Jules et Jim, un film de François Truffaut : critique

Il y a d’abord eu Jules et Jim, puis entre eux il y a eu Catherine, celle par qui l’histoire commence et se termine.

Synopsis : Paris, dans les années 1900 : Jules, allemand et Jim, français, deux amis artistes, sont épris de la même femme, Catherine. C’est Jules qui épouse Catherine. La guerre les sépare. Ils se retrouvent en 1918. Catherine n’aime plus Jules et tombe amoureuse de Jim.

« On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue. »

Je n’avais pas revu Jules et Jim depuis plusieurs années avant de le visionner de nouveau pour les besoins de cet article. Je me souviens que le film m’avait fait forte impression la première fois que je l’avais regardé adolescente. Je ne l’ai pas revu par la suite, il a laissé chez moi cette sensation diffuse que l’on garde d’un film vu une seule fois, mélange de révération pour une œuvre marquante et ne gardant en mémoire que ce que je souhaitais conserver du film, sans véritable recul critique. En le revoyant, près de 10 ans plus tard, que reste t-il de ce que j’avais compris de Jules et Jim ?

La première chose que je remarque, c’est le caractère très littéraire du projet de Truffaut, à quel point la place du narrateur omniscient est importante. C’est le moyen utilisé par le réalisateur pour rendre compte du temps qui passe. C’est le texte qui prend en charge ce film, bien plus que l’image. Les lieux sont les décors d’une histoire qui pourrait aussi bien se dérouler ailleurs. Les dialogues sont nombreux, très nombreux, peut-être un peu trop d’ailleurs parfois. A ne compter que sur l’aptitude à déclamer de ses comédiens, Truffaut n’exploite pas la totalité de leurs talents respectifs. C’est dommage, la densité du texte emporte tout et laisse peu de place pour une mise en scène moins dialoguée.

Les personnages truffaldiens sont des philosophes, ils ne se laissent pas prendre par les vicissitudes du quotidien, ils abhorrent le trivial et ne connaissent rien d’autre que les discussions longues et lettrées, au cœur de la nuit, une cigarette à la main. C’est ce qui fait la beauté de ces amants : le fait qu’ils ne soient pas complètement crédibles, qu’ils ne soient pas entachés par la banalité de l’ordinaire. Leur relation échappe à la laideur des compromis qu’entraîne la vie. Cette recherche d’absolu n’est ni le fait de Jules, ni le fait de Jim mais celui de Catherine. C’est elle seule qui impulse le rythme de l’histoire, les changements de lieux et les rencontres qui font avancer l’intrigue, et c’est par son acte définitif que le film se termine. Avec Truffaut, on n’est pas dans le réalisme mais plutôt dans le fantasme, un bel emploi de cette machine à rêves qu’est le cinéma.

Que reste t-il alors de Jules et Jim tel que je m’en rappelais adolescente ? Bien sûr, Jeanne Moreau/ Catherine est toujours impériale, libre et passionnée, mais elle est aussi égoïste et inconséquente. Je trouve Jules et Jim finalement un peu lâches et apathiques quand je les vois aujourd’hui. Ils sont plus humains que le souvenir que j’en avais gardé.

Si je conserve un attachement certain pour Jules et Jim, c’est avant tout parce qu’il a bousculé des mœurs que je pensais difficilement ébranlables, autour du mariage, de l’amour, du couple. Je n’enlève pas ce talent de défricheur à Truffaut. Le cinéma va toujours plus vite que la réalité, avant d’être dépassé par elle pour à nouveau pouvoir y puiser et offrir au spectateur d’autres vies que la sienne.

Jules et Jim : fiche technique

Réalisateur : François Truffaut
Scénario : François Truffaut et Jean Gruault, d’après le roman d’Henri-Pierre Roché
Interprétation : Jeanne Moreau (Catherine), Oskar Werner (Jules), Henri Serre (Jim), Vanna Urbino (Gilberte), Serge Rezvani (Albert), Anny Nelsen (Lucie), Sabine Haudepin (Sabine), Marie Dubois (Thérèse), Michel Subor (Narrateur – voix)
Musique : Georges Delerue
Photographie : Raoul Coutard
Montage: Claudine Bouché
Producteurs : Marcel Berbert, François Truffaut
Distribution : Les Films du Carrosse
Récompenses : BAFTA Awards 1963
Durée : 105 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 24 janvier 1962
France – 1962

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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