Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina : Que viva Pixar !

Il est parfois bien difficile de devoir écrire une critique. Comment partager avec un lecteur/spectateur l’expérience d’un film Pixar quand on a usé tous les superlatifs possibles et imaginables sur les précédentes œuvres du studio ? Comment retranscrire l’expérience profonde et intime vécue sans en briser la magie ? Et surtout, que dire de neuf sur des créateurs qui depuis des années incarnent la quintessence de ce que le 7ème art est capable de proposer ? La réponse est finalement très simple, cette critique n’en est pas une, c’est un éloge. Celui dressé à la gloire de Coco, authentique (et énième) chef d’œuvre du studio à la lampe.

Ainsi, serions-nous tentés de dire, cette critique ne servira à rien. Elle ne sera qu’un papier de plus dans le mérité océan de louanges que vous aurez déjà lues ou entendues à l’heure où ces lignes défileront sous votre regard. Et comme souvent dans ce cas, on vous enjoindra à franchir directement les portes de votre cinéma plutôt que lire jusqu’à l’écœurement ce que d’autres en pensent. Il n’y a aucun intérêt à se remplir le crâne de mon avis quand vous pouvez vous faire le vôtre dès maintenant. Et Pixar a suffisamment fait ses preuves pour ne pas hésiter une seconde à courir voir son dernier rejeton séance tenante.

D’autant plus quand votre serviteur répétera les mêmes choses que la sphère médiatique : Oui, Coco est d’une beauté visuelle effarante, autant dans sa fabuleuse direction artistique que dans sa mise en scène virtuose. Oui il est encore la preuve que l’exigence de fabrication est la clé de voûte du cinéma. Oui, son discours est passionnant et offre de vertigineux niveaux de lecture. Oui, les personnages sont attachants. Oui, c’est blindé jusqu’à la gueule d’idées. Oui, c’est drôle. Oui, c’est bouleversant. Oui, oui, cent fois oui.

Mais tout ça vous le savez déjà depuis Toy Story !

Alors plutôt que répéter jusqu’à plus soif pourquoi Pixar est la perle la plus précieuse du monde culturel, il semble plus intéressant d’aborder la singularité profonde de ce Coco, une singularité qui, comme toujours, s’exerce dans le même champ que les précédentes œuvres du studio.

C’est en premier lieu le contexte, organiquement connecté à ce que le film construit dramaturgiquement. Nous sommes au Mexique (qui fera de Coco, à n’en pas douter, un trésor national), un pays où la notion de famille est généalogique et concomitante (pour le pire et le meilleur) de la vie de ses membres. Le respect dû aux ancêtres, vivants comme morts, est une valeur constitutive de cette culture et le Jour des Morts une date pivot dans cet état de fait. Le noeud dramatique en jeu, ainsi que la place de chaque protagoniste, résulte donc avant tout de l’univers dans lequel le film prend place et prépare en cela la fluidité absolue du récit, à l’image de ce que Ratatouille opérait avec la France. Les 20 premières minutes, déjà une pépite au sein du joyau, délivrent en cela authentiquement et avec une maîtrise absolue toutes les informations nécessaires à ce qui sera une totale implication spectatorielle puisque liant ici plus qu’étroitement l’histoire à la culture mise en jeu. Nul besoin, en sus, de souligner l’évidente virtuosité de cette introduction qui rappelle le récent Kubo et l’armure magique.

Explorant toujours les thématiques de filiation et de famille, le studio franchit ici un cap puisque avant que le film ne se trouve un délicieux grand méchant (dans un hommage inattendu aux telenovelas), c’est bel et bien la famille qui se constituera antagoniste de notre héros, le petit Miguel. Or, si Le Monde de Nemo l’amorçait un peu en son temps, Coco fonce dans cette voie, opposant une juvénile figure d’artiste à sa famille empesée par son héritage déterministe et ses absurdes secrets jusqu’à un point de rupture qui en formera l’enjeu principal (et double). Si, en premier lieu, le film semble adopter la voie fascinante d’un retour impossible du rêveur chez soi, il choisit finalement (et de façon organiquement Pixarienne) la nécessité d’une réconciliation qui s’exercera à différentes strates et dans une cohérence qui laisse pantois. On en garde bien entendu la surprise mais le mono-mythe Campbellien est encore une fois servi de la plus belle des manières.

Après avoir offert l’étonnant Voyage d’Arlo, une suite au Monde de Nemo et un troisième opus à Cars, Pixar revient aussi à un film d’univers en ceci qu’il donne vie à un monde inédit, dense et construit. Cette nouvelle mythologie à explorer, au-delà de son faste graphique, ouvre les vannes d’un imaginaire foisonnant, fourmillant d’idées passionnantes sans jamais perdre de vue son potentiel ludique. La facilité d’appréhension et de compréhension des règles et codes formant le Monde des Morts en remontre à 80% de la production actuelle, incapable d’atteindre cette virtuose évidence dans la construction de sa mythologie.

Autre défi du film, aborder la thématique de la mort dans ce qui reste une œuvre grand public. Forcément, Pixar offre encore un modèle d’intelligence et de pédagogie, rattachant sa vision du deuil à cette célébration enjouée qu’est la Fête des Morts et abattant, de facto, la barrière entre morts et vivants. Ce comme un appel très latin à ne pas opposer les deux mais bel et bien à les lier. Ce qui permet au film de viser droit au cœur quant à la question du souvenir, et de ce qui reste après un deuil, dans une croyance et une adéquation si absolue avec la philosophie de l’auteur de ses lignes qu’il peine encore à s’en remettre. Vice-Versa reste encore le mètre étalon de l’émotion traumatique chez Pixar mais Coco, dans son genre, se défend plus que bien et s’avère d’utilité publique.

Enfin, et c’est loin d’être un détail, Coco boucle une très grande année pour le film musical, genre qui nous aura livré pas moins de trois sublimes itérations en 2017 avec La La Land et Baby Driver. Au-delà d’user de la musique avec maestria, aussi bien dans le score d’un Michael Giacchino investi que dans les chansons des Lopez (La Reine des Neiges, Avenue Q, The Book of Mormons,…), Coco franchit une étape supplémentaire dans la jonction des styles Disney et Pixar au point d’inverser une tendance jusqu’ici plus profitable à Mickey qu’à Luxo. Pour son premier film musical, Pixar fait donc une prodigieuse entrée en matière.

Il y aurait encore tant à dire sur Coco. Mais plutôt que prolonger cet (inutile, rappelons-le) papier, allez-y immédiatement. Seul, à deux, en famille, en groupe, allez-y ! Il y a tant à voir, à entendre, à aimer, à vivre, à ressentir ici qu’on se demande si Pixar a encore quelque chose à voir avec le cinéma ou a définitivement muté en l’expression sur grand écran du meilleur de nous-mêmes. La réponse se trouve peut-être dans la question.

Coco : Bande-annonce

Coco : Fiche technique

Réalisation : Lee Unkrich et Adrian Molina
Scénario : Adrian Molina et Matthew Aldrich
Interprétation : Anthony Gonzalez (Miguel), Gael Garcia Bernal (Hector), Benjamin Bratt (Ernesto De La Cruz),…
Photographie : Matt Aspury et Danielle Feinberg
Montage : Steve Bloom et Lee Unkrich
Musique : Michael Giacchino
Producteurs : Darla K.Anderson
Sociétés de Production : Walt Disney Pictures et Pixar Animation Studios
Distributeur : Walt Diseny Pictures
Budget : 175 000 000 USD
Genre : Animation, Fantastique, Comédie, Musical
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 29 novembre 2017

Etats-Unis – 2017

Auteur : Adrien Beltoise

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