Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3 : Critique Série

Alors que les récentes annulations de séries sur Netflix font débat (The Get Down, Girlboss ou encore Sense8 qui a réussi à obtenir un film en guise de finale), la série de Tina Fey continue son chemin et aura droit à une saison 4. En attendant de connaître la suite des aventures de Kimmy et de ses amis, que vaut donc Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3 ?

Synopsis de la saison 3 :  Kimmy, toujours mariée au Révérend Wayne, compte étudier à l’Université même si elle ne sait pas encore quoi faire comme métier. Titus, toujours aussi jaloux et possessif, quitte Mikey et continue de croire en son rêve : devenir une star de la chanson. Jacqueline est égale à elle-même : tout faire pour monter dans la hiérarchie sociale. Enfin, Lilian est toujours très active dans la protection de son quartier. Surtout, elle va enfin rencontrer l’amour.

Comment raconter une histoire dramatique et glauque sur un ton léger, drôle et positif ? C’est le pari que relève Tina Fey (l’actrice et créatrice de la série culte 30 Rock) depuis trois années sur Netflix avec Unbreakable Kimmy Schmidt. La Kimmy du titre (toujours incarnée par la pétillante Ellie Kemper) est une jeune femme de la petite trentaine qui reprend sa vie en main après avoir été kidnappée et enfermée dans un bunker dans l’Indiana pendant quinze ans, en compagnie de trois autres femmes.

Attention critique avec spoilers !

Une saison toujours aussi pétillante sur la souffrance psychologique.

Kimmy Schmidt est certainement l’un des personnages féminins du paysage télévisuel les plus positifs que les spectateurs connaissent. Le féminisme étant décidément un sujet important, nécessaire et plus que jamais d’actualité, l’héroïne dévoile aux spectateurs l’un des visages de la femme forte d’aujourd’hui. Le ton est certes a priori léger, l’univers très coloré et l’humour omniprésent mais Kimmy reste une jeune femme profondément blessée et marquée par un passé douloureux (la deuxième saison avait déjà mis en avant cette part intime de Kimmy). Les cicatrices de Kimmy ne se sont pas encore refermées malgré le beau sourire qu’elle peut afficher en permanence.

Cette troisième saison interroge alors sur la gestion de cette souffrance notamment auprès des autres : nos expériences destructrices personnelles peuvent-elles les aider à ne pas tomber dans certains pièges ou à surmonter tout simplement leurs propres blessures ? Est-il sain de témoigner de certaines expériences traumatisantes à tout prix notamment dans des médias qui ne demandent que du sensationnel et qui ne s’intéressent pas réellement aux victimes ? Kimmy agit donc en fonction de ce qui doit être bon pour elle mais aussi pour les autres. Le début de cette saison donne le ton sur les actes que doit accomplir ou non Kimmy : elle qui tient à sa liberté et son indépendance est encore mariée à celui qui lui a volé quinze ans de sa vie. Mais si elle divorce, le Révérend (en prison) trouvera une nouvelle victime. Que doit-elle faire ? Il s’agit d’un exemple très représentatif de son état actuel.

Kimmy n’est pas la seule personne de la série à être confrontée à des dilemmes. Titus, toujours en quête de célébrité, peut enregistrer quelques chansons mais à quel prix ? Lilian doit-elle rester dans le passé ou penser enfin à l’avenir du quartier et surtout son avenir à elle en tant que femme ? Jacqueline doit-elle assumer ses origines indiennes ? Peut-elle monter dans la hiérarchie sociale en ignorant toute morale ?

Une philosophie de vie pour surmonter les échecs ?

Kimmy, qui a bien formulé son souhait d’étudier à la faculté, se retrouve dans l’une des plus prestigieuses universités du pays par hasard. Si elle ne sait pas quel métier exercer, elle a en revanche la possibilité de se cultiver (son manque de culture et son décalage par rapport à l’actualité est par ailleurs souvent à l’origine de nombreux gags depuis la saison 1). Comme toujours, la jeune femme fait preuve de persévérance, de courage, de travail, d’investissement et de toutes les qualités requises possibles pour réussir dans ses études et dans la vie tout simplement. Si Kimmy a pu intégrer la fac par une heureuse coïncidence, notre héroïne va pourtant être confrontée à des échecs. Et la fac va en faire partie. Kimmy apprend alors à accepter ces défaites : ce n’est pas parce qu’elle a le passé qu’elle connait (et que tout le monde connait également) qu’elle ne doit pas traverser certaines épreuves comme le commun des mortels. Elle ne peut pas avoir de passe-droits et elle n’en veut pas : cela ne serait pas lui rendre service, elle qui veut juste avoir la vie la plus normale possible après le passé le plus anormal qu’il soit. Les échecs sont même essentiels pour avancer dans la vie et même pour affronter les douleurs les plus profondes. Ils la confrontent à son évolution psychologique.

C’est la force de cette série : oui, nous pouvons réussir à nous en sortir dans la vie quand on se donne les moyens d’y parvenir. Mais même avec la meilleure motivation du monde, nous pouvons aussi être confrontés à des situations déplaisantes. Kimmy trouvera certainement le métier de ses rêves mais pas à l’université. Elle aurait pu réussir si on ne lui avait pas volé sa vie, si elle avait pu étudier normalement comme n’importe quelle personne occidentale. Peut-être n’est-elle juste pas faite pour étudier la philosophie. Titus a une voix en or mais il n’est pas la star de Broadway comme il le souhaiterait. Jacqueline n’est pas la New-Yorkaise qu’elle voudrait incarner même si elle cache bien son jeu. Tous sont confrontés à des barrières : cela ne doit pas empêcher les personnages d’avancer.

Une série remplie de trouvailles humoristiques.

Unbreakable Kimmy Schmidt possède un humour réellement à part comparé à toutes les sitcoms actuelles. Depuis la première saison, Tina Fey assume un univers proche du cartoon dans le sens où tout est extrêmement grossi et exagéré : c’est un moyen pour Kimmy de voir le positif en permanence mais c’est certainement aussi un moyen pour s’éloigner de la réalité. Ainsi, Kimmy sourit jusqu’aux oreilles les trois quart du temps, les décors et les costumes sont très colorés (les tons jaunes et violets dominent la plupart du temps), chaque réplique est une référence à quelque chose (et ce n’est pas évident de percevoir toutes ces références trop nombreuses). Mais justement, cet univers en question ne peut pas plaire à tout le monde, on pourra toujours se dire qu’il y en a trop, remarquer les différentes mécaniques mises en place. Au moins Tina Fey ne cherche pas à rendre son oeuvre lisse et standardisée (comme on le voit dans de nombreuses sitcoms américaines actuelles) pour plaire à tout prix à tout le monde. Elle crée sans cesse avec son équipe une oeuvre cohérente. On relèvera aussi au un rapide crossover avec une autre série Netflix, Orange is the New Black : la scène finale de l’épisode 5 Kimmy craint les fissures !  (Kimmy Steps on a Crack !) a lieu à Litchfield ! Espérons un de ces quatre la visite d’un des personnages de la série de Tina Fey chez les prisonnières les plus célèbres de la petite lucarne !

La série de Tina Fey a toujours su égratigner les méfaits de notre société. Dans cette troisième saison, la créatrice de 30 Rock s’en prend clairement aux médias et à Internet qui s’en prennent aux vies privées des individus et même pire : ils se servent des histoires misérables d’autrui pour faire pleurer (et évidemment pour vendre et/ou devenir célèbres). Sur Internet, la moindre information, qu’elle soit importante (l’histoire de Kimmy) ou complètement stupide (les problèmes gastriques de Xynthia durant un concours d’orthographe) circule à une vitesse folle : plus personne n’a le droit d’avoir de secrets. Cette troisième saison répond enfin à certaines questions que le spectateur pouvait se poser : depuis le début, tout le monde connait le passé de Kimmy Schmidt, elle qui tente pourtant de le dissimuler pour qu’on ne la prenne pas en pitié. Mais les autres connaissent-ils son histoire ? Se sont-ils intéressés à elle ?

Internet et les médias ne sont pas les seules cibles. Les intellectuels qui se permettent de glousser et de commenter sur une humanité qu’ils ne fréquentent pas, les étudiants qui ne grandissent pas et continuent à se comporter comme des adolescents, les pseudo féministes qui ne savent finalement pas ce qu’est le féminisme… toutes ces personnes en prennent aussi pour leur grade. Et évidemment, la classe huppée, sans cœur et hypocrite, est également extrêmement visée à travers Jacqueline dont l’interprète, Jane Krakowski, est excellente.

Cette série a beau être un condensé étonnant d’humour, elle sait aussi toucher le spectateur. Excentrique sur de nombreux points, elle n’est jamais larmoyante, les codes de l’humour étant toujours à proximité (l’optimisme et la joie étant les principaux mots-clés de l’œuvre). Le dernier épisode dans lequel Kimmy passe un test a priori plutôt simple pour devenir agent de la circulation est un mélange fabuleux entre l’absurde et l’émotion : absurde par ses ralentis comme si le spectateur assistait à un époustouflant film d’action (la parodie n’étant jamais bien loin) ; émouvante parce que l’acte de Kimmy durant la démonstration (la jeune femme étant prête à se sacrifier pour le bien des autres) prouve son extrême générosité.

Titus, le meilleur personnage… au détriment de Kimmy ?

Depuis les débuts de Unbreakable Kimmy Schmidt, on retient avant tout l’ami excentrique et terriblement drama queen de l’héroïne, Titus Andromedon, incarné par l’épatant Titus Burgess (qu’on avait découvert dans 30 Rock le temps de quelques épisodes). Son personnage a beau être une énorme caricature de l’ami gay noir roi de la punchline, il y a toujours derrière une bienveillance à son égard : on ne se moque pas ou on ne rigole pas à cause de son identité sociale, sexuelle et culturelle, on rit pour ses réactions disproportionnées par rapport à la réalité. Et ça, c’est un aspect que peu de séries et même films prennent en compte. D’autant que Tina Fey joue avec ces clichés autour des minorités pour en tirer un personnage plus profond qu’il en a l’air (et c’était déjà le cas dans 30 Rock). Titus a peur d’échouer aussi bien sur le plan amoureux que professionnel. Lui aussi est un personnage fort et c’est certainement ce qui explique sa connexion avec Kimmy.

La première saison avait été marquée par le tube Peeno Noir, « une ode aux pénis noirs » (ça ne s’invente pas). Pour Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3, Titus se lâche comme jamais ! Comment ne pas rire devant sa longue parodie des titres de l’album Lemonade de Beyoncé ? Comment ne pas s’éclater devant Boobs in California, qui se moque ouvertement des clips américains faussement cool et surtout très sexistes ? Enfin, l’une des bonnes idées de cette saison est de faire interagir Titus avec Jacqueline (ils joueront même le faux couple pour sortir Jacqueline d’une situation improbable !), les deux personnages n’étant finalement pas aussi éloignés que l’on aurait pu le croire : ce sont deux comédiens, l’un veut l’être sur scène, l’autre l’est sans cesse dans sa vie pour parvenir à ses fins. Le mélange entre le rêve et la réalité pour créer des interactions entre Jacqueline et Titus est plutôt pertinent. Cela dit, il ne faudrait pas tomber dans le « Titus show », ce personnage étant en train de voler la vedette à Kimmy : Titus est à l’origine un personnage secondaire. Il ne faut pas oublier que la série s’intitule Unbreakable Kimmy Schmidt, elle doit rester le personnage pivot du récit. 

Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3 poursuit merveilleusement son chemin grâce à son humour décapant et parfois déstabilisant, son féminisme et ses observations remarquables sur une société assez sinistre. Elle mérite tout simplement une quatrième saison : il y a encore tant de choses à raconter sur la reconstruction d’une femme certes blessée mais pas brisée.

Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3 – trailer :

https://www.youtube.com/watch?v=WwiVPkwY2ZE

Unbreakable Kimmy Schmidt saison 3 : Fiche Technique

Créée par Robert Carlock, Tina Fey
Casting : Ellie Kemper, Tituss Burgess, Jane Krakowski
Genre : Comédie
Format : 22 minutes
Premier épisode : 6 mars 2015
Nombre de saisons : 3
Chaîne d’origine : Netflix

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