Arabesque de Stanley Donen brouille les pistes en Blu-ray

Ce mardi 28 novembre, Arabesque, du méconnu et génial Stanley Donen, nous revient en Blu-ray chez les éditions ESC. De retour dans un master haute définition, la comédie d’aventure/espionnage du cinéaste de Charade et de Funny Face est un jeu de piste qui ne cesse d’être brouillé par les formidables trucs et astuces de mise en scène du réalisateur. Une expérience vertigineuse à (re)découvrir.

Synopsis : Le professeur David Pollock est un expert des hiéroglyphes arabes. Il est alors contacté par le Premier ministre d’un pays du Moyen-Orient qui lui demande de déjouer un complot visant à le renverser. La nature de cette machination pourrait être trouvée dans des codes écrits en hiéroglyphes.

Vertige(s)

Il faut d’abord le dire : l’intrigue ne cesse de connaître des retournements de situation parfois introduits en une réplique nous laissant pantois. Mais ce qui pourrait être considéré comme une facilité si l’on ne prenait en compte que le fil narratif plutôt fragile de l’œuvre sert en fait la mise en place d’un vertige. Vertige d’abord mis en place par ce récit enjoué qui emmène David Pollock (Gregory Peck), professeur d’Harvard spécialisé en hiéroglyphes, et nous-mêmes dans une aventure mystérieuse. Il faut le dire, nous sommes aussi perdus que ce pauvre américain, aussi trimballés et torturés que le héros. Qui sont les protagonistes ? Travaillent-ils pour la « bonne cause » ? Qui sont ces nouveaux individus qui entrent dans la danse, des ‘bad guys’, des gens avec leur propre intérêt ? Pourquoi tout le monde désire mettre la main sur ce code ? Qu’en est-il du professeur assassiné au début du film ? Pourquoi avait-il un message codé caché dans ses lunettes ? Quels intérêts servait-il ? Quant à la belle Jazmine (interprétée par la sublime Sophia Loren) qui ne cesse mentir et d’inventer une nouvelle vérité toutes les vingt minutes, qui est-elle vraiment ? Le film de Donen ne cesse de retourner les pistes que le spectateur et Pollock tentent d’instaurer aussitôt qu’un semblant d’explication – plus ou moins logique – pointe son nez. Face à tous ces nombreux faux-semblants et l’impossibilité de s’accrocher à l’un des discours « véridiques » de Jazmine, un vertige s’instaure. Quid de la perception au premier degré ?

Si croire aux propos de Loren est un exercice difficile, percevoir l’intrigue au premier degré l’est tout autant. Donen ne cesse de tordre la diégèse et ses vérités via son intrigue, mais aussi et surtout par l’image. Lentilles faisant marcher au plafond le duo Peck/Loren pour ensuite les brouiller puis les tordre, et enfin les représenter de manière fantomatiques. Ainsi, le réalisateur pousse le vertige de la perte de repères : le spectateur n’a alors que très peu d’éléments auxquels se raccrocher. En effet, la question s’impose naturellement : qu’est-ce qui est réel ? Jazmine est peut-être une traîtresse ? Ou alors, Sophia Loren serait un modèle féminin imaginée par Pollock, un professeur d’Harvard voulant s’abstraire de son quotidien et de son ennui par une aventure enjouée et tordue ?

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Sophia Loren prend sa douche aux côtés de Gregory Peck, caché loin des yeux de l’ennemi supposé.

En ne cessant de jouer avec notre perception, l’ingénieux cinéaste remet aussi en question notre adhésion au récit. Ainsi, ce jeu de regard est également une invitation à la distance. Prenons de la distance avec le récit. En effet, que regardons-nous lorsque nous sommes face à un film d’espionnage ou d’aventure ? Devons-nous tout considérer avec sérieux ? La réponse de Donen est claire : son film pastiche des James Bond et de certains films d’Hitchcock (notamment La Mort aux Trousses et Vertigo) nous amène à nous distraire tout en ayant conscience de le faire.

Arabesque est donc une expérience spectaculaire à bien des égards. Si le dernier acte tout en action tend à nous faire reprendre au sérieux son intrigue, le film est davantage une distraction intelligente et consciente de son statut d’entertainment, travaillant avec un savoir-faire formidable son jeu de pistes sans cesse brouillé et remis en question. Rappelons-le, le vertige est double. Mené par le doué et méconnu Stanley Donen, le long métrage se transforme en expérience spectatorielle : notre perception des images liée à l’appréhension au premier degré du récit par le spectateur, est bousculée et remise en question. Arabesque se présente ainsi au spectateur comme un réapprentissage spectatoriel – le film bouscule puis élargit les perceptions de la fiction et plus ouvertement des images cinématographiques. Ainsi, le regard du spectateur n’est plus figé dans l’appréhension du récit au premier degré – tout en proposant un ride hilarant, sublime, et perturbant à en être presque usant sur la fin. Un film à (re)découvrir.

Blu-ray aventurier

Édité par les éditions ESC, Arabesque bénéficie d’un nouveau master haute définition parfois resplendissant. Les couleurs sont vives sans êtres poussives, les visages sont bien de chair ; et les ingénieux et formidables effets visuels surprennent toujours. Si le grain est préservé, on regrettera sa surprésence sur plusieurs plans ainsi qu’un manque général de détails sur l’ensemble. On remarquera enfin une instabilité sur certains plans. Du côté du son, rien à redire hormis la VF d’origine. Si sa présence est louable, on peut regretter qu’un mixage n’ait pas été opéré pour rehausser les effets sonores (non musicaux) occultés par la piste de doublage français. Quant aux bonus, la galette contient deux intéressants retours sur Donen et sur le film par Thierry Lebon, journaliste (passionné) à radio TSF et Mathieu Macheret, critique de cinéma au monde. Concernant ce dernier, on notera vers la fin du bonus concerné un retrait de la reflexion analytique pour le débit de quelques jugements. Un clip promotionnel de la collection « Hollywood Classics » est aussi présent. Ainsi, Arabesque se présente avec une belle édition Blu-ray, mais pas l’ultime, peut-on espérer.

Bande-Annonce – Arabesque

https://www.youtube.com/watch?v=X2ukkcSaXpU

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Langues : Français, Anglais – Sous-titres : Français – Format image : 1.85, 1/16ème compatible 4/3 – Format audio : VF + VOST mono 2.0 – Durée du film : 107 min.

Bonus inédits :
– Stanley Donen par Thierry Lebon (journaliste à radio TSF)
– « Elégie du pastiche », entretien avec Mathieu Macheret (critique cinéma du Monde)
– Dans la même collection….

Prix indicatif public : 19,99 euros le Blu-ray ; 16,99 le DVD

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