Daredevil, Saison 1 – Contre Critique De La Série

Ce n’est pas aujourd’hui que le diable sortira de sa boite.

Voici donc la fameuse série Marvel diffusée sur Netflix sensée mettre tout le monde d’accord et redonner au justicier de Hell’s Kitchen toute son ambivalence. Oui, cette série est sombre et violente et oui c’est plus regardable que le film de Mark Steven Johnson, certes…Mais cela suffit-il pour passer sous silence tout ses défauts ? Non, car la fameuse bouse avec Ben Affleck date tout de même de 2003, une époque où le genre super-héroique n’était pas véritablement pris au sérieux par les producteurs, il était donc le produit d’une époque où les X-Men de Singer et Spiderman de Sam Raimi faisait partie des anomalies surprenantes. Depuis, le genre a fait son chemin dans l’esprit des spectateurs, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui, le super héros se doit d’être sombre et torturé, sans cesse pris dans un conflit moral face à des forces qui le dépasse. C’est la mode, la tendance du moment, la norme sur laquelle s’aligne la majorité des productions estampillés « comics ». Daredevil ne devrait donc pas être jugée par rapport à son prédécesseur (faire pire aurait été en soit un exploit) mais bien à l’aune des ses contemporains.

En retournant cette échelle de valeur, il devient alors plus facile de trouver des défauts, et ce qui frappe en premier lieu, c’est le manque d’originalité de l’ensemble. Du générique « crépusculaire » style Black Sails ou The Leftovers représentatif de la génération HBO aux développement des personnages, tout sonne préfabriqué, monté en kit pour convaincre rapidement que Daredevil est un projet viable capable d’attirer un public mature. C’est donc parti pour une succession d’effusions de sang, d’os brisés et d’intrigues sordides à base de trafic de drogues et d’êtres humains. Sauf qu’il ne faut pas tout confondre, malgré ce qu’essayent de nous faire croire les séries d’aujourd’hui, violence et sexe ne sont pas des signes de maturités, c’est même complètement l’inverse. La maturité est justement la capacité de réfléchir, de dépasser ses pulsions primaires par la raison et la logique, deux prérequis qui brillent par leur absence dans le caractère des protagonistes. De la violence d’accord, mais avec du fond s’il vous plaît !

En l’état, la série ne présente que des archétypes grossiers qu’elle tente de nous faire passer pour des êtres humains en multipliant le pathos. Matt Murdock est aveugle, élevé par son père, abandonnée par sa mère. Papa est gentil, donc le petit Matt devenu grand aura une morale infaillible. De l’autre coté du spectre caractériel, nous avons Wilson Fisk, caïd de la pègre qui règne d’une main de fer sur la ville, élevé par un père violent et surprotégé par sa mère. Papa est méchant donc Wilson sera brutal et égocentrique (et en plus petit il était gros). Rien que là on touche déjà au cliché le plus répandu dans l’histoire des super-héros : le rôle déterminant des parents et sa dichotomie nauséabonde : Si ton père s’occupe de toi, tu sera un héros, si ta mère te couve trop, tu sera un méchant. Citons comme exemple au hasard, Batman et le Pingouin, l’un adulant son père (on ne sait jamais rien de sa mère) et l’autre sur-protégé par sa mère. Pareil pour Thor et Loki, le premier élevé par papa, droit et vertueux, le second apprécié par maman, donc fourbe et sournois… Rien de nouveau sous les étoiles, et c’est un peu embêtant vu que les 13 épisodes de la série ne fonctionnent que sur cette opposition Fisk/Murdock, mais quand les pommes sont déjà pourrie dans le panier…

Dans ce duel d’ego, Dardevil est celui qui s’en sort le mieux, grâce à une interprétation plutôt mesurée de Charlie Cox (Stardust) qui n’en fait jamais trop, bien qu’il semble calquer son jeu sur celui de Ben Affleck, y apportant quelques modifications subtiles et bienvenues. En revanche de l’autre coté du ring c’est une catastrophe. L’excellent Vincent d’Onofrio (Full Métal Jacket, Men in Black) offre une performance pitoyable. Rarement observer un acteur de ce standing cabotiner n’aura été aussi gênant. Fini le règne de Wilson Fisk le génie du crime, le manipulateur et tacticien brillant… Admirons Fisk l’animal, Fisk l’abrutit, Fisk le gamin égoïste….L’acteur semble toujours en décalage avec son personnage. Il trimbale son physique de nourrisson géant avec la grâce d’un hippopotame et y applique une voix qui ne colle jamais. Il hurle quand il est content, chuchote quand il s’énerve, respire à contre-temps, semble près à exploser dès que quelque chose l’emmerde. Le personnage n’a plus aucune complexité et sa stratégie se résume à ça : Quelqu’un pose problème, il le tue. Simple, efficace mais pas vraiment mature. Tout suspens est donc désamorcé puisque que l’on finit par le saisir le malabar, et on comprend rapidement qu’il finira par tuer tout ses partenaires. Encore une façon pour Marvel de nous faire miroiter une intrigue complexe avant de la réduire dans sa dernière ligne droite à un seul antagoniste. Il faut admettre l’évidence, en ce moment, Marvel et les méchants, ce n’est pas vraiment l’amour fou. Surtout lorsque les acolytes Wesley et Leland (alias le Hiboux) se révèlent infiniment plus charismatiques, bien que sous employés. En comparaison Malcolm Merlyn dans Arrow, dont le projet d’urbanisme novateur était tout aussi explosif, passait pour un antagoniste formidable.

C’est tout le problème de Dardevil, elle ne surprend jamais et souffre trop de la comparaison avec ses aînées. Les scènes d’actions sont molles et cèdent à l’esbroufe facile (un plan séquence sympathique mais bien en dessous de celui de Old Boy), tandis que les personnages n’évoluent jamais. Marvel maintient sont statu quo, avec opposition caricatural entre le bien et le mal, sans jamais tenter quelques zones de gris. Hell’s Kitchen* n’est plus la cuisine de l’enfer mais un pot pourri de clichés ronflants : Le mafieux d’origine italienne qui écoute de la musique classique, l’avocat intègre qui vient réparer la plomberie chez ses clients, le vieux maître aveugle qui sort de la philosophie de comptoir à tour de bras… Marvel devrait se rappeler que ce n’est pas toujours dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupe.

Ici, notre critique pour Daredevil.

* Hell’s Kitchen est d’ailleurs aujourd’hui l’un des quartier les plus huppé de New York.

Synopsis: Matt Murdock est avocat. Aveugle depuis l’enfance suite un accident, il a su développer ses autres sens de manière spectaculaire au point d’en faire des pouvoirs. Aujourd’hui, ces pouvoirs vont l’amener à combattre Wilson Fisk, parrain de la mafia locale.

Fiche Technique – Daredevil

Création : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Producteurs éxécutifs : Dan Buckley, Jim Chory, Steven S. DeKnight, Alan Fine, Peter Friedlander, Drew Goddard, Allie Goss, Kris Hennigman, Cindy Holland, Stan Lee, Jeph Loeb, Joe Quesada
Réalisation : Drew Goddard et Steven S. DeKnight
Scénario : Drew Goddard (épisode pilote)
Direction artistique : Toni Barton
Décors : Loren Weeks
Costumes : Kevin Draves
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage: Jonathan Chibnall, Monty DeGraff, Michael N. Knue
Musique : John Paesano
Casting : Laray Mayfield et Julie Schubert
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution : Netflix
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 1,78:1 – son Dolby Digital – HDTV
Genre : super-héros, action, science-fiction
Format : 50 min

 

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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