 et 2. La saison 3 voit Madison et ses deux enfants évoluer le temps d’une saison dans le ranch de Jeremiah Otto (joué par Dayton Callie – Deadwood, Sons of Anarchy) et de ses deux fils Troy (Daniel Sharman – Teen Wolf, The Originals) et Jake (Sam Underwood – The Following), à la frontière mexicaine. Abritant aussi d’autres survivants de l’apocalypse zombiesque, le ranch devient très vite une zone de conflits entre les habitants du ranch et une tribu de « native americans » (Indiens d’Amérique/amérindiens).

La saison de l’espoir

L’amélioration indéniable opérée sur cette troisième saison comparée aux deux premières s’explique par le développement des personnages principaux qui nourrissent l’intrigue par leurs personnalités de plus en plus polies pour cette vie post-apocalyptique. C’est ainsi que Madison, Nick, Strand et Salazar confirment par leur naturel intraitable, et souvent impitoyable, l’aisance avec laquelle ils se meuvent dans cet enfer. Ofelia et Alicia, elles, conjuguent avec leur temps. D’ailleurs, une des révélations de cette saison reste sans aucun doute Alicia, dont la ténacité et la sagesse font un personnage exemplaire (malgré quelques inconduites passagères qu’on lui pardonnera).

Forte en action, on dit au revoir à deux personnages principaux cette saison et on en accueille d’autres. Troy, Jeremiah et Jake du côté du ranch, Qaletaqa (Michael Greyeyes) et Crazy Dog (Justin Rain) du côté de la réserve indienne, Lola (Lisandra Tena) et Efrain du côté du barrage d’eau puis Proctor John (Ray McKinnon) du côté du bazar. Des personnages secondaires de premier choix qui épauleront ou donneront du fil à retordre à la bande de Madison.

Une saison 4 d’enfer en prévision ?

Alors que la fin de saison achevée aux États-Unis le 15 octobre 2017 nous tenait en haleine sur le destin d’Alicia, Strand, Nick et Salazar, la saison 4 faisait, elle, déjà couler beaucoup d’encre. En cause, le cross-over prévu avec la série mère The Walking Dead. Axé sur le personnage de Morgan (Lennie James) qui rejoint donc le casting de FTWD, la saison 4 est attendue par beaucoup de fans. Quelle ligne directrice sera prise suite à cette arrivée de poids ? Surtout avec le départ du producteur et scénariste Dave Erickson (qui est l’auteur du beau travail orchestré sur cette saison 3) et l’arrivée en tant que producteur exécutif de Scott Gimple à compter de ce quatrième volet. De fait, après une saison 3 réussie, il est ainsi aisé de dire que la saison 4 marquera un nouvel horizon pour le spin-off de The Walking Dead.

Bande Annonce – Fear the Walking Dead (Saison 3)

Extrait vidéo :

Par les producteurs de The Walking Dead
Avec Kim Dickens, Lorenzo James Henrie, Cliff Curtis, Elisabeth Rodriguez, Frank Dillane, Ruben Blades, Alyvia Debnam-Carey, Mercedes Mason.

Sortis le 05/12/2017

DVD_FEAR-THE-WALKING-DEAD_SAISON-3                             COFFRET-FEAR-THE-WALKING-DEAD_SAISON 1-3

 

Caractéristiques techniques des DVD et Blu-ray :

Image : 16:9  /  1.78:1
Audio DVD : Anglais, Français Dolby Digital 5.1
Audio BR : Anglais, Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Bonus : Webisodes, Retours sur chaque épisode
Un aperçu de la saison 3
5 DVD / 4 BR – 16 épisodes de 45 minutes
Coffrets 11 DVD / 10 BR – 37 épisodes de 45 minutes
Editeur : Universal Pictures Vidéo

Seule la terre de Francis Lee : Chroniques paysannes d’un nouveau genre

Seule la terre, le premier long métrage de l’homme de théâtre et de cinéma britannique, Francis Lee, est la très bonne surprise de cette fin d’année : un film du réel, un récit initiatique dans une belle histoire d’amour homosexuelle, une réflexion sociétale, mais surtout un hommage à la terre et à ses habitants.

Synopsis : Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Il essaie d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant toutes les nuits au pub du village et en s’adonnant à des aventures sexuelles sans lendemain. Quand un saisonnier vient travailler pour quelques semaines dans la ferme familiale, Johnny est traversé par des émotions qu’il n’avait jamais ressenties. Une relation intense naît entre les deux hommes, qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais.

My own private Yorkshire

God’s own Country est un sobriquet largement utilisé par les Britanniques pour designer le county du Yorkshire. C’est le titre original qu’a choisi l’homme de cinéma Francis Lee (acteur, scénariste, réalisateur) pour son premier long métrage, assez subtilement traduit en Seule la terre dans sa version française. Un choix qui donne une orientation claire de la direction suivie par son film, ou plus exactement de celle qui ne l’est pas : à savoir, un « gay movie », même si les protagonistes de l’histoire sont deux jeunes fermiers homosexuels.

seule-la-terre-francis-lee-film-critique-agnelageSeule la terre, en effet : c’est surtout de la terre dont il est question dans le film. Une représentation méticuleuse de la vie des fermiers du West Yorkshire, avec de très beaux gros plans sur les détails de la ferme, les animaux qu’on y élèvent et ceux qui y vivent librement, les pieds boueux et les ongles noirs des travailleurs de la terre, la rougeur des visages et celle des nez ; a contrario, on profite également de magnifiques vues en très grand angle sur les vallons du comté, sur de larges étendues d’une terre désolée et riche en même temps. Filmée au printemps, cette terre est hospitalière, contrairement à celle des Hauts de Hurlevent, le film de sa compatriote Andrea Arnold, également dans le Yorkshire, également belle, mais cette fois-là embrumée et inquiétante.

C’est dans ce cadre que se déroule la vraie romance entre Johnny (Josh O’Connor), le fils unique de la famille Saxby, abruti par les lourdes tâches qui sont les siennes à la ferme, n’ayant d’autre échappatoire qu’une murge quotidienne à la tombée de la nuit, suivie d’un vomi règlementaire à chaque lever. Le vomi est tacitement reconnu par sa grand-mère Deirdre (Gemma Jones), une femme dont l’apparence sèche et inamicale ne fait que mieux ressortir toute l’affection qu’elle semble avoir pour son petit-fils. La cuite quant à elle, est validée par Martin (Ian Hart), son père diminué par un AVC (not too much tonight, lad, Eh ! -Ne bois pas trop ce soir, fiston-). Car ainsi va la vie chez les Saxby : tant que le travail de la ferme est fait, le reste n’a pas trop d’importance. Ces sorties vespérales sont saluées comme salutaires dans ce monde rude, mais ni hostile, ni misérable. Même l’homosexualité de Johnny n’est pas un sujet, ce n’est presque pas le sujet dans un monde rural anglais que d’emblée, on aurait pourtant tendance à cataloguer d’homophobe.

seule-la-terre-francis-lee-film-critique-josh-o-connorLa beauté du film de Francis Lee réside justement dans cette absence d’emphase : les choses sont brutes, le film est naturaliste. Les rencontres sexuelles de Johnny sont pires qu’hygiéniques ; la tendresse, il ne connaît pas. Seules les vaches reçoivent des caresses à la ferme. Puis un jour, le beau et ténébreux Gheorghe (Alec Secareanu) arrive en renfort, un Roumain qui par ailleurs axe le film dans une dimension supplémentaire, celle de la politique, celle du Brexit, même si Francis Lee a déclaré avoir écrit ce film avant que l’idée du référendum n’ait vu le jour. Le cinéaste réussit cette gageure de faire émerger sans heurt et sans sur-dramatisation ces problématiques sociétales (les travailleurs des pays de l’Est, la xénophobie, mais aussi le rapport des gens de la terre avec ceux qui sont partis à la ville), sociales (le devenir des fermes très traditionnelles comme celles des Saxby), personnelles (la lente et magnifique transformation de Johnny au contact de Gheorghe, vers lequel il est très rapidement attiré, et qui est également très rapidement attiré par Johnny). Aidé sans doute en cela par un caractère plus ou moins autobiographique du récit (Francis Lee vient de Halifax, est gay et est d’origine paysanne), Seule la terre est une sorte de cinéma-vérité qui bouleverse par sa justesse.

Alec Secareanu remplit à merveille le rôle de Gheorghe, une sorte de mentor bourru, taciturne et pourtant attentionné qui va déciller Johnny sur bien des aspects de sa vie. Josh O’Connor est idéal pour le rôle de Johnny, ses grandes oreilles lui prêtant l’allure de ce jeune homme mal dégrossi, qui ne sait où poser ses mains lors de sa première expérience sexuelle avec Gheorghe. Sa pâleur permet de suivre le rouge qui lui monte aux joues dans la magnifique lumière dorée d’une simple lampe torche, lorsqu’il découvre un maëlstrom d’émotions nouvelles provoquées par la tendresse, l’affection, le sentiment d’appartenir à un couple, la disparition de la solitude en présence de Gheorghe. Le film est tout aussi touchant, lorsqu’au chevet de son père terrassé par un deuxième AVC, le nouveau Johnny, l’ancienne chrysalide, amorce une caresse sur le dos de la main de son père, une caresse impensable à peine quelques jours auparavant, et encore mal assumée comme une maladie honteuse, car vite camouflée quand sa « Mémé » revient dans la chambre d’hôpital.

seule-la-terre-francis-lee-film-critique-alec-secareanuSeule la Terre est malgré une apparence brutale et âpre, de la même âpreté qu’on ressent dans la trilogie de Bill Douglas (1), un film d’une grande douceur et d’une grande bienveillance. La première scène sexuelle entre les deux protagonistes est bestiale, plus proche du combat de boue qu’autre chose, et pourtant, on y lit de la beauté, dans la soif de l’autre et le début d’abandon de soi en qui concerne le jeune Johnny. Aucun accès de misérabilisme n’est à déplorer dans le film. L’Angleterre rurale est pauvre et aride, mais on y est digne et on y mange à sa faim, et les gens s’aiment tels qu’ils sont. L’homophobie y est inexistante, le racisme y est montré dans sa réalité, ni plus, ni moins (on traite l’autre de paki ou de gyppo –gitan-, mais il est respecté d’égal à égal pour le travail qu’il fournit). Peut-être un regard idyllique, qui colle aux souvenirs particuliers du cinéaste, mais une vision filmée avec talent et souci d’esthétique, ce qui fait de Seule la Terre un des plus beaux films de l’année.

 (1) : My Childhood, My Ain Folk, My Way Home

Seule la terre – Bande Annonce

Seule la terre – Fiche technique

Titre original : God’s own country
Réalisateur : Francis Lee
Scénario : Francis Lee
Interprétation : Josh O’Connor (Johnny Saxby), Gemma Jones (Deidre Saxby), Harry Lister Smith(Stagiaire), Ian Hart (Martin Saxby), Alec Secareanu (Gheorghe Ionescu)
Musique : Dustin O’Halloran, Adam Wiltzie (A Winged Victory For The Sullen)
Photographie : Joshua James Richards
Montage : Chris Wyatt
Producteurs : Manon Ardisson, Jack Tarling
Maisons de production : BFI, Creative England, Met film Production
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : nombreuses, dont le Prix de la mise en scène à Sundance
Durée : 104 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 06 Décembre 2017
Royaume-Uni – 2017

PIFFF 2017 : L’ouverture sous le signe de la fantaisie et de la fraternité

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Retour sur cette première journée du PIFFF 2017 avec une sélection de films éclectiques qui nous font voyager à travers les affres de l’esprit.

Après avoir démarré en grande pompe avec le Ghost Story de David Lowery pour sa séance d’ouverture, suivi de The Blade of the Immortal de Takashi Miike, le Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF 2017) s’est lancé dans sa première journée de compétition avec une sélection de films venus de tous horizons. Très orientés sur la manipulation de l’esprit et l’imagination, ceux-ci se sont surtout imposés par leurs qualités très variables.

Dave-Made-a-Maze-PIFFF-critiqueLe tout commence avec Dave Made a Maze de Bill Watterson, une comédie loufoque empreinte d’imaginaire et de rêveries. On sent une influence évidente avec le cinéma très artisanal de Michel Gondry, cet amour du « fait maison » qui en soit donne tout son charme à un film relativement bancal. Il y a de bonnes idées visuelles dans ce Dave Made a Maze, entre les décors en cartons, la variété des situations et la composition des plans parfois inventive et astucieuse qui rend l’ensemble riche et attachant. Néanmoins, ce savoir-faire et cette générosité sont noyés dans un scénario peu subtil et attendu qui aligne ses traits d’humour avec lourdeur. On ne se prend pas de sympathie pour les personnages peu développés et surtout assez mal joués tandis que le récit se déroule devant nous sans jamais nous accrocher. Du potentiel certes, mais assez mal exploité au final.

Le-maître-des-illusions-PIFFF-critiqueOn enchaîne ensuite avec une séance culte, qui nous permet de redécouvrir Le maître des illusions de Clive Barker dans une version restaurée mais aussi en director’s cut. Cependant, avec ses 20 minutes de plus, et donc une vision plus proche de celle voulue par son auteur, le long métrage n’en est pas pour autant meilleur. Clive Barker s’est fait une renommée pour ses univers horrifiques marquants mais son histoire avec le cinéma reste chaotique et très peu couronnée de succès en dehors de son Hellraiser. Et Le maître des illusions n’est rien de plus qu’une série Z flirtant avec le nanar même dans sa version définitive. Visuellement, le film a vieilli et même pour l’époque il dispose de certains effets visuels franchement ratés, mais c’est surtout dans son scénario indigent et ses acteurs peu concernés que le tout souffre le plus. Entre un personnage principal qui ne trouve pas sa place dans le récit et qui semble greffé de force à l’histoire, les seconds rôles stéréotypés et les dialogues risibles, rien ne va dans un film qui peine singulièrement à poser une ambiance et qui enchaîne sans imagination les jumpscares qui s’avèrent en plus inefficaces.

The-Endless-PIFFF-critiqueC’est finalement The Endless de Justin Benson et Aaron Moorhead  qui crée la première surprise de ce festival. Même s’il se montre assez classique dans sa forme et son déroulé, surtout avec sa manière de flirter avec le fantastique, le film aurait vraiment pu aller plus loin pour nous surprendre, il reste pour autant une franche réussite. Personnages nuancés et vraie réflexion autour des rapports de force et de la ténacité des idées, parfois dangereuses et virales, le récit s’impose par son intelligence à défaut d’éblouir pour son originalité. L’œuvre ne tombe jamais dans le manichéisme de rigueur quand il s’agit d’histoire de secte et va chercher à creuser plus loin pour véritablement toucher au fondement de l’esprit humain. Souvent prenant et assez accessible, The Endless s’impose comme un divertissement solide, bien joué et surtout qui tire profit de sa mise en scène minimaliste. L’ensemble ne paraît jamais cheap même si au final on ne voit que très peu de choses notamment pour les éléments fantastiques et, une fois dévoilés, il n’a pas à rougir de la manière. Donc sans être mémorable, The Endless s’impose comme un bon film.

Et cette première journée du PIFFF s’est clôturée sur Ajin: Demi-human, une adaptation de manga comme il en sort souvent, très over the top et caractérisée par le surjeu et la tendance à en faire trop, typiquement japonaise, qui saura trouver son public, tandis que les autres n’y verront qu’un spectacle souvent indigent. En soi Ajin n’est ni le meilleur ni le pire de son genre.

La Nouvelle Aurore brille en DVD et Blu-Ray

Avec la sortie en DVD et Blu-Ray, le 28 novembre, du film La Nouvelle Aurore, ESC nous propose un très bon film jouant à la fois sur le tableau du film de guerre, du drame et du film social.

Synopsis : 1943. Le Sergent Larry Nevins est chargé de rétablir les communications dans une zone dangereuse d’Afrique du Nord lorsqu’il est blessé à la tête par des tireurs d’élite allemands. Rapatrié aux États-Unis, il découvre que son nerf optique est touché : il est désormais aveugle.

Si La Nouvelle Aurore n’est pas son film le plus célèbre, Mark Robson est tout de même un nom incontournable du cinéma américain des années 1940 et 50. Il fut l’assistant de Robert Wise sur le montage de Citizen Kane, puis fut chargé du montage de La Splendeur des Amberson. Devenu réalisateur, Robson signera quelques très bons films de genre : du fantastique (L’île des morts, Bedlam), des films de boxe (Le Champion, avec Kirk Douglas, ou Plus dure sera la chute, le dernier film de Humphrey Bogart). Il connaîtra même le succès avec des films comme L’Auberge du sixième bonheur, L’express du Colonel von Ryan (avec Frank Sinatra) ou le fameux Tremblement de terre (un des films catastrophe événement des années 70).

Cette Nouvelle Aurore commence comme un film de guerre. On y voit trois soldats américains en pleine campagne d’Afrique du Nord (d’ailleurs, parmi ces soldats, on découvre un jeune acteur alors inconnu, Rock Hudson). Après une scène de forte tension dramatique très solidement réalisée, le film change de registre et se tourne vers le drame.

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La Nouvelle Aurore peut, sommairement, se diviser en deux parties. La première moitié du film se concentre sur le drame vécu par ce jeune sergent qui se retrouve confronté à son tout nouveau handicap. « Il est naturel de ressentir de l’amertume », lui dira-t-on. En fait, c’est toute sa vie qu’il doit réarranger dorénavant. Tout d’abord, il faut accepter le handicap. « Être aveugle, c’est pire que la mort », dit-il et, mettant son propos en pratique, il tente de se suicider. Commence alors toute une partie où le personnage doit apprendre à se réapproprier le monde avec ses autres sens.

Mark Robson sait se faire réaliste et minutieux dans le déroulement de son film. Petit à petit, on assiste au renouveau moral de Larry.

C’est alors que débute la seconde partie du film. Le scénario joue alors intelligemment sur la notion d’aveuglement. Élevé dans le Sud des États-Unis, Larry reste enfermé dans les vieilles convictions ségrégationnistes. Le film va alors montrer le personnage pris entre deux pôles : le Sud où se trouvent sa famille et sa fiancée, ainsi que son enfance et ses anciennes convictions, et le Nord de sa nouvelle vie (symbolisée par une nouvelle fiancée potentielle). Le drame personnel devient film social.

Le film sort donc le 28 novembre en DVD et Blu Ray, avec un nouveau master restauré. L’image est très belle et rend hommage à ce film qui mériterait d’être plus connu. Certes, La Nouvelle Aurore possède bien quelques défauts, mais l’ensemble forme un bon film, émouvant, solidement réalisé et très bien écrit. Arthur Kennedy s’avère être l’acteur idéal pour ce rôle : son physique d’Américain moyen favorise la sympathie. De plus, le film se permet d’être novateur dans sa présentation de la guerre vue du côté des blessés, de ceux qui rentrent au pays avec des handicaps.

Le bonus est un entretien de 25 minutes avec Mathieu Macheret, critique au quotidien Le Monde, qui présente et analyse le film.

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LA NOUVELLE AURORE « Bright Victory »
Un film de Mark Robson
Nouveau master restauré
Avec : Arthur Kennedy (Lawrence d’Arabie, La grande évasion, Trial Golden globe meilleur acteur), L’homme de la plaine), Peggy Dow (Harvey, You Never Can Ten, I Want You), Julie Adams (The Last Movie, Carnage, L’étrange créature du lac, Hospital central…
Scénario : Robert Buckner d’après « Lights Out » de Baynard Kendrick
Musique : Frank Skinner
Directeur de la photo : William H. Daniel

Prix du meilleur scénario Pour Robert Buckner au Golden Globes de 1952
Film présenté au Festival de Cannes en 1951
Nomination à l’Oscar du meilleur second rôle : Arthur Kennedy

Réalisateur Mark Robson (1913 – 1978) filmographie sélective : Peyton Place (1957), L’Express du colonel Von Rayn (1965), La vallée des poupée (1967), Tremblement de terre (1974)…

Année de production : 1951 – noir et blanc – Langue : Anglais Sous-titres : Français  – Format image : 1.37 16/9 compatible 4/3 –  Format audio : VOST dolby digital mono 2.0 –  Durée du film : 97 mn.

Bonus inédits :

« Cécité et aveuglement », analyse du film par Mathieu Macheret (Critique cinéma du Monde)
Dans la même collection…

Makala d’Emmanuel Gras : un documentaire sur l’endurance de l’effort

Documentaire, film sur l’héroïsme, film d’aventure, Makala est une œuvre forte qui agrippe le spectateur. Suivant les pas d’un vendeur de charbon, dans une République démocratique du Congo, qui devient l’allégorie d’un capitalisme effréné, l’œuvre de Emmanuel Gras nous questionne sur la place de la caméra.

Un film est un film. Un documentaire est un documentaire. Il y a donc bien une différence entre la réalité et la fiction, même si parfois, la frontière reste très étroite. Cependant, dans des œuvres comme celle qui nous est présentée, la limite est fine : surtout qu’Emmanuel Gras fait tout pour se détacher d’un naturalisme documentariste, pour s’affranchir de ces codes et apporter une âme fictionnelle à une œuvre qui reste un documentaire. Au bord d’une nature débordante, de villages presque miteux, Emmanuel Gras prend la caméra et devient le miroir mémoriel de Kabwita Kasongo. Père de famille et vendeur de charbon, il fait des kilomètres à pieds, vélo à la main et sacs de charbons sur le dos, pour nourrir sa famille et pourquoi pas, lui donner un avenir meilleur. L’objectif du long métrage n’est pas de filmer un quotidien à proprement parlé, mais de capter l’essence même d’un effort humain, de quantifier la valeur et la dévotion d’un travail.

Au départ du film, le quotidien est filmé de manière contemplative : la forêt foisonnante, d’une beauté fascinante, est un terrain de jeu pour Kabwita, un lieu prospère à la recherche de sa matière première malgré la misère qui l’accompagne comme le démontre les repas de famille qui ne sont que des rats cuits au charbon. Il coupe un immense arbre : c’est le symbole de tout un film qui traite de l’énergie. Celle de l’Homme mais aussi celle autour de l’Homme. Kabwita, avec ce geste se construit un avenir en déconstruisant l’environnement qui l’entoure. Les premières questions interviennent alors : comment se fait-il qu’une Terre aussi vaste, qui insuffle un sentiment de liberté aussi grand soit synonyme d’un labeur telle, d’une séparation aussi omniprésente avec le monde ? Pour gagner sa croûte et subvenir au besoin de sa famille, Kabwita doit parcourir de nombreux kilomètres pour vendre sa denrée aux villages et aux villes environnantes. De ce postulat, Makala interroge autant qu’il happe par son dispositif.

Dans ce documentaire, qui prend des airs de road movie apocalyptique, la caméra ne lâche jamais du regard Kabwita : sa souffrance dans le sable, ses déceptions, ses désillusions, ses négociations, son périple. Nous sommes les témoins du périple d’un homme, dans le reflet d’une humanité qui paie de sa vie pour survivre. Les images sont belles mais fortes : on souffre avec lui, on respire avec lui, on transpire avec lui. Les plans sont longs, la dureté de ce travail nous prend aux tripes mais le ressenti n’est qu’un ressenti. On a beau vouloir comprendre, la limite du métrage est là : l’information ne vaut pas la douleur. La réalité du monde que l’on observe ne nous échappe pas mais elle n’est pas palpable. Politiquement, on absorbe le désarroi d’un pays à travers Kabwita. La caméra est présente, on la sent, on la voit, mais malgré sa proximité presque omnisciente avec son protagoniste, elle met une distance entre ce dernier et le documentariste : la parole est inexistante, l’intention est purement visuelle.

Emmanuel Gras réussit son pari en montrant l’effort et la résonance que cet effort a sur la société qu’il veut dévisager : l’effort est un moyen, douloureux et rustre mais est une fin en soi pour démontrer les conséquences qui suivent sur un tissu social défavorisé. La caméra filme tout, sans scrupule, dérange parfois par son manque de solidarité à l’effort que subit le héros qu’est Kabwita, à la limite de la complaisance et du voyeurisme social, notamment durant ces moments où l’homme semble au bout de l’effort. L’empathie du spectateur pour son héros est au maximum, mais à quel prix, avec quelle finalité sur nous-mêmes ? L’écho du réel se fait difficile. La caméra n’est pas là pour aider physiquement, ni pour changer le cours d’une réalité de tous les jours, ni pour prendre la place du sauveur : elle est là pour cristalliser l’instant T d’une vérité humaine. Dernièrement, dans le documentaire 12 jours de Raymond Depardon, se posait la question de la valeur du consentement de certaines personnes à être filmées alors que dans le même temps, on les faisait rentrer en hôpital psychiatrique sans leur consentement. Mais dans le film de Depardon, la parole est donnée à tous alors que chez Emmanuel Gras, ce sont les images, l’effort occasionné qui fait foi.

C’est peut-être ce qui rend Makala parfois miraculeux : ces plans nocturnes éclairés à la lumière naturelle où la dangerosité est féconde, cette souffrance qui se lit sur un visage lequel ne se résigne jamais, ces moments de bravoures qui poussent à l’admiration: cet héroïsme de l’Homme sans pouvoir. La délivrance, quant à elle, est difficile à appréhender : au bout de cet effort, le plus dur commence avec ces négociations incessantes sur le prix des sacs de charbon. Le plus dur commence. Le nouveau héros apocalyptique n’est pas Mad Max, mais Kabwita Kasongo.

Synopsis : Au Congo, un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.

Makala – Bande Annonce

Makala – Fiche Technique

Réalisation : Emmanuel Gras
Scénario : Emmanuel Gras
Interprétation : Kabwita Kasongo et Lydie Kasongo
Montage: Karen Benainous
Société de production : Bathysphère
Distributeur : Les films du losange
Durée : 96 minutes
Genre : documentaire
Date de sortie : 06 décembre 2017

 

Rencontre exclusive avec Gabriel Yared : Portrait d’un artiste passionné

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Le compositeur Gabriel Yared nous accueille chez lui, quelques jours avant son concert évènement avec le London Philarmonique Orchestra à la Philamornie de Paris le samedi 9 décembre.

Gabriel Yared met ses études de droit de côté, après seulement deux ans, pour étudier la musique. Seul artiste de sa famille, qui ne comprend pas sa décision, Gabriel décide de se lancer dans l’aventure de la musique qui est, pour lui, bien plus qu’une passion, mais véritablement sa raison d’exister (Notre interview exclusive en vidéo en bas de l’article).

« Mes parents ne comprenaient pas que je sois autant enflammé pour la musique alors que ce n’était pas du tout dans ma famille. Je crois vraiment que je suis né pour la musique. Depuis tout petit, il n’y a que ça qui m’intéressait. »

Après des cours à l’école de musique auprès d’Henri Dutilleux, il part au Brésil et continue d’abreuver sa soif de connaissance.

« J’ai tout de suite commencé à faire du solfège mon alphabet… Je savais que je n’allais pas devenir un virtuose, ce qui m’intéressait c’était de dévorer la musique »

Il collectionne ainsi les partitions de musique classique des grands maîtres et se met à les déchiffrer pour apprendre l’art de la composition. Il dévore aussi les albums des Beatles, Marvin Gaye… Tout ce qui à trait à la musique, qu’elle soit classique, contemporaine ou même tribale nourrit la soif du compositeur. Ses compositions sont riches de ces influences diverses et variées (en témoigne la valse en trois temps de Tatie Danielle).

« …j’écoutais John Coltrane, j’écoutais Marvin Gaye, les Beatles…et pour les comprendre mieux, je prenais mon cahier de musique et je les relevais. Je notais absolument tout…J’essayais de comprendre la musique par le dedans. Il fallait que je pose par écrit pour comprendre comment une musique est architecturée. »

Plus tard, grâce aux contacts qu’il s’est faits en travaillant comme compositeur et arrangeur pour des vedettes de variétés (telles que Johnny, Aznavour, Hardy…), il rencontre Jean-Luc Godard qui lui demande de s’inspirer de l’histoire et non des images.

« Cette approche de la musique par le narratif et non par l’image, qui est le résultat du narratif, m’a beaucoup marqué et a provoqué chez moi, non pas une méthode, mais une approche différente de la musique de film »

Dès lors le mélange d’influences absorbées par le compositeur va se mettre au service des images tout en créant une musique qui peut s’écouter seule. Pour lui, pas question d’accoucher d’une oeuvre qui perdrait sa valeur sans les images qu’elle est censée illustrer.

« Ceux dont la culture s’arrête uniquement à la musique de films ou à la musique de chansons ne peuvent pas vraiment s’ouvrir à toutes les beautés de la musique. »

Sa façon de travailler : être là bien avant le premier tour de manivelle. Quel que soit le projet de film pour lequel on vient le solliciter, il faut qu’il soit en accord avec le cinéaste, qu’un lien se créé. Pour l’Amant de Jean-Jacques Annaud, c’est le pitch très court du cinéaste et son idée d’un thème simple (« Comme un arpège » lui demandera Annaud) qui va inspirer Gabriel Yared. Au retour d’un repérage au Vietnam, Annaud écoutera la démo de Yared et décidera d’en faire le thème principal du film. Il n’aura fallu qu’un thème, un lieu évoqué (le Vietnam où le film se déroule) et un embryon d’idée pour faire naître sous les doigts du compositeur un thème applaudi et récompensé par un César.

Quels que soient le genre cinématographique abordé, le support (télévision, cinéma) ou le lieu (en France et aux États-Unis), la sensibilité de Yared va exploser. Remarqué du grand public déjà à la sortie de 37,2 le matin, puis pour son César avec L’Amant, c’est Le patient Anglais qui lui vaut l’Oscar de la meilleure musique de film. Succès qui sera l’occasion pour Yared de signer un grand nombre de musiques aux États-Unis et d’entamer une collaboration avec Anthony Minghella.

Interview du compositeur Gabriel Yared

Aujourd’hui encore la musique de Gabriel Yared transporte les cinéastes. Xavier Dolan compte déjà trois collaborations avec le maître et dans les projets tournés, qui sortiront l’année prochaine, une collaboration avec l’acteur / réalisateur Rupert Everett pour un biopic sur Oscar Wilde.

Avant cela, les fans du maestro ont rendez-vous dans la grande salle de La Philarmonie de Paris samedi 9 décembre pour un concert en images inédit où les plus belles mélodies de Gabriel Yared se joueront avec le London Philarmonique Orchestra sous la direction de Dirk Brossé et de Gabriel Yared. Au chant viendront se joindre Catherine Ringer et Yaël Naïm et des musiciens comme Juan José Mosalini au Bandoléon ou Lewis Morison au saxophone.

A noter d’ici fin 2017 – début 2018 dans l’actualité de Gabriel Yared, 5 films dont il a composé la musique :

  • La promesse / Terry Georges / USA / SP/ sortie française le 29 novembre 2017
  • Si tu voyais son cœur / Premier long métrage de Joan Chemla récompensé au Festival du film de Varsovie (prix du meilleur Réalisateur) : sortie française le 10 janvier 2018
  • The Happy Prince de et avec Rupert Everett / Premier long métrage de l’acteur en tant que réalisateur
  • The death and life of John F. Donovan de Xavier Dolan (3ème collaboration pour le compositeur et le réalisateur Quebecois)
  • Dilili à Paris / Michel Ocelot / sortie française le 10 octobre 2018

Yared /40 ans de musique de films
 –  et  pour un complément d’ infos sur Gabriel, sa carrière, sa bio, son actu  :  www.gabrielyared.com

Un grand merci à Gabriel Yared et à Danielle Escher pour leur gentillesse et leur disponibilité.

Propos recueillis par Olivier Pastorino et Rudee Larue. Vidéo et montage de Rudee Larue (RCG Team).

Notre Chère Brigitte rencontre James Stewart en DVD et Blu-Ray

La plus connue des actrices françaises dans un film inédit en France ? Voilà de quoi exciter la curiosité des cinéphiles pour ce Chère Brigitte, qui sort en DVD et Blu Ray chez ESC le 28 novembre.

Synopsis : Henry Leaf est un poète et universitaire américain. Il est farouchement opposé aux sciences et s’indigne de leur place grandissante dans le campus. Il vit sur un bateau avec sa femme et ses deux enfants. La surprise viendra du petit dernier, Erasme, qui est totalement dépourvu du moindre talent artistique mais qui se révèle être capable d’effectuer rapidement des calculs très complexes.

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Le film Chère Brigitte démarre comme une agréable comédie familiale. Ses premières minutes donnent le ton : un personnage qui se fait appeler « Le Capitaine » parle directement aux spectateurs, face caméra, pour présenter une petite communauté de doux rêveurs qui vivent sur l’eau dans la baie de San Francisco. La présence de James Stewart renforce encore cet aspect : nous sommes bel et bien devant un petit film de famille, sans forcément de grandes prétentions artistiques (Henry Koster fut un bon artisan, mais n’a jamais réalisé de chefs d’œuvre).

Le film présente donc une famille à laquelle le père impose un mode de vie marginale. Cela donne l’occasion à James Stewart de faire quasiment un one-man-show où il n’hésite pas à cabotiner, ce qui, finalement, correspond bien à son personnage à la fois fort en gueule et incroyablement distrait. A ceux qui apprécient les personnages lunaires façon Pierre Richard, voici un film qui devrait plaire : Henry Leaf en vient même à oublier qu’il est venu au travail en voiture et rentre régulièrement en taxi, laissant son véhicule à l’université.

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Autour du génial acteur, le film va déployer toute la panoplie des personnages typiques des comédies familiales américaines : l’épouse au foyer (qui a beaucoup plus les pieds sur terre que son cher mari), l’adolescente qui fugue en barque pour rencontrer son amoureux, et le petit garçon qui va se révéler être exactement ce que le père ne voulait pas : doué pour les sciences ! Cela donne aux spectateurs l’occasion de voir des scènes impensables de nos jours : un duel de vitesse de calcul entre un enfant et un ordinateur ! Rappelons-nous que nous sommes dans les années 60, à l’époque où un ordinateur tenait une pièce complète et prenait plusieurs minutes pour effectuer un calcul…

Bien entendu, l’enjeu du film sera double : faire en sorte que le père accepte le talent de son fils, et éviter tous les pièges tendus devant leur route par des personnes mal intentionnées.

Et Brigitte Bardot, dans cette affaire, alors ? Elle est le grand amour secret d’Erasme, le petit génie des maths qui écrit chaque soir une lettre à la célèbre actrice. Il rêve de la rencontrer. Parviendra-t-il à réaliser ce rêve qui frôle l’obsession ?

Le film constitue une agréable petite comédie, qui se laisse voir avec plaisir. Les personnages sont sympathiques, le rythme est soutenu et l’ensemble dégage un petit air nostalgique des années 60.

Le DVD propose une très belle copie haute définition, et le film est accompagné de deux suppléments, le premier sur « Le Phénomène BB » et le second sur la fabrication du film (on y apprend, entre autre, le rôle important de Daryl F. Zanuck).

CHERE BRIGITTE (Dear Brigitte)
Un film de Henry Koster
Film inédit en France !
Nouveau master haute définition

Avec : James Stewart Brigitte Bardot dans son propre rôle.
Scénario : John Haase, Hal Kanter
Musique : George Duning
Directeur de la photo : Lucien Ballard
Réalisateur : Henry Koster
(1905-1988) : Monsieur Hobbs prend des vacances (ECS distribution), Harvey, Tunique, Honni soit qui mal y pense, Vive monsieur le maire, Le voyage fantastique…

Année de production : 1965 – Langue : Anglais Sous-titres : Français – Format image : 1.85 : 1 / 16/9 compatible 4/3 – Format audio : dolby digital mono 2.0 – durée du film 100 mn

Bonus inédits :

• « Le phénomène BB », par Stéphane Mulys
• Entretien avec Antoine Sire (auteur)

Dans la même collection…

La Villa : le petit théâtre tchékhovien de Robert Guédiguian

Le 20e film de Robert Guédiguian est un petit bijou de nostalgie et de naïveté douce, mais parfois plus déchirante qu’un pur cynisme frontal. La Villa est aussi une sorte de théâtre familial où chaque personnage est à lui seul tout un art. On est presque chez Tchekhov, mais à Marseille, terre de prédilection du réalisateur.

Trois frères et sœurs

ariane-ascaride-jean-pierre-daroussin-la-villa-critiqueIls sont trois, deux frères, une sœur. Leur père vient d’être victime d’une attaque qui ne lui a pas pris la vie, mais la mobilité. Ils doivent donc se retrouver tous dans la maison familiale. Pour l’une d’entre eux, c’est un retour douloureux, presque impossible, car c’est une petite fille qui est morte, noyée. Leur villa est une sorte de petit bijou en plein soleil du sud, accent très Guédiguian en prime. Elle trône telle une reine au-dessus d’une calanque presque abandonnée de ses touristes, de ses habitants. Les personnages sont au centre d’un petit théâtre des mœurs donc où chacun tente de sortir la tête de l’eau. On se croirait presque dans la pièce Les Trois sœurs écrite par Anton Tchekhov et récemment mise en scène et modernisée au théâtre. La parole fuse de partout, chacun ayant son mot à dire sur ce monde qui lui échappe ou dont il veut à tout prix faire partie. Et il y a bien sûr, au centre, l’authenticité. Tous sont comme happés par cette villa alors même que le passage filmé d’un train qui fuit le village semble vouloir signifier une échappée. Les souffrances sont tues avant d’être dites. Les personnages sont des sortes d’archétypes qui récitent du Claudel, attrapent des poulpes avec les jambes, fauchent les herbes folles sur les sentiers. Il y a donc aussi pour cette famille la volonté de défricher le passé, de s’en affranchir.

Une petite vie tranquille

anais-demoustier-la-villa-critiquePourtant, le passé est aussi le souffle qui permet de se recentrer, de se retrouver, de se découvrir aussi peut-être. Il y a alors une lenteur presque pesante dans La Villa, une forme de naïveté assumée aussi, comme lorsque la famille découvre dans les broussailles des enfants migrants qui semblent comme des perles miraculées, sans accrocs. C’est qu’ici la mort n’est que suggérée, repoussée, presque sublimée. Il y a aussi une douceur infinie, comme la relation qui lie un médecin (encore Tchekhov !) à ses parents amoureux et bien décidés à rester ensemble à tout prix. Il y a aussi de la farce ou plutôt des facéties à travers notamment le personnage d’amoureux transi et souriant joué par le toujours aussi juste Robinson Stévenin. Finalement, Guédiguian filme la vie, quelque chose qui jaillit d’images rafraîchissantes d’un de ses premiers films, qui dit que rien n’a changé et que pourtant tout bouge dans les variations sur la vie, l’amour, la mort et la famille que propose Guédiguian dans son cinéma qui s’est parfois osé différent comme avec Une histoire de fou en 2014. Il y a ici des habitués qui côtoient des « faux » petits nouveaux, la volonté de dire avec douceur, et en prenant son temps, ce que la vie fait aux rêves, aux désirs, aux liens qui unissent les hommes. Face à leur destin, car ils ne choisissent pas de se résigner même quand ils sont un peu âgés, les personnages de Guédiguian s’affirment. Et leurs voix deviennent alors les échos du présent, vécu pleinement ici, du passé et surtout du futur qui s’ouvre à eux.

La Villa : Bande-annonce

La Villa : Fiche technique

Réalisateur : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Serge Valletti
Interprètes : Ariane Ascaride,  Jean-Pierre Daroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Anaïs Demoustier,  Robinson Stévenin, Yann Tregouet
Photographie : Pierre Milon
Montage : Bernard Sasia
Sociétés de production : Agat Films & Cie, France 3 Cinema
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 29 novembre 2017

France – 2017

Interview : François Descraques, conteur d’histoires 2.0

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Papa de la web-série française culte Le Visiteur du Futur, François Descraques incarne la nouvelle génération de réalisateurs français prêts à s’adapter à tous les formats pour inventer des mondes et des personnages. Créateur du triptyque musical Rock Macabre, du huis-clos Dead Floor et du thriller fantastique Dead Landes, Descraques revient en force sur Twitter avec un feuilleton horrifique : 3ème droite.

François Descraques raconte encore des histoires. Si le héros de sa web-série Le Visiteur du futur pouvait remonter dans le temps pour le prévenir, il lui dirait qu’en commençant sa web-série en 2009 il deviendrait quelques années plus tard le visage de la création audio-visuelle moderne en France. A l’image du long-métrage Les Dissociés réalisé par le collectif Suricate (dont fait partie son frère Raphaël Descraques), François Descraques fait partie d’une génération de créateurs où le manque de moyens n’est pas une limite à la création. « Je ne suis pas attiré par le manque de moyen en soi mais par le contrôle et la flexibilité d’un projet. Si de grands moyens me permettent de mieux réaliser un projet, je préfère de grands moyens. Mais la liberté de contrôle a un prix. Littéralement. » précise François Descraques. Ainsi tout est bon pour raconter une histoire. Sa web-série Dead Floor a été diffusée à raison d’un épisode par jour entre le 28 novembre et le 2 décembre 2016. Un spin-off Dead Landes a pris le relais dès le lendemain mais cette fois diffusée sur France 4. Né sur Dailymotion, Le Visiteur du futur a ensuite fait une partie de son chemin à la télévision. Son héros est même parti taquiner les pages de bandes-dessinées et de romans. Naît de l’imagination du créateur : 3ème droite. Tout commence avec un thread sur le réseau social Twitter le 4 septembre 2017 « Comment j’ai trouvé un super plan pour un appart et que je vais peut-être mourir du coup ». L’histoire conte le quotidien d’un adulescent dans un nouvel appartement qui lui réserve bien des surprises, à commencer par un propriétaire mystérieux et très envahissant.

« Mon boulot c’est d’inventer. »

Si le premier thread peut laisser penser au récit de vie d’un simple internaute, il s’agit en faite d’un feuilleton Twitter. Chaque semaine, François Descraques publie un nouveau chapitre de l’histoire sur un compte dédié, qui possède déjà 53 000 abonnés.  « J’ai décidé de lancer 3ème Droite sur Twitter car je voulais me lancer dans un feuilleton sans passer par l’étape de validation. C’était et cela reste une expérience créative pour moi. » explique le réalisateur. Aux 140 caractères (désormais 280), s’ajoutent des images et des vidéos qui viennent compléter le récit pour l’ancrer dans le réel : « La limite de caractère me correspond bien. J’aime écrire de manière concise. Pour les images et les vidéos, je voulais que ça soit de belles surprises mais qui ne prennent pas le pas sur la forme « littéraire » du récit. » Pour l’instant au chapitre 10, le feuilleton horrifique polarise l’attention d’une communauté sur Twitter qui attend patiemment chaque lundi pour découvrir la suite de l’histoire. « J’ai une fin que j’aime changer. J’ai un nombre de thread prévu que j’aime aussi changer. Mais on est plus proche de la fin que du début. » confie Descraques. Si 3ème droite a désormais embrassé son aspect terrifique et fantastique, l’intrigue est à la base fondée sur « une expérience réelle ». Il ajoute : « Cela a dérivé en thriller horrifique ponctué d’anecdotes de la vie de tous les jours qui peuvent m’être arrivés ou qui sont arrivés à des gens autour de moi. Mais au final, mon boulot c’est d’inventer. Donc on peut dire que ça [ ndlr : son inspiration ] vient de nulle part et de partout en même temps. » Rassurons-nous, pas de vrai Munch ou Monsieur K à l’horizon. Quant à une éventuelle adaptation audio-visuelle ?  François Descraques répond : « En terme d’adaptation, tout est possible en soi mais je préfère me concentrer sur la fin de l’histoire pour l’instant. ».

Episode 1 – Dead Floor

https://www.youtube.com/watch?v=j-4Cbv71nuw