Unfriended, un film de Levan Gabriadze : critique

Clairement destiné à un public adolescent, Unfriended, le pseudo-film d’horreur tourne vite à la caricature ridicule.

Synopsis : Six adolescents conversent à distance par Skype. Mais un personnage inconnu s’incruste dans la discussion et devient vite menaçant. Il se fait passer pour Laura Barns, une lycéenne qui s’est suicidée l’année précédente.

Le principe du found footage est très à la mode dans le cinéma d’horreur depuis le succès du Projet Blair Witch. Il s’agit de prétendre que le film que nous voyons est un document authentique tourné par les protagonistes et retrouvé (sous-entendu : après la disparition de ceux-ci). Le procédé, déjà employé dans les années 70 dans le fameux Canibal Holocaust, est très utilisé depuis quelques années, parfois avec succès (Cloverfield) mais souvent de façon ridicule, pour compenser une absence d’ambition et de talent des cinéastes. Il a été aussi décliné sous diverses formes : caméras de surveillance (la série des Paranormal Activity), montage de différents films amateurs (The Bay), etc.

Unfriended prend un autre aspect qui peut se rattacher au found footage : tout le film se déroule sur l’écran de l’ordinateur de Blaire Lily, un des personnages principaux. Mise à part cette originalité, tout le reste du film va suivre un schéma convenu et déjà vu. C’est en vain que le cinéaste va essayer de maintenir un certain suspense : oui, on comprend vite qui est cet inconnu, ce Billie227, qui les harcèle ; oui, on devine vite que les personnages vont disparaître un par un, et on peut même prédire facilement dans quel ordre.

Aucune surprise non plus dans le procédé narratif qui consiste à mettre les personnages en concurrence au fil d’un jeu mortel. La méthode rappelle trop fortement Saw, où les personnages sont punis en fonction des péchés commis. Sauf que dans Unfriended, tout le procédé tourne au ridicule le plus fini, puisque les « péchés » ici consistent à faire circuler des rumeurs sur une personne ou à coucher avec le petit ami de quelqu’un d’autre. Par ces thématiques, le film se choisit clairement un public adolescent ; si vous avez plus de 16 ans, ce film n’est manifestement plus pour vous.

Ridicules aussi les scènes prétendument horrifiques. Les morts successives des différents personnages sont montrées de façon stroboscopique, comme si le cinéaste ne pouvait pas se résoudre à choisir entre montrer franchement ces scènes ou les masquer en hors-champ. Franchement, il aurait mieux fait de choisir cette deuxième solution, puisque le peu que l’on voit n’est absolument pas crédible et renforce encore le côté ridicule d’un film qui n’avait déjà pas besoin de ça. D’autant plus que ces morts arrivent un peu comme des cheveux sur la soupe, sans aucun lien narratif, sans la moindre transition, comme si le réalisateur ne savait pas trop comment remplir le cahier des charges d’un film d’horreur.

Alors, que reste-t-il pour sauver le film ? Avec beaucoup d’indulgence, on pourrait lui trouver, comme point fort, une critique du cyber-harcèlement dont tant d’adolescents sont victimes à travers les réseaux sociaux et qui en pousse certains à prendre des solutions désespérées. Ceci mis à part, il n’y a rien à sauver dans ce long métrage poussif et ridicule qui échoue à implanter une ambiance horrifique comme il échoue à intéresser son spectateur. Aucune surprise, aucun suspense, aucune tension dramatique, en bref aucun intérêt à regarder ce film.

Unfriended : Bande-annonce

Unfriended : Fiche technique

Réalisateur : Levan Gabriadze
Scénariste : Nelson Greaves
Interprètes : Shelley Hennig (Blaire), Moses Storm (Mitch), Matthew Bohrer (Matt), Jacob Wysocki (Ken), Will Peltz (Adam), Courtney Halverson (Val), Heather Sossaman (Laura Barns).
Montage : Parker Laramie, Andrew Wesman
Directeur de la photographie : Adam Sidman
Producteurs : Timur Bekmambetov, Nelson Greaves
Société de production : Bazelevs Production, Blumhouse Productions.
Société de distribution : Universal Pictures International
Budget : environ 1 million de dollars
Classification : interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en France
Durée : 83 minutes
Genre : horreur
Date de sortie en France : 24 juin 2015

Etats-Unis- 2014

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.