Tout juste après Lincoln et Le Pont des Espions, Steven Spielberg continue à mener son combat qui voit se défier l’humain et son aura démocratique face aux institutions politiques. Avec son dernier film Pentagon Papers, c’est le destin de la liberté journalistique et de l’émancipation féminine dans la prise de position politique qui domine une œuvre qui brille par son urgence esthétique.
Pentagon Papers affirme avec véhémence ses enjeux, quitte à désincarner l’ampleur de ses personnages mais n’oublie jamais que l’information est l’idée fondamentale de son œuvre. Au-delà d’un questionnement sur la liberté des journalistes et sur l’importance du secret des sources, Steven Spielberg nuance son discours fédérateur en s’interrogeant sur le métier même du journalisme. Ces personnes, qui interpellent, qui nourrissent les faits et donnent l’information, doivent-elles minimiser la sécurité de l’intérêt général pour maximiser la primauté du scoop ? Mais dernière ce canevas, Pentagon Papers, grâce à sa richesse flamboyante et son casting 4 étoiles (poignante Meryl Streep), ne cesse de bouger les lignes en dérégulant les positions morales dans lesquelles se placent les protagonistes. Pentagon Papers narre les jours brûlants qui ont mené à la décision du Washington Post de publier des documents « secret d’État » sur l’implication américaine dans la guerre du Vietnam.
Point de manichéisme dans une œuvre forcenée, qui aligne les longs dialogues, les moments de groupes où la vérité prend une forme différente selon la personne qui prend la parole. Mais on l’aura vite compris, la liberté de la presse, la prédominance du premier amendement américain est le clou du spectacle d’un Pentagon Papers qui martèle un peu trop souvent son thème de prédilection en abordant de front toutes les crises actuelles, en ce qui concerne la sécurité nationale, les dangers de confondre le gouvernement avec la nation, le rôle de la presse et même les journalistes qui papillonnent avec leurs amitiés avec les pouvoirs en place. Steven Spielberg veut donner à son intrigue historique, une aura moderne, qui semble vouloir indiquer une véritable ligne de conduite morale à l’Amérique et qui sent la contestation politique démocratique face à la vocifération un peu crasse des tweets de Donald Trump.
Dans sa tradition humaniste, et dans sa modernité féministe, Pentagon Papers érige son discours, mais éblouit par sa forme. Ce qui fait toute la beauté du film, est cette sensation d’urgence constante, cette passation de pouvoir entre l’envie d’avoir l’information et détenir l’information. C’est dans ces moments-là que Steven Spielberg donne du piment à son film, sans l’encombrer de facéties inutiles. La caméra suit les personnages mais colle aux basques de ce qu’est l’entreprise journalistique. Si les personnages voient leur profondeur de champ personnelle s’effacer pour donner naissance à des fulgurances thématiques, c’est avant tout pour que Pentagon Papers trouve son étincelle par l’image, et sa puissance iconique. Steven Spielberg donne à sa dernière création une capacité inouïe à trouver le bon angle de vue, à chaparder l’insondable et faire corps avec la vitalité de son sujet.
De ce cinéma en mouvement qui prend le pas et le pouls de son intrigue, Pentagon Papers scrute la mobilité et la valeur de l’information. A travers ce dispositif visuel, qui parait parfois théâtral et chorégraphié, l’infiniment grand et l’infiniment petit se chevauchent, et trouvent des points d’accroche dans le regard que l’un porte sur l’autre. De ses réunions de bureau jusqu’aux banquets mondains pléthoriques, de ses immenses salles de rédaction façon open space jusqu’à ses intimes repas de famille, Pentagon Papers magnifie avec perfection sa propre volonté qui est de donner vie à la rapidité de la captation même de l’esthétique. Il n’y a pas grand-chose dans Pentagon Papers à titre d’action, et le film entier est tourné dans peut-être quatre salles au mieux, capturant des événements sur 10 jours tout au plus.
Le film agit comme un fuseau horaire, qui déclenche un magma bouillonnant : à l’image de cette sublime séquence de l’appartement de Ben Bradlee (Tom Hanks) où lui et toute son équipe décortiquent et analysent le rapport contenant des secrets d’État. Mais au milieu de ceux-ci, il y a de la vie, de la vigueur, une flamme qui prend corps dans Pentagon Papers, où le réseau journalistique voit ses lumières s’allumer petit à petit et essaye tant bien que mal de redorer le blason d’une Amérique chahutée.
Synopsis : Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…
Bande Annonce – Pentagon Papers
Fiche Technique – Pentagon Papers
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Liz Hannah, Josh Singer
Interprètes : Tom Hanks, Meryl Streep, Bob Odenkirk
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Société(s) de Production : 20th Century Fox, Fox Searchlight Pictures, Amblin Partners
Distribution : Universal Pictures International France
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 janvier 2018
Séance de rattrapage, ou plutôt lecture tardive. En effet, cela fait quelques mois maintenant que les éditions Playlist Society ont publié Frederick Wiseman : A l’écoute, premier volume de leur nouvelle collection Face B, consacré ici au célèbre réalisateur de documentaires américain. Un bien bel ouvrage qui donne la parole à l’une des figures de proue du genre, qui en profite pour balayer quelques à priori sur la séparation supposée entre fiction et documentaire. Attention, leçon de cinéma.
Secrets de fabrication
Toujours en activité malgré ses 88 bougies et fort d’une filmographie qui affiche pas moins de 44 titres au compteur (dont une bonne partie faisant office de modèle indéboulonnable du genre), cet ancien professeur de droit a fondé son travail sur deux critères devenus une marque déposée. D’abord une volonté de passer la société américaine au crible en se penchant sur les différentes institutions et corps de métiers qui la composent (Basic Training, sur les classes d’un bataillon de l’armée pendant la guerre du Vietnam, Juvenile Court qui s’intéresse à la vie d’un tribunal pour mineurs, Law and Orderdans un commissariat de police…). Ensuite, un style atypique qui exclue les figures de style attachées au genre (aparté face caméra, interviews, voix-off) pour privilégier l’interaction des individus dans leur environnement, et construire un récit à travers les échanges fugaces de ses protagonistes. En d’autres termes, il s’agit pour Frederick Wiseman de rendre la caméra et la technique invisible, tant pour les individus saisis dans le feu de l’action au quotidien (son cinéma est celui des individus au travail) que pour le spectateur.
Or, c’est sur cette méthode de travail singulière que s’attarde longuement l’ouvrage coécrit par Laura Freducci, Quentin Mével et Séverine Rocaboy. Après une introduction stimulante sur la carrière du monsieur par Laura Fredducci, Quentin Mével et Séverine Rocaboy soumettent Wiseman à la question au cours d’un entretien qui s’apparente à une véritable leçon de cinéma. A l’instar d’une filmographie qui évolue sous le joug de ce que l’on pourrait appeler un « récit documentarisant », les propos de Wiseman dévoilent un cinéaste moins préoccupé par les diktats qui lui seraient imposés par le régime d’image dans lequel il évolue que par la position du public, qu’il désire mettre au centre de tout. « J’essaie de tout faire pour que les spectateurs ne pensent pas à mon travail de montage. Si un film marche, c’est parce que le spectateur est totalement pris par le sujet et ne réfléchit pas au placement de la caméra. » Des propos qui ne dépareilleraient pas dans la bouche d’un cinéaste classique hollywoodien, mais qui en l’occurrence témoigne du peu de cas que Wiseman fait du prêt-à-penser théorique inhérent associé au genre dans lequel il évolue.
Le grand réalisateur prend la pose, lors d’une interview donnée à l’université de Berkley
Un seul genre : le cinéma
Ainsi, tout le travail de Wiseman consiste à faire oublier au spectateur qu’il regarde un documentaire, préférant aux marqueurs du genre l’illusion de partager une tranche de vie. Une démarche qui s’élabore sur un travail de montage harassant, qui consiste à trouver un équilibre au sein d’une quantité de rushes dont il ne conserve souvent qu’1/10ème au résultat. Un processus qui pousse le cinéaste à défendre l’intervention sur la réalité enregistrée avec les outils d’expression de son médium, en particulier le montage, à mille lieues des préceptes enfermant jusqu’à l’absurde le documentaire à sa fonction de rapporteur du réel, associant tout usage de moyens cinématographiques à des interférences, voire à de la manipulation. Au contraire, Wiseman opère une distinction salutaire entre documentaire et reportage, et assume de mettre en forme la réalité captée par sa caméra. « Au cinéma, je souhaite donner l’impression que le dialogue est continu, même si ce n’est pas vrai (…), créer l’illusion du naturel. Parfois un événement est montré en temps réel mais dans 95% des cas, c’est monté. Je ne triche pas avec les mots. Mais je mets en scène les participants, et souvent la mise en scène est dans le montage-ça se passe davantage pendant le tournage dans la fiction ».
Fiction, recherche de l’illusion, mise en scène… Wiseman parle de documentaire avec un vocabulaire qui n’est pas celui qui lui est traditionnellement accolé, mais parce qu’il considère le film comme un découpage animé d’une vie qui lui est propre. Une définition que n’altère pas la provenance des images qui le composent, qui remet encore moins en question le sens de l’éthique qui anime Wiseman depuis ses débuts (« Il n’y a aucune mise en scène dans le sens traditionnel- je ne demande jamais à quelqu’un de rejouer quelque chose »). De fait, le cinéaste ne se positionne nullement sur le terrain de la nature même de l’image pour définir ce qu’il fait, comme la critique et la théorie a l’habitude de le faire. Il s’agit d’un rapport au spectateur qui s’exprime dans la quête du mouvement, à travers la continuité invisible que le montage permet de mettre en exergue. Pour le documentaire comme pour le cinéma traditionnel, la vérité du moment prime sur le rapport au réel. C’est l’un des nombreux enseignements de cet ouvrage indispensable pour ceux qui désirent comprendre le documentaire du point de vue de l’un de ses plus grands maîtres. Pour les autres, il s’agit d’une leçon cinéma dont les préceptes dépassent de loin le strict cadre du régime d’images dans lequel il évolue. Indispensable.
Frederick Wiseman, à l’écoute Edité par Playlist Society Disponible depuis le 16 octobre 2017 Prix: 8 EUROS
Dans La juste route, le réalisateur Ferenc Török remet en lumière un pan très sombre de l’histoire de sa Hongrie natale, sur la participation plus ou moins zélée des fonctionnaires et certains particuliers à la spoliation et la déportation des Juifs hongrois, en racontant son histoire du point de vue de l’immédiat après-guerre, en août 1945, et du point de vue du retour des déportés survivants et de ses conséquences.
Synopsis : En août 1945, au cœur de la Hongrie, un village s’apprête à célébrer le mariage du fils du notaire tandis que deux juifs orthodoxes arrivent, chargés de lourdes caisses. Un bruit circule qu’ils sont les héritiers de déportés et que d’autres, plus nombreux peuvent revenir réclamer leurs biens. Leur arrivée questionne la responsabilité de certains et bouleverse le destin des jeunes mariés.
Il était une fois dans l’Est
Pour un film dont le titre original est 1945, avoir choisi en français ce titre de La juste Route n’est pas innocent. Quand on lit le synopsis délivré par la production, on voit en effet qu’il s’agit d’une histoire de Juifs déportés revenus des enfers, retrouvant dans un petit village hongrois peut-être ceux qu’Israël a qualifiés de Justes. Ou peut-être pas. Ou justement pas.
Il y a peu de temps sortait sur nos écrans l’incroyable Fils de Saul du hongrois László Nemes, cette fois-là sur un autre aspect horriblement inhumain de la Shoah, celui des Sonderkommando, à travers Saul, un Juif hongrois commis à la monstrueuse tâche de manipuler vers les fours crématoires les cadavres de nombreux autres Juifs, hongrois ou pas. Et voici qu’à nouveau, la Hongrie, plus précisément le réalisateur Ferenc Török, nous livre un nouveau film sur le thème de la déportation des Juifs, un sujet tellement traumatisant qui concerne la destruction massive de Juifs dans le pays, plus de 550 000 en un court laps de temps vers la fin de WWII, dont près de 450 000 déportés à Auschwitz, dans un climat globalement trouble puisque pouvoirs publics fascistes et simples citoyens furent tous de près ou de loin impliqués dans la terrible opération nazie.
Il n’est donc pas étonnant que cette question juive hante la Hongrie, et les cinéastes apportent une pierre essentielle à l’édifice du souvenir. Ainsi, La juste Route, qui est un très beau métrage en noir et blanc hyper-contrasté, prend le spectateur à la gorge dès les premières images. Nous sommes en août 1945, et l’image brûlée traduit parfaitement la sorte de désolation qui frappe le pays. Un mariage se prépare, mais aucune joie n’est palpable, les mariés manquent d’enthousiasme, les villageois qui sont littéralement écrasés par la chaleur semblent très éprouvés par la fin d’une occupation allemande que remplace immédiatement l’omniprésence de soldats russes goguenards dans le village. Seul le Secrétaire de Mairie, Szentes István (Péter Rudolf) se pavane comme un coq d’un point à l’autre du village, et il est vrai que le cinéaste n’a pas lésiné pour nous le rendre antipathique dès ses premières apparitions.
Quand le train arrive, dans une nuée de fumée noire funeste, présage de drames à venir et de noirceur à tous les étages, une sorte de ballet se met en place avec de mystérieux acteurs filmés en plus ou moins gros plans aux quatre coins de la gare. Un ballet qui fait penser à un western, voire un western spaghetti, puisque la scène fait furieusement penser à celle iconique qui ouvre Il était une fois dans l’Ouest du grand Sergio Leone. Peu de mots sont échangés, entre deux hommes à la mine très sombre qui viennent de descendre du train, un chef de gare anormalement inquiet, des cochers prêts à offrir leurs services de transport à bord de leur charrette, et toujours les soldats russes dans leur véhicule. Les choses restent énigmatiques assez longtemps, le temps d’installer une tension qui ne quittera plus le spectateur jusqu’à la fin du film.
Les deux hommes sont deux Juifs qu’on dit revenus de déportation. La nouvelle est rapidement répandue, et engendre le chaos parmi des habitants qui ont beaucoup à se reprocher, et la majeure partie du film suit leur cavalcade de poules sans têtes courant çà et là pour cacher, sauver, voler, détruire des preuves, ou encore noyer un semblant de culpabilité dans des litres d’alcool. Ce sentiment de sournoiserie est encore exacerbé par des plans entrevus par l’interstice des portes et des clôtures en bois, comme si chacun épiait son voisin et que la confiance avait définitivement disparu du village. L’affolement général est de plus entrecoupé de scènes avec les deux hommes en noir, un père et son fils marchant extrêmement dignement derrière la charrette d’un autre père et d’un autre fils qui a pris en charge leurs mystérieux bagages, sur une route que chacun redoute qu’elle ne finisse devant « sa » maison. La mise en scène est précise, et le montage terriblement efficace.
A la vision de La juste Route, on ne peut évidemment s’empêcher de penser aux nouvelles récentes en provenance de la Hongrie, et notamment ce premier, puis ce second mur de barbelés aux frontières serbes et croates, pour interdire tout passage de migrants moyen-orientaux à travers le pays, alors très nombreux lors des événements de 2015. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la politique ouvertement anti-immigrants de Viktor Orban et sa clique et l’antisémitisme qui n’a jamais cessé d’exister dans l’histoire du pays..
Mais avant tout, ce film qui se termine de la plus poignante des façons, est un besoin pour le réalisateur et son coscénariste Gábor T. Szántó (auteur de la nouvelle Homecoming à la base de ce film), un écrivain qui se définit comme « le dernier des écrivains juifs hongrois », de dire cette période de collaborationisme de la Hongrie et de certains Hongrois, de ne pas laisser tomber dans l’oubli la spoliation à laquelle les Juifs qui sont revenus d’Auschwitz-Birkenau ont dû faire face, alors même que des statues ou des plaques à l’effigie du sinistre Miklós Horthy, le Pétain hongrois, l’allié d’Hitler, ont été érigées récemment à Budapest et dans d’autres villes du pays…
La juste route – Bande annonce
La juste route – Fiche technique
Titre original : 1945
Réalisateur : Ferenc Török
Scénario : Ferenc Török & Gábor T. Szántó (d’après la nouvelle Homecoming de ce dernier)
Interprétation : Péter Rudolf (Szentes István), Bence Tasnádi (Szentes Árpád), Tamás Szabó Kimmel (Jancsi), Dóra Sztarenki (Kisrózsi), Ági Szirtes (Kustár Andrásné), József Szarvas (Kustár András), Eszter Nagy-Kálózy (Szentesné Anna), Iván Angelusz (Sámuel Hermann), Marcell Nagy (fils de Sámuel Hermann), István Znamenák (Chef de gare)
Musique : Tibor Szemzö
Photographie : Elemér Ragályi
Montage : Béla Barsi
Producteurs : Iván Angelusz, Ferenc Török, Péter Reich
Maisons de production : Katapult Film
Distribution (France) : Septième Factory
Récompenses : Prix The Avner Shalev Yad Vashem Chairman’s Award au Festival du Film de Jérusalem
Budget : EUR 1 467 000
Durée : 91 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Janvier 2018
Hongrie – 2017
Comme prévu, l’Académie des Oscar dévoile ses nominations avant la cérémonie qui se tiendra au Dolby Theatre le 4 mars 2018. The Shape of Water, Dunkerque, ou encore Get Out : découvrez qui sont les nommés.
Vos films favoris de l’année vont-ils être récompensés aux Oscars 2018 ? James Franco a t-il été nommé malgré les accusations d’agressions sexuelles ? Les efforts de Ridley Scott pour sortir Tout l’Argent du Monde à temps ont-ils été inutiles ? Trèves de bavardages, voici les nominations :
Meilleur film
Call Me By Your Name
The Shape Of Water
3 Billboards, Les panneaux de la vengeance Les Heures Sombres
Phantom Thread
Pentagon Papers
Lady Bird Dunkerque Get Out
Meilleur acteur
Timothée Chalamet (Call Me By Your Name)
Daniel Day-Lewis (The Phantom Thread)
Daniel Kaluuya (Get Out)
Gary Oldman (Darkest Hour)
Denzel Washington (L’Affaire Roman J.)
Meilleur actrice
Sally Hawkins (The Shape of Water – La Forme de l’eau)
Frances McDormand (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)
Margot Robbie (Moi, Tonya)
Saoirse Ronan (Lady Bird)
Meryl Streep (Pentagon Papers)
Meilleur acteur pour un second rôle
Willem Defoe (The Florida Project)
Woody Harrelson (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)
Richard Jenkins (The Shape of Water – La forme de l’eau)
Christopher Plummer (Tout l’argent du monde)
Sam Rockwell (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)
Meilleur actrice pour un second rôle
Mary J. Blige (Mudbound)
Allison Janney (Moi, Tonya)
Lesley Manville (Phantom Thread)
Laurie Metcalf (Lady Bird)
Octavia Spencer (The Shape of Water)
Meilleur film d’animation
Baby boss
The Breadwinner Coco
Ferdinand
Loving Vincent
La Belle et la Bête
Les Heures Sombres
Phantom Thread
The Shape of Water
Victoria & Abdul
Meilleur réalisateur
Christopher Nolan – Dunkerque
Jordan Peele – Get Out
Greta Gerwig – Lady Bird
Paul Thomas Anderson – Phantom Thread
Guillermo Del Toro – The Shape of Water
Meilleur film documentaire
Abacus : Small Enough to Jail
Face Places
Icarus
Last Men in Aleppo
Strong Island
Meilleur court métrage documentaire
Edith + Eddie
Heaven is a traffic jam on the 405
Heroin(e)
Knife Skills
Traffic stop
Meilleur montage
Baby Driver
Moi, Tonya
La Forme de l’eau – The Shape of Water
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Dunkerque
Meilleur film étranger
A Fantastic woman
The insult
Loveless
On Body and soul The Square
Meilleurs maquillages et coiffures
Les Heures Sombres
Victoria & Abdul
Wonder
Meilleure chanson originale
Mighty river (Mudbound)
Mystery of love (Call me by your name)
Remember me (Coco)
Stand up for something (Marshall)
This is me (The Greatest showman)
Meilleure musique
Dunkerque
Phantom Thread
The Shape of Water – La forme de l’eau
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance Star Wars : les derniers jedi
Meilleurs décors
La Belle et la bête
Blade Runner 2049
Darkest hour
Dunkerque
The shape of water – La forme de l’eau
Meilleur court métrage d’animation
Dear Basketball
Garden Party
Negative Space
Lou
Revolting Rhymes
Meilleur court métrage de fiction
DeKalb Elementary
The Eleven O’clock
My Nephew Emmet
The silent chid
Watu wote / All of us
Meilleur montage son
Star Wars : Les derniers Jedi
Blade Runner 2049
Baby Driver
Dunkerque
The shape of water
Meilleur mixage de son
Star Wars : Les derniers Jedi
Blade Runner 2049
Baby Driver
Dunkerque
The shape of water – La forme de l’eau
La bande-annonce vost du nouveau film de Gus Van Sant, « T’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied » en VO, Don’t Worry He Won’t Get Far On Foot, vient d’être dévoilée. Joaquin Phoenix incarne dans ce biopic le rôle de John Callahan, un handicapé moteur qui va être sauvé de l’alcoolisme par le dessin.
Les premières images du futur projet cinématographique de Gus Van Sant viennent d’être dévoilées. Le réalisateur d’Elephant et de Nos Souvenirs s’est attaqué à un biopic. Le nouveau film de Gus Van Sant, riche en émotions, sera un vibrant témoignage sur le handicap. Joaquin Phoenix incarne en effet le caricaturiste John Callahan. Sa vie bascule à l’âge de 21 ans. Il devient handicapé moteur à la suite d’un accident de voiture. Afin de ne pas sombrer totalement, il va trouver des ressources insoupçonnées à travers le dessin. Les œuvres de John Callahan, teintées d’humour noir, ont été considérées comme politiquement incorrectes. Il a travaillé pendant 27 ans pour un journal à Portland, le Willamette Week. La réalisatrice Simone de Vries a réalisé en 2005 un documentaire sur John Callahan. Le dessinateur est décédé en juillet 2010.
Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot va être présenté hors compétition au festival de Berlin, après une projection à Sundance. Le casting regroupe les comédiens Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara ou bien encore Jack Black. Le film devrait sortir en mai 2018 aux USA. Aucune date de sortie n’a pour le moment été évoquée en France.
Joaquin Phoenix avait déjà tourné sous la direction de Gus Van Sant dans Prête à tout (1995). Son frère, River Phoenix, avait également participé au tournage de My Own Private Idaho (1991) et sa sœur, Rain Phoenix, dans Even Cowgirls Get the Blues (1993).
Bande-annonce : « T’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied », le nouveau Gus van Sant. Porté par Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara et Jack Black – sortie française le 4 Avril.
Bande-annonce de Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot de Gus Vant Sant (VO) :
Les abonnés de Canal + ont été particulièrement gâtés en ce lundi 22 janvier avec la diffusion des nouveaux épisodes de la série politique française Baron Noir. Lors de la transition entre les deux épisodes, les fans de séries ont eu l’immense joie de découvrir la date officielle de diffusion de la troisième saison de la série Gomorra sur les antennes de la chaînes cryptée.
Alors que les chaînes françaises France 2, M6 et Canal Plus tardaient à donner la programmation des nouvelles saisons des séries Mr. Robot, X-Files et Gomorra, Canal + vient enfin d’officialiser le calendrier de diffusion de la suite des mésaventures de Genny Savastano et de Ciro di Marzio. La saison 3 tant attendue de Gomorra sera donc diffusée en France dès le jeudi 15 février 2018 sur Canal +. Les épisodes devraient être également disponibles via MyCanal, l’application gratuite pour tous les abonnés. Les deux premières saisons sont actuellement accessibles sur cette plateforme.
Les fans français n’ont donc plus que quelques semaines à patienter avant de découvrir les nouveaux épisodes de la saison 3 de Gomorra dans de très bonnes conditions, sur les antennes de Canal +. Le cliffhanger final de la saison 2 promet une nouvelle salve explosive d’épisodes !
Sorti discrètement au début de l’été 2017 dans les salles françaises, Everything, Everything est dans la même veine que Nos Etoiles Contraires… en bien pire.
Synopsis: Maddy est une adolescente intelligente qui n’a jamais pu sortir de chez elle : c’est une enfant-bulle. Le moindre contact avec l’extérieur peut la tuer. Elle tombe amoureuse de son nouveau voisin Olly. Comment vivre une histoire d’amour en sachant qu’un simple baiser pourrait la tuer ?
Une maladie épouvantable risque de plomber la relation amoureuse entre deux adolescents très lisses… cela ne vous rappelle rien ? Non, nous ne parlons pas de Nos Etoiles contraires, adaptation du roman éponyme de John Green. Petit rappel, le long-métrage qui mettait en scène un jeune couple d’ados cancéreux incarnés par Shailene Woodley (Big Little Lies) et Ansel Engort (Baby Driver) avait rencontré un succès phénoménal. Hollywood continue logiquement à vouloir surfer sur les adaptations de romans (larmoyants) pour adolescents.
C’est au tour de l’écrivaine Jamaïcano-américaine Nicola Yoon de voir une de ses œuvres littéraires touchées par le cinéma. Finalement, Everything, Everything n’a pas fait grand bruit (même si le film est largement entré dans ses frais) contrairement à Nos Etoiles Contraires : tant mieux. Certes, sans vouloir être méprisant (nous avons tous nos préjugés) on ne s’attendait pas spécialement à découvrir un chef-d’œuvre ni même simplement un bon film. Mais le résultat final s’avère particulièrement médiocre.
Le postulat de départ est pourtant intéressant sur le papier pour créer des enjeux : Maddy est une enfant-bulle. Cela signifie que la moindre chose provenant de l’extérieur peut la tuer. Elle ne peut pas sortir de sa grande maison (littéralement une forteresse clinique) alors imaginez embrasser un garçon et faire plus : mission impossible. Mais le scénario n’exploite absolument pas le potentiel de cette histoire. Il passe à côté des éventuelles interrogations qu’il met en place comme par exemple : « Vaut-il mieux vivre une vie longue mais vide ou une vie courte mais remplie ? ». Pour quelle raison ? Principalement parce qu’il n’y a finalement aucun enjeu ni aucune tension (alors que la maladie devrait être un obstacle majeur) contrairement à ce qu’on pourrait croire au départ.
Le long-métrage ne se limite qu’à de la pure guimauve de bas étage, à de l’étalage de fric et des décors de vacances. Il n’y a également aucun suspense et le fameux twist se devine au bout de vingt minutes. La bande-annonce résume finalement les quelques étapes de ce scénario très limité. On pourra dire ce que l’on veut de Nos Etoiles Contraires mais il y avait tout de même quelques petites prises de risques pour surprendre un minimum son public ! Surtout, le film n’émeut ou ne touche pas.
La Canadienne Stella Meghie ne propose aucune idée de mise en scène (même si on ne s’attendait pas spécialement à en voir). On ne peut pas totalement la blâmer : elle n’est certainement qu’un pantin comme (hélas) pas mal de réalisateurs employés pour ce type de grandes productions inintéressantes. Pour combler ce vide, on a préféré miser sur des décors très blancs et bling-bling (même technique pour Cinquante Nuances de Grey, autre romance grand public non axée en principe sur les jeunes) pour « tromper » le public avec ces artifices.
Enfin, pour bien nous achever, le couple d’acteurs nous laisse indifférents. Amandla Stenberg (souvenez-vous, c’était la petite Rue dans Hunger Games !) et Nick Robinson (Jurassic World) ne sont là que pour leurs belles gueules. Leurs interprétations sont plates et surtout il n’y a aucune alchimie entre eux.
Everything, Everything : bande-annonce
Everything, Everything : Fiche Technique
Réalisateur : Stella Meghie
Scénario : J. Mills Goodloe
Interprètes : Amandla Stenberg, Nick Robinson, Anika Noni Rose, Ana de la Reguera…
Producteurs : Leslie Morgenstein, Elysa Dutton, Victor Ho
Société(s) de Production : Alloy Entertainment
Distribution : Warner Bros. France
Genre : Romance Date de sortie : 21 juin 2017
Dans The Greatest Showman, Hugh Jackman range les griffes et signe un retour fracassant dans la comédie musicale. Il incarne avec panache le légendaire P. T. Barnum, un présentateur de spectacles et businessman à l’ascension fulgurante. Si le film ne révolutionne pas le genre, il brille par son propos humaniste et distrait grâce à des chansons et des chorégraphies assez réussies.
The Greatest showman, comédie musicale de l’année, succède au fabuleux La La Land. Les deux films ne souffrent cependant pas la comparaison. The Greatest showman ne saurait en effet être qualifié de film d’auteur, contrairement à celui de Damien Chazelle qui recèle une mise en scène et des thèmes personnels. Il n’est pas davantage ancré dans le rêve et l’imaginaire, mais plutôt dans le réel. Même s’il n’est pas à proprement parler un film historique, son récit se construit autour des débuts, de la réussite et des déboires d’un personnage connu.
Phineas Taylor Barnum (1810-1891) est un modeste fils de fermier, devenu un célèbre entrepreneur de spectacles à New-York. A la fois mystificateur et véritable homme d’affaires, il suscite la curiosité du public en présentant des objets et des animaux rares, venus notamment d’Afrique et d’Europe. Son goût de la démesure et de l’excentricité est bien dépeint dans le film à travers la découverte de son fameux musée des merveilles, abritant notamment guillotine, éléphant et girafe. Barnum étend également cette approche aux humains avec le « Freak Show », ou l’exposition d’hommes et de femmes dotés de caractéristiques physiques extraordinaires. Dans The Greatest Showman, l’équipe du cirque comporte ainsi une chanteuse barbue, un géant, un nain, un homme recouvert de tatouages et de nombreux acrobates.
Mais Barnum, grand manipulateur, est aussi connu pour ses énormes canulars, accentuant le sensationnel de ses spectacles. Celui qui a le plus marqué les esprits aux Etats-Unis reste certainement Joice Heth, une vieille femme censée être âgée de 160 ans et avoir été la nourrice de Georges Washington. Même si ces scandales ne sont pas montrés dans le film, The Greatest Showman évoque cette réalité du trucage, par exemple avec la présentation du géant, que le businessman requalifie faussement d’irlandais. En outre, une des filles de Barnum explique à son père la difficulté de la danse classique, en affirmant que dans un ballet, on ne truque pas.
Cette méthode a contribué à faire de P. T. Barnum un des tous premiers publicitaires. Cherchant toujours à persuader un public parfois naïf, le personnage de Hugh Jackman s’autoproclame lui-même meilleur showman lors d’une réception mondaine. Ceci fait échos au titre du film ainsi qu’à celui de la première chanson introductive, « the Greatest show ». Un spectacle au final incroyablement vendeur, qui n’est rien de moins que « tout ce que vous voulez » et « tout ce qu’il vous faut ».Le personnage du businessman se développe de façon assez intéressante dans le film. Parti de rien, son désir le plus profond est de réussir dans la société, de devenir quelqu’un. Par la même occasion, il cherche à prendre sa revanche sur son beau-père, qui n’a jamais eu aucune estime à son égard, et à réaliser la promesse d’une vie extraordinaire faite à sa femme Charity. Mais quelles prises de risques et quels prix sont acceptables pour y parvenir ? Tel Icare, en cherchant à atteindre les étoiles, l’ambitieux showman se brûlera les ailes. Son histoire personnelle délivre ainsi une des morales du film : vivre le bonheur que l’on possède sans se perdre dans une périlleuse et incertaine folie des grandeurs. En Barnum, Hugh Jackman est tout à fait convaincant. Depuis les Misérables, ses talents de chanteur et de danseur n’étaient plus à démontrer. Il parvient aussi à donner du charisme et de l’humanité à son protagoniste. Il est ainsi bien appréciable de retrouver l’acteur dans un premier rôle de comédie, moins dramatique que le récent Logan.
The Greatest Showman présente en outre un second personnage historique, la cantatrice Jenny Lind, également appelée « le rossignol suédois ». Barnum la persuade de traverser l’Atlantique, et elle devient aux États-Unis une véritable légende, avec plus de 90 représentations à son actif. Sa chanson « never enough » reste une des plus belles du film.
Sur ce fond historique, The Greatest Showman célèbre la diversité de l’humanité. Inspiré par ses deux filles, Barnum réunit une équipe d’hommes et de femmes hors du commun, aux talents et aux physiques déroutants. Cette véritable troupe de cirque y gagnera non seulement la reconnaissance du public, mais aussi un foyer, une famille. Si le message peut paraître un peu naïf, il reste simple, pur, et surtout le prétexte rêvé pour faire danser et chanter en chœur toute cette galerie de personnages excentriques.
Au-delà du respect des différences, the Greatest Showman invite à franchir et s’affranchir des barrières sociales. M. Carlyle, auteur de théâtre originaire d’un milieu aisé, se laisse ainsi convaincre par Barnum de s’associer à son cirque. Délivré du carcan familial, il profite alors d’une toute nouvelle liberté. L’amour permet également de transcender les classes sociales pour ces deux personnages principaux. Sur ce point encore, rien de très novateur, mais un beau rappel en musique.
C’est pourquoi The Greatest showman s’impose avant tout comme un bon divertissement. Les chorégraphies, entre danses et acrobaties, sont agréables à regarder. Les chansons, rythmées ou émouvantes, restent en tête bien après la séance. Si on peut regretter l’absence d’originalité des messages, ainsi qu’une mise en scène assez peu inventive, cette comédie musicale reste le film parfait pour commencer dans la joie la nouvelle année.
The Greatest Showman – Bande annonce
The Greatest Showman – Fiche technique
Réalisateur : Michael Gracey
Scénario : Bill Condon et Jenny Bicks
Interprétation : Hugh Jackman (P. T. Barnum), Michelle Williams (Charity Barnum), Zack Efron (Phillip Carlyle), Zendaya (Anne Wheeler), Rebecca Ferguson (Jenny Lind), Paul Sparks (James Gordon Bennett)
Musique : John Debney, Benj Pasek, Justin Paul et Joseph Trapanese
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Tom Cross, Robert Duffy, Joe Hutshing, Michael McCusker, Jon Poll et Spencer Susser
Costumes : Ellen Mirojnick
Producteurs : Peter Chernin, Jenno Topping et Laurence Mark
Maisons de production : Seed Productions
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Récompenses : trois nominations aux Golden Globes dans les catégories meilleur acteur dans une comédie ou une comédie musicale (Hugh Jackman), meilleure chanson et meilleure comédie ou comédie musicale
Budget : $ 84 000 000
Durée : 105 min
Genre : Comédie musicale, biopic
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
États-Unis – 2017
Le formidable thriller de John Brahm, Hangover Square, débarque en Blu-ray. A l’occasion de son édition haute définition chez Rimini, retour sur le drame tragique et mortifère de John Brahm magnifié par la bande-son originale de Bernard Herrmann.
Synopsis : Londres, 1899. George Bone, pianiste et compositeur classique rénommé et surmené par l’écriture d’un concerto, est victime de fréquentes crises de pertes de mémoire qui sont provoquées par le stress et lorsqu’il entend des sons discordants. L’artiste estimé reprend conscience après l’une de ses crises et retrouve un poignard dans sa poche. Il apprend aussi qu’un homme a été assassiné. Bone serait-il un meurtrier lors de ses « sorties » ? Il demande de l’aide au spécialiste Allan Middleton qui lui dit de ne pas s’inquiéter et de réduire son temps de travail. Ces crises vont-elles pour autant s’arrêter ? Cependant, George se retrouve rapidement à nouveau surmené par les commandes musicales d’une jeune chanteuse charmeuse et opportuniste et le partage de ses nombreux efforts entre le travail du concerto et celui des revues musicales.
Hangover Square, histoire d’un homme fatigué
Le film de John Brahm utilise les codes du film noir pour faire le portrait d’un personnage torturé par les efforts. Car George Bone doit en distribuer de nombreux. On lui répète de se concentrer sur son concerto afin de rapidement le terminer. Puis on lui dit de s’amuser, de se reposer. Une rencontre qu’il pense être merveilleuse l’amène finalement à se fatiguer à d’autres tâches d’écriture musicales. L’excès de travail se fait ainsi ressentir avec le retour de la fatigue. Usure et frustrations (liées à des déceptions ainsi qu’au ras-le-bol des demandes permanentes d’invention musicale) se mêlent et plongent le compositeur dans une torpeur sordide. Le bonhomme à la bonté trop facile entre dans une phase où son inconscient prend les commandes. Au menu : un déchainement de violence contre ceux qui l’ont trahi, harcelé, maltraité. Et pourtant, il ne tue pas l’une de ses victimes, fille de l’estimé chef d’orchestre qui veut diriger son concerto devant un public de very important persons. Elle est aussi son amie. Aussi, même si sa demande de se reconcentrer sur le concerto plutôt que de vaquer à de l’écriture de mélodies populaires paraît quelque peu opportuniste et surtout hautaine, le conseil de la lady est surtout amical. Elle veut voir son ami George Bone consacré. L’homme, qui a tout pour être un grand compositeur, épargnera ainsi la dame. On suppose même qu’elle sait que c’est bien lui qui a tenté de l’assassiner, mais qu’elle ne dit rien pour protéger l’avenir du prodige.
Hélas, tout va de mal en pis du côté obscur de George tandis que le concerto bien terminé doit être joué dans un petit moment. Poursuivi par la police qui ne veut pas le condamner à mort mais au contraire, l’enfermer pour protéger le gus et autrui, et bien sûr tenter de le soigner, George réussit à jouer son concerto avec le chef d’orchestre et les autres musiciens l’accompagnant. En pleine interprétation, le compositeur est terrassé par les souvenirs des meurtres commis lors de ses phases d’inconscience. Il fait ainsi face à la terrible réalité. S’il a eu peur par le passé d’être un criminel malgré lui, le doute avait pu être écarté par un spécialiste puis par l’absence de preuves tangibles. Aussi, George écartait lui-même – consciemment / inconsciemment – ses propres soupçons pour mieux se concentrer sur sa musique. La police arrive en plein concert. Mais George Bone ne se laisse pas arrêter, il doit jouer son concerto jusqu’au bout. Sa plus grande création musicale sur laquelle il a tant œuvré et pour laquelle il a tout donné doit être interprétée quoiqu’il arrive.
Pour bloquer et faire fuir la police, George met le feu au bâtiment. Alors que l’incendie se propage, la mort semble pointer sa faux. Tout le monde fuit excepté le compositeur. La séquence de concert, étourdissante de par son jeu narratif de mise en scène de la musique à la fois diégétique et extradiégétique, plonge le film dans la tragédie pure et simple. George est encore à l’intérieur, pleure sa jeune amie ; c’est mieux pour lui, répond le spécialiste qui savait pertinemment que l’avenir du compositeur serait loin d’être radieux. Et de cela, nous nous doutons, connaissant l’avancée scientifique de ce moment. La musique jusqu’à la mort, Hangover Square fait ainsi de la brillante composition de son personnage un concerto macabre justement nommé par son réel compositeur, le génial Bernard Herrmann.
Ci-dessous, le Concerto Macabre de Bernard Herrmann (composé par George Bone dans la fiction).
Blu-ray harmonieux
L’édition Blu-ray proposée par les éditions Rimini est une réussite. Rien à redire concernant l’image et le son hormis quelques défauts techniques certainement imputables à l’âge du film (quelques séquences musicales et voix aiguës/nasillardes entre autres choses). Le film, présenté dans un sublime master haute définition 4K, est accompagné de bonus inédits et surtout intéressants (voir la liste ci-desous). Hangover Square ne pouvait ainsi être (re)découvert dans une meilleure édition qu’on ne peut ainsi que vous conseiller.
Extrait – Hangover Square
Hangover Square
Disponible en DVD & Blu-ray depuis le 2 janvier 2018
Copie restaurée 4K
COMPLÉMENTS
– John Brahm, à la folie (17’30) : interview de la journaliste cinéma Guillemette Odicino
– Entretien autour de la musique de Bernard Herrmann (27 mn) : interview de Stephan Oliva, pianiste, compositeur, improvisateur, musicien de jazz
– L’adaptation impossible (13′) : entretien avec l’éditeur François Guérif
Un livret de 32 pages consacré à John Brahm vient compléter cette liste de suppléments.
In The Fade s’inscrit dans une société marquée par des événements tragiques, avec pour volonté de faire réfléchir le public sur la psychologie à adopter à la suite de ceux-ci. Fatih Akın offre à Diane Kruger une sublime opportunité pour sa carrière.
Synospsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.
À travers trois chapitres, Fatih Akın livre l’évolution d’une femme qui passe d’un bonheur communicatif à un désir de vengeance presque obsessionnel. Diane Kruger, qui incarne l’héroïne principale, se transforme au même rythme que son personnage et s’avère remarquable dans son premier rôle en allemand. Si la colère et la vengeance lui vont mieux, elle n’en reste pas moins bouleversante en veuve désespérée qui voit sa famille s’effondrer en un fragment de seconde. Son interprétation lui a valu le prix de l’interprétation à Cannes en 2017 et l’on comprend aisément pourquoi quand on la voit osciller entre douleur et peine et entre force et désolation avec cette facilité.
In The Fade est un film plutôt personnel pour le réalisateur d’origine turque puisqu’il s’agit d’un attentat contre cette population vivant en Allemagne. C’est d’autant plus prenant qu’il est en plein dans l’actualité après les évènements récents qu’ont connu l’Europe. L’œuvre est alors éminemment politique puisqu’il traite autant de ces drames humains que du gouvernement resté impuissant face à ceux-ci. L’émotion tient durant toute la durée du film et voit s’entre-chasser plusieurs registres : entre thriller, drame social ou œuvre politique, Fatih Akın secoue le public. Grâce à une mise en scène sobre mais efficace, le cinéaste ne fait jamais tomber son histoire dans le pathos et sert au contraire un grand réalisme.
Évidemment, le film ne se résout pas uniquement à dépeindre ces évènements tragiques. Le réalisateur pousse le spectateur dans ses plus grands retranchements et questionnements avec le personnage de Katja. De la résilience à l’idée de vengeance, du courage à l’injustice, l’héroïne traverse différentes phases avec chacune son lot de réflexions. Le vengeance peut-elle se justifier ? On sort du film sans réellement avoir de réponse mais en étant au contraire tiraillé entre toutes nos idées. L’issue du film, bien qu’un peu attendue, chevauche les conceptions toutes faites et pose d’autres problèmes sur lesquels il est tout à fait intéressant de se pencher mais auxquels il est difficile de répondre.
Fatih Akın fait le choix de présenter l’intrigue de manière assez manichéenne et binaire en montrant les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. La scène du procès est une véritable réussite en ce sens mais aussi dans ce qu’elle dit de cette société où mêmes les victimes sont remises en cause du fait de leurs origines ethniques ou sociales. In The Fade est donc un film très engagé qui montre à la fois un monde dirigé par les préjugés et une société au sein de laquelle des questions existentielles divisent et persistent.
In The Fade : Bande-annonce
In The Fade : Fiche Technique
Titre original : Aus Dem Nichts
Réalisation : Fatih Akın
Scénario : Fatih Akın, Hark Bohm
Interprétation : Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar
Image : Rainer Klausmann
Montage : Andrew Bird
Musique : Josh Homme
Décors : Tamo Kunz
Costumes : Katrin Aschendorf
Récompenses : Prix d’interprétation féminine Festival de Cannes 2017
Producteurs : Herman Weigel, Fatih Akın, Nurhan Sekerci
Société de production : Bombero Internation, Corazon International
Distributeur : Pathé Distributions
Durée : 106 minutes
Genre : thriller, drame
Date de sortie : 17 janvier 2018
A l’occasion du Festival cinéma Télérama en partenariat avec BNP Paribas qui aura lieu du 24 au 30 janvier 2018, remportez l’une des dotations en jeu : 5 abonnements numériques Télérama de 3 mois avec accès à la plateforme et 10 hors-séries « cinéma » Télérama
Festival cinéma Télérama c’est donc l’occasion pour les cinéphiles de découvrir les meilleurs films de l’année 2017 mais aussi des avants-premières, sélectionnés par la rédaction de Télérama et l’Association française des cinémas Art et Essai.
Liste des films de l’année 2017 à voir ou à re(voir)
A l’occasion, et avant le début du festival, BNP Paribas offre actuellement 75 000 Pass grâce à différentes opérations :
Un jeu organisé sur cinema.bnpparibas du 19 décembre 2017 au 16 janvier 2018 pour gagner 20 000 Pass.
Une distribution dans le réseau d’agences BNP Paribas.
Un jeu sur le site We Love Cinéma pour les clients détenteurs de la carte.
Dotation : 10 hors séries en jeu parmi les 4 hors proposés et 5 abonnements numériques Télérama de 3 mois avec accès à la plateforme
Festival cinéma Télérama : Bande-annonce
MODALITÉS DU JEU
Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 30 Janvier 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.
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A peine sorti et déjà étrillé par la critique. Bright, le nouveau film de David Ayer, produit par Netflix, en deviendrait presque un cas d’école. Et en effet le film est aussi nul que ça. Et non, il n’est même pas drôle à regarder. Mais développons un peu.
Il est vrai que nous sommes un peu en retard sur ce coup-là. Le film de David Ayer est déjà sorti sur Netflix depuis presque un mois, et alors que la critique américaine s’acharnait à descendre en flamme le « premier » blockbuster de la plate-forme de streaming (car bien sûr, Okja avait tout du petit film indé), et bien ici nous étions… en train de faire autre chose de sûrement beaucoup plus intéressant (comme préparer les fêtes par exemple). Mais bon, il faut bien rattraper le temps perdu, et les mauvais films ont ceci en commun avec les chefs-d’œuvre cette manière bien à eux de faire un tel ramdam que, forcément, ça pique la curiosité. Et comme on arrive après la tempête, prenons le temps d’analyser le bousin.
Un film sans race
Donc Bright, de David Ayer, part sur ce postulat follement original que notre monde à nous est exactement le même, mais avec des orcs, des elfes, des fées, Will Smith et des gangster mexicains à tous les coins de rues. Tout cela dans un scénario de Max Landis (fils de John), qui avait déjà goûté un succès critique avec le bancal Chronicles mais qui cartonne en ce moment avec Dirk Gently sur BBC America. Un type qui, quand il n’est pas pris de flemingite aiguë (coucou Docteur Frankenstein), peut tout à fait pondre un travail correct. Il ne révolutionne rien, mais au moins il tient la route. Sauf sur Bright où l’histoire s’enlise dans des scènes d’exposition interminables où deux flics (Will Smith et la prothèse faciale de Joel Edgerton) s’envoient des répliques ornementées de toutes les déclinaisons possibles du mot Fuck. Fuck, Fuck you, Motherfucker, Fuck me, Fuck things, Un-fuck things… Nous en réclamerions presque la V.F pour plus de diversité. Pendant que ces conversations hautement intellectuelles se tiennent dans l’habitacle, le spectateur attend encore ce pourquoi il est venu.
Bright est un film du genre « promesse non tenue ». Avec un tel produit (car finalement ce n’est que cela), nous étions tout de même en droit d’attendre un certain nombre de choses. Mais tout particulièrement la mise en place d’un univers qui essaierait de sortir à la fois des codes de l’héroïc-fantasy (qui ont tendance à tourner en rond) et du buddy movie policier, en provoquant la rencontre de ces deux mondes antithétiques. Malheureusement tout le monde n’est pas Neil Gaiman ou Terry Pratchett. Le blockbuster de Netflix n’essaie même pas de trouver sa propre voie et d’inventer quelque chose. Il se contente de reprendre les éléments constitutifs des deux genres qu’il convoque, et essaie de les emboîter maladroitement. Côté fantasy, nous avons une division de la population en race (Orques, Elfes, Humains… et des nains sont évoqués), une prophétie et un objet magique qui attise toute les convoitises. Côté buddy movie : deux partenaires qui ne peuvent pas se sentir (mais à la fin ça va mieux), des flics corrompus, des gangsters et un certain laps de temps avant la retraite du personnage principal. Ça sent salement le décongelé d’un bout à l’autre. Mais des films sympas dont la trame tient sur un timbre poste, ça peut toujours se faire. Après tout la plupart des films tirés des deux genres susnommés ne brillent pas toujours par leur originalité (en vrac : Willow, Legend, Bad Boys, L’arme Fatale etc).
Mais même sur un canevas des plus basiques, Bright arrive à multiplier les contre sens. La faute à une écriture qui préfère se focaliser sur son intrigue principale (pourtant réduite) mais oublie de mettre en place un univers cohérent. La pauvreté des dialogues est finalement un moindre mal par rapport au sentiment de vide qui se dégage. Le film d’Ayer reprend quelques codes épars de l’héroïc-fantasy et dissémine par-ci par-là quelques indices pour nous rappeler la teneur « magique » du film : un dragon qui vole, un centaure qui fait le pied de grue devant le commissariat et même un clodo aviné qui brandit une épée. Il est vrai que si ces éléments n’étaient pas présents, on en oublierait presque la dimension fantastique pour se dire que finalement le deuxième flic n’a qu’une vilaine maladie de peau. Sauf qu’aucun de ces éléments n’a d’intérêt pour l’intrigue principale. Dans un univers qui semble avoir évolué comme le nôtre, une épée brandie par un SDF (prophète ou non) n’a tout simplement aucun sens. Surtout quand celle-ci n’est qu’une épée rouillée sans une once de pouvoir magique.
En parlant de magie d’ailleurs, la longue introduction à base de tags dans la rue nous alerte sur un certain « Dark Lord » (On suppose que Dark est son prénom, Lord son nom et que sa maman lui disait qu’il était spécial) et l’intrigue tourne autour d’une baguette magique et d’une secte d’elfes gothiques voulant ressusciter Mr Lord. Au delà de ça, pas grand chose. Mais comment un monde qui a tout de même un peu de magie peut-il évoluer exactement comme le nôtre ? D’autant que les règles de la magie ne sont pas clairement définies, donc pour ce que l’on sait, celui qui tient la baguette peut faire ce qu’il veut (même si seuls les « Bright » peuvent l’utiliser). Alors pourquoi tout a l’air de fonctionner comme chez nous ? Personne dans ce monde n’a essayé d’analyser le phénomène pour en tirer des applications quotidiennes utiles ? Apparemment non, et on est toujours obligé de rouler au sans plomb 95. Donc la magie c’est naze.
Contre sens moral
Il n’est même pas précisé si les différentes races ont une sensibilité différente au phénomène. Notre logique de rolliste voudrait que les elfes soient un peu favorisés. Mais là encore, rien n’est précis. D’ailleurs le concept de race dans le film reste assez flou, juste pour essayer de glisser un message bienveillant sur la tolérance. Mais là encore, il ne faut pas longtemps pour tomber dans l’incohérence. Ward (Will Smith) fait donc la morale à sa fille au début du film sur le fait que les races n’ont pas de hiérarchie, juste des différences. Ce serait presque mignon s’il n’avait pas éclaté à coups de râteau une fée dans la scène précédente et s’il n’insultait pas son partenaire (seul orque policier du pays) dans les trois qui suivent.
Ou encore si le scénario développait un peu plus les relations entre les différentes espèces plutôt que de jouer sur des analogies gênantes. Ici les elfes sont catégorisés comme la classe dominante qui vit dans le luxe, et les orques comme de quelconques parias qui se rassemblent en gangs de rue. La métaphore sur la situation des afro-américains aux États-Unis est plutôt facile, et assez grossièrement surlignée par les costumes. Mais faudrait-il aussi voir dans les elfes une représentation caricaturale des juifs qui tiendraient le monde de la finance entre leurs mains ? Ce serait peut être aller un peu loin. Mais toujours est-il que le film manque de nuance, et jamais on ne verra un elfe sans abris ou un orque de classe moyenne. D’ailleurs, a part son boulot de flic, nous ne savons rien de la vie de Nick (Joel Edgerton). A-t-il une famille ? Une passion ? Tout cela manque vraiment de développement. Mais là où cela devient gênant, c’est quand les mexicains entrent dans l’équation. Presque exclusivement présentés comme un seul gang hyper agressif, ceux-ci apparaissent n’importe où à n’importe quel moment. Au point que l’on finit par se demander s’il ne s’agit pas d’une autre espèce capable de téléportation ou d’ubiquité. Avec des maladresses d’écriture pareilles, Bright ne remet finalement jamais en question le racisme inhérent au genre qu’il convoque. Pire, il finit presque par le justifier. Comme lors de cette scène où les deux voient des flics tabasser un orque et que Ward demande à son coéquipier s’il est plus orque que flic (justifiant au passage les excès de violence policières).
Nous en venons à nous demander où est passé le Max Landis un peu fun et ironique que nous connaissions. Rien que Docteur Frankenstein avait un sous texte homo-érotique qui dynamisait un peu un film pataud. Dirk Gently est tout en ironie et jeu de dupe… Alors pourquoi ici cette impression de sérieux pompier dans une entreprise qui aurait tout gagné a se laisser aller dans son propre délire ? Les rares vannes (héritées du buddy movie) tombent à plat, quand elles ne remettent pas encore en cause la logique de l’univers. Dans un monde où les orques vivent au grand jour, est-ce qu’un film comme Shrek aurait existé ? Est-ce que le genre heroïc-fantasy existerait ? Est-ce que Shrek est le Naissance d’une nation de cet univers ? Voilà comment une simple vanne idiote peut dégager plus de questions que de rire. Mais d’autres éléments laissent supposer que la première orientation du script était plutôt comique. Comme le duo de flic elfes (dont Edgar Ramirez avec les cheveux violets) qui se qualifient eux mêmes de « Magik Feds » (fédéraux magiques). Mais s’il y a une personne qui semble avoir pris cette réplique au sérieux c’est David Ayer.
Hors sujet
Revenons un peu en arrière. Pour rappel David Ayer est bien celui qui a signé Suicide Squad, film honni par une bonne partie de la critique et du public. Mais il a été assez malin pour noyer le poisson en rejetant, sans trop se mouiller, la faute sur Warner qui aurait remonté le film dans tous les sens. Repartons donc un peu plus loin dans sa carrière. Premier fait d’arme, le scénario de U-571, qui remplace les anglais ayant récupéré la machine Enigma par des américains. Puis viennent Fast & Furious et S.W.A.T Unité d’élite. Il réalise quelques polars adaptés d’Ellroy histoire de se faire un nom (un auteur sur lequel même De Palma s’est cassé les dents). Puis viennent End of Watch qui semble faire à peu près illusion, Sabotage (avec Shwarzy) qui est un échec critique et Fury qui marche pas trop mal auprès de la critique et du public. Vous connaissez la suite. Le pic de sa carrière reste le scénario de Training Day, film récompensé d’un oscar… pour la performance de Denzel Washinton. Et c’est peut être là que ce situe le nœud du problème.
En acceptant de réaliser Brigth, Ayer semble s’être octroyé le droit de réécrire le scénario de Landis, afin que celui-ci colle plus à son univers. Sans juger la carrière en dents de scie de bonhomme, nous pouvons déjà noter qu’il ne fait pas spécialement dans le fun. Donc exit la dimension gros délire qui avait peut-être existé dans la première mouture. David Ayer aime le cinéma brut, l’action qui cogne et les pneus qui crissent. Et surtout il semble regretter le temps de Training Day, car Bright ne cesse de multiplier les appels du pied à son « chef d’œuvre ». La relation toxique entre les deux flics, le climat tendu de la ville, les ripoux, et, pure fumisterie d’écriture, le twist du sauvetage de début de film qui sauve la vie d’un des protagonistes. Péripétie inutile d’ailleurs car annulée dans la seconde qui suit. Rajoutons la restriction de l’intrigue à une journée (ce qui rend encore plus difficile le développement de l’univers fantasy) et en effet, on peut admettre que ce cher David a voulu refaire Training Day en ajoutant un verni « geek » comme subterfuge.
Et là où ça coince vraiment, c’est que Ayer ne semble absolument pas comprendre le concept même de fantaisie. Sa représentation de l’enchanteresse dans Suicide Squad nous laissait déjà dubitatifs. Bright confirme que les éléments magiques, ce n’est vraiment pas son truc. Les règles surnaturelles de l’univers sont assez mal définies et d’autres éléments viennent s’ajouter sans cohérence. La méchante secte répond au nom « d’inferi », qui en latin ne veut pas dire « infernal » mais « inférieur », le « Dark Lord » n’a pas de nom, on nous révèle au milieu du film que le sauveur du monde était un orque (mais alors pourquoi tout le monde déteste les orques?) et sorti de nulle part, on apprend l’existence de bassins mystiques interconnectés. Il y a donc bien, çà et là, des éléments de contes ou de légendes, mais rien de tangible ou qui semble lié au reste. Aucun discours sur le sacrifice, la lutte du bien contre le mal ou les dangers d’une puissance incontrôlable. Le réalisateur n’essaye même pas d’en prendre le contre-pied puisqu’il s’en fout. La prophétie annoncée au début du film n’a qu’une utilité, celle de confirmer que l’un des héros est capable de prendre la baguette (élément que l’on voit venir à des kilomètres).
Sauf que le scénario étant ce qu’il est, le réalisateur est bien obligé de traiter avec les éléments comiques glissés çà et là. Mais étant totalement dénué de sens de l’humour (Suicide Squad le prouvait déjà), le type film l’ensemble avec un premier degré consternant. Le « Magik Feds » qui essaye de passer pour une réplique badass… à la rigueur. Mais une séquence entière de fusillade dans une supérette, avec une voiture qui fait des drifts au milieu des rayons chips pendant que la méchante (Noomi Rapace au fait) est accroupie sur le toit, filmée sans une once de second degré, cela devient consternant. Idem pour l’affrontement entre orques, elfes et mexicains dans une boite de nuit bondée. N’importe quel autre réalisateur aurait tenté d’en faire quelque chose de fun, mais pas David Ayer. Lui préfère un montage sur découpé qui ne laisse entrevoir que les corps qui tombent au sol, faisant passer Luc Besson pour un illustrateur de Oui-Oui. La partie action ne s’en sort donc pas mieux, enchaînant les poursuites redondantes avec zéro idée de réalisation et un bodycount qui atteint des sommets. Parfois épuisant, souvent ennuyeux.
Bright n’es donc ni un film d’héroïc-fantasy réussi, ni un buddy movie sympathique. Il n’est qu’une accumulation vorace de chair à canon. Bouffé par son égo (et certainement pas par son intelligence), David Ayer se permet même d’esthétiser les séquences les plus douteuses (Ward qui tue ses coéquipiers) sans jamais prendre un peu de recul avec son sujet. Preuve finale de son incapacité à amuser quiconque : les cinq minutes de la scène de l’hôpital sont probablement les plus gênantes de l’année. Donc si Bright 2 se fait vraiment, virez David Ayer et, surtout, rendez nous le Will Smith cool de Men in Black… Celui qu’on aime.
Bright : Bande-annonce
Synopsis : Dans un monde contemporain alternatif, humains, orques, elfes et fées coexistent depuis le début des temps. Défiant les genres, Bright est un film d’action qui suit deux policiers issus de milieux différents, Ward et Jakoby. Confrontés aux ténèbres lors d’une patrouille nocturne de routine, ils voient leur avenir et leur monde se métamorphoser à jamais.
Bright : Fiche technique
Réalisateur : David Ayer
Scénariste : Max Landis
Avec Will Smith, Joel Edgerton, Lucy Fry, Noomi Rapace, Enrique Murciano…
Date de sortie 22 décembre 2017 sur Netflix
Budget : 90 millions USD
Bande originale : Junkie XL, David Sardy
Genres ; Fantastique, Thriller, Action
Durée : (1h 58min)
Nationalité américain