A Cure for Life, un film de Gore Verbinski : Critique

Tandis que vient d’être mise en ligne la bande-annonce du cinquième Pirates des Caraibes et que vient de sortir la suite de Le Cercle, deux franchises initiées par Gore Verbinski, le réalisateur signe avec A Cure for Life un thriller fantastique dont le trailer a su affoler la geekosphère. Le résultat est pourtant loin d’être à la hauteur de cette hype.

Synopsis : Lockhart est un jeune cadre ambitieux travaillant pour une grosse firme financière américaine. Les patrons lui donnent pour mission d’aller rechercher son supérieur en convalescence dans un centre médical dans les Alpes Suisses. Là, il tombe sur une étrange institution dans laquelle il se retrouve malgré lui prisonnier mais dont il ne désespère pas de percer le mystère.

Aquaphobie étouffante

Trois ans et demi après l’échec commercial de Lone Ranger, Gore Verbinski revient et semble libéré des liens qui l’unissaient à la firme aux grandes oreilles. Il conserve tout de même quelques-uns des collaborateurs de cette mauvaise expérience, en particulier son co-scénariste et le chef opérateur. Il apparait pourtant, à la seule vue de la bande-annonce, que le film se dirige, loin des clowneries d’un Johnny Depp cabotin.  Immanquablement, c’est à Shutter Island que l’on pense à la vue de ce bâtiment hospitalier aux méthodes non conventionnelles. Afin de s’éloigner du néo-classique de Scorsese, Verbinski fait le choix de poser son héros avant d’introduire ce décor horrifique. C’est ainsi que son long-métrage s’ouvre sur une plongée asphyxiante dans les bureaux de Wall Street, où le pouvoir angoissant de la photographie très froide fait d’ors et déjà son effet. En revanche, le personnage de  Dane DeHaan n’y est pas caractérisé au-delà de la caricature du jeune carriériste impitoyable, mais surtout un esprit entièrement cartésien. Il ne sera pas davantage défini par la suite, mais ce début laborieux permet d’introduire une sous-intrigue d’émancipation socio-professionnelle annonciatrice d’un certain discours moral et politique… que l’on ne retrouvera que grotesquement bâclée dans la scène de fin.

Dès les premières minutes apparaissent également les premières invraisemblances et autres coïncidences improbables qui ne feront que se multiplier de façon exponentielle au fur et à mesure qu’avancera le scénario. En effet, le manque de réalisme avec lequel nous arrivent les rares rebondissements nous fait vainement espérer un twist qui saurait donner une justification à tout ce qui l’aura précédé. Plutôt que d’installer une trame cohérente ou un suspense pesant autour de l’embrigadement sectaire qui semble régner sur les lieux, c’est uniquement en jouant sur son ambiance glauque et malsaine que Verbinski construit son thriller, ce qui est évidemment loin de pouvoir tenir jusqu’au bout des deux heures et demie qu’il dure.

C’est dans un château gothique reconverti en institut thermal que Gore Verbinski s’amuse à créer une atmosphère fantomatique et hautement malsaine. Mais le rythme inégal et les rebondissements extravagants mettent à plat le suspense qui naît de ces images anxiogènes.

Même si la mise en scène souffre de ne pas jouer sur la tension claustrophobe dans l’enceinte du centre davantage que dans les autres décors, il est impossible de lui nier quelques fulgurances plastiques (dont la plupart ont été aperçues dans la bande-annonce, soit dit en passant) qui donnent à certains passages un véritable univers visuel cauchemardesque. Les couleurs froides dans lesquelles ces images sont filmés et la direction artistique soignée renforcent ce sentiment de ne jamais savoir clairement si l’on se trouve dans la réalité ou dans les hallucinations du jeune héros. Et pourtant, le scénario ne jouera jamais pleinement sur ce trouble. Toute l’intrigue repose uniquement sur le mystère qui entoure ce directeur, ses méthodes de traitement et cette jeune patiente qui semble profiter d’un statut particulier. Incarnée par Mia Goth, qui manque au moins autant de charisme que Dane DeHaan, cette étrange gamine apparait comme la clé de cette histoire qui se voudrait machiavélique.

L’utilisation de l’eau comme leitmotiv horrifique ne fonctionne que grâce à la présence de ces anguilles mangeuses de chair humaine, dont le visuel possède un fort potentiel lovecraftien. Pourtant l’exploitation lourdaude qui en est fait noie littéralement ce pouvoir cauchemardesque en seulement quelques scènes. Ce sera finalement dans certains passages plus gores décrivant frontalement les méthodes médicales, dont une scène de torture dentaire sanguinolente, que l’épouvante sera la plus effective  appuyée chaque fois par une musique lancinante composée par Benjamin Wallfisch (remarqué grâce au récent Dans le noir). Mais même si ces effets en viennent sur le long terme à sembler redondants, il est presque difficile de ne pas se faire surprendre – au plus mauvais sens du terme – par la révélation finale, tant le mauvais goût rocambolesque dans lequel sombre le film dans sa dernière-heure apparait comme inconvenant. Si encore le scénario s’était achevé plus tôt, prenant le risque de ne pas répondre à certaines des questions posées plus tôt, il nous aurait épargné ce happy-end à la niaiserie rédhibitoire. Tant de mauvais choix qui font de ce spectacle pictural un sous-produit sans pertinence. N’est pas Scorsese qui veut.

A Cure for Life : Bande-annonce

A Cure for Life : Fiche technique

Titre original : A cure for wellness
Réalisation : Gore Verbinski
Scénario : Justin Haythe, Gore Verbinski
Interprétation : Dane DeHaan (Lockhart), Mia Goth (Hannah), Jason Isaacs (Volmer), Ivo Nandi (Enrico)…
Photographie : Bojan Bazelli
Montage : Pete Beaudreau, Lance Pereira
Direction artistique : Grant Armstrong, Daniel Chour, Sabine Engelberg, Wolfgang Metschan, Tarnia Nicol
Musique : Benjamin Wallfisch
Producteurs : Gore Verbinski, David Crockett, Arnon Milchan, Christoph Fisser, Henning Molfenter, Charlie Woebcken…
Productions :
Distribution : Twentieth Century Fox France
Durée : 148 minutes
Genre : Thriller, Horreur
Date de sortie : 15 février 2017

États-Unis – 2017

[irp]

Festival

FFCP 2026 : People and Meat, l’appétit des oubliés

"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

Newsletter

À ne pas manquer

Gojira, l’enfant des cendres #02 – Le Projet G

En avril 1954, la Tōhō perd un film et en gagne un autre. D’une idée griffonnée par Tomoyuki Tanaka dans un avion naît le « Projet G », classé secret. Entre Ishirō Honda, Eiji Tsuburaya et Shigeru Kayama, découvrez comment Godzilla prend forme en six mois, de l’auberge de Shibuya au premier clap.

Gojira, l’enfant des cendres #01 – Le soleil couchant de l’empire

Né en 1954 des bombes et de la peur atomique, Godzilla est aussi l’histoire d’un pays. Des navires noirs de Perry en 1853 à l’essai de Bikini, en passant par l'ère Meiji, la guerre du Pacifique, Hiroshima et l’Occupation américaine, retrouvez le contexte qui a donné naissance au roi des monstres.

Moulin : l’étoffe d’un héros

Avec Moulin, László Nemes s'écarte des règles du biopic pour livrer une réflexion sur le statut du héros et sur le combat que se livrent l'obscurité et la lumière. Un geste de mise en scène qui n'égale certes pas celui du remarqué Le Fils de Saul mais donne un film plastiquement somptueux, servi par l'interprétation très juste de Gilles Lellouche et Lars Eidinger.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.