Addicted Heroin : la flamme LGBT qui embrase la Chine

Portés par le souffle LGBT, les BL dramas asiatiques s’offrent une échappée belle dont la romance Addicted Heroin est l’un des exemples les plus séduisants. Une web-série gay chinoise écrite par Chai Jidan et qui, malgré la censure, reste l’une des mieux notées sur la toile !

Ces dix dernières années, les dramas asiatiques BL (comprendre Boys Love) connaissent un foisonnement sous l’impulsion de la tendance LGBT, des romans gays ou des mangas Yaoi. Parmi ces séries très inégales et manquant souvent de subtilité, Addicted Heroin sort du lot. Malgré des moyens modestes, ce drama chinois est de ceux qui parviennent à émouvoir et à faire sourire, avec pudeur et finesse, sans tomber dans le grotesque comme le douteux HIStory : Obsessed ou la décevante adaptation Wait for Me at Udagawachou.

La recette est toute simple et l’histoire n’a rien de très original : une romance adolescente entre deux garçons que tout sépare mais que le destin va irrémédiablement réunir… Bai Luo Yin est issu d’un milieu très modeste et vit seul avec son père depuis le divorce de ses parents. De son côté, Gu Hai est le fils d’un riche militaire veuf et autoritaire. Quand le père de Gu Hai se remarie avec la mère de Luo Yin, les deux garçons refusent d’intégrer cette nouvelle « famille » et se retrouvent par hasard dans la même école. Commence alors un jeu du chat et de la souris, entre taquinerie et séduction ; on aurait vite fait de tomber dans le cliché !

Pour autant, Addicted Heroin tire son épingle du jeu en misant sur la sobriété du cadre, de l’histoire et surtout sur la fraîcheur de son duo d’acteurs. Leur interprétation est impeccable, leurs minois transmettent les émotions avec justesse et l’alchimie s’installe entre eux rapidement. Quant aux décors, certes très sommaires, ils ajoutent au réalisme et touchent par leur simplicité. Là où bon nombre de dramas pèchent par un excès de jeu et un humour pesant, la série ravit par son ton léger et ses échanges naturels. Seul bémol : des scènes en huis clos insipides durant lesquelles les étudiants restent en classe à ne rien faire – on a beau savoir qu’en Chine, comme au Japon, les élèves ont des temps d’études en autonomie, ces passages lourds et inutiles sont assez déroutants.

En Chine, les fictions BL ont gagné légion de jeunes adeptes ces dernières années, en particulier chez les jeunes femmes. La littérature, les jeux vidéo et les animés qui traitent de l’amour au masculin abondent dans la sphère Web. Mais fin janvier 2016, Addicted Heroin est censurée et bannie des principaux sites de vidéo en streaming, l’état désapprouvant le sujet (l’homosexualité) et le titre de la série (Heroin ou plutôt 上瘾, combinaison ingénieuse des prénoms des deux héros en caractères chinois). Dans un sondage du Comité pour le bien-être de la jeunesse de la ville de Chengdu, 93% des 20.000 répondants refusaient cette censure. Chai Jidan avait alors assuré que le tournage de la deuxième saison ne serait pas affecté. Celui-ci devait avoir lieu en mai 2016…

Et pourtant, la série ne contient aucun caractère choquant. Tout n’est que suggéré avec retenue et sensibilité, avec toute cette délicatesse et cette tendresse qui se dégage des deux personnages. Humblement mais sûrement, Addicted Heroin parvient à se hisser à la hauteur des BL dramas les plus appréciés comme le très beau Seven Days (tiré du manga éponyme).

Dans un pays qui classait encore officiellement l’homosexualité comme une maladie mentale jusqu’en 2001 et, ce, malgré la dépénalisation en 1997, sortir du placard reste aujourd’hui un combat et de telles créations forcent le respect. A noter que l’homosexualité est toujours désignée comme un « désordre psychologique » dans de nombreux manuels universitaires récents de psychologie et que les unions homosexuelles sont, évidemment interdites.

Pour les plus curieux ou pour les adeptes, vous trouverez ces séries LGBT asiatiques classées par pays d’origine sur Kchatjjigae.com.

Addicted Heroin : Bande-annonce

Addicted Heroin : Fiche technique

Synopsis : Bai Luo Yin vit, dans des conditions très vétustes, avec son père divorcé. Gu Hai évolue dans une sphère aisée auprès de son veuf de père. Mais quand ce dernier épouse la mère de Luo Yin, les chemins des deux jeunes hommes vont étrangement se croiser… 

Titres alternatifs :  上瘾 (Heroin) / 上癮网络剧 (Shang Yin Wang Luo Ju)
D’après le roman Are You Addicted ? de Chai Jidan
Réalisation : Ding Wei
Scénario : Chai Jidan
Casting : Xu Weizhou, Huang Jingyu, Lin Feng Song, Chen Wen, Song Tao, Wang Dong, Zhou Yu Tong
Musique : Chai Jidan, Xu Weizhou
Genre : Romance, Comédie
Diffusion : 29 Janvier 2016 au 23 Février 2016
Chaîne de retransmission : Original network iQiyi ; Huace Film & TV (Youtube)
Production location(s) : Pékin
Nombre d’épisodes : 15
Durée moyenne : 22 minutes par épisode.

Chine – 2016

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.