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The Unseen, un film…indistinct : Critique

A l’occasion de sa sortie en VOD et Blu-Ray le 30 novembre dernier et en partenariat avec ACE entertainment, critique du film The Unseen de Geoff Redknap, ou Invisible en version française. 

Synopsis  : Bob Longmore (joué par Aden Young) a abandonné sa famille et s’est isolé dans une petite ville du Nord du Canada il y a huit ans de cela. Quand son ex-femme, Darlene (Camille Sullivan), reprend soudainement contact avec lui, il décide d’aller les rejoindre, elle et sa fille Eva (Julia Sarah Stone), afin de reprendre contact avec cette dernière. Quand Eva disparaît, Bob fait tout ce qui est en son pouvoir pour la retrouver, au risque de dévoiler sa mystérieuse maladie : son corps devient petit à petit invisible. 

Diffusé pour la première fois lors du Fantasia International Film Festival de Montréal le 17 juillet 2016, The Unseen a fait plusieurs festivals de films d’Horreur et Fantastique sans toutefois remuer plus que ça l’engouement des foules. Il remporta cependant trois prix, dont le Bloodie du meilleur film au Blood in the Snow Canadian Film Festival. Rangé dans les cases Horreur et Thriller, ce film a été vendu comme une réécriture du mythe cinématographique de l’homme invisible : L’Homme Invisible de James Whale né en 1933 avec le classique des Universal Monsters. The Unseen est le premier long-métrage de Geoff Redknap car, si celui-ci s’était essayé à la réalisation de court-métrages auparavant, la grande partie de sa carrière au cinéma se fait en tant que make-up artist. Et si les noms des responsables des maquillages de nos films préférés sont parfois assez obscurs pour le grand public, sachez que vous avez pu voir certaines de ses prothèses dans des petits films sans prétention comme Deadpool (2016) ou La Cabane dans les Bois (2012). Geoff Redknap a aussi travaillé sur les effets spéciaux de Warcraft : le commencement (2016), Sucker Punch (2011) ou même Watchmen (2009) ! Avec un pedigree comme le sien, on pourrait s’attendre à ce que le maquillage et les effets spéciaux soient omniprésents dans son film. Pourtant, Geoff Redknap nous présente avec The Unseen un film tout en sobriété. Les effets spéciaux et le maquillage sont réussis – notamment dans les scènes où l’invisibilité du personnage principal n’est que partielle – mais ne vous marqueront pas plus que ça. Et pour cause, mis à part un segment où le personnage de Bob Longmore intervient torse nu exposant ainsi les trous béants laissés par sa condition, il passera la majorité du film emmitouflé sous quatre couches de vêtements. La condition du personnage principal passe ainsi au plan secondaire de l’intrigue. Pourtant, le développement du film insiste à de nombreuses reprises sur la douleur et les faiblesses que la maladie provoque chez Bob Longmore, le pressant alors dans sa quête de retrouvailles avec Eva. Ainsi, le syndrome de l’Homme Invisible qui l’affecte n’est que secondaire, laissant le drame familial être la trame principale du film.

En ce sens, Redknap a fait le choix de la caméra à l’épaule, ce qui est une excellente solution pour donner de la sincérité à son histoire et à son propos. Le travail de photographie témoigne d’ailleurs d’un œil affûté qui sert à merveille le jeu tout à fait correct des acteurs principaux. Et notamment de l’acting de Julia Sarah Stone qui, à 20 ans, commence à faire parler d’elle. Certains considèrent d’ailleurs The Unseen comme le film qui marquera le début de sa reconnaissance à l’international. En revanche, le montage est  très (trop?) saccadé, et laisse passer quelques scènes des plus inutiles, qui plongeront le spectateur dans la confusion face à l’atonie du résultat final. On ne comprendra la plupart du temps pas où le film cherche à nous mener avec toutes ces intrigues secondaires et ces personnages anecdotiques aux lignes de dialogue des plus vaines. Pour ces raisons, le propos principal du film passe inaperçu parmi un capharnaüm de scènes et d’informations stériles. L’exemple le plus évident est les interventions du personnage de Crisby, incarné par Ben Cotton. Au cours du scénario, Bob Longmore va devoir solliciter Crisby, petit dealer local, qui lui demandera d’effectuer un échange de marchandise pour son propre compte. Bob profite d’aller retrouver sa famille pour effectuer la commission (ou est-ce le contraire ?) mais traîne à lui remettre la livraison. Ce qui énerve Crisby, qui cherche à se venger à la fin du film, meurt, et…c’est à peu près tout. Son simple intérêt a été d’être une menace pendant les quelques dernière minutes de la fin du film où il apparaît. Le gros soucis de The Unseen est qu’il ne sait pas concrètement se placer entre le drame familiale ou le récit fantastique. L’intrigue alterne entre des scènes relevant du Fantastique et la situation du père de famille malade cherchant à se faire pardonner de sa fille avant de disparaître (belle métaphore de son invisibilité, qui sera malheureusement réduite à néant à la toute fin du film). Mais son développement peine à faire le lien entre ces deux situations, résultant d’un développement irrégulier, incohérent, brouillon.

The Unseen est un long-métrage qui pèche de ne jamais poser concrètement son propos et qui noie son intrigue dans un montage brouillon. Toutefois, force est de constater que, si l’ensemble manque de vitalité, la réalisation de Geoff Redknap sur ce premier projet est tout à fait prometteuse, et témoigne de choix artistiques réfléchis. Nous espérons donc que The Unseen marque le début d’une nouvelle orientation de carrière pour son réalisateur, et que celui-ci continue ses réflexions de réécriture de mythes horrifiques en ayant pris conscience de ses erreurs.


The Unseen (Invisible) : bande-annonce

Invisible – fiche technique :

Titre original : The Unseen
Réalisateur :  Geoff Redknap
Casting : Aden Young, Camille Sullivan, Julia Sarah Stone, Ben Cotton
Durée : 97 min
Goonworks Films
Sortie VOD & Blu-ray : 30 novembre 2017
Diffusion : ACE entertainment
Durée : 97 min

Canada – 2016 

Auteur : Jeap Horckman

Plonger, le bain d’amour passionnant de Mélanie Laurent

Après le documentaire Demain, Mélanie Laurent revient à la fiction avec une œuvre d’une grande beauté esthétique qui crie à la liberté et à la passion. Plonger charme autant que le duo d’acteurs séduit.

Plonger commence de manière assez vive et la réalisatrice amène immédiatement le spectateur dans l’intimité du couple avec une scène d’amour dans la voiture. Filmée et sublimée avec sensualité, Mélanie Laurent nous épargne les clichés des premiers rendez-vous en proposant un récit accéléré de leur amour. À l’inverse des comédies romantiques qui prennent tout leur temps pour ensuite créer un happy-end, le film livre des instants de vies bruts et brefs en accélérant les premiers regards, baisers pour directement plonger le public dans un quotidien qu’il n’a pas le temps de saisir. Comme souvent d’ailleurs, le scénario ne s’attarde jamais trop sur les moments doux et joyeux souvent transformés en simples flashs et pourtant, le talent de mise en scène fait ressentir toute la passion qu’il y a entre ces deux personnages. Couple sublime joué par Maria Valverde, actrice mystérieuse dont l’accent espagnol séduit, et Gilles Lellouche, vraiment convaincant dans le rôle d’un homme amoureux et sérieux. Pour une fois, la sincérité lui va bien : il a quitté ses rôles d’hommes à femmes, le gamin a disparu au profit d’un homme passionné qui lui va encore mieux. Chacun a son moment de gloire dans le film : au début, elle crève l’écran avec son manque d’inspiration, ses craintes et son charme fou, à la recherche de l’étincelle qui la refera vibrer. Ce besoin de liberté est touchant. Dans la deuxième partie du film, quand Paz disparaît c’est lui qui est au centre de l’image et qui nous bouleverse par sa détresse et son désespoir.plonger-maria-valverde

Bien que l’histoire ne soit qu’effleurée, elle n’en reste pas moins bouleversante parce que Mélanie Laurent montre toujours que l’on peut dire et raconter quelque chose autrement. Comme elle l’avait fait dans Les Adoptés et avec lequel on voit clairement les ressemblances, une femme disparaît laissant l’homme fou d’elle, seul et désemparé. La réalisatrice sait comment tourner une passion dévorante en mélodrame tout en émouvant son public. Sans jouer de scènes vraiment tragiques, elle fait passer les émotions à travers un plan, une phrase, un regard et c’est ce qui est fascinant sur cette réalisation. Le cinéma et la photographie de la cinéaste ne cessent de passionner, Plonger brille par ses images et sa musique, céleste. Toujours en collaboration avec Arnaud Potier pour les images, dont on reconnaît le style fabuleux, l’actrice et réalisatrice très engagée dans l’écologie, voit en ce film l’occasion de glisser quelques clins d’œils à son action. Avec l’océan en toile de fond de ce bain d’amour totalement séduisant, la liberté l’emporte souvent sur la mélancolie grâce à des plans gigantesques sur des paysages magnifiques. Il faut d’autant plus voir ce film que l’on retrouve Marie Denardaud, qui avait déjà joué pour Mélanie Laurent dans son premier film, Les Adoptés, dans lequel elle était incroyable.

Synopsis : C’est l’histoire d‘un amour total entre César et Paz. Paz, photographe espagnole, nourrit une soif de rencontres, d’expériences et de voyages, alors que César, ex-grand reporter de guerre, souhaite à l’inverse s’extraire du tumulte du monde. Paz est enceinte, cette perspective l’angoisse, l’étouffe. Elle semble s’éloigner chaque jour un peu plus de César, comme obsédée par quelque chose qui lui échappe. Jusqu’au jour où elle disparait, laissant son enfant et César sans véritable explication.

Plonger : Bande-Annonce

Plonger : Fiche Technique

Réalisation : Mélanie Laurent
Scénario : Mélanie Laurent, Julien Lambroschini, Christophe Deslandes, d’après l’oeuvre de Christophe Ono-dit-Biot
Interprétation : Gilles Lellouche, Marìa Valverde, Ibrahim Ahmed dit Pino, Marie Denardaud, Noémie Merlant
Image: Arnaud Potier
Décors : Stanislas Reydellet
Montage: Guerric Catala
Producteur(s): Bruno Levy, Julien Deris, Etienne Mallet, David Gauquié
Société de production : Move Movie, CinéFrance, Mars Films
Distributeur : Mars Films
Durée : 102 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 29 novembre 2017

France – 2017

Canal + révolutionne les programmes courts avec la série Calls de Timothée Hochet

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Calls, la nouvelle série proposée par Canal + à la mi-décembre, va faire beaucoup parler d’elle. Calls ne proposera en effet aucune image. Ce programme atypique est principalement focalisé sur une expérience sonore.

Canal + va proposer dès le vendredi 15 décembre 2017 une nouvelle création originale intitulée Calls. Cette série propose un concept assez rarement exploité à la télévision. La série ne contiendra en effet aucune image avec des acteurs jouant la comédie. L’écran noir de votre téléviseur sera accompagné simplement par des sous-titres. L’attention du téléspectateur se concentre donc entièrement sur le contenu audio du programme.

Dix épisodes ont été conçus pour la série Calls. Ils correspondent, en réalité dans l’intrigue, à une variété d’enregistrements retrouvés après des événements tragiques. Chaque épisode sera d’une durée de dix minutes. La série s’intéresse à l’étrange, l’angoisse, l’amour et à l’inexplicable. Les thèmes abordés dans ces dix histoires sont variés. Les enregistrements en question proviennent de diverses sources : la boite noire d’un avion, un répondeur téléphonique, des talkies-walkies, les cassettes d’un magnétophone ou des appels à Police Secours.

Le concepteur et « réalisateur » de Calls, Timothée Hochet, âgé seulement de 23 ans, s’est confié à la rédaction du Huffington Post sur ce programme ambitieux. Ce jeune cinéaste a déjà réalisé de nombreux courts-métrages sur YouTube.

[Le] projet constitue une expérience où le spectateur se retrouve plongé dans le noir, frissonne et imagine. Selon moi, l’image est extrêmement présente dans notre société actuelle, le son un peu moins. A travers cette entreprise, je souhaitais absolument mettre l’accent sur l’aspect auditif et l’imagination. J’apprécie énormément le petit côté « histoire au coin du feu » et je voulais le retranscrire dans cette fiction. Tous les épisodes ne sont pas angoissants, c’est très varié. On peut trouver une pointe d’humour à plusieurs reprises par exemple.

Même si la série ne permettra pas de bénéficier de la présence et de l’aura des acteurs à l’image et à l’écran, le casting vocal de Calls est néanmoins de haute volée avec notamment Gaspard Ulliel, Charlotte Le Bon, Mathieu Kassovitz, Baptiste Lecaplain ou bien encore Kyan Khojandi.

Timothée Hochet a connu un véritable succès en créant une toute première vidéo sur la toile, intitulée Calls (expérience auditive). Publiée sur Youtube, sa vidéo, sans image, a rapidement dépassé la barre des 450 000 vues. Lorenzo Benedetti, le PDG de Studio Bagel (appartenant à Canal +), a été séduit par le concept. C’est à partir de ce moment-là qu’est né le projet de cette série. Les scénarios de Calls ont été écrits par Timothée Hochet.

Le message qui accompagne la bande-annonce du programme promet une bonne dose d’angoisse et de sensations fortes. Ces indications sont assez similaires aux recommandations déjà vues dans cinéma de genre avec le procédé du found footage, comme Le Projet Blair Witch.

Ces enregistrements témoignent de ce qu’il s’est passé. Ces cassettes peuvent être choquantes et dérangeantes. Gardez en tête que tous ces enregistrements sont authentiques, aucune de ces cassettes n’a été manipulée ou truquée.

Pour que le concept de Timothée Hochet puisse trouver sa place à la télévision, de légères modifications ont donc été apportées.

Je souhaitais avoir un écran tout noir. Pour Canal, c’était plus compliqué car ils craignaient que les téléspectateurs pensent à un bug en tombant sur le programme. On a donc décidé d’inclure des images abstraites avec Olivier Degrave [le directeur artistique visuel].

Des stimuli visuels devraient ainsi réveiller et surprendre le spectateur. Timothée Hochet serait prêt à travailler sur une deuxième saison. La création originale Calls sera donc diffusée tous les vendredis soir à partir du 15 décembre sur Canal + Décalé.

Bande-annonce de Calls, une série de Timothée Hochet, diffusée en exclusivité sur Canal + Décalé :

Calls, expérience auditive de Timothée Hochet :

12 jours, de Raymond Depardon : quand la bureaucratie rencontre l’intime

Le grand photographe et cinéaste Raymond Depardon a travaillé plusieurs fois sur l’institution judiciaire mais aussi sur les hôpitaux psychiatriques. Dans 12 Jours, il réunit les deux mondes et met en scène avec beaucoup de respect pour les uns et pour les autres leur quasi-dialogue de sourds.

Synopsis : Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

A la folie

Peu de temps après l’immense Frederick Wiseman et son Ex-Libris, et le très grand Wang Bing et son nouveau film Argent Amer, notre Raymond Depardon national vient à son tour contribuer à l’univers de ces documentaires fascinants, édifiants, beaux parce que terriblement humanistes. Pourtant, rien n’est aussi âpre et sec que le sujet du nouveau film du cinéaste, 12 Jours. Depuis très peu (2013), tellement si peu qu’on se demande avec effroi quelles étaient les pratiques d’avant, la loi oblige un juge à vérifier la régularité d’une procédure d’internement d’office, avant le 12ème jour de cet internement. Le contrôle consiste en deux choses essentiellement : vérifier la forme et le fond des certificats médicaux justifiant la poursuite ou non de cet internement, mais également recueillir le souhait du patient au regard de leur séjour en hôpital psychiatrique. Ce contrôle est également réalisé tous les 6 mois si le séjour était amené à se prolonger.

Sur le modèle de ces films comme Délits flagrants ou 10ème chambre, instants d’audience, 12 jours s’attaque donc de nouveau au monde judiciaire, appliqué cette fois-ci à la réalité si particulière de la folie. Raymond Depardon entame son métrage par un très long et très lent travelling le long des couloirs vides et silencieux de l’HP, comme pour véritablement inviter le spectateur à se débarrasser très progressivement du monde extérieur afin d’entrer dans cet univers qui, sans être stérile, est empreint de la douloureuse solitude des malades face à tous les possibles qui ne lui sont pas accessibles, telles ces portes closes tout au long de ce grand couloir…

La caméra se focalisera ensuite majoritairement sur la salle d’audience. Un juge y est présent, le patient et son conseil, un curateur ou un tuteur quand c’est le cas. Et une discrète infirmière vient rappeler que nous sommes bien à l’hôpital. Le dispositif filmique consiste en une succession de champs/contrechamps sur le visage de la personne qui est en train de parler, parfois sur le visage de l’autre qui écoute, à l’aide de deux caméras braquées respectivement sur eux. Sur les quelques 70 audiences qu’il a filmées à l’hôpital Vinatier de Lyon, le cinéaste en a gardé 10 des plus diverses. Des hommes, des femmes, des schizophrènes criminels, d’autres suicidaires, des personnes internées de force par leurs employeurs, d’autres par les forces de l’ordre ou encore par leur propre famille. Tous ont en commun d’avoir dans les yeux une plus ou moins grande intranquillité.

A un moment lors de l’audience, la procédure veut que le juge demande au « malade » ce qu’il pense de cet internement, s’il veut le continuer ou pas. La réponse est presque invariablement une demande de sortie, quelle que soit la gravité de la pathologie. Un vague sentiment de malaise s’empare alors du spectateur qui voit dans ces questions à la fois certes un respect de l’être humain derrière le patient souhaité par le législateur, en même temps qu’une vaste hypocrisie puisqu’à aucun moment, et avec raison, le juge n’envisage l’éventualité d’une telle sortie. La lueur de souffrance et de déception dans les yeux de ces femmes et de ces hommes à l’issue de chaque décision du ou de la juge est très justement captée par le cinéaste.

Le travail de Raymond Depardon a beau être factuel, on ne peut s’empêcher de voir que le cinéaste lui-même trouve un côté kafkaïen à cette procédure qui fait comme si le patient avait toutes ses facultés pour répondre à ces questions. Et même si la controverse pourrait également s’appliquer à l’équipe du film qui s’appuie sur le « consentement » de personnes aussi peu éclairées pour tourner à visage découvert, certes avec leurs noms qui sont modifiés, il est indéniable que la démarche du réalisateur est salutaire et honnête, en voulant mettre en lumière ces personnes brisées par l’injustice de leur pathologie.

Tourné en hiver, 12 Jours est ponctué de quelques scènes filmées à l’extérieur du bâtiment, qui marquent une désolation du paysage à l’image des protagonistes du film. La musique d’Alexandre Desplat est à l’avenant, profondément mélancolique, et on sort de cette histoire envahi de tristesse, mais également de compassion pour les patients et un petit peu pour les juges, emprisonnés dans un rôle difficile où l’empathie qu’on devine parfois sur leur visage est contrecarrée par les décisions difficiles qu’ils sont obligés de prendre. Malgré ou grâce à son extrême simplicité et dépouillement, 12 Jours est un film très réussi sur la rencontre de la pure bureaucratie et du profondément intime ; un film qui ne se laissera pas oublier facilement.

12 Jours – Bande-annonce

12 Jours – Fiche technique

Réalisateur : Raymond Depardon
Interprétation : Inconnus
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Raymond Depardon
Montage : Simon Jacquet
Producteurs : Claudine Nougaret
Maisons de production : Wild Bunch, Palmeraie et Désert, France 2 Cinéma, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Etoile 14
Distribution (France) : Wild Bunch Distribution
Durée : 87 min.
Genre : Documentaire
Date de sortie : 29 Novembre 2017

France – 2017

Enfance & Cinéma en 2017 : une innocence disparue

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Lorsqu’on fait le bilan d’une année cinématographique, certains thèmes reviennent avec plus ou moins d’insistance. Soit parce que ce thème-là est influencé par une mode stylistique, soit parce que le cinéma veut rendre visible un sentiment qui grandit dans notre société. Et cette année 2017 a été marquée par un sujet qui nous touche au plus profond de nous, petits ou grands : l’enfance et l’adolescence.

L’enfance a toujours été un enjeu pour les cinéastes et dans n’importe quel cinéma de genre : l’innocence, le passage à l’âge adulte, le début des responsabilités, l’apparition des premiers émois, l’ouverture à un nouveau monde, la violence qui émerge, la différenciation entre le bien et le mal, le regard distancié sur l’horreur. L’enfance est une mine d’or pour un réalisateur ou une réalisatrice dans son rôle en tant que personnage mais aussi en tant spectateur. On peut soulever cette tendance dans notre époque connectée, à un mode de consommation de l’art en général qui ressemble plus à de la boulimie cinéphage qu’à de l’appropriation d’une certaine forme de culture. Ceci additionné au fait que les plus jeunes d’entre nous ont un accès quasi illimité aux médias, aux réseaux sociaux et au streaming ; notre jeune population étant un acteur important de la construction même de la culture actuelle. D’ailleurs, les films ou séries sortis cette année notamment avec Stranger Things, It ou Thor n’ont cessé de faire sonner l’odeur de la nostalgie et de chercher l’enfant qui se cache sous les souvenirs des spectateurs des années 1980.

Ce questionnement sur la place et l’importance de la nouvelle génération dans notre époque a été l’un des points récurrents de cette année 2017. Sauf qu’au lieu d’idéaliser la chose, de réaliser une iconisation enfantine, les cinéastes n’ont cessé de les mettre dos au mur pour voir le jusqu’au-boutisme de leur limite, appréhender leurs émotions dans un monde qui leur demande trop ou qui ne les considère peut-être pas assez. Le mot considération est un terme qui sied parfaitement au thème : comment est perçue l’enfance par le cinéma, comment l’enfant est-il imagé par rapport aux personnages adultes ? L’enfance est un monde aventureux, solitaire ou en groupe, qui nous renvoie à notre mémoire, qui s’intéresse à découvrir ce que ces personnages peuvent devenir ou ne pas devenir. Dans cette interrogation, il y a cette constante volonté de connaitre son passé pour mieux comprendre son futur et cela se voit notamment à travers le genre qu’est le conte : rouage d’écriture que l’on retrouve dans Le Musée des merveilles de Todd Haynes ou dans Quelques minutes après minuit, où le jeune Conor va devoir laisser partir sa mère pour faire disparaître sa culpabilité et son mal être. Mais ces contes qui font surgir autant les larmes que l’empathie sont bien isolés dans leur manière de filmer cette innocence calfeutrée. L’approche multigénérationnelle parmi les autres sorties de l’année est moins évidente à percevoir.

Du coup, la notion d’espoir est souvent remplacée par la folie de notre époque et la noirceur qui s’en dégage. Ce qui scotche d’entrée, en 2017, c’est l’absence quasi-totale de délimitation entre la caractérisation des personnages enfants ou adolescents et ceux qui sont adultes : le traitement est quasiment similaire car les sujets qui les touchent sont les mêmes et les conséquences directes ont autant d’importance. Ce ne sont plus des êtres qui s’apprêtent prochainement à affronter un monde adulte dangereux ; non, ils affrontent déjà ce monde et sont les premières victimes collatérales d’une société empêtrée dans son aliénation comme en témoigne la défunte Hannah de 13 Reasons Why ou la jeune et dévastée Nina dans A Beautiful Day de Lynne Ramsay.

Pour cette dernière, l’innocence disparaîtra aussi rapidement que la venue d’une vengeance sanguinaire. A ce moment-là, la question du devenir se substitue à la quête de soi : il n’est plus question de passé ou de futur mais tout simplement de présent, d’une connexion ou d’une déconnexion à l’instantanée comme en atteste le fabuleux Faute d’Amour de Andrey Zvyagintsev. L’enfance est la fissure du monde pour des parents qui ne veulent pas devenir des parents. La famille semble être une chose presque antinomique avec les ambitions sociétales de nos jours. Le jeune Aliocha est un fantôme, un être invisible qui symbolise l’implosion de la notion de famille et qui montre à quel point l’enfance est autant un sujet tabou qu’oublié dans notre époque contemporaine : à partir de quand l’humain doit-il apprendre à se construire seul face au monde qui l’entoure ? A partir de quand doit-il porter le fardeau de toute une civilisation comme les jeunes cobayes de The Last Girl ou même les kids de The Stranger Things alors qu’ils combattent le mal par le mal, c’est-à-dire : eux-mêmes.

Le cinéma, cette année, a cette façon de rendre la notion d’enfance presque « absconse », comme si elle n’existait pas, ce qui a comme conséquence de diminuer les barrières de hiérarchisation et de vision du monde entre l’enfant et l’adulte : à l’image de Logan de James Mangold où X-23 (Laura) est le vrai enjeu du film. Malgré le thème de la paternité qui s’agence comme fil rouge, cette absence de flash-backs, de background antérieur montre à quel point il n’est plus question de « gosses », qu’elle n’est pas qu’une simple « gamine » qui apprend mais déjà une entité riche de sens, une machine à tuer qui dessoude toute ce qu’elle veut sur son passage et qui se bâtit sans qu’on lui donne le recul nécessaire pour apprivoiser ses erreurs. Violence, peur, gore, folie font partie du décorum qui entoure l’enfance au cinéma. L’une des premières décisions que nos jeunes personnages prennent s’apparente même à un cinéma de genre : c’est l’évasion par le road movie.

On a parlé de Logan mais l’une des pierres angulaires de l’année 2017 est American Honey d’Andrea Arnold. Un peu comme chez Harmony Korine ou Gregg Araki, le monde adulte est complètement absent, se détache de ses responsabilités, la famille est une chose qui se redéfinit socialement : ces jeunes sillonnent les routes d’une Amérique infortunée et non prospère pour se faire de la caillasse et écoutent leurs instincts en faisant leurs propres choix. Comme si ce genre de films voulait nous montrer que la construction ne passe plus par l’apprentissage ni la transmission mais par une acceptation de soi immédiate, tout comme dans Stupid Things d’Amman Abbasi. Les mains qu’on leur tend sont plus des gifles qu’ils prennent en pleine tronche qu’autres choses.

Car la jeunesse, au cinéma, ce n’est pas seulement les problèmes scolaires, les mauvaises notes, avoir des amis ou savoir si l’on va pouvoir faire le mur avec son coup d’un soir ou son premier amour, se faire une place dans la société et s’affirmer en tant qu’individu. Les thèmes sont plus précis, plus intimes face à l’éveil d’un soi ou même la disparation d’un soupir. La société a changé, fait évoluer ses mœurs et le teen movie est une chose qui n’existe presque plus tellement l’adolescence s’inscrit dans une réalité de plus en plus mature et violente. L’acceptation passe par le regard des autres mais aussi par celui de soi où il est difficile de se rendre compte du pourquoi du comment à l’image de Moonlight de Barry Jenkins, Thelma de Joachim Trier ou Grave de Julie Ducournau et leur toile de fond sur l’appropriation du corps et des émois sexuels. Que cela soit par le prisme du film d’horreur ou du film fantastique, de la trivialité ou du drame pur et dur, la jeunesse est une population qui doit naître de soi-même, subir ses galères et se sortir de la merde seul. L’adolescence est littéralement connectée à son environnement mais elle est déconnectée des autres personnes.

https://twitter.com/velvetmannn/status/935239088294236161

Ce fut déjà le cas bien auparavant, comme on l’a vu avec le remake de It, mais cette année 2017 n’a pas hésité à donner des rôles forts, aussi ambigus que doux : comme celui de Billy dans Un jour dans la vie de Billy Lynn. Ang Lee ne réalise pas un film anti guerre mais prend un chemin de traverse intéressant, parfois proche du faux et de la parodie, et décide de visualiser avec une ironie douce cette Amérique qui, pour le bien d’une démocratie auto proclamée, envoie les enfants de la patrie sur les champs de bataille alors qu’ils pourraient s’amuser comme les autres sur un terrain de foot. Au final, l’enfance est oubliée sur le devant de la scène mais reste belle et bien présente dans les coulisses de la société dépeinte dans certaines œuvres : le monde des adultes reste celui qui décide et qui utilise ses enfants comme il le souhaite à des fins personnelles. Que penser de l’hyper sexualisation dans les médias qui touche bon nombre d’acteurs de Stranger Things ?

Les acteurs, tout comme leurs personnages, sont prisés par cette tendance qui efface l’espace mental et physique qui sépare les générations, de là à noyer une innocence déjà bien attaquée. Yorgos Lanthimos, de par son film La Mise à mort du cerf sacré, redistribue parfaitement les cartes et conclut cette mouvance avec une enfance aussi souveraine voire divine que victime d’une société. Nos jeunes personnages sont la retranscription d’un univers en mutation, un chaos qui s’achemine et l’imagerie qui les accompagne témoigne du fait d’une innocence disparue.

 

Arabesque de Stanley Donen brouille les pistes en Blu-ray

Ce mardi 28 novembre, Arabesque, du méconnu et génial Stanley Donen, nous revient en Blu-ray chez les éditions ESC. De retour dans un master haute définition, la comédie d’aventure/espionnage du cinéaste de Charade et de Funny Face est un jeu de piste qui ne cesse d’être brouillé par les formidables trucs et astuces de mise en scène du réalisateur. Une expérience vertigineuse à (re)découvrir.

Synopsis : Le professeur David Pollock est un expert des hiéroglyphes arabes. Il est alors contacté par le Premier ministre d’un pays du Moyen-Orient qui lui demande de déjouer un complot visant à le renverser. La nature de cette machination pourrait être trouvée dans des codes écrits en hiéroglyphes.

Vertige(s)

Il faut d’abord le dire : l’intrigue ne cesse de connaître des retournements de situation parfois introduits en une réplique nous laissant pantois. Mais ce qui pourrait être considéré comme une facilité si l’on ne prenait en compte que le fil narratif plutôt fragile de l’œuvre sert en fait la mise en place d’un vertige. Vertige d’abord mis en place par ce récit enjoué qui emmène David Pollock (Gregory Peck), professeur d’Harvard spécialisé en hiéroglyphes, et nous-mêmes dans une aventure mystérieuse. Il faut le dire, nous sommes aussi perdus que ce pauvre américain, aussi trimballés et torturés que le héros. Qui sont les protagonistes ? Travaillent-ils pour la « bonne cause » ? Qui sont ces nouveaux individus qui entrent dans la danse, des ‘bad guys’, des gens avec leur propre intérêt ? Pourquoi tout le monde désire mettre la main sur ce code ? Qu’en est-il du professeur assassiné au début du film ? Pourquoi avait-il un message codé caché dans ses lunettes ? Quels intérêts servait-il ? Quant à la belle Jazmine (interprétée par la sublime Sophia Loren) qui ne cesse mentir et d’inventer une nouvelle vérité toutes les vingt minutes, qui est-elle vraiment ? Le film de Donen ne cesse de retourner les pistes que le spectateur et Pollock tentent d’instaurer aussitôt qu’un semblant d’explication – plus ou moins logique – pointe son nez. Face à tous ces nombreux faux-semblants et l’impossibilité de s’accrocher à l’un des discours « véridiques » de Jazmine, un vertige s’instaure. Quid de la perception au premier degré ?

Si croire aux propos de Loren est un exercice difficile, percevoir l’intrigue au premier degré l’est tout autant. Donen ne cesse de tordre la diégèse et ses vérités via son intrigue, mais aussi et surtout par l’image. Lentilles faisant marcher au plafond le duo Peck/Loren pour ensuite les brouiller puis les tordre, et enfin les représenter de manière fantomatiques. Ainsi, le réalisateur pousse le vertige de la perte de repères : le spectateur n’a alors que très peu d’éléments auxquels se raccrocher. En effet, la question s’impose naturellement : qu’est-ce qui est réel ? Jazmine est peut-être une traîtresse ? Ou alors, Sophia Loren serait un modèle féminin imaginée par Pollock, un professeur d’Harvard voulant s’abstraire de son quotidien et de son ennui par une aventure enjouée et tordue ?

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Sophia Loren prend sa douche aux côtés de Gregory Peck, caché loin des yeux de l’ennemi supposé.

En ne cessant de jouer avec notre perception, l’ingénieux cinéaste remet aussi en question notre adhésion au récit. Ainsi, ce jeu de regard est également une invitation à la distance. Prenons de la distance avec le récit. En effet, que regardons-nous lorsque nous sommes face à un film d’espionnage ou d’aventure ? Devons-nous tout considérer avec sérieux ? La réponse de Donen est claire : son film pastiche des James Bond et de certains films d’Hitchcock (notamment La Mort aux Trousses et Vertigo) nous amène à nous distraire tout en ayant conscience de le faire.

Arabesque est donc une expérience spectaculaire à bien des égards. Si le dernier acte tout en action tend à nous faire reprendre au sérieux son intrigue, le film est davantage une distraction intelligente et consciente de son statut d’entertainment, travaillant avec un savoir-faire formidable son jeu de pistes sans cesse brouillé et remis en question. Rappelons-le, le vertige est double. Mené par le doué et méconnu Stanley Donen, le long métrage se transforme en expérience spectatorielle : notre perception des images liée à l’appréhension au premier degré du récit par le spectateur, est bousculée et remise en question. Arabesque se présente ainsi au spectateur comme un réapprentissage spectatoriel – le film bouscule puis élargit les perceptions de la fiction et plus ouvertement des images cinématographiques. Ainsi, le regard du spectateur n’est plus figé dans l’appréhension du récit au premier degré – tout en proposant un ride hilarant, sublime, et perturbant à en être presque usant sur la fin. Un film à (re)découvrir.

Blu-ray aventurier

Édité par les éditions ESC, Arabesque bénéficie d’un nouveau master haute définition parfois resplendissant. Les couleurs sont vives sans êtres poussives, les visages sont bien de chair ; et les ingénieux et formidables effets visuels surprennent toujours. Si le grain est préservé, on regrettera sa surprésence sur plusieurs plans ainsi qu’un manque général de détails sur l’ensemble. On remarquera enfin une instabilité sur certains plans. Du côté du son, rien à redire hormis la VF d’origine. Si sa présence est louable, on peut regretter qu’un mixage n’ait pas été opéré pour rehausser les effets sonores (non musicaux) occultés par la piste de doublage français. Quant aux bonus, la galette contient deux intéressants retours sur Donen et sur le film par Thierry Lebon, journaliste (passionné) à radio TSF et Mathieu Macheret, critique de cinéma au monde. Concernant ce dernier, on notera vers la fin du bonus concerné un retrait de la reflexion analytique pour le débit de quelques jugements. Un clip promotionnel de la collection « Hollywood Classics » est aussi présent. Ainsi, Arabesque se présente avec une belle édition Blu-ray, mais pas l’ultime, peut-on espérer.

Bande-Annonce – Arabesque

https://www.youtube.com/watch?v=X2ukkcSaXpU

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Langues : Français, Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.85, 1/16ème compatible 4/3 – Format audio : VF + VOST mono 2.0 – Durée du film : 107 min.

Bonus inédits :
– Stanley Donen par Thierry Lebon (journaliste à radio TSF)
– « Elégie du pastiche », entretien avec Mathieu Macheret (critique cinéma du Monde)
– Dans la même collection….

Prix indicatif public : 19,99 euros le Blu-ray ; 16,99 le DVD

Trahisons, un classique tableau d’histoire

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La Seconde Guerre Mondiale est-elle un sujet inépuisable ? C’est ce que nous laisse penser la large filmographie autour de cette  période de l’histoire. Et pourtant, le réalisateur de Trahisons, David Leveaux, a réussi avec ce premier long-métrage un challenge risqué : celui de traiter, sous un nouvel angle, cette question récurrente de la guerre mondiale.

La modestie à l’ordre du jour

Peu connu du grand public, le britannique David Leveaux s’est immiscé derrière la caméra, avec un style empreint de naturel et de sincérité. Sortie en VOD ce jeudi 30 novembre, Trahisons se révèle être un drame, certes classique, mais d’une grande qualité. L’histoire nous plonge en 1940, lorsque le capitaine nazi Stefan Brandt est mandaté pour assurer la protection de l’ancien monarque de l’Allemagne, Kaiser Guillaume II. Envoyé à Utrecht, aux Pays-Bas, il y rencontre une jeune juive au nom de Mieke de Jong. Débute alors, une idylle secrète entre les deux amants maudits. Mais lorsque Stefan Brandt est informé qu’un espion britannique souhaite éliminer Kaiser et ainsi, déstabiliser le régime d’Hitler, le capitaine se retrouve confronté à un choix des plus cornéliens : l’amour ou le devoir ?

Si conter la sombre histoire d’amour entre deux individus en temps de guerre, est loin d’être un scénario des plus originaux, la façon d’aborder le sujet est quant à lui, bien plus singulier. Pour mettre en lumière son drame, le cinéaste a choisi de centrer son propos sur le point de vue des personnages. En délaissant l’histoire au profit de l’aspect philosophique et sentimental, David Leveaux met en évidence une galerie d’âmes brisées par différents événements de leur vie et qui tentent inlassablement de trouver des réponses à leurs chagrins. Alors que la plupart des films de guerre dresse un portrait caricatural de ses personnages (bons vs mauvais), le Britannique laisse quant à lui, entrevoir un certaine positivité dans sa représentation des hommes. Si la plupart d’entre-eux ont commis des atrocités durant la guerre, ils sont pourtant tous décrits comme étant des êtres humains imprégnés par les regrets et les doutes. Et là réside toute la particularité de cette œuvre. 

lily-james-trahisons

Et pour donner vie à ce long-métrage, David Leveaux s’est réservé le luxe d’un casting cinq étoiles. Nous retrouvons à l’affiche Jay Courtney (Suicide Squad), qui se glisse dans le personnage principal du capitaine Stefan Brandt, Lily James (Baby Driver) dans le rôle complexe et intense de la servante et enfin l’incroyable Christopher Plummer (La mélodie du bonheur) qui se distingue avec son interprétation hallucinante du Kaiser. Touchant de sincérité, Trahisons est une agréable découverte qui peut être vécue comme une véritable expérience humaine. Parce que les films de guerre ne sont pas simplement de fidèles reconstructions historiques, mais également des œuvres pleines de moralité.

Trahisons est à découvrir actuellement en VOD, pour un pur moment de simplicité et d’émotions. 

Trahisons : Bande Annonce

Fiche Technique : Trahisons

Titre original : The Exception
Réalisateur : David Leveaux
Scénario : Simon Burke
Compositeur : Ilan Eshkeri
Photographie : Roman Osin
Monteur : Nicolas Gaster
Distribution (France) : TF1 Studio
Durée : 1h47min
Genre : Thriller, Espionnage
Date de sortie : 30 Novembre 2017

Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson : un polar enneigé dans sa médiocrité

Avec sa trame digne d’un roman de gare et sa production bâclée, Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson est un naufrage complet. A travers ce polar bien pâle, aux enjeux minimes dans l’univers enneigé d’une Norvège inerte, le réalisateur de Morse ne connait malheureusement pas la réussite de ses débuts.

Un certain nombre de scènes n’auraient pas été tournées, soit par choix de la production, soit par manque de temps durant un tournage qui s’est avéré très court. Ceci explique peut-être cela mais il n’empêche, que malgré les déboires de ce projet cinématographique, le résultat est d’une calamité sans nom. Tomas Alfredson, Michael Fassbender, J. K. Simmons, Val Kilmer et même Charlotte Gainsbourg, tout ce beau monde pour un film de genre qui manque clairement de liant et de personnalité afin de pouvoir attiser la moindre parcelle de curiosité. Sous cette couche épaisse de médiocrité, Le Bonhomme de Neige est un film hybride, à la rythmique qui n’est pas celle de Tomas Alfredson, et qui fait bizarrement penser à Suicide Squad. Le point de vue artistique est écrasé d’un côté par l’aspérité artistique d’un cinéaste et de l’autre, par la rationalisation faussement rentable d’une production qui veut avoir la main mise sur son projet.

Cette histoire de sérial killer de jeunes femmes est tiré d’un roman, celui de Jo Nesbø. Dès la première séquence, qui est un flash-back sur l’enfance du tueur, on comprend vite la galère dans laquelle on est tombé : montage ubuesque et désarticulé dans son découpage spatio-temporel, enjeu mal amené et thématique égorgée de force. Tout sonne faux. Et c’est bien le problème d’un film qui peinera à trouver sa respiration. Pourtant, la recette est classique : un flic alcoolique aux traumas existentialistes divorcé d’une femme qui ne demande qu’à être cajolée, une équipe de jeunes loups autour de lui, un tueur sournois, un environnement froid et brumeux, une enquête policière qui mêle vie personnelle et rebondissements scénaristiques. Mais l’enchevêtrement entre toutes ces données n’est pas assez solidifié, faute à un récit qui n’impose pas assez d’ampleur à son champ d’action : rien n’est travaillé et on se croirait face au téléfilm du vendredi soir sur France 2.

Le flic, joué par Michael Fassbender, ancienne légende de la police, est en pleine dépression. Pourquoi ? Difficile de l’expliquer. Son alcoolisme ? Inexpliqué. Le principal souci provient du fait que Tomas Alfredson semble éloigné de son film : où est passé le réalisateur de Morse, qui réinventait le film de vampire ? Là où Dennis Villeneuve se servait du polar dans Prisoners pour amener son récit dans les soubresauts des thèmes vénéneux de la vengeance personnelle, Tomas Alfredson ne fait rien de tout cela et délaisse toute thématique à son œuvre. Là où David Fincher dans Millenium, filmait la Suède comme une antre froide à la dialectique inquiétante et mystérieuse, Le Bonhomme de neige n’utilise à aucun moment son décor pour mélanger son cadre à son histoire. Là où Bong Joon-ho dans Memories of Murders se servait du film de genre pour recentrer son récit vers une dénonciation sociale sur la société campagnarde de la Corée du Sud, le cinéaste n’arrive pas à rendre palpable les possibilités sociétales de son matériel, à propos des sorts des femmes à notre époque ou à propos de la représentation du visage de la famille contemporaine.

Le film de genre, peut paraître aussi souple que rachitique : et quand bien même le récit serait restreint ou cloîtré sur ses positions de Série B, le réalisateur semble perdu, aux abonnés absents, tout comme le reste de son casting. Le Bonhomme de neige n’est ni un film tendu qui base tout sur les qualités de mise en scène et le graphisme de ses mises à mort, ni un film policier lent et mutique voulant accentuer son montage sur les modalités de l’enquête, ni un polar suintant la peur et le suspense, voire ni un portrait de personnages nihilistes comme pouvait l’être True Detective. Deux choses symbolisent le fiasco du projet : les intentions du tueur, qui est le seul à ne pas comprendre l’incohérence de ses actes et surtout les rares mais drolatiques (à son insu) apparitions d’un Val Kilmer cabotinant comme un gros porc. Et dire que ce film est composé du meilleur acteur de sa génération et de l’un des réalisateurs les plus talentueux du XXIème siècle.

Synopsis: Lorsque le détective d’une section d’élite enquête sur la disparition d’une victime lors des premières neiges de l’hiver, il craint qu’un serial killer recherché n’ait encore frappé. Avec l’aide d’une brillante recrue, il va tenter d’établir un lien entre des dizaines de cas non élucidés et la brutalité de ce dernier crime afin de mettre un terme à ce fléau, et ce, avant la tombée des prochaines neiges.

Bande annonce : Le Bonhomme de neige

https://www.youtube.com/watch?v=T0qtGMUObBs

Fiche technique : le Bonhomme de neige

Réalisateur : Tomas Alfredson
Scénario : Soren Sveistrup
Interprètes : Michael Fassbender, Charlotte Gainsbourg, Val Kilmer
Montage : Claire Simpson
Sociétés de production : Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International France
Durée : 119 minutes
Genre : Polar
Date de sortie : 29 novembre 2017

Festival Séquence Court Métrage : bilan de la 26ème édition

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Comme chaque année à Toulouse, l’association Séquence Court-Métrage organise un festival afin de diffuser le plus largement possible l’art du format court. Durant ces quelques jours, le public a l’occasion de découvrir des court-métrages venus du monde entier,  certains, déjà reconnus et primés, d’autres ne font que débuter mais sont pleins de promesses. À travers sa sélection de 130 films sur les 1300 reçus par les organisateurs, l’équipe de Séquence propose des thèmes aussi riches que variés et des techniques aussi originales que surprenantes pour divertir son public.

De l’animation à la fiction, le format court se renouvelle et ne fait que marquer de plus en plus les esprits avec une originalité et une technique assez incroyable. La programmation a su saisir ses qualités pour faire du Festival Séquence Court Métrage quelque chose de singulier. Ajoutant aux cinq compétitions, des séances spéciales telles que comédies musicales, humour et même une nuit entière consacrée aux courts avec pour thème l’amour, le festival propose une variété de découvertes qui ne peut que séduire le public et en sortir quelques uns de leur zone de confort. Captivés ou non par les projections, les spectateurs en sortent forcément enrichis de cette expérience qui intrigue ou passionne. Au total, 32 pays étaient représentés, ce qui donne un aperçu de la diversité des programmes ; aussi bien sur le fond que sur la forme.

une-robe-d-ete-françois-ozonEn plein mois de novembre et alors que l’hiver commence à se faire sentir, l’équipe de Séquence choisit de placer sa soirée d’ouverture sous le thème de la plage. Avec des projections qui font honneur au sujet, le public découvre ou redécouvre un court métrage de François Ozon par exemple : Une robe d’été qui montrait déjà toute l’étendue du talent du réalisateur pour saisir les images et parler de sexualité dans les années 1990. De films d’animation étonnants aux fictions dont les images sont captivantes, les court-métrages font parler. Épatants de technique mais aussi de qualité, certains animés convainquent par la réussite de leur dessins pendant que d’autres laissent perplexes sur leur sens, que l’on trouverait sans doute après plusieurs visionnages. Le message n’est pas toujours clair et c’est en cela toute la difficulté des court-métrages qui ont un temps réduit pour dire ce qu’un long peut prendre le temps de développer. Cette exigence, elle est aussi dans les choix esthétiques des metteurs en scène qui doivent se montrer bien plus rigoureux sur ce type de création pour toucher le spectateur. Beaucoup sont d’ailleurs bien plus dans la contemplation que dans le dialogue et, lorsqu’à ce moment là, cela reste efficace, on saisit alors l’ampleur du talent d’un cinéaste. La soirée d’ouverture exploite alors le court sous toutes ses formes et propose plusieurs styles qui ont chacun leur propos à tenir. Des premiers pas d’Oulaya Amamra (Divines) dans Belle Gueule,  à La révolution des crabes qui finit la soirée en beauté, la programmation séduit par ses images et son humour pour cette première soirée.

Du côté de la compétition…en-cordee-matthieu-vigneau

Tout au long de l’année, l’association a proposé des soirées de présélection où étaient présentés 21 films. Il ne restait alors plus qu’au jury d’élire le grand vainqueur parmi les six finalistes. Et c’est la réalisation de Matthieu Vigneau qui a été primée : court métrage noir et blanc qui interpelle et attise la curiosité du spectateur. L’oeuvre a semblé conquérir le coeur du jury composé de professionnels du cinéma. Parfois insaisissable, parfois comique par son décalage, En Cordée a autant de qualités scénaristiques que de mystères dans sa réalisation.  Le public a, quant à lui, choisit un film aux abords plus politiques avec Kapitalistis, dénonçant le capitalisme de Noël de manière décalée et humoristique. L’accent belge est à son meilleur jour dans ce court-métrage qui divertit gentiment en plaçant tout de mêmes quelques doux messages provocateurs. Côté compétition internationale, c’est Timecode qui l’emporte. Palme d’or du Festival de Cannes en 2016, revoir ce court métrage ne fait que confirmer la poésie qui s’en émane malgré un cadre qui n’apparaît pourtant pas comme facilitateur. Le court-métrage espagnol de Juanjo Gimenez Pena convainc par ses pas de danse divins, ses suggestions habiles et la tendresse qu’il parvient à faire passer à travers simplement des post-it et des caméras de surveillance.

L’animation a également brillé pendant ce festival et offrait beaucoup de magie au jeune public comme aux plus grands, qui se laissaient facilement emportés par des histoires loufoques parfois, mais souvent très jolies. En parlant des plus jeunes, Séquence Court Métrage organisait également une compétition Collèges/Lycées pour laquelle des classes ont réalisés des films à l’aide de professionnels. Les deux vainqueurs pour cette catégorie montrent la grande surprise quant à la qualité des œuvres présentées. Un film d’animation totalement envoûtant pour le collège et un court-métrage à la qualité cinématographique quasiment irréprochable sur le thème de l’homophobie pour le lycée. À l’image du Festival en entier, ces deux réalisations étaient étonnantes mais surtout ravissantes.

Le palmarès : timecode-Juanjo Gimenez-Pena

Compétition Française Prix du Jury : En Cordée, réalisé par Matthieu Vigneau

Compétition Française, Prix du Public :  Kapitalistis, réalisé par Pablo Muñoz Gomez

Compétitions Internationales : Timecode, réalisé par Juanjo Giménez Peña

Compétition Animation 1ers films : Des résidus analytiques, réalisé par Jon Boutin

Prix des Collèges/Lycées : Le Secret (collège) / Under Pressure (lycée)

Les sept samourais : Kurosawa passe sur le billard numérique

On ne voyait pas trop quoi ajouter au chapitre de la vie des Sept Samouraïs en haute définition depuis que Wild Side et La Rabbia avaient clôturé les débats avec leur superbe coffret de 2014. La Rabbia non plus, visiblement, qui ressort sans Wild Side mais avec M6 vidéo le chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa dans une édition qui reprend peu ou prou le contenu de la précédente.

Un temps annoncé avec de nouveaux bonus (dont un entretien avec Jean Douchet aux abonnés absents), le millésime DVD 2017 de Les Sept Samouraïs colle à la lettre à son prédécesseur en termes d’interactivité. Sans surprise, vous pourrez donc retrouver l’excellent documentaire « Kurosawa, la voie » de Catherine Cadou. La traductrice d’Akira Kurosawa depuis Kagemusha est partie à la rencontre de cinéastes aux quatre coins de la Terre pour parler de l’influence qu’a pu exercer le maître japonais sur leurs vies de spectateurs, ainsi que leurs pratiques de cinéastes. Un module indispensable pour appréhender l’extraordinaire aura qui continue d’envelopper un réalisateur comptant parmi la poignée d’artistes (aux côtés de Hitchcock, Ford, Lean, Leone et Kubrick) qui ont largement contribué à façonner le langage cinématographique moderne. Vous retrouverez également un making-of d’époque ainsi qu’une rencontre avec certains membres de l’équipe de tournage.

Du pas neuf avec du vieux

les7samourais-sortie-dvd-bluray-m6-larabbiafilms-akira-kurosawaAutant de bonus réjouissants mais déjà présents dans la précédente édition. De quoi s’interroger franchement sur l’utilité du coffret, d’autant que La Rabbia et SND ne se donnent pas vraiment la peine d’habiller la légèreté de la démarche. Même les menus d’entrées reprennent à quelques détails près l’interface de la précédente ! Au final, la seule nouveauté que compte cette édition par rapport à la précédente…est l’absence d’un supplément justement, à savoir le livret écrit par Catherine Cadou qui était intégré au coffret de 2014.

Botox Haute définition pour les sept magnifiques 

Difficile de trouver une raison d’être à cette ressortie, si ce n’est la remasterisation qui semble avoir été opérée sur le master précédent, qui était déjà le produit d’un complément de restauration que la Rabbia avait effectué à l’occasion de la ressortie en salles du film en 2013. Reprenant la répartition du film sur deux disques opérée par le coffret Wild Side/ La Rabbia, le résultat est un véritable lifting numérique qui gomme tous les marqueurs d’époque que le blu ray de 2014 avait conservés. Le grain en premier lieu, porté disparu ici et première victime d’un abus de réducteur de bruit qui fait certes disparaître les traces de rayures ou de défauts de la pellicule qui subsistaient, mais accuse également une fâcheuse tendance à plastifier les visages sur certains plans. Donner l’impression que le film a été tourné hier d’accord, à condition de ne pas oublier son âge durant le processus ! On y déplore également un effet de saccade dès que le cadre s’anime et que l’action s’emballe, au point que l’image semble parfois passer en mode accéléré. De fait, bien qu’il soit présenté dans sa version intégrale et doté d’un chapitrage identique à l’édition précédente, le film ne comptabilise au total que 198 minutes, contre 205 en 2014 !

Version « livre de poche » de l’édition sortie il y a trois ans ou tentative grossière de grappiller quelques sous des portefeuilles des cinéphiles à l’approche des fêtes de Noël, difficile de juger en l’état. Mais une chose est sûre : si vous possédez déjà le coffret Wild Side, rien ne vous oblige à repasser à la caisse, à moins d’être un collectionneur compulsif d’Akira Kurosawa…

Thirteen : retour d’une disparue parmi les siens

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France 2 a récemment misé sur Thirteen, une brillante mini-série britannique en cinq épisodes traitant d’un sujet délicat : le retour d’une victime de kidnapping chez elle.

Synopsis : Ivy Moxam, 26 ans, parvient à s’échapper de la cave où elle était retenue prisonnière depuis treize ans. La jeune femme va devoir aider les enquêteurs à retrouver son ravisseur, qui en a profité pour enlever une autre petite fille. Elle va aussi apprendre à avoir une vie normale entourée des siens…

thirteen-serie-bbc-jodie-comer-aneurin-barnard-critiqueUne semaine après avoir diffusé le tout dernier épisode de la magnifique série Broadchurch, qui a certainement bouleversé le paysage télévisuel (les séries, de tous pays confondus, qui se sont inspirées de cette dernière, sont désormais nombreuses !), France 2 a misé de nouveau sur un autre excellent objet télévisuel britannique. Produite par la BBC, Thirteen est une bouleversante mini-série composée de cinq épisodes uniquement (et il n’y aura pas de saison 2 comme l’a affirmé la créatrice Marnie Dickens). Elle rappelle évidemment la terrible histoire très médiatisée de Natascha Kampusch. Ainsi, Ivy Moxam est une jeune femme de 26 ans qui est restée en captivité dans une cave, suite à un enlèvement, pendant 13 ans. Elle parvient un jour à s’en échapper. La série part alors sur deux axes qui finissent par se rejoindre : d’un côté, un axe autour de la psychologie des personnages (tentant de se reconstruire après un tel traumatisme), de l’autre, l’enquête autour du ravisseur Mark White, toujours en liberté et ayant kidnappé par la suite une petite fille (et cela doit aussi permettre de résoudre les zones d’ombre autour de l’enlèvement d’Ivy).

13 : le signe d’un malheur éternel ?

Le chiffre 13 peut être un élément clé intéressant pour appréhender la série. Ivy avait 13 ans quand elle a été enlevée et y est restée 13 ans. Physiquement, le spectateur aura toujours l’impression d’observer une jeune fille de 13 ans et non celle d’une vingtaine d’années désormais. 13 est aussi un chiffre symbolique, souvent associé à du malheur ou au bonheur : cette ambivalence est donc proposée, même si la série penche vers la fin sur l’une des deux possibilités. En sortant de sa cave, en retrouvant les siens, on ne peut que souhaiter à Ivy d’aller de l’avant même si sa vie sera brisée pour toujours. Mais justement, à cause de l’inimaginable, les choses ne seront plus comme avant, que ce soit pour elle ou ses proches, eux-mêmes bouleversés par cette nouvelle littéralement inattendue. La série propose donc un sujet puissant : contrairement à de nombreuses séries (comme dans Broadchurch – décidément, on y revient toujours !), l’enfant disparu est vivant et revient parmi les siens. A priori, il s’agit d’une « bonne » nouvelle, le signe d’un espoir possible. Cela dit, contrairement à Unbreakable Kimmy Schmidt (qui reprend un sujet similaire mais sur un ton bien plus optimiste), on se demande si cette « liberté » concrète, notamment en retrouvant le foyer initial et sa famille, peut vraiment exister ou si elle ne devient pas rapidement illusoire. Comment se réintégrer dans sa propre famille éclatée ? Au cœur de son petit groupe d’anciens amis ? Dans la société qui a considérablement évolué ?

Une série à regarder aussi pour la formidable Jodie Comer

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Thirteen est une série sombre aux tons grisâtres exposant des personnages aux visages fatigués, confrontés aux fantômes du passé, tentant de survivre au présent. Et le futur ? Est-il envisageable ? C’est certainement aussi pour cette raison qu’une saison 2 ne semble pas être envisagée par la créatrice : comment peut-on imaginer un quelconque avenir ? La mini-série a beau être poignante, extrêmement difficile par moments (même si on n’assiste pas à des actes de violence), elle ne se veut pas tire-larmes à tout prix. Les réactions des personnages, tous complexes et fragilisés par tant d’épreuves, sont crédibles. Ils sont incarnés par des comédiens fantastiques, notamment par Jodie Comer dans le rôle principal, vue notamment dans les séries Doctor Foster et Journal d’une ado hors norme (My Mad Fat Diary). Retenez le nom de cette jeune actrice talentueuse qui ne devrait pas rester totalement méconnue dans les années à venir. 

Thirteen : bande-annonce

Thirteen : fiche technique

Créée par Marnie Dickens
Casting : Jodie Comer, Richard Rankin, Valene Kane, Natasha Little, Stuart Graham, Aneurin Barnard…
Genre : Drame
Format : 60 mn
Premier épisode  : 28 février 2016
Chaîne d’origine : BBC Three

Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina : Que viva Pixar !

Il est parfois bien difficile de devoir écrire une critique. Comment partager avec un lecteur/spectateur l’expérience d’un film Pixar quand on a usé tous les superlatifs possibles et imaginables sur les précédentes œuvres du studio ? Comment retranscrire l’expérience profonde et intime vécue sans en briser la magie ? Et surtout, que dire de neuf sur des créateurs qui depuis des années incarnent la quintessence de ce que le 7ème art est capable de proposer ? La réponse est finalement très simple, cette critique n’en est pas une, c’est un éloge. Celui dressé à la gloire de Coco, authentique (et énième) chef d’œuvre du studio à la lampe.

Ainsi, serions-nous tentés de dire, cette critique ne servira à rien. Elle ne sera qu’un papier de plus dans le mérité océan de louanges que vous aurez déjà lues ou entendues à l’heure où ces lignes défileront sous votre regard. Et comme souvent dans ce cas, on vous enjoindra à franchir directement les portes de votre cinéma plutôt que lire jusqu’à l’écœurement ce que d’autres en pensent. Il n’y a aucun intérêt à se remplir le crâne de mon avis quand vous pouvez vous faire le vôtre dès maintenant. Et Pixar a suffisamment fait ses preuves pour ne pas hésiter une seconde à courir voir son dernier rejeton séance tenante.

D’autant plus quand votre serviteur répétera les mêmes choses que la sphère médiatique : Oui, Coco est d’une beauté visuelle effarante, autant dans sa fabuleuse direction artistique que dans sa mise en scène virtuose. Oui il est encore la preuve que l’exigence de fabrication est la clé de voûte du cinéma. Oui, son discours est passionnant et offre de vertigineux niveaux de lecture. Oui, les personnages sont attachants. Oui, c’est blindé jusqu’à la gueule d’idées. Oui, c’est drôle. Oui, c’est bouleversant. Oui, oui, cent fois oui.

Mais tout ça vous le savez déjà depuis Toy Story !

Alors plutôt que répéter jusqu’à plus soif pourquoi Pixar est la perle la plus précieuse du monde culturel, il semble plus intéressant d’aborder la singularité profonde de ce Coco, une singularité qui, comme toujours, s’exerce dans le même champ que les précédentes œuvres du studio.

C’est en premier lieu le contexte, organiquement connecté à ce que le film construit dramaturgiquement. Nous sommes au Mexique (qui fera de Coco, à n’en pas douter, un trésor national), un pays où la notion de famille est généalogique et concomitante (pour le pire et le meilleur) de la vie de ses membres. Le respect dû aux ancêtres, vivants comme morts, est une valeur constitutive de cette culture et le Jour des Morts une date pivot dans cet état de fait. Le noeud dramatique en jeu, ainsi que la place de chaque protagoniste, résulte donc avant tout de l’univers dans lequel le film prend place et prépare en cela la fluidité absolue du récit, à l’image de ce que Ratatouille opérait avec la France. Les 20 premières minutes, déjà une pépite au sein du joyau, délivrent en cela authentiquement et avec une maîtrise absolue toutes les informations nécessaires à ce qui sera une totale implication spectatorielle puisque liant ici plus qu’étroitement l’histoire à la culture mise en jeu. Nul besoin, en sus, de souligner l’évidente virtuosité de cette introduction qui rappelle le récent Kubo et l’armure magique.

Explorant toujours les thématiques de filiation et de famille, le studio franchit ici un cap puisque avant que le film ne se trouve un délicieux grand méchant (dans un hommage inattendu aux telenovelas), c’est bel et bien la famille qui se constituera antagoniste de notre héros, le petit Miguel. Or, si Le Monde de Nemo l’amorçait un peu en son temps, Coco fonce dans cette voie, opposant une juvénile figure d’artiste à sa famille empesée par son héritage déterministe et ses absurdes secrets jusqu’à un point de rupture qui en formera l’enjeu principal (et double). Si, en premier lieu, le film semble adopter la voie fascinante d’un retour impossible du rêveur chez soi, il choisit finalement (et de façon organiquement Pixarienne) la nécessité d’une réconciliation qui s’exercera à différentes strates et dans une cohérence qui laisse pantois. On en garde bien entendu la surprise mais le mono-mythe Campbellien est encore une fois servi de la plus belle des manières.

Après avoir offert l’étonnant Voyage d’Arlo, une suite au Monde de Nemo et un troisième opus à Cars, Pixar revient aussi à un film d’univers en ceci qu’il donne vie à un monde inédit, dense et construit. Cette nouvelle mythologie à explorer, au-delà de son faste graphique, ouvre les vannes d’un imaginaire foisonnant, fourmillant d’idées passionnantes sans jamais perdre de vue son potentiel ludique. La facilité d’appréhension et de compréhension des règles et codes formant le Monde des Morts en remontre à 80% de la production actuelle, incapable d’atteindre cette virtuose évidence dans la construction de sa mythologie.

Autre défi du film, aborder la thématique de la mort dans ce qui reste une œuvre grand public. Forcément, Pixar offre encore un modèle d’intelligence et de pédagogie, rattachant sa vision du deuil à cette célébration enjouée qu’est la Fête des Morts et abattant, de facto, la barrière entre morts et vivants. Ce comme un appel très latin à ne pas opposer les deux mais bel et bien à les lier. Ce qui permet au film de viser droit au cœur quant à la question du souvenir, et de ce qui reste après un deuil, dans une croyance et une adéquation si absolue avec la philosophie de l’auteur de ses lignes qu’il peine encore à s’en remettre. Vice-Versa reste encore le mètre étalon de l’émotion traumatique chez Pixar mais Coco, dans son genre, se défend plus que bien et s’avère d’utilité publique.

Enfin, et c’est loin d’être un détail, Coco boucle une très grande année pour le film musical, genre qui nous aura livré pas moins de trois sublimes itérations en 2017 avec La La Land et Baby Driver. Au-delà d’user de la musique avec maestria, aussi bien dans le score d’un Michael Giacchino investi que dans les chansons des Lopez (La Reine des Neiges, Avenue Q, The Book of Mormons,…), Coco franchit une étape supplémentaire dans la jonction des styles Disney et Pixar au point d’inverser une tendance jusqu’ici plus profitable à Mickey qu’à Luxo. Pour son premier film musical, Pixar fait donc une prodigieuse entrée en matière.

Il y aurait encore tant à dire sur Coco. Mais plutôt que prolonger cet (inutile, rappelons-le) papier, allez-y immédiatement. Seul, à deux, en famille, en groupe, allez-y ! Il y a tant à voir, à entendre, à aimer, à vivre, à ressentir ici qu’on se demande si Pixar a encore quelque chose à voir avec le cinéma ou a définitivement muté en l’expression sur grand écran du meilleur de nous-mêmes. La réponse se trouve peut-être dans la question.

Coco : Bande-annonce

Coco : Fiche technique

Réalisation : Lee Unkrich et Adrian Molina
Scénario : Adrian Molina et Matthew Aldrich
Interprétation : Anthony Gonzalez (Miguel), Gael Garcia Bernal (Hector), Benjamin Bratt (Ernesto De La Cruz),…
Photographie : Matt Aspury et Danielle Feinberg
Montage : Steve Bloom et Lee Unkrich
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Darla K.Anderson
Sociétés de Production : Walt Disney Pictures et Pixar Animation Studios
Distributeur : Walt Diseny Pictures
Budget : 175 000 000 USD
Genre : Animation, Fantastique, Comédie, Musical
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 29 novembre 2017

Etats-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise