Warcraft : Le commencement, un film de Duncan Jones: critique

Synopsis : Le pacifique royaume d’Azeroth est au bord de la guerre alors que sa civilisation doit faire face à une redoutable race d’envahisseurs: des guerriers Orcs fuyant leur monde moribond pour en coloniser un autre. Alors qu’un portail s’ouvre pour connecter les deux mondes, une armée fait face à la destruction et l’autre à l’extinction. De côtés opposés, deux héros vont s’affronter et décider du sort de leur famille, de leur peuple et de leur patrie.

Fan-fiction de luxe

Depuis ses débuts, le cinéma n’a jamais reculé devant l’idée d’adapter des œuvres célèbres pour amener un public de plus en plus large dans les salles. Bon gré mal gré, les spectateurs accueillent avec plus ou moins d’enthousiasme ces relectures parfois réussies, parfois infidèles. Le principe fonctionne et semble rentable, donc pourquoi l’arrêter ? Tout y est passé : romans célèbres, théâtre, livres jeunesses, bandes dessinées etc. De quoi donner au cinéma l’arrogance de se placer au dessus des autres arts. Mais depuis quelques décennies c’est la tuile, les réalisateurs et producteurs semblent face à un mur infranchissable. Dernier arrivé dans la courses, le jeu vidéo apparaissait comme la nouvelle poule aux œufs d’ors pour Hollywood, mais résiste toujours à l’hégémonie de la caméra. Les exemples ne manquent pas, donnant toujours plus de frissons aux joueurs. On espérait que Warcraft changerait un peu la donne, il n’en est finalement rien. À peine sorti, le film de Duncan Jones est déjà traité de tous les noms par la critique et les fans de la saga, qui lui reprochent d’être une mauvaise fan-fiction à 160 millions de dollars.

Mérite-t-il ce déferlement de haine ? Oui et non. Objectivement (si l’on considère l’objectivité possible dans une salle de cinéma), ce n’est pas un grand film et les problèmes sont nombreux. Réalisateur de deux films SF minimalistes (Moon et Source Code), Duncan Jones semble rapidement dépassé par son sujet, ne trouvant jamais vraiment l’équilibre entre les multiples registres qu’il convoque (tragique, épique, magique, comique). Ainsi certaines blagues fonctionnent, d’autres tombent à plat. Idem pour les séquences émotions, si certaines lignes narratives sont suffisamment bien construites pour provoquer au final un peu d’empathie, d’autres sont complètement erratiques. Il suffit de voir deux personnages se raconter leur enfance malheureuse au coin du feu pour se rendre compte que l’écriture générale de l’ensemble pâtit finalement d’une volonté de trop en faire. Trop de personnages à mettre en avant, trop de concepts nouveaux à expliquer et surtout un univers entier à ouvrir au spectateur. Clairement Duncan Jones est un cinéaste minimaliste. Dans sa quête de la densité, il se perd en route et échoue à donner l’amplitude nécessaire à ce genre de récit.

Occasionnellement Warcraft trouve le ton juste lors des séquences plus restreintes. Celles où seuls deux personnages discutent, que se soit deux orcs qui parlent de l’avenir ou deux humains qui se charrient. Dès que le réalisateur franchit cette limite, le film devient maladroit. Les grandes séquences de batailles que nous promettaient les bandes annonces apparaissent molles et mal chorégraphiées, à peine rattrapées par un travail du son efficace qui donne aux coups portés la puissance qu’ils n’ont pas à l’image. L’affrontement dans le canyon fait office d’exemple de tout ce qu’il ne faut pas faire. Mauvais dosage entre plans rapprochés et plans larges, figurants mal dirigés frappant dans le vide sans conviction etc. Ce qui nous donnait des frissons dans la trilogie du Seigneur des anneaux nous ennuie ici rapidement, en plus d’être desservit par des effets spéciaux de mauvaises factures (les éclairs lancés par le mage-gardien rappelant les heures de gloire de la 3D isométrique). À la différence des duels, surtout entre orcs, qui retrouvent un peu cette force brute qui fait défaut au reste du film. Manifestement, Jones n’est pas fait pour les grandes fresques cinématographiques.

Ce qui est problématique, car le film ne s’appelle pas World of Warcraft. Peut-être que l’on pinaille mais ça fait toute la différence. WoW, c’est les joueurs qui se déplacent dans un monde dense offrant de multiples possibilité, Warcraft c’est la mise en place de ce monde par un joueur plus ou moins démiurge. Si le réalisateur s’était embarqué dans une adaptation du jeu en ligne, peut être qu’il aurait été plus à l’aise en racontant une histoire à l’échelle d’un ou plusieurs individus qui évoluent et découvrent cet univers (en même temps que le spectateur). Mais le choix s’est porté sur le premier opus de la franchise. Donc des batailles entre peuples rivaux où les personnages (les fameux héros) participent de concert à des enjeux plus grands. Toute la difficulté de l’adaptation est là : mettre en place un univers nouveau tout en collant à l’esprit du matériau d’origine. Et c’est principalement sur ce point que Warcraft : Le commencement échoue, s’arrêtant sur des débats d’états-majors longuets et redondants mais oubliant d’adopter un discours plus général et réfléchi sur les ravages de la guerre ou la nécessité d’une paix entre les peuples. Sans cela, on reste sur une impression de voir défiler à l’écran une longue cinématique de luxe, avant de lancer sa partie.

Le film est-il pour autant à jeter totalement ? Les défauts sont certes légions, mais l’ensemble n’est pas exactement un navet total. Les acteurs tiennent plus ou moins la baraque, et ce malgré l’absence de star quatre étoiles au casting. Quant à la bouillie numérique décriée par beaucoup, si les effets magiques semblent risibles et kitsch, la modélisation des orcs est étonnamment réussie. Au point que l’on ressent finalement plus d’empathie pour ces gros malabars pixelisés que pour les humains en armure clinquante. L’échec de la représentation de ces derniers démontre finalement toute la difficulté d’adapter un jeu qui compensait sa violence sanglante par son esthétique cartoon et sympathiquement kitsch.

Coté scénario, si tout cela manque un peu de philosophie, la trame générale reste tout de même cohérente et offre une bonne base à un divertissement honnête. Et contrairement à ce qu’affirmeront certains, celui-ci ne fait pas honte au jeu. Cela ressemble peut être à de la fan fiction, mais imaginer qu’une adaptation de jeu vidéo au cinéma puisse avoir un script réussi est en soit une utopie. De la même manière qu’un scénario apparaîtra toujours moins riche qu’un roman, la trame d’un jeu sera toujours plus sommaire que celle d’un film. L’essence du jeu vidéo tient surtout dans l’interactivité avec le joueur (le fameux gameplay). Si l’on enlève à celui-ci cette dimension fondamentale, il ne reste plus que le récit, qui est souvent un prétexte, et l’univers beaucoup trop dense pour rentrer dans un seul film. Ainsi ici les fan les plus hardcore regretteront l’absence des gnomes, taurens, mort-vivants, gobelins, ogres, pandas et autres races diverses qui composent l’univers de Warcraft, tout autant que le manque de moutons explosifs (ce qui ajoutait du sel à des parties parfois éprouvantes). Au final le scénario du film n’est pas meilleur ou pire que celui des jeux (prenons du recul et souvenons nous des dialogues miteux de la campagne de Warcraft 3), il est équivalent, et c’est peut être le mieux que nous pouvions espérer.

Warcraft : le commencement est finalement une preuve supplémentaire de l’hermétisme entre deux média. Malgré quelques qualités, l’ensemble est plombé par l’ampleur des ambitions et des attentes qui dépassent le réalisateur. Mais de toute façon, même avec la meilleure volonté du monde, aucun cinéaste n’arriverait à faire oublier qu’il s’agit de l’adaptation d’un jeu, ce qui détruit d’emblée toute possibilité d’immersion.

Warcraft: Le commencement : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=-vwPitt1XMQ

Warcraft: Le commencement : Fiche technique

Réalisation : Duncan Jones
Scénario : Duncan Jones et Charles Leavitt d’après le jeu vidéo Warcraft de Chris Metzen
Interprétation : Paula Patton, Ben Foster, Travis Fimmel, Dominic Cooper, Clancy Brown….
Image : Simon Duggan
Montage: Paul Hirsh
Musique: Ramin Djawadi
Costumes : Mayes C. Rubeo
Décor : Dan Hermansen, Helen Jarvis, Margot Ready et Grant Van Der Slagt
Producteur :  Alex Gartner, Jon Jashni, Charles Roven et Thomas Tull
Société de production : Atlas Entertainment, Blizzard Entertainment, Legendary Pictures et Universal Pictures
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 123 minutes
Genre: Heroic-fantasy, Aventure, Guerre
Date de sortie : 25 mai 2016

Etats-Unis – 2016

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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