Le Cercle – Rings, un film de F. Javier Gutiérrez : Critique

Après les quatre opus (deux japonais et deux américains, sans parler du prequel et des 8 dérivés) sortis entre 1998 et 2005, la saga horrifique Le Cercle – Rings refait vainement surface sur un cahier des charges teen contemporain en référence à Don’t Breath.

Synopsis : Une jeune femme s’inquiète pour son petit ami lorsqu’ il commence à s’intéresser aux mystères entourant une vidéo censée tuer celui qui la regarde 7 jours après l’avoir visionnée. Elle se sacrifie pour le sauver et fait alors une terrifiante découverte : il y a « un film dans le film » que personne n’avait encore vu…

Revenir d’entre les morts

Le remake américain sorti en 2002 avec Naomi Watts avait permis au scénario de Hideo Nakata (sur une adaptation du roman de Kōji Suzuki, l’équivalent japonais de Stephen King), de trouver un très large public pour ne pas dire devenir de notoriété publique avec un box office international de 250 millions. Un nouveau mythe cinématographique, comme le furent Nosferatu, Dracula, Freddy Krueger, Jason Voorhees, Michael Myers…? Sadako Yamamura, alias Samara Morgan outre Atlantique, est tirée d’une véritable légende qui aurait vraisemblablement existé. Il faut savoir que la culture japonaise est nettement plus poussée concernant l’au-delà. Une véritable mythologie/ croyance autour d’esprits vengeurs (appelés « Onryō ») subsiste au même titre que n’importe quelle religion. L’écrivain japonais se serait inspiré de deux Onryō très connus dans la littérature et théâtre japonais (kabuki): Okiku, une femme assassinée et jetée dans un puits par un samouraï dont elle avait repoussé les avances, et Oiwa, jeune femme empoisonnée par une crème défigurante envoyée par une autre femme qui avait des vues sur son mari. Ce dernier avait ordonné son exécution à la simple vue de celle-ci, mais elle mourra par accident avant. On se demande si le réalisateur espagnol, F. Javier Gutiérrez, a bien vraiment assimilé les différentes interprétations de ce personnage et sa mythologie, tant la mise (au poker) est sur un message méta-assourdissant, l’âme qui rejoint un autre corps après la mort. Plutôt que de tisser intelligemment les ficelles d’une version qui aurait pu être remarquable, il (ou les producteurs!) choisit d’accorder toute l’importance du divertissement sur la (con)quête de Julia pour sauver son petit ami Holt à l’ère d’internet où les écrans sont partout. La surprise est certainement la participation de Vincent D’Onofrio qui, pour jouer un aveugle, aurait demandé les conseils de son ami Charlie Cox (Daredevil). Malheureusement, les séquences sombrent rapidement dans une réplique insignifiante de Don’t Breath du jeune génie uruguayen Fede Alvarez qui n’a que deux longs métrages à son actif ! On apprécie également la présence furtive en introduction de Lizzie Brocheré (American Horror Story: Coven, The Strain, Falling Water).

Mais les plaisirs tournent court, car malgré une photographie pimpante et un soin en demi-teinte apporté aux effets spéciaux (la sortie de la télé aurait pu être améliorée en post-production), l’intrigue est rapidement noyée dans une peinture déjà-vue hollywoodienne sur fond de romantic story. En effet, quoi de plus neuf que de décrire la lutte vaine pour sa propre survie à coup de montage effréné et de jump scares mal aboutis? La mise en abyme du « film dans le film » n’a aucune profondeur et encore moins de légitimité lorsque le récit enchaîne paramnésie cinématographique et bien-pensance américaine en terme de divertissement facile. L’horreur a, ces dernières années, perdu ses lettres de noblesse avec des films pop corn n’attirant que de jeunes spectateurs naïfs. Dans le noirUnfriended, OuijaFriend Request sans oublier de citer le sequel inutile Blair Witch l’année dernière… L’intention première, étant de calquer un succès sur de nouvelles technologies avancées dont témoignent les années 2010, dépasse le stade du « défi relevé » que moyennement. L’écriture est avortée, la photographie est surestimée et le montage désordonné. Seul le premier film énoncé précédemment se démarque par un réel amour pour le genre et un hommage à moitié soigné. Si nous arrêtions de considérer le divertissement comme un produit éphémère et consommable, nous arriverions peut-être à accoucher d’un peu plus de talent. Retournons sur « l’original » de Gore Verbinski, visionnaire, dont on pourra très prochainement apprécier A Cure For Life, le 17 février sur nos écrans plutôt que de s’attarder sur cet ersatz stérile. Ou mieux encore sur l’anthentique de Nakata! Une étoile et demi pour ne s’être qu’à moitié ennuyé. Instants Vidéo Gags promotionnels ? Mieux vaut en rire non?

Vain et mal amené, ce troisième film US se veut renouveler le mythe, mais n’y apporte absolument rien d’efficace, si ce n’est la performance de Vincent D’Onofrio…

Le Cercle – Rings : Bande Annonce

Le Cercle – Rings : Fiche Technique

Réalisation : F. Javier GutiérrezLe-Cercle-Rings-affiche-paramount-picture
Scénario : David Loucka, Jacob Estes et Akiva Goldsman
Interprétation : Matilda Lutz (Julia), Alex Roe (Holt), Johnny Galecki (Gabriel), Vincent D’Onofrio (Burke), Aimee Teegarden (Skye), Bonnie Morgan (Samara)…
Photographie : Sharone Meir
Montage : Steve Mirkovich, Jeremiah O’Driscoll
Musique : Matthew Margeson
Producteurs : Christopher Bender, Neal Edelstein, Ehren Kruger, Roy Lee, Mike Macari, Laurie MacDonald, Walter F. Parkes, Amy Sayres, J.C. Spink
Productions : Macari/Edelstein, Parkes+MacDonald Image Nation, Vertigo Entertainment, Waddieish Claretrap
Distribution : Paramount Pictures
Durée :  102 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 1er février 2017

États-Unis – 2017

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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