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Hugo Kant : « L’esthétique musicale d’un film jouera forcément sur mon appréciation finale »

Derrière Hugo Kant se cache Quentin Le Roux, un compositeur, arrangeur et musicien multi-instrumentiste phocéen. Dans le monde cloisonné du trip-hop français, il est désormais reconnu comme l’un des artistes les plus talentueux de sa génération. Rencontre avec celui qui manie les samples et les ambiances avec une dextérité chirurgicale.

Vous décrivez votre musique comme étant « cinématique », c’est-à-dire de l’ordre du mouvement. Qu’entendez-vous par là ?

Pour ma part, je n’essaie pas de faire spécialement une musique cinématographique, ni ne la décris comme telle, mais puisque ma musique est essentiellement instrumentale, elle est souvent perçue comme évocatrice et un bon support à l’image et à l’imaginaire. Elle a été décrite par certains chroniqueurs comme « cinématographique ». Surtout le premier album, qui était assez contemplatif. Et il est vrai que j’aime le pouvoir évocateur de la musique, son pouvoir de suggestion d’atmosphères, et ça se ressent dans mes compostions, qui sont souvent des invitations au voyage.

Dans quelle mesure le cinéma a-t-il pu vous influencer dans vos créations ?

Je pense que le cinéma, comme la littérature, m’ont influencé dans le sens où j’ai pris goût à l’immersion dans une autre ambiance que notre quotidienneté, le plaisir du voyage imaginaire qui nous permet de ressentir d’autres vécus. Dans mes créations, je garde en priorité les éléments qui invitent à cette possibilité d’évasion. Au cinéma, les musiques sont très variées, puisant dans des registres très différents. Ce qui est également mon cas, étant sensible à différents styles de musique : classique, trip-hop, rock, jazz, world, trad, reggae, etc. J’écoute de tout, et utilise ce tout quand je joue et compose. Après, j’ignore si c’est le cinéma à proprement parler qui influence mes créations. Le pouvoir évocateur de la musique précède le cinéma. Mais quand je compose, je me laisse porter par le son d’un instrument, et ce qu’il évoque en moi amène la suite.

Outre Le Dictateur de Charlie Chaplin, quels autres films avez-vous samplés ?

Il y a le discours du sénateur Robert Byrd contre la guerre en Irak, que j’ai découvert dans le documentaire Le Monde selon Bush, de très courts extraits de Brazil, Noblesse oblige, Dracula, The Black Hole, Le Livre de la jungle

Dans quels buts recourez-vous à ces échantillons sonores issus du cinéma ?

Hormis le discours de Chaplin dans The Great Dictator, qui porte un message fort que je voulais transmettre, le reste des samples est utilisé pour l’ambiance qu’ils peuvent induire dans le spectre musical, en rapport avec la thématique du morceau. Comme dans « Entering The Black Hole » ou « The Eye » où je voulais un univers sidéral, spatial. Ils sont parfois utilisés également pour compléter le morceau avec un message que je cautionne comme dans « Thou Shalt Not Kill ». Pour des instrumentaux, cela permet de faire entendre des voix, de superposer deux espaces-temps dans une composition sans aller dans la chanson à texte. J’utilise aussi des échantillons de voix qui ne sont pas issus du cinéma mais d’enregistrements réalisés spécialement pour la production musicale avec les licences correspondantes.

Avez-vous déjà collaboré à des films, séries ou téléfictions ?

Non, pas encore de collaborations à proprement parler. Les morceaux existants sont régulièrement utilisés dans des montages pour des vidéos sur le net et parfois dans des productions indépendantes comme Le Film de Léa, sorti en 2015, ou le documentaire Les Voleurs d’Echo, sorti en 2018, dont j’aime bien la bande-son d’ailleurs. Avec Christophe Ménassier, le deuxième membre de Picture Shop et gérant de Home K One, je collabore de temps à autre pour proposer des musiques de publicité en tant qu’instrumentiste/compositeur.

Est-ce une chose à laquelle vous songez néanmoins ?

Cela ne fait pas partie de mes priorités. J’aime bien la liberté de pouvoir gérer mes périodes de travail, sans délais imposés, prendre du temps pour préparer mes concerts, mes prochains albums, mes collaborations, et la latitude que j’ai dans la direction artistique, faire de la musique pour elle-même. Mais ce pourrait être une expérience intéressante selon les conditions de création. Si c’est pour faire de la musique au mètre, des recettes prêtes-à-écouter, faire comme tel ou tel morceau, ou être trop dirigé, ça ne m’intéresse pas de travailler sur un long format et d’y passer du temps. Par contre, m’adapter à une histoire, des rythmes, des ambiances, pour un film ou un spectacle, serait effectivement un travail qui m’intéresserait… Un jour, si l’opportunité se présente.

Lesquels de vos morceaux imagineriez-vous dans une bande-son au cinéma ?

Beaucoup de mes morceaux pourraient intégrer une bande-son, notamment dans le dernier album, avec des morceaux comme « Black Moon », « Low Gravity » ou bien « Emi » avec son côté minimaliste. À vrai dire, le cinéma offre tellement de possibilités musicales que probablement tous les morceaux pourraient faire partie d’une bande-son, quitte à être retravaillés pour mieux s’y adapter.

Avez-vous un compositeur favori au cinéma ?

Non, pas vraiment. D’ailleurs, souvent, je ne fais pas attention aux compositeurs ! Je me laisse porter par le film, la narration. Un peu comme si je laissais mon travail de musicien/compositeur de côté. Je ne remarque pas la musique, à part si elle est très marquée, mise en avant, ou si elle dénote, si je la trouve exceptionnelle ou si je la trouve ridicule ou mal montée, mal mixée, et elle me fait alors sortir du film. Parfois, je découvre une musique en l’écoutant séparément du film. Je l’avais entendue, mais pas écoutée. Récemment, j’ai redécouvert le thème de Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Jon Brion par exemple. Pour revenir à la question, bien sûr, parmi les compositeurs les plus connus qui m’ont marqué, il y a Ennio Morricone, dont la musique est presque devenue un style à part entière, ou encore Lalo Schifrin, avec sa musique très seventies. Parmi les mastodontes des compositeurs de musiques de films, il est difficile de passer à côté de John Williams, qui s’inspire de nombreux compositeurs de musique classique et a composé la musique de nombreux classiques du cinéma, comme Star Wars. Je n’écoute pas sa musique en dehors des films, mais il fait partie des compositeurs de musiques de films incontournables.

Selon vous, qu’est-ce qui fait une bonne partition au cinéma ?

Une partition qui participe à la création des atmosphères et des émotions. Une partition qui ne se remarque que quand elle doit se remarquer. À chaque film, chaque séquence, sa partition. Shining ne serait évidemment pas le même film avec la partition de Chat Noir, Chat Blanc, et vice versa. La bande-son participe à créer l’ambiance et emporter le spectateur dans les émotions et l’univers désirés. Selon moi, la bonne partition d’un film est celle qui crée l’ambiance sonore adéquate. Après, il y a une question d’esthétique, à chacun ses affinités musicales et ses blocages. L’esthétique musicale d’un film jouera forcément sur mon appréciation finale. Par exemple, j’aurais plaisir à écouter Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud y compris sans regarder le film. Certains films vont mettre en avant des musiques pour elles-mêmes, comme Broken Flowers, The Wall évidemment, et tous les films où la musique est l’un des personnages principaux.

Quel biopic musical vous a particulièrement marqué ?

J’ai beaucoup apprécié Walk The Line sur Johnny Cash quand je l’ai vu. Il y a aussi l’inévitable Amadeus de Milos Forman.

Extrait

Les Etendues imaginaires de Yeo Siew Hua : l’identité mondialisée

Les Etendues imaginaires de Yeo Siew Hua est  un très beau film, film qui fait idéalement manœuvrer ses rêveries avec sa plongée documentaire dans un Singapour industrialisé à outrance, en perpétuelle transformation et qui se voit inondé par d’innombrables âmes en peine.

Alors que le film démarre comme un polar, aux contours de films noirs, où un enquêteur essaye de trouver la trace d’un travailleur immigré, Les étendues imaginaires scrute l’exploitation mondialisée de l’Homme et nous engouffre dans les affres d’un cyber café où des hommes jouent sans cesse à Counter Strike. Un lieu qui s’avère être le lieu principal du film, un point de rencontres d’hommes et de femmes solitaires et noctambules. Puis, en prenant des chemins de traverse, un simple mouvement de caméra, nous quittons l’enquête pour retracer le parcours de Wang, cet immigré chinois qui a disparu : à partir de là, la narration se dilue autant qu’elle avance, les chemins se répètent, les cris sourds se font plus assourdissants, les songes surgissent et les questions montent à la surface.

Sommes-nous dans la réalité, est-ce-que l’enquêteur et Wang sont la même et unique personne? Tout cela n’est-il qu’un rêve? Tant de questions qui pourraient rester sans réponse, mais en aucun cas atténuent la puissance formelle de l’œuvre, l’émotion grisâtre que dégagent les personnages et son atmosphère de ténèbres. L’une des grandes qualités du film est de se jouer des codes du rêve et de la réalité: il n’y a ici aucun recours au fantastique ou à la fantasmagorie visuelle pour schématiser les endroits. Le rêve et la réalité se confondent de la plus belle manière pour s’amuser de l’espace et du temps: Singapour est un lieu rêvé, à l’économie changeante, aux lumières aveuglantes, mais pour des raisons bien diverses.

Il y a cette beauté nocturne, ces néons multicolores, cette mondialisation permanente, cette libéralisation économique qui foudroie par sa luxuriance, mais aussi par son regard mortifère (le sable qui cache les corps ou les casques audio de jeux vidéos qui annoncent la menace). Pourtant, Les Etendues imaginaires a parfaitement compris la teneur même de son propos : la disparition et l’altération identitaire de l’individu et de son environnement à l’image de ses belles scènes entre Wang et Mindy (gérante du cyber café). Il n’est pas anodin de retrouver Guo Yue dans Les Etendues imaginaires, actrice déjà présente dans le sublime premier film de Bi Gan, Kaili Blues. Le flou des reflets d’un monde dans lequel on peut voyager en quelques minutes en camionnette, autant en Malaisie qu’au Cambodge, et parcourir les plages du monde entier en un claquement de doigt : Singapour ne fait que s’amplifier et se construire sur l’eau grâce à du sable qui vient de pays différents. Dans cette même idée, l’individu ne devient qu’un songe : l’ouvrier et ses conditions de travail proche de la torture, fait qu’il ne dort plus et que le rêve est le seul échappatoire pour se murer dans une vie idéalisée.

A l’instar de David Lynch, dans Mulholland Drive ou Lost Highway, Yeo Siew Hua voit dans le rêve, une possibilité pour l’homme de se construire différemment et de se définir comme quelqu’un d’autre : ce que la mondialisation actuelle, les entreprises manipulatrices (confiscation du passeport des ouvriers) et les disparités ou enclaves sociales ne permettent pas. L’univers du policier et son train de vie confortable et l’environnement presque carcéral du jeune immigré se mélangent dans le même magma onirique pour se finir dans une séquence de danse collective, une séquence de transe plurielle que n’aurait pas reniée Sense8 des sœurs Wachowski où la fête et l’union indivisible deviennent l’unique connexion au monde. 

Bande Annonce – Les Etendues Imaginaires

Synopsis: Singapour gagne chaque année plusieurs mètres sur l’océan en important des tonnes de sable des pays voisins – ainsi que de la main d’œuvre bon marché. 
Dans un chantier d’aménagement du littoral, l’inspecteur de police Lok enquête sur la disparition d’un ouvrier chinois, Wang, jusqu’alors chargé de transporter des ouvriers. Après des jours de recherches, toutes les pistes amènent Lok dans un mystérieux cybercafé nocturne.

Fiche Technique – Les Etendues Imaginaires

Réalisation : Yeo Siew Hua
Scénario : Yeo Siew Hua
Casting : Peter Yu, Guo Yue, Liu Xiaoyi
Photographie : Hideho Urata
Décors : James Page
Montage : Daniel Hui
Sociétés de distribution: Epicentre Films
Durée : 95 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 6 mars 2019 (FR)

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Ennio Morricone : il était une fois la musique au cinéma…

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Le son lancinant de l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest, le chant pacifique du hautbois de Mission, le rythme tendu des cordes piquées mêlées aux percussions des  Incorruptibles, autant de musiques inoubliables, intemporelles, qui ont marqué l’histoire d’un film et du cinéma. Des compositions insufflant le suspense, sublimant l’émotion et contribuant largement à la reconnaissance de chefs d’œuvre cinématographiques. Du haut de ses 90 ans, Ennio Morricone reste un virtuose hors normes, aussi prolifique qu’inventif, au style inimitable. Retour sur les apports majeurs de ce maestro italien, qui pourrait être l’auteur incontesté d’une nouvelle fresque artistique d’une cinquantaine d’années : il était une fois la musique au cinéma

Le 22 novembre dernier, Ennio Morricone clôturait sa tournée d’adieux à l’occasion d’une Master class à la Cinémathèque française suivie d’un dernier concert à Paris. Le compositeur a saisi l’opportunité pour exprimer sa vision des fonctions qu’occupe la musique au cinéma : « la source musicale, qui n’est pas sur l’écran et qui naît dans un ailleurs physique, perce les images plates ou illusoirement profondes de l’écran en les ouvrant vers les profondeurs confuses et sans limites de la vie ». Un désir de sortir du cadre, de dépasser l’image, d’accéder à l’universel en transcendant l’émotion et l’action, qui imprègne l’oeuvre de toute une vie.

Fils d’un trompettiste de jazz, Ennio Morricone se forme à l’Académie nationale de Sainte-Cécile de Rome et commence à composer pour le cinéma à partir des années 1960. Malgré la renommée internationale qu’il acquière grâce aux westerns de Sergio Leone, ses créations magistrales ne seront que tardivement récompensées aux États-Unis. C’est ainsi qu’après avoir reçu un oscar d’honneur en 2007 pour l’ensemble de sa carrière, il remportera seulement en 2015 l’oscar de la meilleure musique pour Les Huit Salopards, à l’âge de 87 ans. Mais le succès mondial d’Ennio Morricone ne se limite pas à l’obscurité des salles de cinéma. Il gagne le public des concerts et les acheteurs de disques ; les 45-tours de Chi Mai, le thème musical du Professionnel, se sont ainsi écoulés à près d’un million d’exemplaires en France.

En collaborant avec un panel impressionnant de réalisateurs, tels Sergio Leone, Pedro Almodovar, John Carpenter, Brian De Palma, Terrence Malick, Oliver Stone ou Giuseppe Tornatore, Ennio Morricone a créé une musique inventive dont le rôle narratif ne cesse encore d’émerveiller.

Comme tout artiste, Ennio Morricone possède ses sources personnelles d’inspiration, en particulier la musique classique. La bande originale du film Le Professionnel est ainsi tirée du second mouvement du concerto pour clavecin en ré mineur de Bach. Mais malgré ces influences, les compositions du maestro italien demeurent éminemment personnelles. Rappelons qu’Ennio Morricone a débuté dans les années 1950 au sein d’un groupe expérimental, le Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza. Ceci explique en partie le goût et la prédisposition marqués du compositeur pour l’innovation.

Le seul style d’Ennio Morricone est unique. Une musique éclectique s’adaptant volontiers à tous les genres, du western « sphaghetti » aux thrillers sombres et nerveux, en passant par le drame. Un ton mêlant la beauté d’une poésie lyrique à la puissance d’une force brute. Et surtout, un habile mélange entre des instruments d’orchestre et des sons réels liés aux images. Dans la bande originale de Pour une poignée de dollars, Ennio Morricone recourt par exemple au sifflement et au claquement du fouet pour représenter le quotidien de la campagne, en opposition à la ville identifiée par ses tintements de cloches. Ces bases de travail lui permettent de rentrer dans le cadre en inscrivant sa musique dans l’atmosphère sonore de la vie d’un film, mais aussi de dépasser ce cadre pour atteindre un monde universel.

L’originalité des créations d’Ennio Morricone tient également à ses méthodes de composition et à l’utilisation d’instruments insolites. L’artiste apprécie la technique de la partition modulaire, favorisant la multiplication des combinaisons, contrepoints et superpositions. Il recherche les instruments rares comme l’arghilofono, le célesta, le marranzano. Il introduit enfin des motifs de guitare électrique pour les western, de guitare « surf » pour Le clan des Siciliens.

Par leur somptuosité, les compositions d’Ennio Morricone se suffisent à elles-mêmes. Ce sont des œuvres à part entière, que l’on aime simplement écouter sans le support presque superflu de l’écran. Mais si l’image n’est pas nécessaire à la musique, la musique devient essentielle à l’image.

Associée aux images, la musique d’Ennio Morricone n’a rien de décoratif ou de contemplatif. Elle identifie un personnage, incarne une émotion, ou symbolise même le thème principal d’un film. Loin de se réduire à la simple toile de fond d’une oeuvre imagée, elle participe au scénario, elle est l’histoire. Et pour cause, Sergio Leone demandait à Ennio Morricone de composer avant le début du tournage, afin d’inspirer les acteurs en diffusant directement la musique sur le plateau. Il déclarait même en 1989 : « je n’aime pas du tout les mots dans les films, j’espère toujours faire un film muet, et la musique se substitue aux mots, alors on peut dire que Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes ». Ce n’est donc pas la musique qui colle aux images, mais les images qui se posent, se traitent et s’étirent au rythme de la musique.

Au titre de cette mission narrative, les bandes originales du compositeur s’axent souvent sur les personnages en illustrant leurs émotions et en accentuant leurs rivalités. La musique de Pour une poignée de dollars exacerbe l’antagonisme entre l’Homme sans nom et son rival. Celle de la scène de l’enterrement dans Il était une fois l’ouest marque la douleur et la tristesse de Jill McBain découvrant les corps sans vie de son époux et des enfants.

Apogée de cette fusion entre le héros et la musique, cette dernière est parfois jouée par le personnage lui-même lors d’une séquence marquante. Dans Mission, le père Gabriel utilise le hautbois pour apaiser les Guaranis armés d’arcs et de lances qui l’encerclent. L’Homme à l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest se définit même, jusqu’à son propre nom, par son jeu presque obsessionnel de cet instrument. Lors de la scène du duel final, de loin la plus poignante de ce western d’anthologie, on comprend enfin l’horrible origine de cette musique sans fin. En remontant à la source de l’harmonica, symbole de souffrance et de vengeance, on saisit l’essence même du personnage.

Il était une fois dans l’Ouest – la scène du duel

Au-delà des protagonistes, la musique d’Ennio Morricone sert aussi de repère chronologique. Elle permet de tisser les liens entre le passé et le présent en présence de flashbacks et de flashforwards. Emprunte de nostalgie, elle introduit les souvenirs du passé avec une rare intensité, en particulier dans Il était une fois en Amérique et Cinema Paradiso. Dans ce dernier film, le cinéaste Salvatore Di Vitta se remémore ses souvenirs d’enfance vécus avec son ami Alfredo, le projectionniste qui lui a communiqué sa passion du cinéma. La bande originale de Morricone, en marquant la survenance des réminiscences, accentue les émotions tout en coordonnant la narration.

Surtout, les compositions d’Ennio Morricone expriment avec force et émotion le sujet ou la valeur centrale du film, tel un leitmotiv musical rappelant aux spectateurs les enjeux du récit. Lorsque Noodles espionne Deborah répétant une danse dans Il était une fois en Amérique, le thème musical dédié à la jeune fille laisse progressivement place à une chanson espagnole, la mélodie d’Amapola, mettant en abyme l’amour impossible entre les deux personnages.

Dans Mission, la musique douce et mélodieuse, mêlant chœurs et tambours tribaux, acte la rencontre de deux cultures opposées et symbolise l’harmonie, la force du sacré. Si le père Gabriel a joué du hautbois, c’est bien dans un but pacifiste, pour faire baisser les armes. Et même si l’instrument est détruit, cette valeur de paix, intérieure comme extérieure, véhiculée par celui-ci demeure jusqu’à la fin du film. Dans une des plus belles scènes, Rodrigo Mendoza, un ancien chasseur d’esclaves hanté par le meurtre de son frère et incarné par Robert de Niro, se trouve poussé par les Guaranis à suivre un périlleux parcours tout en traînant derrière lui, comme un véritable boulet, son armure en métal. Cette longue et pénible marche, silencieuse, représente le chemin d’une rédemption traduite par la bande originale de Morricone.

The Mission – la scène de la libération

S’il existe un passage d’un film à ne pas rater, c’est bien la première scène. Un début ennuyeux ou fastidieux ne présage en général rien de bon et peut même, dans des cas extrêmes, faire fuir le spectateur. Bien sûr, il y a des moyens simples pour capter l’attention, comme une grosse séquence d’action.  Mais qu’il y a-t-il de mieux que la musique d’Ennio Morricone, qui parle à la place des mots ? Nul besoin d’effets spéciaux outranciers ou d’images choquantes, l’ambiance intrigante instaurée par la bande originale constitue un démarrage parfait.

On pense évidemment à l’ouverture du film Les Incorruptiblesqui laisse la main à la musique pendant près de trois minutes. Le suspense, la tension jaillissent de l’écran en l’absence de la moindre image, en prélude aux événements futurs, comme si toute l’histoire à venir était déjà annoncée. Les Huit Salopards de Quentin Tarantino commence également sur une séquence musicale de Morricone. Ici, la composition nous place sur la trace d’une diligence pressée, dans un paysage glacé sur lequel plane déjà une atmosphère pesante, presque malsaine, laissant à raison présager le pire. Démarrer en musique avec Morricone, c’est déjà raconter.

The Hateful eight – la scène d’ouverture

Lors du festival de Cannes de 1971, Morricone observait que Leone est « peut-être le seul metteur en scène permettant au compositeur de s’exprimer totalement« . Si sa collaboration avec le réalisateur italien, avec « la trilogie du dollar » et Il était une fois dans l’Ouest a donné lieu à certaines de ses plus belles bandes originales, il est difficile de concevoir, quand on admire son œuvre, un Ennio Morricone bridé dans sa créativité. Rares sont en effet les artistes aussi inventifs et productifs, et le maestro italien restera un des plus grands compositeurs au cinéma.

 

 

The Highwaymen, l’autre histoire derrière Bonnie & Clyde

John Lee Hancock, réalisateur qui s’est spécialisé dans l’adaptation des histoires vraies, s’intéresse à la traque de Bonnie & Clyde en prenant le point de vue des forces de l’ordre. En résulte un film bien plus sage et classique que le long métrage culte d’Arthur Penn sorti en 1967 et qui s’intéressait déjà aux deux hors-la-loi. The Highwaymen entre donc dans le rang, et même s’il est plus fidèle au réel, il finit par manquer d’un vrai souffle de cinéma.

Synopsis : La traque de Bonnie Parker et Clyde Barrow par les deux enquêteurs légendaires Frank Hamer et Maney Gault. Devant l’impuissance des techniques d’enquête de l’époque et du FBI, les deux Texas Rangers sortent de leur retraite et s’en remettent à leur instinct et leurs méthodes traditionnelles pour arrêter les criminels les plus recherchés d’Amérique. Si les hors-la-loi ont fait les gros titres, les hommes de loi sont entrés dans l’Histoire.

Ayant débuté sa carrière en tant que scénariste, notamment pour Clint Eastwood, John Lee Hancock a développé un sens très classique et solennel du cinéma. Il n’est donc pas étonnant que lorsque ce dernier passe derrière la caméra, il suive le chemin de ce cinéma très américain et grandiloquent. Ses films sont souvent un peu lourds et toujours à la traîne par rapport à des cinéastes qui savent bien mieux bousculer les codes que lui, comme lorsqu’avec son dernier film, The Founder, il avait voulu surfer sur le biopic subversif initié par Scorsese avec Le Loup de Wall Street. Ici, avec The Highwaymen il retourne à ses premiers amours en signant un western moderne très emprunt du cinéma d’Eastwood. Mais s’attaquer à Bonnie & Clyde, c’est aussi se confronter à la comparaison du célèbre film d’Arthur Penn, oeuvre qui avait créé la controverse et poussé le cinéma vers des horizons plus libres. Un cri irrévérencieux, un geste de révolte qui marqua le cinéma et le fit trébucher de ses fondations où le hors-la-loi n’était plus vil, mais une icône de glamour.

Un aspect que The Highwaymen vient confronter, montrant l’engouement que ce couple de hors-la-loi a créé auprès du public, mais aussi en prenant la démarche inverse du film de Penn. Dans le film de 1967, le Ranger Frank Hamer était présenté comme un incompétent humilié par Bonnie & Clyde, alors que ces derniers étaient humanisés et icônisés en héros tragiques. Lee Hancock prend lui le parti de traiter les deux personnages comme des silhouettes, totalement déshumanisées et mutiques, dont les visages et les voix ne seront vus ou entendus que lors de deux courtes séquences. Un moyen de mettre en avant la violence de leurs crimes, mais cela a aussi pour cause de plonger le film dans un manichéisme redondant. Plus encore, rien dans son écriture ne le fera dévier des chemins attendus que ce soit dans la caractérisation des personnages, leurs relations ou leurs parcours. The Highwaymen est balisé du début à la fin, et la représentation des vieux flics sur le retour, considérés par la jeune relève comme des has been, mais qui finissent par réussir là où les autres ont échoué, devient un peu agaçant. Surtout que cela passe toujours par la représentation de la vieillesse comme symbole de sagesse, là où les jeunes sont tous des imbéciles imbus d’eux-mêmes, ou des incompétents qui ne connaissent rien.

Un portrait antipathique qui n’aide jamais le propos du film, qui passe un peu trop souvent pour une œuvre réactionnaire. En témoigne le personnage principal caricatural, incarnation sans nuance du flic bourru et mutique. Heureusement que son collègue s’avérera plus nuancé et dessine un portrait touchant d’un homme brisé par la vie et qui cherche une dernière opportunité de donner un sens à son existence. Porté par un Woody Harrelson à l’humanité et au naturel débordant, il éclipse un Kevin Costner qui campe trop sur son image et signe une performance insipide. Néanmoins le contraste du duo fonctionne bien, leurs dialogues sont souvent incarnés et les acteurs ont une bonne alchimie. Le récit possède donc des longueurs et des maladresses mais sait aussi servir de jolis moments, notamment dans sa conclusion plutôt habile qui brise un peu le voile manichéen qui avait été mis en place jusque là. Faisant directement écho au film de 67, la scène de fin revient humaniser avec intelligence ses hors-la-loi dans un éclat d’effroi et de violence qui tourne presque au ridicule. Dans un écrin plutôt amer, John Lee Hancock offre une conclusion trouble où les questionnements s’imposent. Il évite toute gloire et met tout le monde à la même place, celle d’individus embourbés dans une violence qu’ils ne maîtrisent plus. Il arrive d’ailleurs à enrober son film d’une mise en scène classique mais élégante, à la réalisation impeccable où les quelques sursauts d’action du récit sont maîtrisés de manière convaincante.

The Highwaymen ne chamboule jamais son genre ni le cinéma, il reste constamment un film bien trop classique et balisé pour vraiment passionner. On peut se dire qu’une telle histoire aurait mérité mieux, mais avec son mélange efficace d’humour léger, de drame tendu et d’action contrôlé, il s’impose comme un divertissement plaisant qui saura satisfaire un large public. Son casting charismatique, sa réalisation impeccable et sa jolie conclusion aidant souvent à faire passer la pilule de son ventre mou et de son récit un peu trop statique. The Highwaymen est l’incarnation de l’image que l’on se fait du petit film du dimanche soir, celui qui passe le temps et dont on ne demande pas plus car il n’aura au final rien d’autre à offrir.

The Highwaymen : Bande-annonce

The Highwaymen : Fiche technique

Réalisation : John Lee Hancock
Scénario : John Fusco
Interprétation : Kevin Costner, Woody Harrelson, Kim Dickens, Kathy Bathes, John Carroll Lynch & Thomas Mann
Photographie : John Schwartzman
Montage : Robert Frazen
Musique : Thomas Newman
Décors : Michael Corenblith
Costumes : Amy Krebsbach
Producteur(s): Casey Silver
Société de production: Casey Silver Productions
Distributeur : Netflix
Durée : 2h12
Genre : Policier
Date de sortie : 29 mars 2019

ÉTATS-UNIS – 2019

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Richard Wagner au cinéma : violence et passion

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Quel est le point commun entre les réalisateurs David Wark Griffith, Charles Chaplin, Dziga Vertov, Terrence Malick, John Boorman, Francis Ford Coppola, John Landis ou Lars von Trier ? Ils ont tous, à un moment ou à un autre, appuyé une scène importante de leur film sur la musique de Richard Wagner.

Le compositeur allemand Richard Wagner (1813-1883) s’est démarqué des autres compositeurs d’opéras par sa volonté de créer une « œuvre d’art totale » : la scène de l’opéra n’est plus seulement un lieu où l’on chante ; l’opéra doit réunir la musique, le jeu des acteurs-chanteurs, l’architecture des décors, la danse, etc.

Peut-être est-ce cette conception de l’opéra, mêlée à un sens extraordinaire du lyrisme tour à tour grandiose ou intimiste, qui rapproche autant Wagner du cinéma (après tout, n’est-ce pas le cinéma qui accomplit le mieux cette idée d’art total ?). En tout cas, très vite le cinéma s’est emparé de la musique wagnérienne (et du personnage de Richard Wagner, que l’on retrouve dans de nombreux films).

Dans cet article, il ne s’agit bien évidemment pas de faire une liste exhaustive de l’emploi de mélodies wagnériennes dans des scènes de film, mais d’étudier quelques cas bien spécifiques.

La Chevauchée des Walkyries

L’ouverture de l’acte III de La Walkyrie est sans doute possible la musique la plus célèbre composée par Wagner, et un des morceaux d’anthologie de l’histoire de l’opéra en général. De fait, il s’agit sûrement de la mélodie wagnérienne la plus employée au cinéma. Il est possible de distinguer trois emplois (parfois distincts, mais qui peuvent éventuellement se recouper).

la chevauchée

Bien entendu, cette musique est liée à l’idée de chevauchée. C’est même son sens premier : suivant son procédé habituel, Wagner ne veut pas nous dire qu’il y a une chevauchée, mais nous la faire ressentir par la force de sa composition. Dans l’opéra, il s’agit de la chevauchée de jeunes femmes qui viennent chercher les héros morts au combat pour les emmener au Valhalla.

Cette idée de chevauchée, on peut la retrouver dans deux scènes marquantes. D’abord dans Naissance d’une nation, de David Wark Griffith. Dans ce film de 1915 célèbre pour son racisme, le Ku Klux Klan part au secours d’une jeune femme agressée par des Noirs. La musique wagnérienne, alliant force et lyrisme, vient ici donner à la chevauchée une impression de puissance.

Il en va de même dans une autre chevauchée célèbre, celle de la horde sauvage dans Mon nom est personne. Ennio Morricone intègre la fameuse ligne mélodique à sa propre composition, mais l’effet est identique.

l’allusion au nazisme

Le fait est connu : Hitler adorait la musique wagnérienne, surtout le cycle du Ring, qui se base sur des récits de la mythologie germanique. Il n’hésitait pas à employer cette musique dans ses réunions monumentales pour leur conférer un impressionnant aspect surhumain, héroïque.

Ainsi, la musique wagnérienne, surtout la plus grandiose, reste attachée au nazisme. Ce qui permet un emploi non dénué d’arrière-pensées politiques. C’est dans ce cadre que Woody Allen, dans son excellent Meurtres Mystérieux à Manhattan, donne cette réplique culte :

« Quand j’écoute trop de Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne ».

John Landis n’hésite pas, lui, à aller du côté de la parodie dans son fameux film Les Blues Brothers. Les deux personnages principaux sont poursuivis par des « nazis de l’Illinois ». La scène, aussi culte que réjouissante, se termine par une chute jubilatoire.

Autre emploi lié au nazisme, dans Iron Sky (dont un personnage s’appelle Vanessa Wagner). Le film imagine qu’une base nazie se dissimule sur la face cachée de la lune. La musique est utilisée lors d’un combat spatial.

le cas Apocalypse Now

Bien entendu, l’utilisation la plus célèbre de la Chevauchée des Walkyries se situe dans le film de Francis Ford Coppola Apocalypse Now. La musique est diffusée par de puissantes enceintes placées dans des hélicoptères de l’armée américaine lors d’un raid pour bombarder un village vietnamien. « Guerre psychologique », dira un des personnages (argument qui sera réutilisé bien des années plus tard dans l’excellent Small Soldiers, de Joe Dante, mais avec une autre musique, bien plus effrayante : celle des Spice Girls !).

Ici, outre la puissance et le lyrisme, c’est le thème de la mort qui est convoqué par Coppola. Avec cependant une différence majeure par rapport au sens premier de l’œuvre : dans l’opéra, la musique accompagne les morts vers un au-delà glorieux, tandis que dans le film, elle est employée par ceux qui distribuent la mort, bombardant et tirant à l’aveugle sur tout ce qu’ils voient.

Coppola parvient à magnifiquement réunir la violence et le lyrisme de la musique. Il crée une scène qui est à la fois visuellement superbe et brutale (comme tout le film, d’ailleurs).

Enfin, il n’est pas possible d’exclure totalement le rapprochement avec le nazisme, la musique et les actes plaçant l’armée américaine au niveau des criminels de guerre du IIIème Reich.

Le film remportera le succès que l’on sait, et cette scène sera forcément une référence pour de nombreux cinéphiles et cinéastes, qui s’emploieront à lui faire des clins d’œil parfois parodiques, (comme Olivier Baroux dans Les Tuches, lors du survol de Monaco en hélicoptère) parfois sérieuses (dans Watchmen, de Zack Snyder, où la musique est liée à nouveau à la guerre du Vietnam).

La Marche funèbre de Siegfried

Autre morceau très célèbre du cycle de Ring, La Marche funèbre de Siegfried, dans l’opéra Le Crépuscule des Dieux, est devenu l’exemple de la musique de funérailles héroïques. Là aussi, Wagner donne une impression de grandeur surhumaine qui sera savamment utilisée par les cinéastes. C’est ainsi que la musique accompagne la douleur du peuple soviétique lors de la mort de Lénine dans Trois chants sur Lénine, de Dziga Vertov, en 1934.

La marche funèbre est employée, là aussi de façon grandiose, à la fin d’Excalibur, de John Boorman (film qui utilise de nombreuses musiques wagnériennes). Outre l’ampleur héroïque qui est alors conférée à Arthur dans ses derniers instants, la musique reprend l’impression de fin du monde qui était aussi une de ses thématiques essentielles dans l’opéra initial. Alors que Le Crépuscule des Dieux montre la fin du règne des divinités germaniques et le passage au règne des hommes, de même le film de Boorman raconte, finalement, la fin du monde païen et l’installation du monothéisme chrétien. Le choix de cette musique accentue alors cette idée qu’avec la disparition d’un homme supérieur, d’un héros surhumain, s’accomplit aussi la transition d’un monde à l’autre.

Le prélude de l’Or du Rhin

L’Or du Rhin est le premier opéra du cycle du Ring. Son ouverture revêt donc une importance toute particulière : Wagner a voulu donner à ce moment une image de paradis perdu, d’Âge d’Or au bord du précipice ; ce prélude, c’est le calme avant 15 heures (la durée approximative de l’ensemble du cycle de l’Anneau du Nibelung) de tempêtes, de violence, de haine, de vengeance, de désirs inassouvis, de déchirantes séparations, etc.

C’est totalement cela que l’on retrouve dans l’emploi qu’en fait Terrence Malick dans Le Nouveau Monde. Il s’agit, là aussi, d’une image de paradis perdu, d’Eden sur le point de tomber. Déjà, les bateaux sont là, annonciateurs de cette chute qui apportera le chaos avec elle. Même l’eau est présente ici, comme dans l’opéra, et Pocahontas apparaît telle une des filles du Rhin de l’opéra, comme si l’eau était son élément naturel dans lequel elle évolue avec une grâce unique. Elle semble faire corps avec l’eau, comme les ondines wagnériennes.

Le Prélude de Tristan et Isolde

Tristan et Isolde est le premier des grands opéras wagnériens. En 4h30, il nous fait vivre l’histoire d’une passion amoureuse qui dépasse la raison, qui abolit la frontière entre la vie et la mort et qui menace toute la structure de la société. C’est la force d’un sentiment surhumain, incontrôlable et finalement aussi divin que douloureux.

C’est en ce sens qu’elle est employée dans Excalibur (encore lui !). Oui, dans ce film, Boorman emploie des musiques de trois opéras de Wagner ; par manque de place, nous ne dirons rien ici du troisième, Parsifal, opéra lié à la quête du Graal. Le prélude illustre ici l’amour entre Lancelot et Guenièvre, la femme d’Arthur : amour interdit, amour qui pousse les deux personnages à se cacher, à quitter la cour (lieu de la civilisation) pour vivre dans le monde sauvage, amour qui menace l’équilibre du royaume dans son intégralité.

Plus proche de nous, ce prélude accompagne une scène parmi les plus marquantes du cinéma contemporain, l’ouverture de Mélancholia, de Lars von Trier. Comme Wagner, le cinéaste danois mêle amour et mort. A l’avancée de la mélodie principale, par vagues successives, correspond des plans sublimes mais travaillés par la mort, la douleur, l’angoisse. La vision répétée de Kirsten Dunst en robe de mariée, mais d’un mariage qui semble entaché par la mort (elle paraît prise dans des filets noirs qui l’empêche d’avancer, ou elle est représentée en noyée, rappelant le fameux tableau de John Everett Millais sur la mort d’Ophélie), mêle indissociablement l’amour avec la mort et diffuse une sourde angoisse. D’ailleurs, comme dans un opéra, le film ne fera que développer les thèmes présents dès l’ouverture.

https://www.youtube.com/watch?v=1JEYnjKxf4A

Prélude de Lohengrin

Enfin, impossible de parler de Wagner au cinéma sans mentionner ce prélude de Lohengrin, opéra romantique par excellence, qui est employé dans une des scènes les plus célèbres de l’histoire cinématographique : celle où Adenoïd Hynkel joue comme un gosse avec un ballon en forme de globe terrestre, dans Le Dictateur de Charles Chaplin.

D’habitude, le cinéaste britannique composait lui-même la musique de ses films, mais là il a tenu à faire appel à des classiques de la musique allemande.

Cet emploi est loin d’être dénué d’arrière-pensées politiques. C’est bien entendu une ironie de la part de Chaplin de prendre justement le compositeur que Hitler a érigé en modèle et en référence absolue pour le Reich, et de lui faire dire l’exact opposé. D’autant plus que cette musique est employée deux fois dans le film : pour la folie des grandeurs du dictateur (qui se termine brutalement par un globe qui éclate, ne lui laissant que des lambeaux entre les mains) et pour le discours final du barbier. Chaplin montre ainsi que le Führer n’avait pas le monopole de l’utilisation d’une musique et que l’art de Wagner dépasse largement le cadre dans lequel Hitler voulait l’enfermer.

https://www.youtube.com/watch?v=I0eExLkaVyI

« Tout Truffaut » : quand Anne Gillain effeuille un héraut de la Nouvelle Vague

« Vingt-trois films pour comprendre l’homme et le cinéaste » : voilà la promesse, sous forme de sous-titre, adressée par Anne Gillain à l’ensemble de ses lecteurs. Pour la concrétiser, elle se livre à un exercice de mise à nu d’une pertinence rare. C’est toute la filmographie de François Truffaut qui se voit détaillée par le menu, unie après un décryptage minutieux par des thèmes ou des procédés communs, liée pour partie par des obsessions aussi tenaces que peut l’être la déconvenue d’un Antoine Doinel ou d’un Guy Montag.

Les films de François Truffaut sont comme des pièces de puzzle qu’Anne Gillain emboîte les unes avec les autres. Dès Les Mistons, qualifié de « maquette de l’œuvre à venir », elle identifie certaines récurrences formelles et thématiques en gestation. En examinant dans l’ordre chronologique les films du héraut de la Nouvelle Vague, l’auteure et universitaire interroge une filmographie renfermant autant d’obsessions que de plans mémoriels, préférant aux séquences démonstratives des jeux subtils sur le langage, le corps, l’espace, le temps, l’objet ou le mouvement. La « création comme cycle », déterminée par trois phases autobiographiques successives – la bâtardise, la gloire, la dépression –, voisine dans ce troisième ouvrage consacré au cinéaste français avec une analyse fine de mises en scène et de séquences-clés.

Dans Les 400 coups par exemple, la bâtardise traumatique de François Truffaut se voit troquée contre un adultère éventé place Clichy. C’est l’occasion pour Anne Gillain de sonder la construction dramatique de la scène, son timing, mais aussi la composition des plans ou le mouvement, voulu inconfortable, des enfants dans l’espace. Plus loin, ce sont la sexualité, l’écriture, les personnages féminins, la figure du père ou les douleurs inhérentes au personnage d’Antoine Doinel qui seront scrutés avec une extrême précision du regard. Quelques chapitres plus tard, on retrouve La Peau douce, son découpage hors norme – 1000 plans, le double d’un film standard –, son récit anti-Jules et Jim ou son évocation d’un adultère attenant au cauchemar. Anne Gillain s’intéresse aux plans d’objets et de mécanismes, décortique une scène se déroulant dans l’intimité d’une chambre à coucher, ainsi que la dichotomie entre le regard du personnage truffaldien et sa mire.

Viennent ensuite Fahrenheit 451 et les parallélismes entre son héros, Guy Montag, et celui des 400 coups. Si la dystopie adaptée de Ray Bradbury se range parmi les grands récits de science-fiction, les deux héros font identiquement face à une crise existentielle soudaine et subissent malgré eux ce qu’ils considèrent comme des règles arbitraires et inextricables. Dans l’hitchcockien La Mariée était en noir, Anne Gillain entrevoit quelques signes annonciateurs de L’Homme qui aimait les femmes, mais étudie surtout les séquences de meurtres, les plans-séquences installant les personnages masculins ou le rôle de la musique. Avec L’Enfant sauvage, on épuise la notion de « binarité obsédante », articulée autour des éléments suivants : enfant/adulte, nature/culture, forêt/maison, arbre/escalier, corps/écriture, mais aussi intime/universel. Est aussi abordé le point cardinal de l’apprentissage du langage, éclairé selon les théories du pédopsychiatre américain Daniel Stern.

Tout Truffaut est sans conteste une somme vertigineuse. Il mêle la critique à la biographie, les fréquences à l’inédit, le versant hitchcockien du cinéma truffaldien à l’influence du « troisième père », à savoir Ernst Lubitsch. La Femme d’à côté y est épinglé comme le film favori d’Anne Gillain, peut-être « le plus parfait », mais l’auteure n’occulte pas pour autant les nombreux niveaux de lecture du Dernier métro ou la mise en abîme à double fond (au moins) de La Nuit américaine – ni, dans ce dernier, les questions liées au rythme, ou le rôle prépondérant des photographies, voire les « liens intimes » avec La Chambre verte, envers lequel l’universitaire se montre prolixe. Elle y décèle en effet « la majesté d’un requiem », mais aussi de nombreux ponts avec le reste de la filmographie de François Truffaut : L’Homme qui aimait les femmes, Les 400 coups, Jules et Jim, La Peau douce ou encore Le Dernier métro. Le propos est si judicieux, l’argumentaire tellement étayé que cet essai en devient presque indispensable à l’appréhension d’un cinéaste dont l’œuvre, foisonnante d’idées et de subtilités, mérite d’être réexaminée ponctuellement.

Fiche technique du livre Tout Truffaut – 23 films pour comprendre l’homme et le cinéaste

Auteur : Anne Gillain
Editeur : Armand Colin
Date de parution : 06/03/2019
Collection : Hors collection
Format : 15cm x 21cm
Poids : 0,4400kg
EAN : 978-2200624521
ISBN : 2200624522
Nombre de pages : 296

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4.5

Captain Marvel ou la leçon de « girl power » d’Anna Boden & Ryan Fleck

Sous couvert d’introduire au sein du MCU l’arme ultime qui vaincra Thanos dans le très attendu Avengers : EndGame, Captain Marvel est surtout l’occasion pour la firme à Kevin Feige de continuer dans le sillage de Black Panther et d’assumer, si ce n’est revendiquer, la portée symbolique de ses films. Ici, toutefois, point de cause noire à embrasser mais bien celle du féminisme. En résulte un divertissement roublard et techniquement abouti qui demeure paradoxalement plus intéressant en tant que symbole qu’en tant que film.

Au détour d’une réplique époumonée par Jeff Bridges dès 2008 dans le premier volet du MCU (Iron Man), on apprenait que la plus grande qualité de Tony Stark était également son plus grand défaut. Une réplique pas si anodine, quasi prophétique dans un sens, tant Stark, outre d’être le personnage le plus populaire de la firme, en est le mètre-étalon. Dès lors, pas difficile de voir en cette réplique, la parfaite analogie de ce que deviendra le MCU 21 films plus tard, à savoir un modèle de constance engoncé dans un gigantesque paradoxe. D’un coté, un éden de moyens, qu’ils soient financiers ou artistiques (permettant l’embauche de méga-stars pour se draper dans du lycra ad nauseam). De l’autre, une formule aussi dure que du vibranium, à laquelle les nombreuses têtes pensantes engagées se doivent de coller sous peine de se faire virer manu militari à bon coups de différents créatifs. Et au milieu, un simple constat : les fans en redemandant quand bien même ils assistent à des copies de copies de copies. D’où le paradoxe du début en somme car la constance a vite fait d’être néfaste ou tout du moins amener à une profonde lassitude. Et c’est peut être en anticipation de tout cela que la firme a commencé à songer à une alternative. Opérer une nouvelle donne sur un univers aux fondations solides ? Fait avec Thor Ragnarok. Embrasser des causes aux répercussions internationales ? Fait avec Black Panther et sa complète absorption de la communauté afro-américaine. Deux œuvres qui partagent une donnée constante entre les films du MCU : ça a rapporté. Beaucoup même. Alors que faire désormais ? Simple : rattraper son retard face à l’éternel concurrent DC Comics (Wonder Woman) et proposer un personnage féminin qui en lieu et place du simple faire-valoir, aurait le droit à avoir toute la couverture pour elle, afin de pouvoir embrasser frontalement une nouvelle mouvance du cinéma contemporain : le féminisme. C’est ainsi qu’est née Captain Marvel. Et il était temps.

Le symbole, le nouveau nerf de la guerre chez Marvel ?

Car si beaucoup maugréeront (à tort ou à raison) que Marvel a pris son temps pour enfin donner une envergure de premier plan à une héroïne féminine, arguant que DC a fait mieux avec Wonder Woman, c’est peut-être car la firme n’a jamais été aussi consciente du potentiel qu’elle a entre les mains. Et à fortiori de l’époque dans laquelle elle pouvait dégainer cette comme qui dirait carte maîtresse. Puisque là où Captain Marvel diffère énormément de la guerrière amazone, c’est bien sur sa nature intrinsèque. Carol Danvers, avant d’être la super-héroïne dépeinte dans le film, est une pilote de chasse de l’armée US. Autrement dit, une femme ordinaire (autant qu’une pilote de l’Air Force peut l’être, cela s’entend) et certainement pas la membre d’une tribu mythique. A bien des égards, elle incarne ainsi la version féminine d’un Steve Rogers, ou un modèle de ténacité, de bravoure, de combativité qui va embrasser le coté super de manière totalement fortuite.

Ce qui la transforme derechef en icône potentielle pour toute une génération de filles, de femmes et qui sait même de garçons qui apprendront peut-être quelque chose. Et si on ajoute à cela qu’elle est campée par la très recommandable Brie Larson (Room, Kong Skull Island) qui n’a jamais caché ses positions féministes ni même ses engagements, on se dit que le personnage a vite fait de devenir plus qu’un personnage mais bien un symbole. Cela s’en ressent d’autant plus quand toute l’intrigue, qui tourne autour de thèmes éminemment resserrés, pour ne pas dire secondaires (le principal enjeu se cache en effet dans les souvenirs de notre héroïne), prend le pari d’aborder frontalement le cas des minorités, de la masculinité toxique et ose même déployer un rythme très posé. Si bien qu’on sent presque que la paire de réalisateurs derrière le film semble vraiment distiller le quota syndical de scènes pyrotechniques. Rien de plus normal quand l’on sait que les deux cinéastes sont des habitués des films indépendants, mais toujours est-il que cette posture semble cacher quelque chose d’autre. Un peu comme si tout le propos du film était ailleurs.

Future is Female

Car oui, devant l’absence manifeste de scènes versant dans la pure pyrotechnique ayant vite fait de distiller un rythme plus posé à l’ensemble, certains se sont empressés de voir l’application d’un énième constat : les œuvres Marvel sont génériques et les résultats d’artisans aussi impersonnels que la ribambelle d’effets spéciaux déployés pour faire avaler l’énième explosion du métrage. Ils n’auront jamais aussi tort tant malgré les artifices rendus obligés par la formule du MCU, on sent toute la sincérité et presque la modestie du projet. Bien sûr, on est face à un mastodonte de 150 millions de budget, ce qui induit une absence de subtilité notable mais qu’il est plaisant de voir au final,  une femme en rôle principal qui ne tombe pas dans les bras du premier gars venu, la conservation d’une certaine parité dans la veine très buddy-movie adoptée par l’intrigue, le développement d’une belle amitié avec une autre femme et au final, l’émancipation du joug des ennemis masculins avec une facilité virant à l’indécence.

Car oui, au milieu du concert de louanges, il fallait bien rappeler les quelques points qui fâchent, comme cette propension à ne pas savoir maîtriser les pouvoirs de son héroïne qui passe de guerrière redoutable à arme de destruction massive en à peine 2 minutes, ou à vouloir jouer la carte de la subversion en osant une intrigue non-linéaire quand bien même elle ne diffère à finalement que peu des intrigues estampillées Marvel. A l’arrivée, le métrage devient sur la forme un condensé de tout ce que Marvel peut ainsi donner de bon comme de mauvais, entre divertissement sympa, bien troussé (le rajeunissement de Nick Fury est à ce titre impressionnant) et surtout bien casté (Ben Mendelsohn), mais manquant cruellement de passion, d’excitation et de grandeur. Si bien qu’à la fin de la dernière bobine, on ne peut que penser à ce slogan de feu Francois Mitterrand qui prônait « la force tranquille » tant la politique de Marvel s’illustre parfaitement en la personne de Carol Danvers. Où une firme trop consciente de ses pouvoirs sur l’inconscient collectif qu’elle préfère sans se fouler donner à boire et à manger, quitte à balancer du symbolisme à droite et à gauche, sans pour autant embrasser la veine du divertissement total, passionné, incarné et fédérateur. Mais l’essentiel est ailleurs, puisque le film, aussi imparfait qu’il puisse être, est avant tout une promesse : désormais, il faudra compter sur les femmes pour faire le sale boulot et autant dire qu’on se réjouit d’emblée devant la perspective que Brie Larson éclate Thanos dans le prochain Avengers.

A la vue de Captain Marvel, difficile de ne pas succomber à l’élégant paradoxe qu’il propose. Car si sur le plan du symbole, la mouture concoctée par Ana Boden & Ryan Fleck est inattaquable et délivre un message d’émancipation féminine ô combien agréable (et somme toute meilleur que le Wonder Woman de DC Comics), on ne peut en dire de même du reste qui se veut un divertissement posé (et même poseur) à mille lieues des festivals pyrotechniques habituellement proposés par Marvel. Une proposition en soit, qui divisera à coup sur mais qui a le chic d’apposer sur l’ensemble une identité, qu’elle soit bonne ou mauvaise…

Bande-annonce : Captain Marvel

Synopsis : Le film retrace l’histoire de Carol Danvers qui, dans les années 1990, devient l’une des héroïnes les plus puissantes qui aient jamais existé lorsque la Terre se retrouve au centre d’un conflit galactique entre deux races extraterrestres, les Kree et les Skrulls.

Fiche Technique : Captain Marvel

Réalisation : Ryan Fleck et Anna Boden
Scénario : Meg LeFauve, Nicole Perlman et Geneva Robertson-Dworet, d’après les personnages créés par Stan Lee, Jack Kirby, Gene Colan et Roy Thomas
Casting : Brie Larson (Carol Danvers/Captain Marvel), Samuel L Jackson (Nick Fury), Jude Law (Yon-Rogg), Gemma Chan (Minerva), Ben Mendelsohn (Talos), Dijon Hounsou (Korath), Lee Pace (Ronan), Lashana Lynch (Maria Rambeau), Annette Benning (Dr Wendy Lawson), Clark Gregg (Phil Coulson)
Direction artistique : Kasra Farahani
Décors : Andy Nicholson
Costumes : Sanja Milkovic Hays
Photographie : Ben Davis
Musique : Pınar Toprak
Production : Kevin Feige
Production déléguée : Victoria Alonso, Louis D’Esposito, Jon Favreau, Alan Fine et Stan Lee
Société de production : Marvel Studios
Société de distribution : Walt Disney Studios
Distribution : The Walt Disney Company France
Genre : super-héros
Dates de sortie : 6 mars 2019
États-Unis – 2019

3.5

Concours : Gagnez des places de cinéma du film Mon Meilleur Ami

Concours : A l’occasion de la sortie en salles, le 27 Mars 2019 du premier long-métrage de Martin Deus, Mon meilleur Ami, un film primé en sélection Cannes Écrans Juniors lors du Festival de Cannes 2018, gagnez votre place de cinéma.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Lorenzo, adolescent raisonnable et studieux, vit dans une petite ville de Patagonie. Un jour son père décide d’accueillir sous leur toit Caíto, un jeune garçon frondeur et mystérieux. Caito est sombre, introverti et peu enclin à accepter l’ordre établi dans sa famille d’accueil. Leur cheminement chaotique de l’un vers l’autre, va peu à peu les conduire à découvrir leurs propres secrets et leur complexité et finalement à grandir ensemble. Le spectateur est embarqué de manière subtile dans cette histoire, filmée avec beaucoup de finesse et de délicatesse. Le film, tourné dans la localité de Los Antiguos dans la province de Santa Cruz permet de découvrir les magnifiques paysages de la Patagonie.

Fiche technique : Mon Meilleur Ami  – « My Best Friend »

Titre original : Mi Mejor Amigo
Scénario et réalisation : Martin Deus
Avec Angelo Mutti Spinetta, Lautaro Rodríguez, Mariana Anghileri
Image : sebastián gall
Soundtrack : Mariano Barrella
Monteur : Alberto Ponce
Directeur artistique : Jimena Soldo
Costumière : Jimena Labraña
Date de sortie : 27 mars 2019 (1h 30min)
Distributeur : Epicentre Films
Genre : Drame
Nationalité : argentin

Bio-filmographie de martin deus

Martin Deus est né à la Plata, en argentine, en 1979. il a étudié le cinéma à l’École internationale de Cinéma de San antonio de los banos, à Cuba. Ses courts-métrages ont été sélectionnés dans plus de cinquante festivals internationaux de renom, tels que Sundance, Seattle, los angeles latino, reeling Chicago, Frameline San Fransisco, biarritz, Clermont Ferrand, Sapporo et les rencontres du Cinéma d’amérique latine de toulouse. il est également réalisateur de clips musicaux.

Mon meilleur ami – (long-métrage) 2017l
El prisionero – (court-métrage) 2012n
Nocturno – (court-métrage) 2009amor crudo – (court-métrage) 2008
La escala Benzer – (court-métrage) 2007
Besos sin futuro – (court-métrage) 2004
Bestias y bellas – (Documentaire) 2002

Modalités du jeu concours – Dotations 2×2 places

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 26 Mars 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Gladiator de Ridley Scott : la renaissance du péplum

« Maximus ! Maximus ! » acclame la foule exaltée d’un colisée déchaîné. Des cris à la gloire d’un soldat du peuple, brisé pour sa loyauté, en quête de justice. Au cœur de l’arène de Gladiator s’exposent des combats spectaculaires, un tournant historique et un drame profondément humain. Ridley Scott y livre un film d’une rare puissance émotionnelle, dont les hurlements sans fin et la musique magnifique de Hans Zimmer nous habitent encore. « Force et honneur » !

En novembre 2018, Ridley Scott a révélé qu’il préparait une suite à son célèbre Gladiator, largement ovationné par le public et auréolé de 5 oscars, dont celui du meilleur film. Le scénario, d’ores et déjà confié à Peter Craig (Hunger Games : la Révolte partie 1, The Town, Top Gun 2), devrait se focaliser sur le personnage de Lucius, le fils de Lucilla et neveu de Commode, qui n’a jamais caché son admiration pour le courageux Maximus. A l’aune de cette annonce, retournons au II ème siècle après J.C., au commencement historique d’une oeuvre originale qui a dépoussiéré le péplum.

II ème après J.C., territoire germanique. Au soir d’une nouvelle bataille remportée par les troupes romaines, l’empereur Marc Aurèle désigne pour successeur un prestigieux général romain, Maximus Décimus, en lieu et place de son fils Commode, peu soucieux de la Plèbe. Il émet le vœu de remettre le pouvoir, jusqu’ici accaparé par l’empereur, entre les mains du peuple et du Sénat. Jaloux, Commode assassine son père et ordonne l’exécution de Maximus lorsque celui-ci refuse de lui jurer allégeance.

Gladiator retrace la lutte de ce militaire déchu, réduit au rang d’esclave, devenu  par sa popularité le fer de lance d’une révolte politique. Défenseur désintéressé d’une Rome déchirée et de l’héritage bafoué d’un empereur disparu, il incarne, peut-être plus que tout autre protagoniste, la loyauté, le courage et la justice. Si le récit s’éloigne de la vie du véritable général Maximus Décimus, qui n’a en réalité jamais combattu dans une arène, il sublime l’histoire d’un héros doté d’une foi inébranlable, bravant dans la douleur chaque épreuve pour servir des valeurs universelles. Impossible de ne pas être touché par l’idéalisme et le destin tragique de ce personnage, que l’on voudrait presque nous-mêmes honorer, en s’agenouillant sous les chants lyriques de la merveilleuse Lisa Gerrard.

Car il fallait beaucoup de confiance, de bravoure, d’ambition, ainsi qu’un brun de folie pour s’attaquer au genre sacralisé du péplum, qui a connu son âge d’or au cours des années 1950 et 1960 avec des films phares comme Les Dix commandements (1958), Ben Hur (1960), Spartacus (1961) ou encore Cléopâtre (1964). A partir de 1980, le genre se tarit à l’écran, et c’est bien Gladiator qui lui donnera enfin un nouveau souffle. Pourtant, aucun de ses successeurs n’égalera le chef d’oeuvre de Ridley Scott. Remakes décevants (Hercules, Ben Hur de 2016), blockbusters ratés (Troie, Le Roi Arthur, Le Choc des Titans, Exodus : Gods ans Kings), en passant par quelques adaptations mythologiques décalées à la violence outrancière (300, 300 : la naissance d’un empire), le péplum semble malheureusement encore aux bords du naufrage. Excepté l’intelligent Agora, inspiré de la vie de la philosophe Hypatie d’Alexandrie, Gladiator reste la référence cinématographique de ces vingt dernières années.

Le tour de force réussi par Ridley Scott tient à une combinaison exceptionnelle d’éléments : la reconstitution convaincante de la Rome antique, la force émotionnelle du scénario, la variation d’une réalisation à la fois sensible et abrupte, la performance d’un acteur, Russel Crowe, qui signe sa plus belle prestation, sans oublier la magnifique bande-originale de Hans Zimmer. Gladiator ne se limite pas à exploiter des séquences d’action, en dépit de sa longue bataille d’ouverture, mais alterne constamment le spectaculaire et le sensoriel. Les combats laissent ainsi la place à des images poétiques, tel Maximus caressant les tiges de blés, dignes de la mise en scène d’un Terrence Malick.

Il n’est pas davantage question de délaisser la profondeur des personnages, quitte à prendre le risque d’une légère perte de rythme. Plusieurs scènes sont complètement dédiées au développement de la psychologie des protagonistes, en particulier les dialogues entre Lucilla et son frère, humanisant Commode, ou la rencontre entre Maximus et le sénateur Gracchus, détaillant leurs convictions respectives et les enjeux politiques. Même le marchand d’esclaves Proximo, au rôle secondaire, bénéficie d’une touchante histoire personnelle.

Paré de tous ces atouts, Gladiator a acté la renaissance du péplum. Symbole cinéphile ultime de la bravoure, devise d’une génération,  il appartient encore aujourd’hui au panthéon des films historiques. Espérons que sa suite réitère le même exploit.

Gladiator – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=xTeC1sW93_w

Gladiator – Fiche technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : John Logan, William Nicholson, David Franzoni
Interprétation : Russel Crowe (Maximus), Joaquin Phoenix (Commode), Connie Nielsen (Lucilla), Oliver Reed (Proximo), Richard Harris (Marc Aurèle), Derek Jacobi (Gracchus)
Photographie : John Mathieson
Montage : Pietro Scalia
Musique : Hans Zimmer, Lisa Gerrard
Décors : Crispian Sallis, Arthur Max
Production : David Franzoni, Branko Lustig, Douglas Wick
Sociétés de production : DreamWorks Pictures, Scott Free Productions, Universal Pictures
Sociétés de distribution (France) : United International Pictures
Genres : historique, action
Durée : 155 minutes
Date de sortie : 20 juin 2000

« Les Quatre cents coups » : une part d’ombre, une part de fiction

Phare de la Nouvelle Vague, rampe de lancement d’une filmographie abondante, Les Quatre cents coups constitue le premier chef-d’œuvre de François Truffaut, mais contient déjà en son sein la veine néoréaliste et les obsessions qui feront la réputation de son auteur. Il permet par ailleurs l’émergence d’une figure indissociable du nouveau cinéma français : Jean-Pierre Léaud, dans la peau d’un Antoine Doinel aux blessures intérieures indicibles.

Antoine Doinel, le jeune héros des Quatre cents coups, possède une triple fonction : autobiographique, quand il renvoie à l’enfance tumultueuse et douloureuse de François Truffaut, qui échouera dans un centre d’observation pour mineurs ; annonciatrice, lorsqu’il préfigure le héros banal – et souvent négatif – de la Nouvelle Vague française ; symbolique, puisqu’il condense à peu près toutes les pérégrinations inhérentes à l’adolescence et ses turbulences. Ce dernier point est effeuillé tout au long du film : disputes conjugales des parents, remontrances des professeurs de classe, école buissonnière, tâches domestiques, autel secret à Balzac, errance continue en ville, larcins d’importances diverses, faux mots d’excuse, refuge chez un copain, cigarettes, boissons alcoolisées, poste de police, centre pour jeunes délinquants, entretien avec une psychologue, contrariétés de la vie familiale…

Alors que Les Quatre cents coups s’amorce à peine, un jeu de miroirs tend à nous présenter la personnalité fragmentée d’Antoine : à la recherche d’une forme de stabilité, il peine à obtenir l’attention de sa mère et semble confiné dans une double prison, matérialisée d’abord par une vie familiale sans joie dans un appartement exigu, et ensuite par une détention pénible dans un centre pour mineurs. Les adultes n’ont ici rien à proposer si ce n’est une suite ininterrompue de châtiments et de jugements. Là où la famille, l’école et la police sont en échec, la psychologie semble en revanche produire ses effets : le dialogue est enfin initié à l’occasion d’une séquence de mise à nu, auprès d’une thérapeute (désincarnée), où le hors-champ tient une importance capitale.

Un autre dispositif de mise en scène fait pleinement sens grâce à l’ingéniosité de François Truffaut : prisonnier à l’intérieur, le jeune Doinel ne semble s’épanouir qu’en vagabondant à l’extérieur, dans les rues de Paris, ce qui s’objectivera à l’écran par des plans fixes à la maison ou à l’école et une caméra mobile, bien plus légère, dès lors qu’Antoine erre dans la capitale française. La séquence du rotor forain, figurant parmi les plus commentées du film, se voit quant à elle agrémentée d’une prise de vues circulaire effrénée. On peut naturellement interpréter cette scène de différentes manières, mais le jeune héros de François Truffaut y apparaît en définitive extatique, lessivé et ivre de liberté.

Une ville, une famille, une soif de liberté

La ville de Paris, personnage à part entière, va être saisie sous tous les angles. L’ouverture montre ses rues en travelling et contre-plongée. Les bâtiments défilent et ne cesseront plus de le faire : avenues, immeubles, bureaux, boutiques, centres commerciaux, places… Les espaces ouverts succèdent aux espaces fermés dans une captation de la capitale française de la fin des années 1950. Quand on sait qu’Antoine Doinel est un double à peine fictionnalisé de François Truffaut et que ce dernier a lui-même grandi dans le quartier de Pigalle, l’exposition de la ville prend tout son sens. L’autre grande exploration des Quatre cents coups, dans une veine encore plus mélancolique, concerne évidemment la famille : une mère incapable de tendresse, exhibant ses jambes sensuelles et se promenant dans la ville au bras de son amant se voit doublée d’un beau-père contradictoire, désargenté, effacé, bientôt démissionnaire et seulement passionné par le rallye automobile. « Il faut que je vive ma vie », finira par annoncer Antoine, las.

Fragmenté et elliptique, le premier long métrage de François Truffaut s’étale sur une dizaine de jours et arbore une dimension néo-réaliste, voire documentaire. Son plan final sur la plage, précédé par une cavale haletante, s’impose certes comme un aboutissement, mais ô combien déceptif : après une longue course élégamment filmée en travelling sur le sable, Antoine avance de quelques pas dans l’eau, puis se retourne pour offrir au spectateur un regard face caméra devenu anthologique, complètement désillusionné. Si le carcan familial, scolaire et urbain ne suscitait chez lui aucun enthousiasme, il ne sait quoi faire du littoral et regarde par conséquent vers le passé. Avant cela, une autre séquence était venue souligner les souffrances intérieures d’Antoine : le poste de police, sa caméra qui papillonne et ses vues subjectives ont quelque chose de poignant et de claustrophobique qui annonce le « déconditionnement » en centre fermé.

Triomphe à Cannes

Les Quatre cents coups fut financé par les beaux-parents de François Truffaut. Il réunit jadis plus de 400 000 spectateurs et rapporta bien plus que les 40 millions d’anciens francs qu’il coûta. Jean-Pierre Léaud fut engagé pour son côté « gouailleur » et campe avec maestria un Antoine fragile et insoumis. Le film est dédié à André Bazin, cofondateur des Cahiers du cinéma et père de substitution de François Truffaut, qu’il accueillit longtemps chez lui. Outre quelques menus ennuis avec la police et les douleurs dorsales d’Albert Rémy, le réalisateur français dut dissiper ses propres doutes durant le tournage : il fumait cigarette sur cigarette, se montrait tendu, parfois pris d’angoisses et se sentait jugé par des professionnels qu’il savait plus expérimentés que lui.

Cela n’empêcha pas le film de susciter l’admiration à Cannes, festival pourtant vilipendé par François Truffaut quand ce dernier en commentait le déroulement en tant que critique de cinéma. Les Quatre cents coups y reçut le prix de la mise en scène et Jean-Pierre Léaud y fut porté en triomphe par une foule en liesse. Cela explique pour partie les accusations d’hypocrisie dont Truffaut fit l’objet : grand contempteur de la « Qualité française », le précurseur de la Nouvelle Vague réalisa un film trop « sage » aux yeux de ses nombreux détracteurs, qui s’attendaient à plus d’audace et de transgression figurative.

Inspiré de Hitchcock, Bergman, Renoir, Rossellini ou encore Cocteau, Les Quatre cents coups constitue finalement un témoignage très documenté sur la solitude et la psychologie de l’enfant, auréolé de plusieurs leitmotivs qui feront école dans la filmographie de son réalisateur – dont le feu, les jambes féminines ou le cinéma. L’écriture tient également un rôle-phare dans le film, que cela soit à travers un devoir de classe, un mot d’excuse, une adoration de Balzac ou le vol d’une machine à écrire.

Filmé en CinémaScope et doté d’un son post-synchronisé, ce film pionnier (mais pas premier) de la Nouvelle Vague verra sa technique ainsi commentée par son illustre architecte : « Le scope stylise. Avec Les Quatre cents coups, où l’essentiel du décor est triste, gris, crasseux, j’avais peur de faire un film laid, désagréable à regarder. Le scope permet de rendre compte de la réalité avec un élément de stylisation qui m’était indispensable. » Rappelons enfin que ce premier long métrage succède au court Les mistons, qui évoquait déjà l’enfance, et amorce une série de cinq films ayant pour principal protagoniste Antoine Doinel. Aucun ne parviendra cependant à égaler ce premier acte épatant.

Bande-annonce : Les Quatre cents coups

Synopsis : Antoine est un adolescent turbulent et mal dans sa peau. Il ment à ses parents, indifférents à son sort. Il vole, fugue, traîne dans Paris, fait l’école buissonnière. Jusqu’au jour où il atterrit dans un poste de police…

Fiche Technique : Les Quatre cents coups

Réalisation : François Truffaut
Scénario : François Truffaut
Musique : Jean Constantin
Montage : Marie-Josèphe Yoyotte, Cécile Decugis et Michèle de Possel
Photographie : Henri Decae
Décors : Bernard Evein
Société de production :  Les Films du Carrosse, Société d’exploitation et de distribution de films (SEDIF Productions)
Durée : 99 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 4 mai 1959

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4.5

Bloody Sunday #2 – Ebola Syndrome de Herman Yau

Après avoir ouvert les hostilités avec Street Trash, il est temps de passer à la vitesse supérieure dans le graveleux. Pour cela, direction l’autre bout du monde et cap vers la péninsule de Hong Kong pour découvrir le monde fou, fou, fou de la Category 3. L’occasion pour ce petit voyage de revenir sur l’un de ses plus grands représentants, Herman Yau et son Ebola Syndrome. Au programme : du sexe cru, de la violence très crue et surtout aucune morale. Bienvenue dans la CAT3.

Avant de tailler dans le lard, il est important de faire un petit peu d’histoire et d’expliquer ce qui se cache sous ce terme barbare de CAT3. Alors que la censure hongkongaise a été plutôt laxiste pendant une bonne période et notamment au cours de l’âge d’or de la Shaw Brothers dans les années 70 où la violence faisait quand même partie intégrante du genre, l’émergence de la Nouvelle Vague hongkongaise menée par Tsui Hark, John Woo et autre Ringo Lam va bousculer les choses. Accompagnés d’une libération des moeurs, ces films se font alors plus incisifs, en particulier au niveau politique comme en témoigne le cultissime L’Enfer des armes de Tsui Hark, résolument anarchiste. Face à une montée drastique de la violence, et l’arrivée de plusieurs brûlots politique, la censure se voit obligée de sévir de manière plus tranchée. Résultat : en 1988 est instauré un système de classification qui se sépare en 3 catégories. La première désigne les films tous publics, la deuxième ceux interdits aux enfants, et la troisième, celle qui nous intéresse aujourd’hui, les films interdits aux moins de 18 ans.

On pourrait alors se dire qu’avec une classification pareille, les cinéastes pourraient s’en donner à coeur joie pour enfin passer des messages politiques des plus virulents. Tu parles ! Sous couvert de CAT3, les réalisateurs vont en profiter pour se laisser aller aux déviances les plus extrêmes, et cela notamment en calant à la moindre occasion du cul, le sexe étant un sujet assez tabou à l’époque, et surtout une violence de plus en plus outrancière. L’opportunité pour tous les Hongkongais de se laisser aller à leurs dérives les plus viles, alors que l’ombre de la rétrocession à la Chine se fait de plus en plus proche. Au sein de la CAT3, on retrouve du bon gros cinéma d’exploitation bien gratiné allant de l’actionner musclé avec Full Contact de Ringo Lam à la comédie érotique avec Sex and Zen, en passant du fantastique hallucinogène avec The Eternel Evil of Asia et avec Ebola Syndrome, on touche certainement à ce qui s’est fait de plus dépravé.

Il ne faut d’ailleurs pas attendre très longtemps avant de voir que Ebola Syndrome mérite amplement sa classification en CAT3. En même pas 5 minutes, le grand Anthony Wong (acteur fidèle de Johnnie To et grande figure de la nouvelle vague HK) aura déjà baisé une femme, été pisser dessus, assassiné son mari et patron, découpé la langue de sa conquête et failli mettre le feu à la gamine de cette dernière. Le titre du film n’est même pas encore apparu que Herman Yau a déjà mis le paquet et se torche de manière outrageuse avec la morale, bien décidé à profiter un max de son interdiction au moins de 18 ans. Après ce remue-ménage à Hong Kong, Kai (Anthony Wong) se voit obligé de s’exiler pendant 10 ans en Afrique du Sud où il va travailler dans un restau chinois tout en se faisant maltraité par ses employeurs. Alors que Kai ne pense qu’à se farcir sa patronne, tout en parlant constamment de cul, le voilà obligé en compagnie de son boss d’aller récupérer de la viande de cochon dans une tribu Zulu. Évidemment, Yau ne va se priver pour présenter la tribu comme un ramassis de sauvages, d’autant plus qu’une épidémie virale semble les toucher. Pourtant, Kai ayant le kiki qui le démange, en profite pour violer une femme de la tribu inconsciente qui va lui cracher à la tronche et ainsi lui transmettre le virus Ebola.

On est même pas encore rentrer dans le feu de l’action que le film montre clairement que le politiquement correct, il en a rien à faire. Entre infanticide, viol, racisme, Herman Yau dépasse à chaque fois les limites. Le tout va devenir éminemment jouissif quand Kai va partir dans un véritable rampage. Ebola Syndrome, c’est un film qu’on a un peu honte d’aimer quand on voit le torrent d’atrocités qui  se passe sur la pellicule. Si la volonté d’infanticide et le viol ne suffisaient pas, le film va taper dans le cannibalisme avec le sort peu ragoûtant que va livrer Kai à ses employeurs les transformant en hamburgers qu’il n’a aucun scrupule à servir à ses clients. Tout cela est alors le point de départ d’une épidémie d’Ebola qui va toucher l’Afrique du Sud mais également Hong Kong quand Kai décide de rentrer chez lui après avoir mis la main sur le pactole de ses ex-patrons. En parallèle de ça, la jeune Lily, gamine rescapée du triple homicide ouvrant le film reconnaît Kai et va tout faire pour le mettre sous les verrous. Anthony Wong y trouve ici l’une de ses prestations les plus hallucinantes, faisant de son personnage la plus grosse pourriture que la Terre ait pu enfantée, dont l’un des plus grands faits d’exploit est de se branler dans un morceau de viande avant de le servir. Pas étonnant alors que le personnage de Lily ait envie de gerber dès qu’il passe à côté d’elle.

Ebola Syndrome est définitivement l’archétype du film de CAT3, réunissant à la fois la violence ultra-graphique d’un Story of Ricky, bien que le film ne tombe pas dans une surenchère de gore hormis une séquence d’autopsie anthologique des plus dégueulasses, les sévices les plus douteux d’un Red to Kill ou encore la gratuité sexuelle de la quantité de softporn sortis entre 1988 et 1996. Mais Ebola Syndrome est surtout un défouloir à l’humour noir des plus corrosifs, une libération de pulsions malsaines dans des scènes monstrueuses qui vont vous faire demander comment on a pu pondre pareilles choses. On est à la fois choqué et amusé par cette image de Anthony Wong acculé par les forces de l’ordre qui se met à leur cracher dessus pour leur transmettre le virus Ebola. Le film, derrière tout son déballage d’immondices, devient complètement grotesque et nous fait relativiser. Plutôt que de dépeindre la puanteur du genre humain avec un mépris auteurisant, Ebola Syndrome aborde le tout comme une grosse farce au mauvais goût exquis. Tout cela est manié avec un tel second degré que, même s’il ne nous empêche pas de penser que Herman Yau est un psychopathe de première, le plaisir s’avère immense (à condition d’être préparé psychologiquement). Il reste quand même conseillé d’aller prendre une bonne douche après pour être sûr de s’être débarrassé de toutes les impuretés qui émanent d’Ebola Syndrome.

Ebola Syndrome – Bande Annonce

Ebola Syndrome – Fiche Technique

Réalisation : Herman Yau
Scénario : Chau Ting
Interprétation : Anthony Wong, Marianne Chan, Lo Meng, Miu-Ying Chan, Wan Yeung-ming
Photographie : Yu Kwok Bing
Musique : Brother Hung
Montage : Choi Hung
Producteur : Wong Jing, Li Siu Kay
Genre : Horreur
Durée : 98 minutes
Date de sortie : 15 juin 1996

Hong-Kong – 1996

Charmed (2018) Quand la magie ne prend pas

Adieu aux sœurs Halliwell, bonjour aux sœurs Vera-Vaughn. Charmed, version 2018, n’est pas une suite mais un reboot très progressiste. L’accent est mis sur la diversité, avec un casting essentiellement non blanc, et un ton ouvertement féministe. Les fans de la version originale seront forcément déçue -moi la première- car si d’apparence on reprend l’idée originale, la magie n’opère pas.

D’apparence, c’est le même décor :  une jolie maison victorienne, un grenier poussiéreux et un bon vieux livre des ombres. Le pouvoir des trois portes s’incarne désormais sous les traits de Mel (Melonie Diaz), Maggie et Macy. Les 3M sont comme leurs consœurs, trois jeunes femmes indépendantes dont le destin change le jour où elles apprennent l’existence de leurs pouvoirs. Cette fois-ci, la révélation est déclenchée par le meurtre inexpliqué de leur mère et l’arrivée de leur nouvel être de lumière, Harry, joué par le Britannique Rupert Evans.

Cette première saison s’efforce difficilement de rentrer dans le côté sombre de l’univers magique. Rien d’étonnant quand on sait qu’aux commandes de ce reboot on trouve Jennie Snyder Urman, la showrunneuse de Jane the Virgin. On y retrouve d’ailleurs Jaime Camil (Rogelio dans Jane the Virgin) pour interpréter un démon le temps d’un épisode. La marque légère et comique de la showrunneuse, plus habituée aux comédies romantiques, se fait donc ressentir. Pour des histoires de magie plus sombres et moins prudes, il faudra plutôt se tourner vers des séries comme The Magicians ou The Witches of East End.

Tout est décevant, et malheureusement, surtout tout ce qui touche l’univers fantastique.

On ne retrouve pas la même dynamique scénaristique d’antan, entre les histoires de démons, les problèmes personnels des sœurs et leurs tentatives d’y remédier avec des formules à forts effets secondaires. Les démons manquent aussi d’effet menaçant, ce qui est sûrement dû aux effets spéciaux assez pauvres. En comparaison à d’autres séries fantastiques de The CW comme Supernatural ou The Vampire Dairies, on se demande où sont passés les moyens ?

Cependant, pas mal de changements apportent également de la fraîcheur à cette version de 2018.

En premier, le fait que nos héroïnes ne soient pas forcement focalisées sur leurs histoires de cœurs. Au début, toutes sont en couples, et l’une d’elle est d’ailleurs lesbienne. Rien à voir avec l’enchaînement des conquêtes masculines des Halliwell, aussi rapide que l’extermination des démons. Leurs vies de femmes indépendantes se focalisent plutôt sur leurs études et carrières. En effet, toutes les trois sont encore –comme il est normal à leur âge- dans l’univers de la fac, soit en tant qu’étudiante, doctorante ou chercheuse.

De plus, le côté féministe est omniprésent dès le début avec la mère, professeur en études féministes. Les épisodes abordent aussi des thèmes comme la culture du viol, l’intersectionnalité du féminisme, et autres sujets progressistes. Nos héroïnes n’hésitent pas à s’affirmer, sans pour autant dominer. Finie la représentation des démons exclusivement masculins, qui faisaient passer nos sorcières pour des misandres (ndla: haine des femmes envers les hommes). Par contre, il est assez exceptionnel de remarquer que les fondateurs sont toutes des fondatrices.

En conclusion, les premiers ressentis face à cette reprise de Charmed sont assez mitigés, entre nouveauté et désappointement. Même si une seconde saison est déjà prévue, fort à parier que le charme des sœurs Vera-Vaughn ne fera pas long feu…

Synopsis : Suite à la mort tragique de leur mère, trois sœurs découvrent qu’elles sont des sorcières. Reboot de la série Charmed (1998).

Charmed : Bande Annonce

Charmed : Fiche Technique

Créateur : Constance M. Burge, Jennie Snyder Urman, Amy Rardin et Jessica O’Toole
Réalisation : Brad Silberling, Vanessa Parise, Michael Allowitz …
Scénario : Constance M. Burge, Jennie Snyder Urman, Amy Rardin et Jessica O’Toole
Interprètes : Melonie Diaz (Mel Vera), Sarah Jeffery (Maggie Vera), Madeleine Mantock (Marcy Vaughn), Ser’Darius Blain (Galvin Burdette), Rupert Evans (Harry Greenwood), Ellen Tamaki (Niko Hamada), Nick Hargrove (Parker)
Photographie : Stewart Whelan, Scott Williams, Tami Reiker
Montage : Edward R. Abroms, Robin Katz, Tami Reiker
Musique : Will Bates
Production : Gregory G. Venturi, Alec Hammond
Sociétés de production : Poppy Productions, Reveal Entertainment, Propagate Content
Société de distribution : The CW
Nombre d’épisodes : 13/22
Durée d’un épisode : 43 minutes
Diffusion aux Etats Unis : 14 octobre 2018
Diffusion en France : Inconnu
Genre : Fantastique, Drame

États-Unis – 2018

 

Note des lecteurs10 Notes
On aimera :
Son féminisme affirmé
Son casting essentiellement non-blanc
On regrette :
Son manque de dynamisme
Ses pauvres effets spéciaux
Son mimétisme à l'original
Son générique
2.5