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César 2018 : les nominations sont là !

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Qui de 120 battements par minute ou au Revoir là-haut sera célébré ? Garance Marillier va être récompensée pour sa performance dans Grave ? N’attendez plus : les nominations pour la cérémonie des César 2018 sont là.

La cérémonie des César se tiendra le 2 mars 2018 et aura cette année l’actrice espagnole Penelope Cruz recevra le César d’honneur. La soirée sera animée par Manu Payet et ouverte par Vanessa Paradis. Au revoir là-haut et 120 battements par minutes tiennent le podium des nominations. Trêve de bavardages : plongez dans les nominations en attendant la cérémonie.

Meilleur film :

120 battements par minute

Au revoir là-haut

Barbara

Le brio

Patients

Petit paysan

Le sens de la fête

César de la meilleure réalisation

Robin Campillo (120 battements par minutes)
Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Mathieu Almaric (Barbara)
Julia Ducournau (Grave)
Hubert Charuel (Petit paysan)
Michel Hazanavicius (Le Redoutable)
Eric Toledano et Olivier Nakache (Le sens de la fête)

César du meilleur acteur

Swann Arlaud (Petit paysan)
Daniel Auteuil (Le Brio)
Jean-Pierre Bacri (Le sens de la fête)
Guillaume Canet (Rock’n roll)
Albert Dupontel (Au revoir là-haut)
Louis Garrel (Le redoutable)
Reda Kateb (Django)

César de la meilleure actrice

Jeanne Balibar (Barbara)
Juliette Binoche (Un beau soleil intérieur)
Emmanuelle Devos (Numéro Une)
Marina Fois (L’Atelier)
Charlotte Gainsboug (La Promesse de l’aube)
Doria Tillier (Monsieur et Madame Adelman)
Karin Viard (Jalouse)

César du meilleur acteur dans un second rôle

Niels Arestrup (Au revoir là-haut)
Laurent Lafitte (Au revoir là-haut)
Gilles Lellouche (Le sens de la fête)
Vincent Macaigne (Le sens de la fête)
Antoine Reinartz (120 Battements par minute)

César de la meilleure actrice dans un second rôle

Laure Calamy (Ava)
Anaïs Demoustier (La Villa)
Sara Giraudeau (Petit paysan)
Adèle Haenel (120 Battements par minutes)
Mélanie Thierry (Au revoir là-haut)

César du meilleur espoir féminin

Iris Bry (Les Gardiennes)
Laetitia Dosch (Jeune femme)
Eva Haïdara (Le sens de la fête)
Camelia Jordana (Le Brio)
Garance Marillier (Grave)

César du meilleur espoir masculin

Benjamin Lavernhe (C’est la vie)
Finnegan Oldfield (Marvin ou la Belle Education)
Pablo Pauly (Patients)
Nahuel Perez Biscayart (120 Battements par minute)
Arnaud Valois (120 Battements par minute)

César du meilleur premier film

Grave
Jeune femme
Monsieur et Madame Adelman
Patients
Petit Paysan

César du meilleur long métrage d’animation

Le grand méchant renard et autres contes…
Sahara
Zombillénium

César du meilleur documentaire

12 jours
A voix haute
Carré 35
I’m Not Your Negro
Visages villages

César du meilleur film étranger

Le Caire confidentiel
Dunkerque
L’Échange des princesses
Faute d’amour
La La Land
Noces
The Square

Ça vient vous terrifier en Blu-ray

Depuis le 24 janvier 2018, le terrifiant clown dansant Grippe-Sou imaginé par Stephen King peut vous croquer en Blu-ray, DVD et Blu-ray 4K. Retour sur le film phénomène d’Andrés Muschietti à l’occasion de sa sortie en video. Ça va saigner…

Synopsis : A Derry, dans le Maine, un groupe de 7 adolescents enquête sur une effroyable créature qui hante leur petite ville depuis des siècles : Grippe-Sou le Clown Dansant. Monstre aux pouvoirs terrifiants, ÇA prend la forme de vos peurs les plus profondes. Face à leurs pires cauchemars, le seul moyen de survivre pour ces adolescents sera de combattre ÇA ensemble.

Mécanique horrifique

Ça est un film qui a du plaire à la Warner pour de nombreuses raisons, notamment économiques. Le long métrage, porté par un budget de 35 millions, a rapporté pas moins de 700 millions de dollars de recettes à travers le monde. Après les échecs commerciaux de Blade Runner 2049 (aussi distribué par Sony Pictures) et de Justice League (à l’échec aussi critique qu’économique et dont la sortie fut accompagnée de scandales autour de sa production chaotique), Ça a du apparaître comme un souffle de vie pour la Warner. Car le film, on peut le dire, a fait un carton et a réussi à séduire la critique sans arriver à un consensus hyper-positif comme nous le promettait les énièmes grandiloquents premiers retours américains. Quant à Andrés Muschietti, son réalisateur, il serait en charge de la suite qui devrait arriver en 2019.

Muschietti, à qui l’on doit aussi le beau et sombre Mama (2013), montre avec Ça qu’il sait filmer et donc raconter l’horreur en images. Mais à l’inverse de son premier long métrage, Muschietti n’a pas participé à l’écriture du scénario. Et c’est justement là où le bas blesse. Le réalisateur a beau mettre en place l’horreur à échelle humaine, précisément au niveau de l’enfant, de son regard et de son battement de cœur, son travail est contré par un déroulement du récit trop mécanique. Ça est de retour et pénètre malicieusement dans l’esprit des enfants en les tourmentant d’expériences cauchemardesques adaptées aux peurs des personnages. Le problème se pose ainsi : nous allons faire face à chacune de ces visions traumatisantes des mômes avant qu’ils se décident à se les révéler en groupe. Cela, à l’inverse du livre où certains des cauchemars étaient révélés par le récit oral de gamins à leurs amis. Par conséquent, l’horreur et l’épouvante cèdent rapidement la place à la frustration de l’expérience spectatorielle face à un schéma narratif mécanique. « On va devoir tous se les taper avant que l’un d’entre eux soit assez malin pour le partager avec les autres » se dit-on alors que frustration et longueurs s’installent dans notre siège et à l’écran.

Après le partage des cauchemars par les différents membres du groupe, l’aventure reprend de plus belle. Muschietti n’oublie pas de capter le quotidien amical, amoureux et souvent obscur des enfants. Mais le caractère mécanique de l’écriture reviendra rapidement pointer son nez lors des scènes de genre où les destins de chacun des personnages épouvantés peinent à se croiser de façon fluide (et humaine). L’horreur fonctionne ainsi de telle façon que les séquences sont isolées les unes des autres, séparant d’abord le groupe pour enfin le réunir, sans jamais véritablement travailler l’organicité du groupe comme l’aspect multiple du clown tueur (à ne pas confondre avec la protéiformité de la créature bien présente à l’écran).

Ainsi « vivement la suite » et « dommage » se battent dans la zone ciné-trouble de notre cerveau pour être poursuivis par un « affaire à suivre ! » tandis que le générique défile à l’écran.

Un Blu-ray bien sage pour Grippe-Sou

Il y a peu à redire concernant l’image et le son du film. On peut même remarquer la présence de piste française DTS-HD et Dolby Atmos TrueHD qui raviront les incorruptibles aficionados de la VF. Sur ce point, Universal peut aller se rhabiller. Toutefois, le constat est moins positif concernant les bonus. Trois featurettes making-of d’environ un quart d’heure chacune reviennent sur l’interprétation de Grippe-Sou par Bill Skarsgard ; les jeunes acteurs du club des losers sur le tournage ; et sur l’écriture du roman avec Stephen King en entretien. Enfin, les trois quarts d’heure de bonus sont accompagnés par une quinzaine de minutes de scènes coupées.

Bande-Annonce – Ça (It)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

1080p High Définition 16×9 2:4.1 – Langues : DTS-HD Master Audio : Français, Anglais ; Dolby Digital Atmos True HD : Français, Anglais – Sous-titres : Français, Anglais (pour sourds et malentendants) – Les bonus peuvent ne pas être en haute définition ; l’audio et les sous-titres peuvent varier.

COMPLÉMENTS

GRIPPE-SOU EST DE RETOUR ! Découvrez comment Bill Skarsgard s’est préparé pour interpréter le terrifiant Grippe-Sou.

LE CLUB DES LOSERS Plongez-vous dans le monde des jeunes héros de ÇA et découvrez leur quotidien pendant le tournage du film.

LE MAÎTRE DE LA PEUR Stephen King nous raconte comment il a écrit un des plus terrifiants romans de l’histoire et développé le personnage de Grippe-Sou.

SCÈNES COUPÉES

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Visuel du Blu-ray de ‘Ça’ édité chez Warner.

Prix de vente conseillé :

DVD : 19,99 €

Blu-Ray : 24,99 €

Blu-Ray 4K UHD : 29,99 €

Steelbook 4K + Blu-Ray : 29,99 €

Paris Manga & Sci-Fi Show : 25ème édition les 3 et 4 février 2018

On l’attendait avec impatience et il est à présent disponible : le planning des scènes Manga et Sci-Fi de la 25ème édition. Pour fêter cela, faisons le point sur les nombreux invités présents ce week-end.

Tous les invités n’étant pas présents les deux jours, nous avons repris entre parenthèses leur(s) jour(s) de présence. La plupart seront présents pour des conférences, dédicaces, photoshoots et autres masterclass.

Invités acteurs

Au nombre de neuf, ils devraient ravir le plus grand nombre.

  • Andrea Parker : Le Caméléon, Pretty Little Liars (présente les deux jours),
  • Pamela Anderson : Alerte à Malibu (présente le samedi 3 février),
  • Richard Dean Anderson : Stargate, MacGyver (présent le dimanche 4 février),
  • Hafþór Júlíus Björnsson : Le Trône de Fer (présent le samedi 3 février),
  • John Wesley Shipp : Flash (présent les deux jours),
  • Brian Krause : Charmed (présent les deux jours),
  • Seth Gilliam : The Walking Dead (présent les deux jours), et
  • Olivia Taylor Dudley et Arjun Gupta : The Magicians (présents le samedi 3 février).

Invités comédiens de doublage

  • Nathalie Homs (présente le samedi 3 février),
  • Charles Germain (présent le samedi 3 février),
  • Emmylou Homs (présente le samedi 3 février),
  • Georges Caudront (présent le samedi 3 février),
  • Yann Peira (présent le dimanche 4 février),
  • Barbara Delsol (présente le samedi 3 février),
  • Nathalie Spitzer (présente le samedi 3 février),
  • Barbara Beretta (présente le dimanche 4 février),
  • Bernard Lanneau (présent le dimanche 4 février)
  • Laura Préjean (présente le dimanche 4 février),
  • Françoise Rigal (présente le samedi 3 février),
  • Dominique Vallée (présente le dimanche 4 février),
  • Benoît Dupac (présent le dimanche 4 février), et
  • Alexandre Nguyen (présent le samedi 3 février).

Invités comics (tous seront présents les deux jours)

  • Tina Valentino,
  • Alessandro Vitti,
  • Tom Lyle,
  • Alan Davis,
  • Mark Farmer,
  • Marco Santucci,
  • Dimat,
  • Maria Laura Sanapo,
  • Laurent Lefeuvre,
  • Fabian Nicieza, et
  • Bob McLeod.

Invités musique

  • suShiMaMiRe (présent uniquement le samedi 3 février).

Invités catch (tous seront présents les deux jours)

  • Christian aka Jay Reso, et
  • Sylvain Guernalec.

Invités web séries

  • Noob (présent les deux jours)

Invités youtubers (tous seront présents les deux jours)

  • TAI REFLECTIONS – STARRYSKY feat. Ermite Moderne & Mickael J,
  • Laurent Caccia,
  • Bob Lennon,
  • Dooms,
  • Devovo,
  • Thomas Cyrix,
  • Laupok,
  • Menu Manga,
  • Siphano,
  • Louis-San, et
  • Sora.

Le planning des scènes Manga et Sci-Fi

Il est susceptible de changer jusqu’à la dernière minute donc vous trouverez ci-dessous le planning tel qu’arrêté au 30 janvier 2018.

NB : cliquez sur les images pour les ouvrir en grand format dans une nouvelle fenêtre.

 

Informations pratiques

Le lieu reste le même : le hall 7.2 de la Porte de Versailles.

Pour vous y rendre, vous avez le choix niveau transports en commun :

  • métro : ligne 12 (station Porte de Versailles)
  • tramway : ligne 2 (station Porte de Versailles) ; ligne 3 (station Porte de Versailles).
  • bus : ligne 39 (arrêt Porte de Versailles) ; ligne 80 (arrêt Porte de Versailles).

Les billets (achat ICI)

Le salon est gratuit pour les moins de 6 ans (sur place ou en prévente).
Pour les autres, plusieurs options :

  • le billet jour samedi ou dimanche (13.50 € en prévente et 14 € sur place),
  • le billet 2 jours (26.50 € en prévente ou 27 € sur place),
  • le billet VIP Mang ou Sci-Fi (60 € en prévente, non disponible sur place).

Paris Manga & Sci-Fi Show # 25 : la bande-annonce

Auteur : Grae Leigh

Devilman Crybaby de Masaaki Yuasa, l’animé bestial et grandiose de Netflix

Avec Devilman Crybaby, Masaaki Yuasa frappe un grand coup. C’est une avalanche de violence, de sexe, d’une jeunesse en proie à ses démons, où la lueur de l’humanité se disperse. Avec cette série d’animation bestiale, Netflix diffuse la première claque de l’année.

L’original « Devilman », paru en 1972, racontait l’histoire d’un adolescent timide, Akira Fudo, dont la vie prend un tournant différent quand il devient possédé par un démon. Avec l’aide de son ami Ryo Asuka, Akira réussit à surmonter sa volonté perverse et à utiliser ses pouvoirs pour combattre d’autres démons, devenant « Devilman ». La version de Yuasa, quant à elle, fidèle à l’intrigue, est un versant plus moderne du matériel de base : plus abrupt, plus euphorisant.

Le premier épisode de la série donne rapidement le ton : dans une zone désaffectée, la jeunesse du monde jouit de fêtes endiablées sous amphétamine, d’orgies consuméristes faites d’alcool, de sexe et de drogue. Dans cette atmosphère nébuleuse malmenée par une techno minimale incandescente, placardé par un visuel psychédélique voire abstrait, Devilman Crybaby hausse le ton et dégaine sa violence gore durant cette fête qui se nomme le « Sabbath ». L’humanité, derrière ses mœurs volatiles, ouvre la porte de l’enfer et voit l’apparition de démons, au sens propre et cinématographique du terme, qui tuent la moindre parcelle de chair fraîche. Une boucherie totale, où le sang tapisse les murs sans vergogne. D’entrée Devilman Crybaby marque la rétine d’une empreinte esthétique crasse et calcinée, avec sa trans féconde qui mélange le plaisir macabre à une déshumanisation accablante. 

Sauf que la gravure visuelle, sa violence, ses festivités morbides, sa sexualisation féminine à outrance, n’est pas qu’une simple gageure opportune. Derrière ce magma qui suinte la fièvre, ce pari grandiloquent, se cache une série qui fourmille d’idées, et détient une sensation de perdition presque totale. Devilman Crybaby est une claque sans nom, qui parsème son aura d’une respiration aussi humaine que nihiliste. L’enjeu est là : les méandres de l’humanité. Où est le démon qui est en nous ? Où se situe la limite de notre humanité ? Dans cette interrogation funeste, la série ne s’enlise pas dans une psychanalyse poussée, mais appuie sur ce qu’il sait faire de mieux : proposer des personnages attachants mais gangrenés par une haine qui va les pousser à monter le curseur de la violence. Akira et Ryo, les meilleurs amis du monde vont petit à petit se déchirer car leurs visions du monde s’avèrent être différentes. L’un veut sauver le monde alors qu’un démon l’habite et l’autre veut voir naître le chaos. Le bien et le mal ne font qu’un.

Pourtant, sous leurs enveloppes humaines, se nourrit un démon amer et carnassier. Avec son format court, sa nonchalance gore, sa course contre la montre, Devilman Crybaby rappelle le plaisir assoiffé que pouvait procurer la série Lastman. Mais la série animée se veut plus sombre, plus désarticulée dans sa réalisation, moins axée sur l’aspect burlesque : noir c’est noir selon l’adage. Cette farandole démoniaque, cette débauche d’excès, cette action animée épileptique, ne parait jamais gratuite au regard de la violence psychologique qui émane des personnages. Tout comme Paranoia Agent de Satoshi Kon, la série n’est pas qu’un simple défouloir : mais un portrait d’une société compétitrice, une jeunesse poussée dans ses derniers retranchements, aussi voyeuriste que déviante, qui délaisse ses individus et vit dans l’accumulation de regrets. Devilman Crybaby a cette odeur d’autodestruction incommensurable.

Certes, la thématique, cette haine de l’humain qui se dégage de la série n’est pas nouvelle. Mais la cohérence présentée entre le visuel au trait baroque et la thématique fait mouche et rend le tout impressionnant de maîtrise, comme pouvaient l’être des films d’animations sanguinolents comme Ninja Scroll de Yoshiaki Kawajiri.

Synopsis: Alors que les démons se sont réveillés et que l’humanité est dans la tourmente, un jeune démon sensible est poussé dans une guerre brutale contre le mal par son ami Ryo.

Bande annonce – Devilman Crybaby

https://www.youtube.com/watch?v=eeoG9Zib13Y

Fiche technique – Devilman Crybaby

Réalisation : Masaaki Yuasa
Scénario : Ichiro Okouchi
Société de distribution :  Netflix
Genre : animation japonaise
Durée : 10 épisodes de 20 minutes environ
Date de diffusion : 5 janvier 2018

Assurance sur la mort, le modèle absolu du film noir signé Billy Wilder

La sortie de la copie restaurée d’Assurance sur la mort, de Billy Wilder, permet de revoir un des grands classiques du cinéma hollywoodien et un des chefs d’œuvre du film noir.

Synopsis : Walter Neff fait du porte-à-porte pour vendre des assurances. Un jour, il rencontre une femme, Phyllis Dietrichson, et tombe sous son charme. Elle va lui demander de l’aider à se débarrasser de son mari.

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Assurance sur la mort n’est pas seulement un chef d’œuvre. Il s’agit sans doute du modèle absolu de film noir, le parangon du genre. D’abord, Assurance sur la mort est l’adaptation d’un roman de James M. Cain, auteur qui connaîtra un grand succès aux États-Unis dans les années 40 et verra deux autres de ses romans adaptés avec succès, Le Facteur sonne toujours deux fois (qui, en 1943, avait donné Ossessione, le premier chef d’œuvre de Luchino Visconti) et Mildred Pierce.

Ensuite, le scénario d’Assurance sur la mort est écrit par Billy Wilder et Raymond Chandler, l’auteur du Grand Sommeil, créateur du personnage du détective privé Philip Marlowe. Même si les deux scénaristes ne se sont pas entendus pendant l’écriture, ils ont su ciseler des dialogues extraordinaires, incisifs (il faut préciser qu’avant d’être réalisateur, Wilder avait entre autres écrit des scénarios pour Ernst Lubitsch, et on retrouve parfois cette influence dans l’œuvre du cinéaste).

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Comme dans tout bon film noir, l’action d’Assurance sur la mort se déroule avant tout sur le plan moral. A l’aide de la voix off, nous plongeons dans la tête d’un Walter Neff pris en plein dilemme, dans cette lutte entre le vice et la vertu. Ici, pratiquement pas de suspense ou de surprise. Le spectateur ne se pose pas la question de savoir ce qui va se passer, si le criminel va s’en tirer ou pas : le film débute par la scène finale, puis le reste de l’historie se déroule devant nous en un long flashback. Ainsi, nous savons dès les premières secondes que Walter Neff est grièvement blessé et nous l’entendons avouer sa participation au crime. L’enjeu n’est pas de trouver l’identité d’un assassin, mais de mettre en scène un conflit moral.

Et Billy Wilder se plaît à employer tous les moyens mis à sa disposition par le cinéma pour arriver à ses fins. La première moitié du film, qui se déroule avant le crime, nous montre Neff tiraillé entre deux choix diamétralement opposés. L’emploi de la voix off, qui d’habitude peut se révéler envahissante, est ici particulièrement bien mesurée et d’une grande utilité pour mettre à nu les déchirements du personnage. Des jeux d’ombres et de lumières hérités directement de l’expressionnisme se dessinent sur l’agent d’assurance, le découpant en une partie sombre et une lumineuse.

Et surtout, toute cette première moitié est marquée par des allers-retours entre deux lieux hautement symboliques, la villa des Dietrichson et le bureau de Neff dans l’immeuble de la compagnie d’assurance. Ces trajets en voiture figurent le balancement moral du personnage. Wilder inscrit géographiquement l’ alternative qui se propose à lui, et la ville devient un véritable paysage mental.

Ce procédé, issu lui aussi de l’expressionnisme, fait du décor la projection de l’intériorité du personnage. « Elle pleurait doucement, comme la pluie sur les fenêtres », dira Neff au sujet de Phyllis.

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Assurance sur la mort est construit comme une tragédie classique. Le fait de connaître la fin dès les premières minutes du film impose comme une impression de fatalité qui tombe sur les personnages. « La machine était partie, rien ne l’arrêterait. » Neff fait plusieurs fois allusion au destin. Une fois qu’il a accepté l’idée de commettre un meurtre, il n’est plus libre des conséquences de ses actes.

C’est cela que nous montre la seconde moitié du film. Là aussi, le scénario prend un parti pris formidable et extrêmement bien exploité : le criminel et l’enquêteur (Edward G. Robinson, absolument génial, comme d’habitude) sont des collègues (et même des amis). Ainsi, Neff peut suivre pas à pas la progression de l’enquête et voir l’étau se resserrer inexorablement autour de lui et de Phyllis, ce qui renforce encore l’impression d’une fatalité.

Tout cela donne au film un rythme diabolique. L’action se déroule à toute vitesse vers un final qui, si on le connaît dès le début du film, n’entraîne pas moins un certain suspense. Wilder crée des scènes qui sont devenues des modèles du genre et ont été copiées un nombre incalculable de fois depuis 1944. Assurance sur la mort est devenu la référence en la matière.

De même, les deux acteurs principaux constituent un des couples mythiques du cinéma classique hollywoodien. Barbara Stanwyck, affublée d’une perruque blonde et d’un bracelet de cheville, dégage une sensualité de chaque instant (aidée en cela par des dialogues emplis d’allusions sexuelles et des ellipses très suggestives). Fred MacMurray, quant à lui, tient là le rôle de sa carrière. Wilder avait d’abord pensé à un acteur plus confirmé, George Raft (spécialiste des rôles de gangster dans les années 30, et que Wilder dirigera dans Certains l’aiment chaud), mais Raft refusera, trouvant que le scénario du film allait trop loin dans l’ambiguïté morale.

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Il faut dire que Assurance sur la mort se déroule dans un monde où tout le monde est fautif. Mis à part éventuellement Keyes, aucun personnage n’est innocent, à des degrés divers. Le mari assassiné était loin d’être une victime tout en pureté, et son adolescente de fille n’est pas remplie de respect envers ses parents.

Au milieu de tout cela, Neff apparaît plutôt comme un imbécile facilement manipulable. Il a deux éclairs de lucidité dans le film, un au début lorsqu’il devine le projet de Phyllis, et l’autre à la fin lorsqu’il lui dit qu’elle n’avait besoin de lui que parce qu’il s’y connaissait en assurances. Sinon, Neff est un personnage qui est toujours d’accord avec la dernière personne à qui il parle, n’ayant aucune opinion et aucune idée personnelle. C’est flagrant dans la seconde partie : lorsqu’il est avec Lola, il est convaincu qu’elle a raison et se retourne contre Phyllis ; quelques minutes plus tard, lorsqu’il est avec Phyllis, c’est elle qui a raison et il se retourne contre Lola. Il apparaît comme une véritable girouette incapable de se décider par lui-même. Son idiotie est d’autant plus mise en valeur qu’il est confronté à Keyes, son collègue, doté d’une grande intelligence et de beaucoup de perspicacité.

Mise en scène extrêmement réfléchie, utilisation intelligente du décor urbain, dialogues remarquables et couple mythique, Assurance sur la mort a tout pour être un des grands classiques du cinéma hollywoodien des années 40 et reste encore de nos jours un modèle dans le domaine du film noir.

Assurance sur la mort : bande annonce

Assurance sur la mort : fiche technique

Titre original : Double Indemnity
Réalisation : Billy Wilder
Scénario : Billy Wilder et Raymond Chandler, d’après le roman de James M. Cain
Interprétation : Fred MacMurray (Walter Neff), Barbara Stanwyck (Phyllis Dietrichson), Edward G. Robinson (Barton Keyes), Jean Heather (Lola Dietrichson), Tom Powers (Mr. Dietrichson).
Photographie : John Seitz
Montage : Doane Harrison
Musique : Miklos Rosza
Producteur : Joseph Sistrom
Société de production : Paramount Pictures
Société de distribution (1944) : Paramount Pictures
Société de distribution (copie restaurée, 2018) : Les Acacias
Genre : film noir, drame
Date de première sortie en France : 31 juillet 1946
Date de sortie (copie restaurée) : 31 janvier 2018
Durée : 107 minutes

Etats-Unis-1944

Golem, le tueur de Londres : Petit théâtre de la rue

Sorti directement en DVD (après un passage en festivals), Golem : Le tueur de Londres de Juan Carlos Medina propose une énième déclinaison du polar victorien. Mais le scénario de Jane Goldman (Kingsman), réserve quelques surprises et chausse-trappes qui sortent cette production du tout venant.

Si le monde est un théâtre et tous les hommes et femmes des acteurs, autant ne pas rater sa sortie. Si nous nous donnons en spectacle, celle-ci doit être spectaculaire et marquer les esprits. C’est plus ou moins la même rengaine qui sous-tend nombre d’histoires de meurtre portées au cinéma. Il est curieux de voir que l’imaginaire policier semble avoir toujours eu des liens plus ou moins proches avec le monde du spectacle. Déjà à l’époque victorienne, les actes de l’Éventreur de Whitechapel défrayait la chronique (à coups de meurtres particulièrement violents et de lettres anonymes), assouvissant chez le londonien moyen cette envie de sang et de peur. Un fait divers glauque transformé en feuilleton public où les meurtres s’enchaînent, ainsi que les inspecteurs chargés de l’affaire. L’aspect insoluble du mystère continue de passionner aujourd’hui et, dans l’imaginaire collectif, le Londres victorien est toujours associé à cette figure du tueur qui aurait « donné naissance au XXe siècle ». Comme le dit Dan Leno, célèbre comique du Music-Hall et personnage du film : « Here we are again ! ».

L’ombre de Jack l’Éventreur plane évidement sur ce récit. Une série de meurtres dans le quartier glauque de Limehouse qui fascine autant qu’elle effraie le public. Inspecteur brillant dont la carrière connaît un coup d’arrêt suite à des rumeurs sur sa sexualité, John Kildare se fait refiler le dossier par une étoile montante de la police qui ne veut pas entacher sa réputation. Son investigation l’amène rapidement sur la trace d’une troupe de théâtre dirigée par le truculent Dan Leno. En parallèle, une ancienne actrice de la bande, Lizzie Cree, est accusée d’avoir empoisonné son mari, un dramaturge raté. Les deux affaires sont évidement liées, car le mari assassiné est un des suspects.
Si tout le décorum victorien est présent (des costumes aux décors), Golem se démarque tout de même par quelques idées intelligentes. Premièrement, l’Éventreur n’est jamais directement cité ou évoqué. Peut-être parce que l’intrigue prend place quelques années avant. Le monstre qui terrifie la ville porte le nom de Golem, d’après la créature du folklore hébreux, mue par une volonté supérieure. Et enfin, le monde du spectacle n’est pas juste là pour faire joli mais sert le véritable propos du film.

Lizzie Cree est une fille des rues qui trouve une échappatoire dans le théâtre, Dan Leno crée des pièces autour des vices de la rue, Kildare cache son homosexualité au monde etc. Fidèle à sa tradition du polar, tous les personnages jouent un rôle ou endossent un masque devant une société victorienne particulièrement stricte et puritaine. Mais la question ici n’est pas tant de savoir qui est le Golem mais bien ce que cache cette affaire de meurtre. Car le développement de l’intrigue en tant que telle peut éventuellement décevoir les puristes. Chaque suspect est éliminé de la liste au fur et à mesure pour déboucher sur un twist qui peut sembler surfait. Notons toutefois cette idée de mise en scène maligne où, par translation, Kildare imagine chaque meurtre avec un suspect différent, avec pour seule pièce à conviction un journal anonyme écrit par le tueur. Artifice qui permet cette séquence hallucinatoire où Karl Marx en personne charcute une des victimes. Si même l’inspecteur juge cette hypothèse finalement stupide, le délire est là. Le film n’hésite pas à enfoncer des portes ouvertes pour le pur plaisir du spectateur. Cet effet de transition laisse également une ouverture pour la fin : la révélation du tueur est-elle exacte ? Ou un autre artifice monté de toute pièce pour attirer l’attention ?

Toujours est-il que nous revenons encore au même triangle que forme Dan Leno, John Cree et Lizzie. Entre attirance, amitié et rivalité, l’exploration de leur vie permet de tracer une carte des vices londoniens. Prostitution, pornographie, drogue, grand guignol… Tout en opposant deux lieux de rencontres qui ont la même fonction spectaculaire : le théâtre et le tribunal, soit la basse et la haute société. Le public veut du sang, qu’il soit vrai ou faux. Tout cela mène à ce lieux unique de la potence, désertée par un public finalement lassé de ce feuilleton. Bien que celui-ci sera finalement recyclé dans une pièce à succès.

Cette idée de représentation est au centre du script de Jane Goldman (d’après un roman de Peter Ackroyd), qui retrouve une efficacité que l’on ne lui connaissait plus depuis le premier Kingsman. Si l’enquête ne trépigne pas et enchaîne les rebondissements attendus, la scénariste laisse suffisamment d’espace pour développer d’autres thèmes qui prennent aujourd’hui une résonance forte. Derrière ce monde de faux semblants, ce sont bien les femmes qui sont sacrifiées sur l’autel de la réussite sociale des hommes. La souffrance qu’elles subissent sert de prétexte à une charité chrétienne mal placée, de thème pour une nouvelle pièce ou encore de tremplin pour une promotion inattendue. Quelles que soient leurs actions (même les plus répréhensibles), elles seront toujours oubliées ou laissées dans l’ombre, tandis que les mâles ramassent les acclamations du public ou les éloges de la presse.

Le film oublie parfois de prendre des gants, certains dialogues manquent de subtilité et Juan Carlos Medina semble par moments un peu trop sûr de ses effets (distorsion d’images et de sons lors des séquences de meurtres). Mais Golem réserve quand même quelques moments forts. Assez bavarde pour maintenir un rythme soutenu, l’histoire laisse tout de même suffisamment de vide pour respirer, pour laisser le spectateur se faire un son propre avis. Si certains points sont évoqués frontalement, d’autres restent dans le non dit ou le sous-entendus. Toujours spectaculaire dans ses représentations des assassinats, mais relativement évasif sur les sujets plus rudes (le viol, l’excision), Golem joue tout de même assez finement sur ce qu’il est possible ou non de montrer à l’écran. Entre la violence réclamée par le public et la réalité, il y a un fossé que personne ne semble vouloir franchir, et là se situe une autre piste d’interprétation.

Golem : Le tueur de Londres peut paraître un peu cheap pour un film de cinéma, mais comme sortie DVD, le film sort des sentiers battus par la richesse de ses thématiques. Avec une distribution suffisamment impliquée (Bill Nighy toujours très bon et remplaçant Alan Rickman au pied levé, Olivia Cook surprenante, Eddie Marsan méconnaissable), le film à rapidement plus d’intérêt qu’un certain nombre de films classe A. Sa description du Londres victorien comme capitale du vice n’est pas sans rappeler l’œuvre d’un certain Alan Moore. Mais là où From Hell (des frères Hughes) était trop propre dans sa description des meurtres de l’Éventreur, celui-ci à toutes les coutures qui craquent, ce qui n’est finalement pas plus mal. Plus qu’un polar victorien, Golem est un film avec un vrai sujet, chose de plus en plus rare aujourd’hui.

Golem : Le tueur de Londres – Bande-annonce :

Golem : Le tueur de Londres – Fiche Technique

Titre original : The Limehouse Golem
Titre français : Golem, le tueur de Londres
Réalisation : Juan Carlos Medina
Scénario : Jane Goldman, d’après le roman Le Golem de Londres (Dan Leno and the Limehouse Golem) de Peter Ackroyd
Direction artistique : Grant Montgomery
Décors : Frederic Evard et Nick Wilkinson
Costumes : Claire Anderson
Photographie : Simon Dennis
Montage : Justin Krish
Musique : Johan Söderqvist
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 23 Janvier 2018

Grande-Bretagne – 2016

L’Insulte de Ziad Doueiri : procès de quartier aux tournures nationales

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Si les films judiciaires sont nombreux dans le cinéma mondial, avec L’Insulte, Ziad Doueiri nous passionne pour un procès de quartier bien plus complexe qu’il n’y parait.

Synopsis : À Beyrouth, de nos jours, une insulte qui dégénère conduit Toni et Yasser devant les tribunaux. De blessures secrètes en révélations, l’affrontement des avocats porte le Liban au bord de l’explosion sociale…

4ème long-métrage et retour au Liban pour Ziad Doueiri, réalisateur de Baron Noir, très prochainement de retour sur nos écrans pour la saison 2.
Avec L’insulte, le réalisateur nous propose un nouveau film de procès, sujet ayant déjà été exploré par de très nombreux réalisateurs, avec plus ou moins de réussite.
L’accusé, Yasser, est réfugié libanais et ouvrier. Toni, le plaignant, est un chrétien libanais, tranquillement installé avec sa femme enceinte dans un appartement, où la gouttière pose problème. Ainsi, L’insulte ne se borde pas à un simple film juridique mais soulève également de nombreuses questions sur la cohabitation au Liban, sur les actions d’Ariel Sharon, ou sur la légitimité de la Palestine. L’antisémitisme ainsi que la xénophobie prennent une place à part entière dans L’insulte, mais toujours sous un angle critique. Sans tabou, le réalisateur nous fait voir comment le conflit est abordé au cœur de la population libanaise. Toutefois, il ne prend pas parti, même si des propos peuvent choquer. Les deux partis sont représentés de manière identique. On perçoit l’importance de la cohabitation au Liban pour Ziad Doueiri.
C’est en cela que le scénario est plus que bien construit et bien plus complexe qu’il n’en a l’air. La qualité des dialogues, l’intensité du récit et le très peu de temps morts font de ce long-métrage une œuvre palpitante et haletante. Le spectateur devient public du procès et se forge, malgré lui, une opinion, quitte à être déçu lorsque le verdict tombe. Impossible de rester de marbre face à une telle intrigue.

Mais si L’insulte est une excellente surprise de ce début d’année 2018, c’est grâce à son casting, où il n’y aucune faute note. Une chose est sûre : Kamel El Basha n’a pas volé sa Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine lors de la Mostra de Venise 2017, même s’il aurait pu aisément la partager avec Adel Karam qui vient compléter avec brio le duo principal.
Que ce soient Camille Salameh, avocat de Toni, ou Diamand Bou Abboud, avocate de Yasser, ils laissent le spectateur pantois tant il sont crédibles, à la fois autoritaires et étonnamment humains, avec des relations exiguës qu’il est bon de ne pas dévoiler. La mise en scène de Ziad Doueiri est réfléchie et maitrisée, en adéquation avec le peu de lieux qui composent son film. Et si les acteurs nous apparaissent comme si impressionnants, c’est par les choix techniques et esthétiques du réalisateur. Les gros plans sont extrêmement nombreux et l’intimité des protagoniste nous est dévoilée. Aucun artifice dans la progression de ce procès, presque tout nous est montré. Le spectateur évolue en même temps que les personnages, et aucun détail ne lui est épargné. D’où le principe de témoin du procès évoqué précédemment.

S’il fallait relever un défaut au film, ce serait sans doute sa longueur. Le film aurait gagné en puissance s’il avait été plus court d’un quart d’heure. Certaines scènes peuvent apparaître comme superflues ou redondantes.

Avec L’Insulte, cette fin de janvier 2018 est marquée par un film coup de poing, auquel on ne s’intéresserait pourtant pas forcément. En espérant que la saison 2 de Baron Noir soit à la hauteur de ce long-métrage.

L’Insulte : Bande-annonce

L’Insulte : Fiche technique

Titre original : Qadiat raqm 23
Réalisation : Ziad Doueiri
Scénario : Ziad Doueira, Joelle Touma
Interprétation : Adel Karam, Kamel El Basha, Rita Hayek, Christine Choueiri, Diamand Bou Abboud, Camille Salameh…
Montage : Dominique Marcombe
Musique : Eric Neveux
Récompenses : Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine
Producteurs : Rachid Bouchareb, Jean Bréhat, Julie Gayet, Antoun Sehnaoui, Nadia Turincev
Société de production : Tessalit Productions, Ezekiel Film Production
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 112 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 31 janvier 2018

Liban, France, Chypre, Belgique – 2018

La Douleur, d’Emmanuel Finkiel : rencontre sensible du cinéma et de la littérature

S’attaquer à un monstre de la littérature qui est également un génie du cinéma comme l’était Marguerite Duras est un défi que peu de cinéastes ont envie de relever. Avec la Douleur, Emmanuel Finkiel l’a fait, et sa réalisation colle parfaitement à l’univers intellectuel de l’écrivaine tout en rendant cette dernière terriblement humaine.

Synopsis : Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et par sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris.

Rien sur Robert

Il y a quelques mois disparaissait l’immense Jeanne Moreau. L’occasion pour divers médias de remettre en mémoire sa filmographie, dont Cet amour-là, un film inspiré du livre éponyme d’Yann Andrea, le dernier compagnon de Marguerite Duras. L’actrice y incarnait avec une évidence presque trop écrasante une Marguerite Duras déjà au sommet de son génie littéraire.

la-douleur-emmanuel-finkiel-film-critique-melanie-thierry-benjamin-biolayDans la Douleur d’Emmanuel Finkiel, c’est Mélanie Thierry qui interprète l’écrivaine, alors auteure d’un seul livre, les Impudents, signé sous le nom de plume tout beau tout chaud de Marguerite Duras. Mais Marguerite était encore Madame Antelme aux yeux de tous, la littérature était en germe, et bien en germe, mais la Résistance était au centre de la vie de cette époque. Le texte à la base du film, tiré de cahiers « oubliés » dans sa maison de Neauphle-le-Château et édité pour la première fois en 1985, porte déjà le style durassien (il aurait pu être retouché lors de sa publication). Et l’actrice, sans jamais singer le modèle, incarne le personnage d’une manière très convaincante. Sa Marguerite est une femme frêle qui dégage une incroyable force. Elle délivre les extraits choisis par Emmanuel Finkiel, d’une voix (off) percutante et douce en même temps, une voix qui force l’attention et l’écoute. Mélanie Thierry est remarquable en tous points dans la Douleur, et tient enfin un rôle taillé à la mesure d’un talent qui n’a pas toujours été mis en avant.

Le texte relativement court de Marguerite Duras est extrait des deux premiers récits sur les trois qui composent le livre La Douleur. Il consigne de manière plus ou moins fragmentaire les sentiments de l’écrivaine pendant l’attente de Robert Antelme, son époux, un membre important de la Résistance, arrêté puis déporté vers Buchenwald et Dachau. Pendant cette attente, elle est entourée de son amant, Dionys Mascolo (Benjamin Biolay), l’ami de Robert, et fréquente Rabier (Benoît Magimel), l’agent français de la Gestapo qui a arrêté Robert, un « idiot » qu’elle voit, dans le but de sauver son mari.

la-douleur-emmanuel-finkiel-film-critique-melanie-thierry-emmanuel-bourdieuLa Douleur n’est  pas unidimensionnelle. La culpabilité est là, le doute est là, la peur est là. Dans la première minute du film, Mélanie Thierry dit ce que Marguerite a ressenti en retrouvant les cahiers : « Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment ». Ce désordre et cette confusion alimentent la douleur, et la résistante qu’elle est, est aussi abattue par le malheur de la France, des femmes de France, de la découverte des crimes nazis et du sort des Juifs.

La force du film est là, de réussir à montrer cette confusion des sentiments, le chaos externe, le tumulte interne. Elle est là, de réussir à traduire en images, un texte éminemment littéraire. Emmanuel Finkiel prend un parti pris formel assez radical : un flou d’arrière-plan très accentué rejette tout ce qui ne concerne pas Marguerite. A la fois pour mieux isoler sa douleur, et pour rendre au spectateur la vision chahutée qu’elle doit avoir du reste du monde : opaque, irréel, incongru. Mais ce choix formel n’est pas sans risque, le systématisme du procédé peut lasser, et les images qui confinent parfois à l’abstrait pourraient annihiler l’émotion apportée par le jeu impeccable des acteurs. En effet, en plus d’une éblouissante Mélanie Thierry, Benjamin Biolay est parfait dans son rôle faussement monolithique, l’ami sincère de Robert sincèrement amoureux de Marguerite. Benoît Magimel est précis dans son personnage du « lou ravi » qui croit ferme à la victoire de l’Allemagne, un homme trouble dont on ne sait pas vraiment s’il manipule Marguerite ou si au contraire c’est Marguerite qui l’a séduit.

la-douleur-emmanuel-finkiel-film-critique-benoit-magimelLa Douleur d’Emmanuel Finkiel passe haut la main l’examen très subjectif des amis de Marguerite Duras qui retrouveront dans le film l’univers si particulier de l’écrivaine, mais également l’examen des amoureux du cinéma qui ne peuvent qu’apprécier les vraies propositions de cinéma de la part d’un réalisateur rare et doué.

 

La Douleur – Bande annonce

La Douleur – Fiche technique

Réalisateur : Emmanuel Finkiel
Scénario : Emmanuel Finkiel, d’après le roman éponyme de Marguerite Duras
Interprétation : Mélanie Thierry (Marguerite Duras), Benoît Magimel (Pierre Rabier), Benjamin Biolay (Dionys Mascolo), Grégoire Leprince-Ringuet (François Mitterrand, alias François Morland), Emmanuel Bourdieu (Robert Antelme), Anne-Lise Heimburger (Mme Bordes), Patrick Lizana (Beauchamp), Shulamit Adar (Mme Katz)
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Sylvie Lager
Producteurs : Julien Deris, Marc Dujardin, Etienne Mallet, David Gauquié, Yaël Fogiel, Laetitia Gonzalez
Maisons de production : Les Films du Poisson, Cinéfrance, KNM Home Entertainment, Coproduction : Versus Production, Need Productions, France 3 Cinéma, Proximus, Same Player
Distribution (France) : Les Films du Losange
Durée : 127 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 24 Janvier 2018
France, Belgique, Suisse – 2017

Cannes 2017 : Critiques des films de la 70ème édition du Festival

Voici les critiques à chaud des films en compétitions officielles de la 70e édition du Festival de Cannes, des sélections de la Quinzaine des Réalisateurs, Semaine de la Critique, ACID, Cannes Classics ou Cinefondation. De A Beautiful Day à Mise a Mort du Cerf Sacré en passant par Promised Land, Loveless ou The Square revivez les moments forts du rendez-vous cinématographique le plus couru de la planète.

Nos critiques des films primés.

– Palme d’or : The Square de Ruben Ostlund
– Grand prix du jury : 120 battements par minute de Robin Campillo
– Prix du Jury : Loveless d’Andreï Zviaguintsev
– Prix de la mise en scène : Les Proies de Sofia Coppola
– Prix du Scénario : The Killing of A Sacred Deer de Yorgos Lanthimos
– Prix d’Interprétation Féminine : Diane Krüger dans In The Fade de de Fatih Akin
– Prix d’interprétation masculine : Joaquin Phoenix dans  You Were Never Really Here de Lynne Ramsay
– Caméra d’Or : Jeune Femme de Léonor Seraille
– Palme d’or du court métrage : Xiao Chen Er Yue de Qiu Yang.

SÉLECTION OFFICIELLE : En compétition

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Hors-compétition

UN CERTAIN REGARD – SEMAINE DE LA CRITIQUE – QUINZAINE DES RÉALISATEURS –  SÉANCES SPÉCIALES – ACID – CANNES CLASSICS – CINEFONDATION

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Sans pitié (The Merciless (Bulhandang)) de Sung-hyun Byun, un polar qui se démarque par une énergie folle et un style maîtrisé.
La bande dessinée Zombillénium d’Arthur de Pins & Alexis Ducord se paie une version animée en long-métrage et s’inscrit parmi les plus belles réussites de l’animation française.
TesnotaUne vie à l’étroit de Kantemir Balagov est-il le premier choc cannois ?
El Presidente de Santiago Mitre
Nothingwood  de Sonia Kronlund avec Salim Shaheen
Patti Cake$ de Geremy Jasper avec Danielle Macdonald
Après la Guerre, un premier film poignant de Annarita Zambrano
Présenté à l’ACID, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête de Ilan Klipper questionne notre rapport à la société et ce qu’elle attend de nous.
Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc une relecture musicale des textes de Charles Peguy de Bruno Dumont.
Out de György Kristóf, un premier essai attachant.
Florida Project de Sean Bakerest un film malin dans le regard qu’il porte sur cette jeunesse délaissée dans une Amérique en pleine décadence.
Avec Directions, Stephan Komandarev dresse un portrait critique de la société bulgare actuelle.
La Quinzaine des réalisateurs nous offre Bushwick, un film audacieux, soit 90 minutes de plan-séquence dans un New-York en feu et à sang.
D’Après une Histoire Vraie de Roman Polanski , un thriller psychologique – drôle malgré lui – qui s’impose comme un Misery pour Les Nuls.

Pronostics toutes sélections confondues, bilans et Palmarès

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 Chroniques quotidiennes : les actualités cannoises

À trois semaines du début des festivités, le jury du festival de Cannes 2017 vient d’être annoncé
L’actrice fétiche de Tarantino Uma Thurman sera la présidente du jury Un Certain Regard au festival de Cannes 2017
Section parallèle de l’édition du Festival de Cannes 2017, la Semaine de la Critique vient de dévoiler sa sélection
La Quinzaine des Réalisateurs a dévoilé les 19 films de sa 49ème édition
L’annonce de la sélection officielle du 70ème Festival sous l’égide de Thierry Frémaux et Pierre Lescure
Monica Bellucci sera la maîtresse de cérémonie d’ouverture et de clôture, les 17 et 28 mai prochain
Après George Miller, c’est un autre visionnaire du cinéma qui tiendra la Présidence du Festival de Cannes 2017, Pedro Almodóvar
Jour d’ouverture de la 70ème édition du Festival de Cannes, et la polémique Netflix est sur tous les fronts
La septième édition de Cannes Soundtrack – Une façon de réunir officiellement l’indissociable : la musique et le cinéma
Avec Cannes Classics profiter de nombreux joyaux du septième art avec notamment Le Salaire de La Peur de Henri-Georges Clouzot, Madame de… de Max Ophüls, La Ballade de Narayama de Shohei Imamura ou bien encore Belle de Jour de Luis Bunuel
Tous les films à voir sur la croisette
Makala d’Emmanuel Gras a obtenu le Grand Prix Nespresso
Palmarès complet des partenaires de la sélection Quinzaine des Réalisateurs 2017
Le musicien expérimental Oneohtrix Point Never a remporté le Cannes Soundtrack Award 2017, pour sa B.O. de Good Time des Frères Safdie

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Jack Strong s’infiltre en DVD et Blu-Ray chez KOBA Films

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Dans la lignée des œuvres de John Le Carré, le film d’espionnage polonais Jack Strong a débarqué chez nous directement en DVD et Blu-Ray depuis décembre dernier.

synopsis Décembre 1970. La grève ouvrière est brutalement stoppée par les tirs de l’armée polonaise. Promis aux plus hautes fonctions, le colonel Kuklinski est profondément marqué par cette violente répression. Sa connaissance des plans d’une Troisième Guerre mondiale élaborés par l’URSS renforce encore son malaise. Au péril de sa vie, il contacte le camp ennemi : les États-Unis.

Cela n’est pas évident de faire sortir les spectateurs de leur zone de confort. En dehors des James Bond (concrètement plutôt des films d’action), les films d’espionnage n’attirent pas nécessairement le public dans les salles obscures. Un film d’espionnage polonais ? Encore plus difficile pour les intéresser ! Ce Jack Strong a donc presque mis 4 ans pour débarquer en France en suivant cette logique. Il ne fallait évidemment pas s’attendre à une quelconque sortie en salles à ce stade-là, il subit le sort de nombreux films désormais en se faisant connaître directement en DVD et Blu-Ray. Si les films d’espionnage ne vous passionnent pas, Jack Strong ne produit pas de miracles et ne devrait pas vous réconcilier avec ce genre, même si le film explique plutôt bien les différents enjeux et replace bien les faits historiques.

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En revanche, pour les amateurs de ce type de films, ce long-métrage ne devrait pas les décevoir. Il est dans la même veine que les adaptations des romans de John Le Carré pour ne citer que cet exemple (La Taupe, The Night Manager). L’intrigue, prenant le temps de s’installer, reprend alors une page méconnue de l’Histoire, ce qui rend ce film certainement encore plus intéressant. Bref, Jack Strong s’est battu (enfin plutôt les distributeurs) pour se faire connaître à l’international mais cela en valait certainement la peine. La mise en scène de Wladyslaw Pasikowski (pour le public lambda, son nom ne nous dit rien mais il a une sacrée carrière en Pologne !) est remarquable. Le spectateur ressentira clairement cette peur liée à une paranoïa silencieuse, thème clé de la Guerre Froide, notamment par une bande-originale inquiétante et sa photographie soutenant des couleurs froides. De plus, par sa reconstitution historique, le film s’avère soigné mais sans en faire trop non plus.

Le public français (entre autres) ne reconnaîtra que Patrick Wilson (Conjuring : Les Dossiers Warren, Insidious), très convaincant en agent de la CIA. Le casting polonais s’en sort également plus que bien. Marcin Dorocinski (vu dans Opération Anthropoid) est remarquable dans le rôle de « Jack Strong » (nom de code) tout comme Maja Ostaszewska (Le Pianiste) dans le rôle de l’épouse du héros. Jack Strong vaut alors le coup d’oeil pour son sujet passionnant, sachant mêler la grande Histoire avec la petite.

 

DVD et Blu-Ray

Bonus : Making of (15 minutes)

Réalisation et scénario : Wladyslaw Pasikowski
Acteurs : Marcin Dorocinski, Patrick Wilson, Maja Ostaszewska
Producteurs : Sylwia Wilkos, Klaudiusz Frydrych, Roman Gutek

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Contenu du DVD 

Date de sortie : 6 décembre 2017

Éditeur KOBA Films – Accord parental – Image : Couleur – 16/9 compatible 4/3 – 2.35  Langue : français – Son :  5.1 Dolby Digital –  Qualité : Pal – Durée : 2h07

Jack Strong : Bande-annonce

Sugarland, version sucrée de Super Size Me

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Tout le monde connaît les effets nocifs de la cigarette ou de l’excès de graisses, mais que savez-vous des méfaits du sucre ? C’est ce que Damon Gameau nous permet d’appréhender avec son documentaire Sugarland.

Synopsis : Damon Gameau, jeune Australien qui mène une vie particulièrement saine, décide de démontrer les effets nocifs du sucre en mangeant, pendant soixante jours, l’équivalent de quarante cuillères à café de sucre (ce qui correspond à la moyenne en Australie), le tout dans des aliments transformés.

En 2004, Morgan Spurlock avait marqué les esprits avec son documentaire Super Size Me, où il se nourrissait exclusivement chez une certaine firme de fast food pendant un mois, au risque de mettre fortement à mal sa santé.

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Dans Sugarland, Damon Gameau, acteur que l’on a pu voir dans le film The Tracker ou la série Secrets & Lies, décide donc de s’attaquer au sucre. Il faut préciser que, avant de commencer l’expérience, le jeune homme vivait une vie particulièrement saine, surveillait son alimentation, éliminait tout sucre ajouté, privilégiait la nourriture naturelle (et non les aliments transformés) et pratiquait beaucoup d’exercice.

Son documentaire se divise en trois parties. Dans un premier temps, nous assistons à une introduction qui a tout du cours magistral mené à toute allure. Hugh Jackman intervient pour nous présenter un condensé de l’histoire du sucre, puis l’excellent acteur et écrivain britannique Stephen Fry nous explique quels sont les différents types de sucre.

Le film se permet aussi une très éclairante digression historique : entre les années 50 et les années 70, deux écoles scientifiques débattaient pour savoir ce qui était le plus nocif pour la santé, entre les graisses et le sucre. Seulement, à partir du milieu des années 70, les graisses seules ont été désignées comme responsables aussi bien du surpoids que les maladies cardio-vasculaires. Grâce à un puissant travail de lobbying, le sucre a été totalement exonéré de toute responsabilité. Ainsi, le seul régime sain est devenu celui pauvre en graisse.

La vérité est, une fois de plus, bien plus complexe. Ainsi, nous apprenons qu’il existe différentes catégories de calories. Le nouveau régime alimentaire de Damon Gameau contient exactement le même nombre de calories que l’ancien, seulement l’équilibre entre les différents apports caloriques est complètement chamboulé. De plus, le corps n’est pas conçu pour faire face à un afflux massif de saccharose, qui se transforme en graisse en provoque vite du surpoids. En un mois, Damon Gameau a pris plus de 5 kilos et 7 cm de tour de taille.

Mais, et c’est ce qui est le plus surprenant, les effets du sucre ne sont pas nocifs que pour le corps. Ils le sont aussi sur l’esprit. Sautes d’humeur, baisse de la concentration, effets de manque, c’est toute la personnalité qui est affectée par l’apport excessif en saccharose.

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Sugarland nous montre tout cela avec des animations certes éclairantes, mais pas toujours très esthétiques, voire même parfois d’un goût douteux. Parfois, certaines explications sont très rapides, trop même. Mais l’ensemble parvient quand même à être instructif.

Les deux autres parties de Sugarland nous permettent de mieux cerner les méfaits du sucre. Pour cela, Damon Gameau va se transporter, d’abord en plein territoire aborigène, puis aux États-Unis.

Chez les Aborigènes, l’acteur se rend dans un village de 400 âmes qui a consommé, pour la seule année 2014, 40 000 litres de soda.

Aux États-Unis, il se rend dans le Kentucky, où sévit une boisson produite par Pepsie, le Mountain Dew. Damon Gameau va suivre les pas d’un dentiste itinérant qui se rend auprès de la population la plus pauvre de l’état, là où les méfaits de cette boisson (et, par extension, de tous les sodas) sont les plus flagrants. Le spectateur va donc y rencontrer un jeune homme de 17 ans qui boit, en moyenne, une douzaine de cannettes par jour. Il nous explique que les mamans mettent du soda dans les biberons de leurs enfants dès le plus jeune âge.

Les deux exemples marquent des temps forts du film. Plus que les explications savantes et les animations douteuses, la rencontre avec ces personnes qui souffrent des mauvais effets du sucre est frappante. On y comprend les dangers du sucre, mais aussi la nécessité de mettre en place une politique éducative efficace. Damon Gameau a réussi à retrouver des spots américains des années 50 qui incitaient les spectateurs à ne pas consommer de confitures ou de sodas.

C’est sûrement cette volonté éducative qui a incité l’acteur à faire son film. Et si Sugarland nous apparaît parfois bancal, avec des partis-pris de mise en scène plutôt douteux, si les explications scientifiques sont parfois trop rapides, il faut dire que l’ensemble tient quand même la route et que, lorsque l’on a fini le film, les rencontres avec les victimes du sucre nous ont marqués.

Sugarland : bande-annonce

Sugarland : fiche technique

Titre original : That sugar film
Scénario et réalisation : Damon Gameau
Interprétation : Damon Gameau, Hugh Jackman, Stephen Fry, Kyan Khojandi (voix off française)
Musique : Judd Overton
Montage : Jane Usher
Production : Damon Gameau, Nick Batzias, Rory Williamson
Société de productions : Madman Production Company
Société de distribution : Tanzi Distribution
Genre : documentaire
Durée : 101 minutes
Date de sortie en France : 24 janvier 2018

Australie-2014

Avec Veronica, Paco Plaza donne un second souffle au cinéma de possession

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Dans un monde où les films d’horreur reprennent de plus en plus la même recette, utilisent constamment les mêmes artifices, il devient difficile de se démarquer et de proposer des choses nouvelles et intéressantes. Face à l’envahisseur Blumhouse Productions subsistent d’irréductibles petits auteurs prêt à tout pour faire passer leur vision de l’horreur, Paco Plaza en est un. Avec Veronica, le cinéaste hispanique s’attaque à un genre très souvent malmené ces dernières années, celui du spiritisme et de la possession. Se basant sur un rapport de police, le seul en Espagne à faire mention d’un phénomène surnaturel inexplicable, Paco Plaza va nous raconter 3 jours de la vie de la jeune Veronica.

veronica-paco-plaza-sandra-escacenaPaco Plaza est surtout connu pour Rec, réalisé avec son comparse Jaume Balaguero. Le film avait redonné une seconde jeunesse au genre du Found Footage, en nous proposant une œuvre particulièrement immersive et nerveuse, très vite devenue l’un des films cultes des années 2000, engendrant 3 suites dont 2 réalisées par Paco Plaza. Le cinéaste hispanique était depuis resté assez timide, du moins sur le territoire français.  Le voici donc de retour, avec semble-t-il, le même objectif qu’il s’était fixé avec Rec, redonner une certaine vitalité à un genre qui a beaucoup souffert de productions somme toute lamentables, empilant les effets putassiers et consorts qui font la norme de la plupart des productions américaines « grand public », comme c’est le cas pour Ouija. Veronica débute comme un polar sombre et pluvieux, dont les hispaniques deviennent de plus en plus friands. L’atmosphère poisseuse, entrecoupée des appels de détresse sert à poser le décor. Des cartons nous expliquent que cette histoire sera inspirée d’un rapport de police rédigé en 1991.  Sur un montage sonore astucieux, le cinéaste nous ramène alors 3 jours en arrière, là où tout a commencé. Dans son déroulé, Veronica n’est pas foncièrement original. Son ressort scénaristique principal a été vu maintes fois, et traite d’une séance de ouija qui tourne mal et qui voit surgir un esprit malin dans la vie de la jeune Veronica.

Ce qui fait la véritable force de Veronica, ce sont les choix de mise en scène de son créateur. Bien évidemment, Plaza succombe parfois aux sirènes du jump scare facile, qu’il soit sonore et visuel, mais le film dispose d’un sens esthétique prononcé. La séquence cathartique du film est certainement la plus réussie. La scène de la ouija est couplée en effet à une séquence d’éclipse solaire. Alors que toutes les élèves sont sur le toit du bâtiment pour se préparer à cet événement, Veronica est au sous-sol avec deux de ses amies pour essayer de rentrer en contact avec son défunt père. Le montage admirablement orchestré, confère une aura particulière à cette session de spiritisme. Le danger imminent se fait ressentir. Le ciel lumineux laisse place à l’obscurité, à l’instar de la personnalité rayonnante de Veronica. Les fulgurances ponctuent ensuite tout le long métrage, que ça soit dans la gestion de la lumière, ou dans la composition des plans. Les apparitions de l’esprit sont à ce niveau particulièrement réussies, avec un jeu d’ombres très bien exécuté qui devient particulièrement angoissant. La persécution de Veronica et sa fratrie renvoie à certains moments au hit de 2015, It Follows, et certains plans y font directement écho. Malheureusement, on pourrait reprocher à Paco Plaza, un excès de générosité, mélangeant peut-être un peu trop ses influences, quitte à en faire trop et donner un rendu qui peut paraître parfois assez fouillis. Entre le cauchemar des enfants cannibales ou une scène nous transportant directement dans un film d’horreur des années 50 avec une utilisation très marquante de la musique, Veronica puise vraiment partout, et cela peut lui porter préjudice, même si encore une fois les séquences bénéficient d’une attention tout particulière dans leur mise en œuvre.

veronica-paco-plaza-bruna-gonzalez-claudia-placer-sandra-escacenaÀ l’instar de Happy Birthdead sorti l’an dernier, Veronica a la chance également de pouvoir compter sur un lead des plus charismatiques. La jeune Sandra Escacena porte en effet le film sur ses épaules, et même si on est loin d’une Isabelle Adjani dans Possession, elle reste particulièrement convaincante dans tous ses emplois. Alternant ce côté maternaliste due à sa place d’aînée de la famille et ce côté « possédée », elle symbolise à la fois pour ses sœurs et son frère, une image protectrice et terrifiante. Il faut dire que l’alchimie entre les 4 frères et sœurs fonctionne plutôt bien et offre une crédibilité à leurs interactions assez nombreuses, étant donné que ce sont surtout eux qui sont les proies de l’esprit. Veronica donne parfois des allures de coming of age movie avec ce personnage de jeune fille de 15 ans qui doit agir en adulte bien plus tôt que prévu, à cause de la mort de son père, et de sa mère occupée à gérer un bar et qui ne dispose que de peu de temps pour sa famille. Veronica devient donc la mère de substitution et devient la figure parentale, mais qui paradoxalement n’a pas encore débuté sa puberté, n’ayant toujours pas eu ses règles. Veronica se retrouve coincée entre deux âges, à la fois insouciante et responsable. Elle commet un acte immature en utilisant la ouija et doit ensuite réparer ses erreurs. L’esprit pourrait alors être interprété comme cette responsabilité venue hanter la jeune fille.

Quoiqu’il en soit, Veronica permet à Paco Plaza de renouer avec le cinéma d’horreur et de redorer le blason du film de possession. D’une grande générosité, le film regorge d’idée esthétiques et de réalisation, tout en laissant la part belle à son personnage principal, incarné par une prometteuse Sandra Escacena.

Veronica – Bande Annonce

Veronica – Fiche Technique

Réalisateur : Paco Plaza
Scénario : Paco Plaza et Fernando Navarro
Interprétation : Sandra Escacena (Veronica), Bruna Gonzalez (Lucia), Claudia Placer (Irene), Ivan Chavero (Antonito), Ana Torrent (Ana)
Musique : Chucky Namanera
Photographie : Pablo Rosso
Montage : Marti Roca
Producteurs : Maria Angulo, Javier Carneros, Mar Ilundain, Enrique Lopez Lavigne, Fernando Navarro, Paco Plaza
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 110 min
Genre : Horreur
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
Espagne– 2017