You’re the Worst (saisons 1 à 4) : ensemble pour le pire ?

En attendant en 2018 la 5e et ultime saison, revenons sur les précédentes saisons de You’re the worst, formidable série qui a su s’affranchir des codes de la romcom traditionnelle.

Synopsis : Jimmy, jeune écrivain et Gretchen, responsable des relations publiques d’un rappeur stupide, vont tenter de vivre une histoire d’amour… Tous les deux ayant un comportement auto-destructeur, la tâche va être compliquée…

Diffusée sur FFX, You’re the worst n’a rien à voir avec les comédies romantiques habituelles, et cela, notamment par son ton « trash ». Et pourtant, depuis quatre excellentes saisons, on se passionne devant l’histoire d’amour autant évidente que compliquée de Gretchen et Jimmy. La 5e saison, qui débarquera en 2018, conclura la série. Peut-on espérer un « happy end » pour ce couple aussi énervant qu’attachant ?

you-re-the-worst-serie-ffx-stephen-falk-aya-cash-chris-geere-critiqueA l’image des personnages principaux qui jouent sans cesse les blasés, You’re the worst refuse de rejouer les éternels codes de la comédie romantique. Jimmy (Chris Geere) n’a rien du prince charmant, Gretchen (Aya Cash) n’est pas niaise. Il s’agit au départ d’une relation basée purement sur le sexe. On détecte alors comme une sorte de mise en abyme par rapport à l’état d’esprit des personnages. En effet, la série se présente comme une anti-comédie romantique par son ton « trash » et ses personnages torturés. Pourtant, par cette envie de s’affranchir des codes de la romcom, You’re the worst renouvelle à sa façon ce genre si méprisé. On assiste finalement véritablement à la naissance des sentiments de ces handicapés de l’amour et même de la société. Justement, la force de cette sitcom est son arrière-plan social qui explique certainement pourquoi les personnages (et pas uniquement Jimmy et Gretchen) ont si peur d’aimer et de s’engager.

L’amour est quelque chose de compliqué. La série met bien en avant les différentes étapes et autres possibilités, aussi bien positives que négatives autour : la naissance des sentiments, l’évolution du couple avec ses hauts et ses bas, l’image de l’amour dans la société (le couple tenu par la sœur mariée de Lindsay est une représentation de ce que la société pourrait éventuellement attendre) et même la séparation. Ces thèmes, tous reliés entre eux, sont donc traités avec une réelle pertinence. Les enjeux ont beau être dramatiques et bien plus profonds qu’on ne pourrait le penser (et la série est même parfois touchante), le ton est toujours léger. Il faut évidemment être sensible à un humour pas toujours très fin et supporter des personnages qu’on pourrait détester dans la vie, mais l’ensemble est souvent très drôle, notamment grâce à des répliques piquantes, des personnages hauts en couleur ou encore des situations croustillantes.

Si la série est souvent drôle en traitant des divers thèmes autour de l’amour et du couple, elle surprend encore plus par les différents types de sujets qui y sont abordés : notamment la dépression (au cœur de la saison 2) ou les états de stress post-traumatiques suite à la guerre d’Irak (mis en avant via le personnage d’Edgar).

you-re-the-worst-serie-ffx-stephen-falk-aya-cash-chris-geere-kether-donohue-desmin-borges-critiquePlus globalement, même si on nous présente des personnages hauts en couleur, Stephen Falk pointe du doigt une société plus triste qu’elle en a l’air. Gretchen, Jimmy et les autres se cachent derrière leurs caractères festifs (différentes grosses fêtes, ayant lieu au fil des épisodes, se terminent toujours dans le chaos) pour pouvoir cacher leurs blessures et la peur de ne pas être à la hauteur par rapport à ce que la société attend d’eux. Ils préfèrent même afficher leur marginalité pour mieux affronter leurs différences même si paradoxalement ils aimeraient parfois être mieux intégrés dans les codes sociétaux.

Stephen Falk a alors pris beaucoup de risques qu’on ne voit pas tant que ça à la télévision, surtout dans le cadre d’une romcom – même si You’re the worst revendique sa version « anti ». Il n’hésite pas à déconstruire les différents mythes autour du couple pour mieux le reconstruire. Sa série est à l’image des personnages (tous interprétés par une impeccable distribution encore trop méconnue) : le chaos peut nous mettre au plus bas mais il est également libérateur pour pouvoir mieux se reconstruire et retrouver sa place. Le pire peut aussi laisser place au meilleur.

You’re the Worst : bande-annonce

You’re the Worst : fiche technique

Créée par Stephen Falk
Casting : Aya Cash, Chris Geere, Desmin Borges, Kether Donohue…
Genre : Comédie
Format : 22 mn
Premier épisode  : 17 juillet 2014
Chaîne d’origine : FX / FFX

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.
Tina B
Tina Bhttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne étudiante en lettres modernes, j'ai toujours aimé écrire sur les sujets qui m'animent. Et le cinéma en fait clairement partie ! J'ai des goûts assez variés : certes, comme tout le monde, j'ai mes réalisateurs chouchous (Kubrick, Scorsese, Moretti, Loach, Almodovar, Bong Joon-ho), mais je suis avant tout curieuse : aucun genre et réalisateur de n'importe quelle culture ni époque ne me font peur, bien au contraire. Sinon j'ai une grande préférence pour les séries britanniques (Black Books, The IT Crowd, Father Ted...).

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.