Kong: Skull Island, un film de Jordan Vogt Roberts : Critique

Dans Kong : Skull Island, le primate le plus célèbre du 7ème Art se paie un lifting sous la houlette d’un petit génie échappé de Sundance. Résultat, exit le New-York grandiloquent des 30’s et place à la sauvagerie vintage du Vietnam des 70’s pour un film qui préfère le spectaculaire à l’intime, quitte à se muer en un mix furibard où monstres, vieux hits rock et imagerie à la Apocalypse Now se mêlent. Dantesque !

Il n’aura fallu qu’une seule image ; celle d’un peloton d’hélicoptères fondant à toute berzingue sur la silhouette de Kong dessinée dans le soleil du Vietnam, pour parquer Kong: Skull Island dans la case de « fantasme de cinéphiles sur patte ». Faut dire qu’outre convoquer l’imagerie, quasi séminale dès lors qu’on cause Vietnam, d’Apocalypse Now kong-skull-island-film-helicoptere-gorilledans une grosse production, ce plan venait de mettre à bas 80 ans de cinéma et altérer jusqu’à la moelle un mythe qu’on aurait cru intouchable : King Kong. Fini en effet le décorum new-yorkais des 30’s habituellement attaché au primate, et place au Vietnam des 70’s ; un territoire où tournent à pleins tubes les Stooges et les rotors des hélicos d’une armée sommée de se barrer fissa. Un changement de lieu et d’époque justifié par la Warner, qui souhaitait faire de ce film, le point de départ de son univers étendu peuplé de monstres, ce dernier devant d’ailleurs culminer avec l’affrontement entre Kong et Godzilla. Un beau programme donc, d’autant qu’on avait déjà un petit aperçu avec le Godzilla shooté de Gareth Edwards, ayant suivi la même formule du petit réalisateur paumé qui débarque à Hollywood avec les yeux qui brillent. Reste qu’entre le réalisateur du récent Rogue One et le petit génie indé échappé de Sundance, Jordan Vogt Roberts (Kings of Summers), un gouffre béant demeure ; un gouffre faisant justement tout le sel de Kong: Skull Island.

This is the end…

Tout part ainsi d’une question de feeling en fait. Quand Peter Jackson osait le remake lyrique et empli de romanesque du film de 1933 et qu’Edwards en profitait (avec Godzilla) pour rappeler les dangers du nucléaire, Vogt Robert, qu’on pressent naviguer à vue, préfère le défouloir pur et dur. Pas question donc pour lui de rappeler l’ingérence US au Vietnam ou le pensum écolo mais plus de faire vivre à l’écran ses souvenirs d’enfance et en faire profiter l’assemblée. On retrouve donc toutes les figures obligées du film de monstre entre contrée inhospitalière, territoire rempli de bébêtes aussi hideuses que carnassières et au milieu, un contingent de l’armée US sommé avant de rentrer au pays, de cartographier une île encore inexplorée. kong-skull-island-film-brie-larson-john-goodman-tom-hiddleston-john-c-reillyBref, le postulat classique du kaiju eiga, qui se voit heureusement rehaussé par ce qui fait toute l’originalité du projet : sa temporalité. Les 70’s, c’est Nixon, les missions Apollo, Creedence et surtout toute une flopée de films du Nouvel Hollywood qui n’ont pas dû laisser insensible le réalisateur de 35 ans. Pas étonnant donc de le voir appliquer avec un soin maladif toutes les composantes du classique de Coppola, Apocalypse Now. Son bestiaire de personnages tarés, son ambiance dépressive et furieusement rock, son relâchement ; bref on retrouve un peu tout ça sauf peut-être Brando, remplacé par un autre monstre sacré du cinéma, en la personne de Kong. Exit aussi le Wagner et les Walkyries et place aux Hollies. Des différences mineures en somme car ça te fait toujours des ralentis sur des pales d’hélicoptères en train de tourner, ça te met encore du rock dans des scènes d’actions et finalement ça te dilate la rétine à force d’enchaîner les money-shots, tous plus incroyables que le précédent. Le tout sans écorcher la générosité et la puissance qu’on pouvait en attendre car dieu sait qu’en plus de distiller une ambiance très pop dans l’âme, Vogt-Roberts ne s’embarrasse pas avec la subtilité et le confort.

Un divertissement aussi jubilatoire que référentiel

En même temps, avec Kong dans le titre, on se doutait bien de pas tomber sur un drame US carré à la Sidney Lumet et plus sur un mix entre, soyons fous, Apocalypse Now & Pacific Rim ? Ça tombe bien, voilà les deux films qui reviennent inlassablement en tête au cours du visionnage. La sauvagerie du premier faisant gentiment écho au plaisir de cinéma du second, pas difficile donc de prendre son pied comme on l’avait pris depuis… Pacific Rim justement. On s’attendait ainsi à de bonnes scènes qui défouraillent, des palmiers qui volent et beaucoup de sang qui coule. Et on en a pour son argent parce que voilà le crédo auquel s’applique tout le casting, entre un Tom Hiddleston qui roule des mécaniques, un Samuel L. Jackson qui suinte le charisme à l’hectolitre ou le taré John C. Reilly, toujours aussi décalé et drôle. Drôle oui. C’est peut-être le point le plus important ici d’ailleurs. Comparé au Godzilla de Gareth Edwards qui nous avait gratifié d’un sérieux quasi papal, kong-sull-island-tom-hiddleston-brie-larsonKong: Skull Island se fout pas mal de rentrer dans une case quitte à virer à la plaisanterie Marvel par moments, la faible exposition des personnages et le ton rigolard étant autant d’éléments contenus au sein des deux. Pour le reste, on ne pourra que savourer le ton référentiel du métrage, qui en deux heures de bobine parvient à enquiller les références à un rythme frénétique sans passer par la case boulimie (Shaft, Terminator, Jurassic Park, Le Monde Perdu,…) et qui pendant un temps parvient à masquer la peut-être seul vraie carence : une caractérisation de personnages frisant l’indigence pure tant ils sont réduits à des archétypes entre la photographe/féministe Brie Larson, le soldat obstiné Samuel L Jackson ou l’homme d’affaire louche John Goodman. Mais au fond comment renier son plaisir quand on voit le primate le plus célèbre du cinéma mettre des mandales comme certains mettraient des chaussettes à des lézards radioactifs pas beaux ? Dans cette question finalement réside tout l’intérêt du métrage. Blockbuster fantastique et sérieux ou divertissement régressif et ultra-récréatif ? Faites votre choix.

Furieusement pop et stylisé dans l’âme, Kong: Skull Island a des airs de cinéma 80’s ludique, joyeux et somme toute bordélique. Pas de quoi en faire un film parfait pour autant mais suffisamment pour tenir l’un des blockbuster les plus récréatifs et régressifs de l’année.

Kong: Skull Island – Bande-annonce

Synopsis : Un groupe d’explorateurs plus différents les uns que les autres s’aventurent au cœur d’une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu’ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…

Kong: Skull Island – Fiche Technique 

Réalisation : Jordan Vogt-Roberts
Casting : Tom Hiddleston (le capitaine James Conrad), Brie Larson (Mason Weaver), Corey Hawkins (Houston Brooks), Toby Kebbell (le major Chapman), Samuel L. Jackson (le lieutenant-colonel Preston Packard), John Goodman (William « Bill » Randa), John C. Reilly (Hank Marlow), Thomas Mann (Reg Slivko), Jing Tian (San), Shea Whigham (Earl Cole), Jason Mitchell (Glenn Mill), John Ortiz (Victor Nieves)
Scénario : Max Borenstein et Dan Gilroy, avec la participation de Derek Connolly, d’après une histoire de John Gatins et Dan Gilroy et d’après les personnages créés par Merian C. Cooper et Edgar Wallace
Décors : Stefan Dechant
Costumes : Mary E. Vogt
Photographie : Larry Fong
Montage : Christian Wagner
Musique : Henry Jackman
Production : Jon Jashni, Mary Parent et Thomas Tull
Producteurs délégués : Alex Garcia et Eric McLeod
Sociétés de production : Warner Bros. et Legendary Pictures
Société de distribution : Warner Bros.
Langue originale : anglais
Format : couleur — son Dolby Digital SDDS
Budget : 190 000 000$
Genre : action, fantastique, aventure
Durée : 120 minutes
Dates de sortie : 8 Mars 2017

Etats-Unis – 2017

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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