Cinema Paradiso, un film de Giuseppe Tornatore : critique

En apprenant le décès d’Alfredo, Salvatore adulte se replonge dans son passé. De même, lorsque les spectateurs replongent ce film, 26 ans après sa sortie, ils retrouvent intactes toutes les émotions d’alors.

Un village
Cinema Paradiso, c’est d’abord l’immersion dans un village du cœur de la Sicile. Depuis les années 40 jusqu’aux années 80, nous suivons l’évolution du village et de ses habitants. La description est certainement idéalisée, mais elle est chargée d’émotions.

Ce village comporte sa population : le prêtre, les écoliers, l’homme d’affaire, et même l’idiot sur sa place. Toute une vie est reconstituée autour de la place principale. On parle fort, on s’insulte copieusement, mais l’ambiance est familiale.
Mais ce village, aussi reculé qu’il soit, ne peut échapper à l’évolution. Le film commence dans les ruines de l’immédiat après-guerre, et il finit dans un monde moderne plus froid, où la place est envahie par les panneaux publicitaires et les voitures.
Une histoire de Toto
Cette évolution est aussi celle de Salvatore, petit garçon dont on ne retrouvera jamais le père, sûrement tué en URSS et qui deviendra un cinéaste reconnu. Le film est entièrement vu par le regard du petit Toto (diminutif de Salvatore). Avec lui, nous découvrons le cinéma. Avec lui, nous sympathisons avec Alfredo, le père de substitution. Avec lui, nous espérons. Avec lui, nous subissons le service militaire. Avec lui, nous tombons amoureux d’Elena.

Monsieur Cinéma
Au-delà de tout cela, et comme l’indique son titre, Cinema Paradiso est un film sur le cinéma et sur l’amour du cinéma. Alfredo (Philippe Noiret), le projectionniste, va très vite prendre sous son aile le jeune Toto. Et, à travers le 7ème art, le garçon va découvrir le monde, les émotions, etc. Le cinéma va développer son imagination et sa sensibilité.
Et Salvatore va évoluer avec le cinéma. Car le spectateur va voir défiler un pan entier de l’histoire cinématographique, de La Terre Tremble (de Visconti) à Et Dieu créa la femme, en passant par Le Cri (d’Antonioni)…
Plus que tout cela, les événements du film sont liés aux œuvres projetées. Salvatore est surnommé Toto, comme le célèbre acteur italien. L’amour, la mort, les plaisirs, la religion, la politique, tout est connecté au cinéma, à la salle de cinéma ou la salle du projectionniste. A ce point qu’à la fin, quand il s’agit de faire le point sur sa vie, c’est dans une salle obscure, face à un grand écran, que se retrouve Salvatore, dans une scène magnifique qui est un sommet d’émotion.
Nostalgie
Giuseppe Tornatore joue la carte de la nostalgie donc dans ce film. D’aucuns lui reprochent de faire dans le mélodrame, mais force est de constater qu’il n’y a rien de mélodramatique dans Cinema Paradiso. Sa réalisation évite les grands effets et le pathos pour se concentrer sur une narration simple mais efficace.

La version longue, qui dure environ 2h45, ne connaît aucun temps mort, malgré un récit plutôt lent. Il faut dire que l’arrivée d’Helena, au milieu du film, donne à l’histoire une nouvelle direction. Et la partition exceptionnelle du compositeur Ennio Morricone ajoute encore de l’émotion à l’ensemble. Jacques Perrin, qui tient le rôle de Salvatore adulte, est remarquable de discrétion et de retenue, et le final est irrésistible. Un film à revoir.

Synopsis : dans un village sicilien, le petit Toto, dont le père est mort lors de la Seconde Guerre Mondiale, se lie d’amitié avec le projectionniste Alfredo.

Cinema Paradiso : Bande-annonce

Fiche technique – Cinema Paradiso

Titre original : Nuovo Cinema Paradiso
Date de sortie originale : 20 septembre 1989
Date de nouvelle sortie nationale : 10 juin 2015
Nationalité : Italie
Réalisation : Giuseppe Tornatore
Scénario : Vanna Paoli, Giuseppe Tornatore
Interprétation : Philippe Noiret (Alfredo), Salvatore Cascio (Salvatore enfant, Toto), Marco Leonardi (Salvatore adolescent), Jacques Perrin (Salvatore adulte), Leopoldo Trieste (le père Adelfio), Agnese Nano (Elena adolescente)
Musique : Ennio et Andrea Morricone
Photographie : Blasco Giurato
Décors : Andrea Crisanti
Montage : Mario Morra
Production : Franco Cristaldi pour Cristaldifilm, Giovanna Romagnoli, Gabriella
Société de production : RAI, Les Films Ariane, TF1 Production
Société de distribution : Ariane Distribution
Budget :
Genre : drame
Durée : 125’ (version courte) / 173’ (version longue)
Récompenses :
1989 : Grand prix du jury au Festival de Cannes pour Giuseppe Tornatore
1989 : David di Donatello de la meilleure musique pour Ennio Morricone
1989 : Prix du cinéma européen :
du meilleur acteur pour Philippe Noiret
Prix spécial du jury pour Giuseppe Tornatore
1990 : Oscar du meilleur film de langue étrangère
1990 : César de la meilleure affiche pour Jouineau-Bourdugue et Gilles Jouin
1990 : Golden Globe du meilleur film de langue étrangère
1990 : Critics’ Circle Film Award :
Prix de l’acteur de l’année pour Philippe Noiret
Prix du film de l’année en langue étrangère
1990 : Meilleur film au Festival international du film de Cleveland
1990 : Meilleur film de langue étrangère au Mainichi Film Concours
1990 : Prix spécial du meilleur jeune acteur de moins de neuf ans dans un film étranger aux Young Artist Awards pour Salvatore Cascio
1991 : BAFTA Film Award :
du meilleur acteur pour Philippe Noiret
du meilleur acteur dans un rôle secondaire pour Salvatore Cascio
du meilleur film non anglophone pour Giuseppe Tornatore et Franco Cristaldi
de la meilleure bande sonore originale pour Ennio Morricone et Andrea Morricone
du meilleur scénario original pour Giuseppe Tornatore
1991 : Roberts du meilleur film étranger aux Roberts pour Giuseppe Tornatore

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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