Bright : Quand David Ayer confirme son absence de talent

A peine sorti et déjà étrillé par la critique. Bright, le nouveau film de David Ayer, produit par Netflix, en deviendrait presque un cas d’école. Et en effet le film est aussi nul que ça. Et non, il n’est même pas drôle à regarder. Mais développons un peu.

Il est vrai que nous sommes un peu en retard sur ce coup-là. Le film de David Ayer est déjà sorti sur Netflix depuis presque un mois, et alors que la critique américaine s’acharnait à descendre en flamme le « premier » blockbuster de la plate-forme de streaming (car bien sûr, Okja avait tout du petit film indé), et bien ici nous étions… en train de faire autre chose de sûrement beaucoup plus intéressant (comme préparer les fêtes par exemple). Mais bon, il faut bien rattraper le temps perdu, et les mauvais films ont ceci en commun avec les chefs-d’œuvre cette manière bien à eux de faire un tel ramdam que, forcément, ça pique la curiosité. Et comme on arrive après la tempête, prenons le temps d’analyser le bousin.

Un film sans race

Donc Bright, de David Ayer, part sur ce postulat follement original que notre monde à nous est exactement le même, mais avec des orcs, des elfes, des fées, Will Smith et des gangster mexicains à tous les coins de rues. Tout cela dans un scénario de Max Landis (fils de John), qui avait déjà goûté un succès critique avec le bancal Chronicles mais qui cartonne en ce moment avec Dirk Gently sur BBC America. Un type qui, quand il n’est pas pris de flemingite aiguë (coucou Docteur Frankenstein), peut tout à fait pondre un travail correct. Il ne révolutionne rien, mais au moins il tient la route. Sauf sur Bright où l’histoire s’enlise dans des scènes d’exposition interminables où deux flics (Will Smith et la prothèse faciale de Joel Edgerton) s’envoient des répliques ornementées de toutes les déclinaisons possibles du mot Fuck. Fuck, Fuck you, Motherfucker, Fuck me, Fuck things, Un-fuck things… Nous en réclamerions presque la V.F pour plus de diversité. Pendant que ces conversations hautement intellectuelles se tiennent dans l’habitacle, le spectateur attend encore ce pourquoi il est venu.

Bright est un film du genre « promesse non tenue ». Avec un tel produit (car finalement ce n’est que cela), nous étions tout de même en droit d’attendre un certain nombre de choses. Mais tout particulièrement la mise en place d’un univers qui essaierait de sortir à la fois des codes de l’héroïc-fantasy (qui ont tendance à tourner en rond) et du buddy movie policier, en provoquant la rencontre de ces deux mondes antithétiques. Malheureusement tout le monde n’est pas Neil Gaiman ou Terry Pratchett. Le blockbuster de Netflix n’essaie même pas de trouver sa propre voie et d’inventer quelque chose. Il se contente de reprendre les éléments constitutifs des deux genres qu’il convoque, et essaie de les emboîter maladroitement. Côté fantasy, nous avons une division de la population en race (Orques, Elfes, Humains… et des nains sont évoqués), une prophétie et un objet magique qui attise toute les convoitises. Côté buddy movie : deux partenaires qui ne peuvent pas se sentir (mais à la fin ça va mieux), des flics corrompus, des gangsters et un certain laps de temps avant la retraite du personnage principal. Ça sent salement le décongelé d’un bout à l’autre. Mais des films sympas dont la trame tient sur un timbre poste, ça peut toujours se faire. Après tout la plupart des films tirés des deux genres susnommés ne brillent pas toujours par leur originalité (en vrac : Willow, Legend, Bad Boys, L’arme Fatale etc).

Mais même sur un canevas des plus basiques, Bright arrive à multiplier les contre sens. La faute à une écriture qui préfère se focaliser sur son intrigue principale (pourtant réduite) mais oublie de mettre en place un univers cohérent. La pauvreté des dialogues est finalement un moindre mal par rapport au sentiment de vide qui se dégage. Le film d’Ayer reprend quelques codes épars de l’héroïc-fantasy et dissémine par-ci par-là quelques indices pour nous rappeler la teneur « magique » du film : un dragon qui vole, un centaure qui fait le pied de grue devant le commissariat et même un clodo aviné qui brandit une épée. Il est vrai que si ces éléments n’étaient pas présents, on en oublierait presque la dimension fantastique pour se dire que finalement le deuxième flic n’a qu’une vilaine maladie de peau. Sauf qu’aucun de ces éléments n’a d’intérêt pour l’intrigue principale. Dans un univers qui semble avoir évolué comme le nôtre, une épée brandie par un SDF (prophète ou non) n’a tout simplement aucun sens. Surtout quand celle-ci n’est qu’une épée rouillée sans une once de pouvoir magique.
En parlant de magie d’ailleurs, la longue introduction à base de tags dans la rue nous alerte sur un certain « Dark Lord » (On suppose que Dark est son prénom, Lord son nom et que sa maman lui disait qu’il était spécial) et l’intrigue tourne autour d’une baguette magique et d’une secte d’elfes gothiques voulant ressusciter Mr Lord. Au delà de ça, pas grand chose. Mais comment un monde qui a tout de même un peu de magie peut-il évoluer exactement comme le nôtre ? D’autant que les règles de la magie ne sont pas clairement définies, donc pour ce que l’on sait, celui qui tient la baguette peut faire ce qu’il veut (même si seuls les « Bright » peuvent l’utiliser). Alors pourquoi tout a l’air de fonctionner comme chez nous ? Personne dans ce monde n’a essayé d’analyser le phénomène pour en tirer des applications quotidiennes utiles ? Apparemment non, et on est toujours obligé de rouler au sans plomb 95. Donc la magie c’est naze.

Contre sens moral

Il n’est même pas précisé si les différentes races ont une sensibilité différente au phénomène. Notre logique de rolliste voudrait que les elfes soient un peu favorisés. Mais là encore, rien n’est précis. D’ailleurs le concept de race dans le film reste assez flou, juste pour essayer de glisser un message bienveillant sur la tolérance. Mais là encore, il ne faut pas longtemps pour tomber dans l’incohérence. Ward (Will Smith) fait donc la morale à sa fille au début du film sur le fait que les races n’ont pas de hiérarchie, juste des différences. Ce serait presque mignon s’il n’avait pas éclaté à coups de râteau une fée dans la scène précédente et s’il n’insultait pas son partenaire (seul orque policier du pays) dans les trois qui suivent.

Ou encore si le scénario développait un peu plus les relations entre les différentes espèces plutôt que de jouer sur des analogies gênantes. Ici les elfes sont catégorisés comme la classe dominante qui vit dans le luxe, et les orques comme de quelconques parias qui se rassemblent en gangs de rue. La métaphore sur la situation des afro-américains aux États-Unis est plutôt facile, et assez grossièrement surlignée par les costumes. Mais faudrait-il aussi voir dans les elfes une représentation caricaturale des juifs qui tiendraient le monde de la finance entre leurs mains ? Ce serait peut être aller un peu loin. Mais toujours est-il que le film manque de nuance, et jamais on ne verra un elfe sans abris ou un orque de classe moyenne. D’ailleurs, a part son boulot de flic, nous ne savons rien de la vie de Nick (Joel Edgerton). A-t-il une famille ? Une passion ? Tout cela manque vraiment de développement. Mais là où cela devient gênant, c’est quand les mexicains entrent dans l’équation. Presque exclusivement présentés comme un seul gang hyper agressif, ceux-ci apparaissent n’importe où à n’importe quel moment. Au point que l’on finit par se demander s’il ne s’agit pas d’une autre espèce capable de téléportation ou d’ubiquité. Avec des maladresses d’écriture pareilles, Bright ne remet finalement jamais en question le racisme inhérent au genre qu’il convoque. Pire, il finit presque par le justifier. Comme lors de cette scène où les deux voient des flics tabasser un orque et que Ward demande à son coéquipier s’il est plus orque que flic (justifiant au passage les excès de violence policières).

Nous en venons à nous demander où est passé le Max Landis un peu fun et ironique que nous connaissions. Rien que Docteur Frankenstein avait un sous texte homo-érotique qui dynamisait un peu un film pataud. Dirk Gently est tout en ironie et jeu de dupe… Alors pourquoi ici cette impression de sérieux pompier dans une entreprise qui aurait tout gagné a se laisser aller dans son propre délire ? Les rares vannes (héritées du buddy movie) tombent à plat, quand elles ne remettent pas encore en cause la logique de l’univers. Dans un monde où les orques vivent au grand jour, est-ce qu’un film comme Shrek aurait existé ? Est-ce que le genre heroïc-fantasy existerait ? Est-ce que Shrek est le Naissance d’une nation de cet univers ? Voilà comment une simple vanne idiote peut dégager plus de questions que de rire. Mais d’autres éléments laissent supposer que la première orientation du script était plutôt comique. Comme le duo de flic elfes (dont Edgar Ramirez avec les cheveux violets) qui se qualifient eux mêmes de « Magik Feds » (fédéraux magiques). Mais s’il y a une personne qui semble avoir pris cette réplique au sérieux c’est David Ayer.

Hors sujet

Revenons un peu en arrière. Pour rappel David Ayer est bien celui qui a signé Suicide Squad, film honni par une bonne partie de la critique et du public. Mais il a été assez malin pour noyer le poisson en rejetant, sans trop se mouiller, la faute sur Warner qui aurait remonté le film dans tous les sens. Repartons donc un peu plus loin dans sa carrière. Premier fait d’arme, le scénario de U-571, qui remplace les anglais ayant récupéré la machine Enigma par des américains. Puis viennent Fast & Furious et S.W.A.T Unité d’élite. Il réalise quelques polars adaptés d’Ellroy histoire de se faire un nom (un auteur sur lequel même De Palma s’est cassé les dents). Puis viennent End of Watch qui semble faire à peu près illusion, Sabotage (avec Shwarzy) qui est un échec critique et Fury qui marche pas trop mal auprès de la critique et du public. Vous connaissez la suite. Le pic de sa carrière reste le scénario de Training Day, film récompensé d’un oscar… pour la performance de Denzel Washinton. Et c’est peut être là que ce situe le nœud du problème.

En acceptant de réaliser Brigth, Ayer semble s’être octroyé le droit de réécrire le scénario de Landis, afin que celui-ci colle plus à son univers. Sans juger la carrière en dents de scie de bonhomme, nous pouvons déjà noter qu’il ne fait pas spécialement dans le fun. Donc exit la dimension gros délire qui avait peut-être existé dans la première mouture. David Ayer aime le cinéma brut, l’action qui cogne et les pneus qui crissent. Et surtout il semble regretter le temps de Training Day, car Bright ne cesse de multiplier les appels du pied à son « chef d’œuvre ». La relation toxique entre les deux flics, le climat tendu de la ville, les ripoux, et, pure fumisterie d’écriture, le twist du sauvetage de début de film qui sauve la vie d’un des protagonistes. Péripétie inutile d’ailleurs car annulée dans la seconde qui suit. Rajoutons la restriction de l’intrigue à une journée (ce qui rend encore plus difficile le développement de l’univers fantasy) et en effet, on peut admettre que ce cher David a voulu refaire Training Day en ajoutant un verni « geek » comme subterfuge.

Et là où ça coince vraiment, c’est que Ayer ne semble absolument pas comprendre le concept même de fantaisie. Sa représentation de l’enchanteresse dans Suicide Squad nous laissait déjà dubitatifs. Bright confirme que les éléments magiques, ce n’est vraiment pas son truc. Les règles surnaturelles de l’univers sont assez mal définies et d’autres éléments viennent s’ajouter sans cohérence. La méchante secte répond au nom « d’inferi », qui en latin ne veut pas dire « infernal » mais « inférieur », le « Dark Lord » n’a pas de nom, on nous révèle au milieu du film que le sauveur du monde était un orque (mais alors pourquoi tout le monde déteste les orques?) et sorti de nulle part, on apprend l’existence de bassins mystiques interconnectés. Il y a donc bien, çà et là, des éléments de contes ou de légendes, mais rien de tangible ou qui semble lié au reste. Aucun discours sur le sacrifice, la lutte du bien contre le mal ou les dangers d’une puissance incontrôlable. Le réalisateur n’essaye même pas d’en prendre le contre-pied puisqu’il s’en fout. La prophétie annoncée au début du film n’a qu’une utilité, celle de confirmer que l’un des héros est capable de prendre la baguette (élément que l’on voit venir à des kilomètres).

Sauf que le scénario étant ce qu’il est, le réalisateur est bien obligé de traiter avec les éléments comiques glissés çà et là. Mais étant totalement dénué de sens de l’humour (Suicide Squad le prouvait déjà), le type film l’ensemble avec un premier degré consternant. Le « Magik Feds » qui essaye de passer pour une réplique badass… à la rigueur. Mais une séquence entière de fusillade dans une supérette, avec une voiture qui fait des drifts au milieu des rayons chips pendant que la méchante (Noomi Rapace au fait) est accroupie sur le toit, filmée sans une once de second degré, cela devient consternant. Idem pour l’affrontement entre orques, elfes et mexicains dans une boite de nuit bondée. N’importe quel autre réalisateur aurait tenté d’en faire quelque chose de fun, mais pas David Ayer. Lui préfère un montage sur découpé qui ne laisse entrevoir que les corps qui tombent au sol, faisant passer Luc Besson pour un illustrateur de Oui-Oui. La partie action ne s’en sort donc pas mieux, enchaînant les poursuites redondantes avec zéro idée de réalisation et un bodycount qui atteint des sommets. Parfois épuisant, souvent ennuyeux.

Bright n’es donc ni un film d’héroïc-fantasy réussi, ni un buddy movie sympathique. Il n’est qu’une accumulation vorace de chair à canon. Bouffé par son égo (et certainement pas par son intelligence), David Ayer se permet même d’esthétiser les séquences les plus douteuses (Ward qui tue ses coéquipiers) sans jamais prendre un peu de recul avec son sujet. Preuve finale de son incapacité à amuser quiconque : les cinq minutes de la scène de l’hôpital sont probablement les plus gênantes de l’année. Donc si Bright 2 se fait vraiment, virez David Ayer et, surtout, rendez nous le Will Smith cool de Men in Black… Celui qu’on aime.

Bright : Bande-annonce

Synopsis : Dans un monde contemporain alternatif, humains, orques, elfes et fées coexistent depuis le début des temps. Défiant les genres, Bright est un film d’action qui suit deux policiers issus de milieux différents, Ward et Jakoby. Confrontés aux ténèbres lors d’une patrouille nocturne de routine, ils voient leur avenir et leur monde se métamorphoser à jamais.

Bright : Fiche technique

Réalisateur : David Ayer
Scénariste : Max Landis
Avec Will Smith, Joel Edgerton, Lucy Fry, Noomi Rapace, Enrique Murciano…
Date de sortie 22 décembre 2017 sur Netflix
Budget : 90 millions USD
Bande originale : Junkie XL, David Sardy
Genres ; Fantastique, Thriller, Action
Durée : (1h 58min)
Nationalité américain

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Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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