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Le cinéma des Wachowski : synonyme de liberté

Dans une époque où la représentation des minorités prend une nouvelle ampleur dans le cinéma, dans cette même époque où les grandes industries hollywoodiennes se font l’étendard de la tolérance, d’une liberté qui se débarrasse des chaînes du passéisme, de la diversité et qui, dans un sens, tentent de prendre le pouls du réel, les films et leurs pouvoirs prennent alors une dimension toute autre. 

C’est à mettre à l’honneur d’un système qui se sent de plus en plus concerné par les changements sociaux mais aussi, égoïstement et cyniquement, fonctionne par cible. D’un point de vue économique, il doit inévitablement se mettre au diapason d’une communauté de spectateurs grandissante. A l’image de films comme Black Panther ou même Captain Marvel qui matérialisent l’essence même de la nouvelle mission du MCU : construire des œuvres qui détiennent une volonté farouche d’embrasser une communauté chaque jour plus importante et à l’identité plurielle. C’est une chose qui a néanmoins ce mérite de faire naître des souvenirs au plus grand nombre, de ne laisser personne sur le bas côté de la route cinématographique et de créer une identification super héroïque diverse, pour tous. Mais derrière cette couche aux intentions merveilleuses, contenant un symbolisme fluctuant et rassembleur, se pose la question du système et sa bonne conscience toute relative : c’est Xavier Dolan, à travers ses dernières interviews et son film Ma vie avec John F. Donovan par exemple qui s’interrogeait dernièrement sur la véracité idéologique de ce système et sur l’inclusion réelle ou factice des minorités dans la sphère des métiers du cinéma. La représentation a changé, la visibilité aussi, mais la mainmise, la qualité et les décisionnaires de cette même représentation ont-ils réellement changé de visage?  La réponse, pour faire simple, on la connaît sans doute tous, malheureusement. 

Suite à ces questions qui mériteraient un développement bien plus fourni, derrière cette « nouvelle » tolérance palpable mais hypocrite des grandes institutions, le sujet ne s’avère finalement pas autant révolutionnaire qu’on ne peut le penser : le cinéma a déjà vu en son sein d’innombrables films traitant cette inéluctable quête d’identité, qu’elle soit individuelle et/ou communautaire au demeurant. Pourtant, quand on parle de liberté au cinéma, de scruter ce fameux système hollywoodien binaire et capitaliste, quand on commence à débattre sur la puissance des choix de certains personnages dans différents films, quand on imagine un cinéma fait d’influence, de revendication de mœurs, de respect du genre et de multi culturalisme autant sociétal qu’artistique, un nom vient en tête très rapidement : celui des sœurs Wachowski. Et c’est ce qui nous intéressera dans cet article : un duo de réalisatrices qui a marqué une génération, voire même deux à travers leur manière d’appréhender la liberté, l’identité, la définition du soi-même et la symbolique que cela occasionne dans leur cinéma. 

Art, magique et virtuose, qui lui, s’avère d’une sincérité évidente comme nous le démontre l’épisode final de leur série Sense8 qui symbolise l’apothéose identitaire et militant de leur filmographie. Cependant, les sœurs Wachowski n’ont jamais méprisé le médium qu’est le cinéma au profit d’idées symboliques : c’est au contraire grâce au pouvoir du cinéma, à sa technicité et à leur amour du cinéma de genre que les sœurs Wachowski ont toujours matérialisé ce sentiment de liberté avec des œuvres qui, malgré l’abondance de leurs références, ne ressemblent à aucune autre. 

Bound, la première fracture avec le cinéma de genre

Dès leur premier film Bound, les cinéastes mirent en place un univers singulier qui abandonna toute forme de cadre: un environnement qui veut se sortir du piège des règles, autant patriarcale que du genre en lui-même. Ce film est un  polar noir, composé de l’habituelle femme fatale voluptueuse, de ses mafieux indélicats, mais qui voit apparaître l’intrusion originale du rôle de Corky, femme aux traits anguleux et durs mais qui, avec cette protagoniste, se joue des codes inhérents au genre. Rôle qui va permettre de parfumer l’œuvre d’une nouvelle forme et d’une acceptation autre, notamment par le prisme d’une histoire d’amour lesbienne et ce penchant pour un féminisme sous toutes ses coutures, comme en atteste le personnage de Violet, qui sous ses attraits et courbes de femme fatale, n’a de cesse de vouloir se dépêtrer de cette image sexualisée. C’est alors qu’une notion devient le point d’orgue des personnages existants dans les longs métrages des deux sœurs Wachowski: celle d’avoir le choix, le choix de se construire par les actes, mais aussi par sa connexion avec le monde qui l’entoure. Dès le départ, ce qui fait la différence entre les produits marvellisés d’aujourd’hui (sans vouloir tomber dans la critique gratuite) et le cinéma des Wachowski, c’est de comprendre que la bataille communautaire et identitaire ne se gagne pas par la communication ni la profusion d’une bienséance publicitaire mais par son amour du cinéma et son respect du médium. La scène d’amour entre Violet et Corky en est l’exemple même: au delà de l’existence de cette dite scène dans un polar noir, c’est sa beauté graphique, son montage et sa sensualité bienveillante qui rend la scène admirable et pertinente à bien des égards, tant sur la forme que sur le fond. Avec ce premier film, les sœurs Wachowski démontrèrent un talent certain pour le cadrage aux multiples insertions, un amour pour le genre doté de codes et une science minutieuse du montage : heureusement, ce n’était que les prémisses de leur immense univers.  

La trilogie Matrix : le cinéma comme synonyme de liberté et d’inventivité 

Alors que Bound se concentrait sur la domination masculine et se questionnait sur la place de la femme dans le monde tout en modifiant la dimension de l’imagerie féminine dans le cinéma de genre, Matrix et sa trilogie accentuera la genèse de leur dialectique. Pour se définir soi-même, pour être libre dans un univers tolérant et propice à l’épanouissement de chacun, les personnages doivent voir au-delà des apparences et découvrir une part de vérité sous-jacente d’eux mêmes: c’est pour cela qu’il faut sortir de la matrice. Ça sera d’ailleurs le même dispositif dans Sense8 : Nomi, Wolfgang et les autres vont devoir aller au-delà de leur croyance pour s’aventurer dans un univers protéiforme et se déconnecter de ce qu’ils prenaient pour acquis. Cet acquis, c’est la société, binaire, industrielle et froide qui pousse à l’uniformisation, à la déshumanisation et qui devient le contexte politique de Matrix des Wachowski comme pouvait l’être celui de Fight Club de David Fincher. Un décorum grisâtre qui automatise et mécanise la plupart des personnages, à l’image de Thomas Anderson, simple salarié d’entreprise qui deviendra par la suite Néo. Une nouvelle identité, une renaissance humaine qui s’est faite par le biais du choix : le choix de sortir de la voiture où Trinity l’accompagnait pour retrouver sa vie d’avant ou de la suivre jusqu’à Morpheus. Le choix de prendre la pilule rouge ou bleue que lui offrait Morpheus afin de quitter la matrice et les illusions dans lesquelles il baignait depuis des années. De ce fait, les sœurs Wachowski continuent et accentuent cette obsession pour l’identité face à la mutation du monde et l’altérité des sentiments humains : redevenir humain et se réapproprier sa propre personnalité. 

Dans cette optique, pour agencer cette quête existentielle, presque biblique et ses distorsions philosophiques auprès de l’Oracle, les Wachowski vont créer le film SF d’une génération: un film choc, aux multiples références (allant de John Woo, Bruce Lee, à Alice au pays des merveilles…), à l’esthétique faite de cuir autant gothique que cyberpunk, un film à l’action pharaonique où les mouvements de caméra et les combats seront sacralisés par leur aspect iconique et ce fameux « bullet time » que tout le monde connaît. De cette trilogie, les sœurs Wachowski ont assis leur amour pour un cinéma riche, visuel, varié, ludique, multi-culturel et qui fait une part belle au cinéma de genre avec l’objectif de développer une perpétuelle quête de la vibration humaine. Et comme l’avait démontré Bound auparavant, les sœurs Wachowski écartent avec fermeté cette carte narrative traditionnelle de la femme éplorée qui n’attend qu’une seule chose, l’arrivée de son prince charmant. Non, ici, que ce soit Trinity, le capitaine Niobé ou même Perséphone, les femmes sont maîtresses de leur vie, parfois vicieuses ou manipulatrices et sont les seules décisionnaires de leur parcours, quitte à s’abandonner pour des causes qui les dépassent. C’est alors que les liens qui unissent les personnages est la matrice même des Wachowski. Cette liberté que Néo va découvrir, cet amour qu’il va ressentir pour Trinity, cette puissance prophétique qui va s’amorcer en lui-même ne sont pas des choses qui tomberont du ciel. Comme dans Sense8, Cloud Atlas et même Speed Racer, les sœurs Wachowski vont construire des arcs narratifs pour que leurs personnages puissent s’ancrer dans leur vision du réel, apprendre des autres et se connecter à une certaine forme de nature, comme le prouve cette grandiloquente et folle scène de transe collective dans les terres de Zion dans Matrix 2. La liberté individuelle chez les Wachowski ne se transmet que par son rapprochement à l’autre. Le collectif n’est pas là pour faire décroître le libre arbitre et mettre en place des compromis mais est au contraire la possibilité de voir la naissance d’une confiance en soi libératrice : le couple Néo/Trinity de Matrix ou le couple Nomi/Amanita  de Sense8 en sont les parfaits exemples : l’amour de soi et de l’autre vont de pair. Néo, le héros de la trilogie ne serait rien sans Trinity, sans son amour, sa croyance en lui,  sa détermination et sa force. 

Mais les Wachowski ne s’arrêtent pas là: exceptée cette liberté qu’elles immiscent dans le parcours de leurs personnages, elles continuent à mettre cette dite liberté au diapason de leur propre liberté artistique. La trilogie Matrix, notamment au travers de ses deux derniers films, ne fera pas l’unanimité : là où Reloaded complexifiera la quête philosophique de son fils prodigue, Néo, et s’accomplira par le biais de scènes de combats de plus en plus épiques, cultes et gargantuesques, le dernier, Matrix Révolutions quittera petit à petit l’univers très esthétique et baroque de la matrice pour se concentrer sur la Terre humaine de Zion et le rôle sacrificiel de Néo. Alors au sommet d’Hollywood, surtout grâce au succès mondial du premier et du deuxième volets, les sœurs Wachowski auraient pu se servir de leur visibilité et de leur notoriété pour asseoir leur légitimité avec des films de plus grande ampleur : elles feront l’inverse et leur créativité rimera avec expérimentation abstraite. 

Speed Racer, Cloud Atlas, Jupiter Ascending : l’ode à l’expérimentation et la transcendance 

C’est là qu’intervient leur fameux échec au box office (et ce n’est pas le dernier) : Speed Racer, qui est un film Wachowski pur jus avec tout ce que cela contient en terme de thématique (capitalisme, liberté, définition d’un soi, autoritarisme des règles, amour) et de visuel exacerbé (manga, montage épileptique, surimpression, couleur criarde et fluorescente, cadrage magistral). Sauf que d’un coup, on quitte un monde baroque, cyberpunk et adulte pour une épopée dite familiale, amusée, singeant le monde du jeu vidéo (Wipeout Fusion) et  jusqu’au-boutiste dans sa manière de rendre immersive et lisible des scènes de courses endiablées et virevoltantes. Malgré le fiasco du film, tant au niveau du public que de la critique qui fut assassine, la marque des réalisatrices est présente : cette idée de rassemblement un peu naïve dans la genèse d’une création, cette détermination à enfreindre les règles pour s’accomplir, cette connexion entre les êtres et les arts pour faire surgir leurs identités disparates et faire face à une société américaine délavée, grisâtre, consumériste et individualiste. Cependant, Speed Racer, avec le temps commence heureusement à voir s’écrire ses lettres de noblesse et à être défini comme un film culte, et démontre qu’à l’époque les sœurs Wachowski avaient mis en place un véritable tour de force : un film hollywoodien dégénératif, un Blockbuster américain au budget conséquent (plus de 100M) et qui ne mise que sur sa puissance évocatrice de l’expérimentation. Il est rare de voir de nos jours des films avec ce même extrémisme identitaire dans les joutes des grandes productions : à l’exception peut-être de Mad Max Fury Road de George Miller, Gravity d’Alfonso Cuaron ou même Dunkerque de Christopher Nolan. Mais Speed Racer n’était pas qu’un simple coup d’essai isolé et regretté. 

Au contraire, les sœurs Wachowski ne vont pas s’arrêter là et continuer à creuser le sillon de leur identité artistique : celle, qui à l’image de leur personnage, de ne pas se cloisonner dans une zone de confort mais d’additionner les expériences pour enfin atteindre une liberté totale. Cloud Atlas est sans doute l’accomplissement artistique d’une carrière, l’apogée d’une idée créatrice malgré un financement difficile et des recettes maigrelettes : un film monde, « transgenre » d’un point de vue cinématographique, aux multiples univers, qui se voit nourri par toute la filmographie des deux réalisatrices. Aussi ludique par l’universalité de ses thèmes que complexe par sa structure narrative qui demande une certaine gymnastique pour relier de manière constructive les différentes histoires, Cloud Atlas est un bijou de cinéma qui radicalise mais définit de la meilleure des façons l’univers des deux cinéastes. Mais si l’on fait abstraction de le beauté de sa mise en scène, de ce périple iconoclaste à travers les époques et les lieux où l’on saute d’un décor à la Blade Runner à celui de Zodiac, derrière ce sens merveilleux de la tension et du montage, ses indices et l’intelligence de son intrigue, Cloud Atlas est un film qui va plus loin dans leur habituelle logorrhée en amplifiant ce sentiment de déterminisme. 

Un déterminisme qui fait du corps un simple réceptacle, un vaisseau où l’âme erre dans l’espace temps pour apprendre elle même de ses erreurs. En faisant jouer les mêmes acteurs lors des différentes époques, pour que les actes de chacun puissent faire écho et avoir des répercussions sur l’espace temps, les sœurs Wachowski se questionnent une nouvelle fois sur l’identité et le déterminisme de chacun. C’est un film qui voit le passé avoir une incidence particulière sur le futur, et démontre que chacun d’entre nous, par des petits gestes et des actions, peut changer l’Histoire de manière significative. C’est sans doute la première fois que les sœurs Wachowski imbriquaient autant l’infiniment petit à l’infiniment grand, où leur thème de la liberté n’avait jamais pris une puissance aussi vaste. A l’instar de ce moment où Néo voit enfin le réel visage de la matrice, Cloud Atlas amène leur cinéma vers la transcendance. Et cette dernière sera l’épicentre de la dernière œuvre à ce jour des cinéastes : Sense8. On pourrait disserter sur leur dernier film en date, Jupiter Ascending, mais ce space opéra aux scènes d’actions foisonnantes et à la narration un peu bancale regroupe déjà tout l’univers des cinéastes mais accompagne Cloud Atlas dans son envie de recaractériser leur propre définition de l’identité : celle-ci n’est jamais arrêtée, elle est libre et mouvante. Ce qui donne naissance à leur œuvre la plus ancrée dans le réel de notre quotidien : Sense8. 

Sense8 : de la transcendance à la transidentité. 

Dans un monde qui est le nôtre, des individus qui habitent dans des pays et continents différents, de Séoul à Mexico, se voient connectés par leurs pensées, leurs émotions, leurs sens et leurs corps. Chacun peut, de ce fait, intervenir et interagir dans l’univers de chacun à travers le corps de l’autre. Si Sense8 démontre une mise en scène sophistiquée, notamment durant sa saison 2 puis dans l’épisode final, avec une volonté de faire cohabiter les genres (drame, action, humour, film choral), la série est avant pour les Wachowski un moyen de continuer leur étude de caractère de l’identité humaine tout en y insérant un discours plus militant et revendicatif. Sans revenir sur la transidentité des deux cinéastes, chose qui ne nous regarde pas et qui ne concerne qu’elles seules, on ressent toute l’empathie et l’amour des sœurs Wachowski pour leurs personnages. Sense8 est une possibilité pour elles d’ouvrir le médium de la série à des images jamais vues auparavant, à créer des personnages qui sont parfois mis de côté, à travailler avec des acteurs et actrices inconnus, à des mondes dont les différences deviennent une force. Avec un discours qui vise à combattre le racisme et toute forme de discrimination concernant les conditions sociales, les genres ou les orientations sexuelles, les sœurs Wachowski arrivent à créer une œuvre dont beaucoup devraient s’inspirer. Une œuvre, certes un peu naïve et d’une bienveillance contagieuse, mais qui n’a jamais froid aux yeux pour dévoiler des scènes d’orgie, qui donne une réelle visibilité aux minorités (qui n’en sont plus dans cette œuvre) et combat des idéaux par le prisme du cinéma ou de la série. Avec Sense8, on retrouve chez les Wachowski l’habituelle lutte des oppressés, cette ambition de toujours s’absoudre des règles, et magnifier la liberté et les conséquences des choix qui font ce que nous sommes. Mais surtout: il est très rare de voir une série où l’amour entre personnages et entre acteurs/actrices est si forte et visible au premier coup d’œil. Et ça fait du bien, de voir une telle union, une osmose qui n’est pas orchestrée par l’aspect marketing.  Un projet qui unifie autant l’humain que la création. C’était le but ultime des sœurs Wachowski. 

 

« Viva Cinecittà ! » : douze visages du cinéma italien

Viva Cinecittà ! Ce titre porte en lui une double indication. Sur l’objet d’étude de Philippe d’Hugues, mais aussi sur sa passion consommée pour le cinéma italien. Celle-ci, scrupuleusement restituée, se fond dans douze portraits-fleuves : Alessandro Blasetti, Mario Soldati, Vittorio De Sica, Roberto Rossellini, Luchino Visconti, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini, Vittorio Cottafavi, Luigi Comencini, Francesco Rosi et Ermanno Olmi.

Milan, Turin, Gênes, Rome. Le cinéma italien a longtemps connu plusieurs pôles d’activité importants, se disputant une primauté fuyante. Le premier apogée de l’industrie transalpine eut lieu en 1915 et coïncida avec des métrages tels que Christus et Jérusalem délivrée. Il fut néanmoins de brève durée, puisque tous les studios sortirent exsangues de la Première guerre mondiale. Une morosité qui se prolongea jusqu’à la fin des années 1920. La loi de 1931 prévoyant de taxer les films étrangers et d’octroyer des aides aux productions italiennes leur permit toutefois de se relever. Tout comme le fascisme, qui saisit (tardivement) l’importance du septième art : de 12 films en 1930, on culmina à 119 en 1942, tandis que Vittorio Mussolini, le fils du Duce, fonda la célèbre revue Cinema en 1936.

Chantier-phare du fascisme italien, inauguré en 1937 par Benito Mussolini en personne, le complexe romain Cinecittà, également appelé « Hollywood sur Tibre », comporta « plus de soixante hectares, des dizaines d’édifices, plus de vingt studios de tournage ». C’est sous l’occupation allemande que la France vit le cinéma italien prendre le pas sur Hollywood. Philippe d’Hugues, historien du cinéma et ancien conseiller scientifique au CNC, rappelle que deux écoles s’affrontèrent pendant et après la Seconde guerre mondiale : le néoréalisme (déjà) encouragé par les tenants du fascisme et le calligraphisme des opposants antifascistes, un « cinéma ultra-formaliste esthétisant », dont Mario Soldati et Renato Castellani furent d’éminents ambassadeurs.

Alors que Cinecittà devint un temps un camp de réfugiés sous la férule des Alliés, les affaires repartirent après la Seconde guerre mondiale – notamment parce que les bases étaient bien en place et que les règlements de compte politiques demeuraient rares. Le néoréalisme s’imposa alors au monde, même s’il préexistait à la reconstruction du pays. Puis vint ce que l’historien Jean Gili appelle « l’âge d’or du cinéma italien », c’est-à-dire les années 1960 et 1970, pouvant se prévaloir d’une production comprise entre 200 et 300 films par an. Les années 1980 et le berlusconisme télévisuel, diffusant partout en Italie plusieurs milliers de films par semaine, sonna toutefois le glas de cette période faste : cinémas dépeuplés et fermés, audience descendant à moins de cent millions de spectateurs par an, production largement amputée. Bientôt, Fellini adressera à Cinecittà un adieu douloureux, à l’occasion d’Intervista, sorti en 1986.

Le cinéma italien en douze portraits

Ces quelques éléments historiques remémorés, Philippe d’Hugues peut se lancer dans le corps du texte : douze portraits étoffés, éclairés à la lumière du contexte sociopolitique, explicitant avec passion tant les cinéastes que leurs œuvres et singularités.

Que penser du communisme et de l’aristocratie présumés de Visconti ? Fellini peut-il se targuer d’être le plus grand cinéaste italien de tous les temps ? Pourquoi son aura a-t-elle fini par être écornée ? En quoi Le Désert rouge de Michelangelo Antonioni s’érige-t-il en précurseur d’une écologie encore balbutiante ? Blow-Up est-il vraiment le chef-d’œuvre du réalisateur ? Qu’est-ce que le néoréalisme doit à Blasetti ? Les mues de son Pinocchio constituent-elles l’un des morceaux de bravoure de Luigi Comencini ? En quoi les films cités sont-ils « les miroirs et les véhicules » d’un « nouveau climat politique » ? Mario Soldati et Pier Paolo Pasolini doivent-ils être considérés comme des écrivains-cinéastes ou des cinéastes-écrivains ? En quoi Pasolini fit-il scandale dans une société italienne conservatrice ? Pourquoi, malgré une Palme d’Or à Cannes en 1978, Ermanno Olmi reste-t-il méconnu ? Dans quelle mesure peut-il se réclamer d’un héritage rossellinien ?

Toutes ces questions, parmi mille autres, irriguent Viva Cinecittà !. Le livre n’est pas seulement une déclaration d’amour à l’endroit du cinéma italien, c’est aussi une précieuse et abondante mine d’informations, dont les éboulements s’expriment en personnages, en intrigues, en contextes, en conditions de tournage et en (r)évolutions techniques… Philippe d’Hugues ne se contente pas de peindre douze visages du cinéma italien, il explore aussi la société dans laquelle ces derniers se sont exprimés et l’industrie qui les a vus naître. Par le truchement de l’emploi d’acteurs non professionnels, par la pénétration des événements sociaux et politiques dans les longs métrages (par exemple de Francesco Rosi), par les formes plurielles de la comédie italienne… C’est tout un versant du cinéma européen, dans son « sanctuaire » romain, que l’auteur décide de mettre à nu, avec plaisir et érudition.

Fiche technique

Auteur : Philippe d’Hugues
Editeur : De Fallois Eds
Date de parution : 13/03/2019
Format : 15cm x 22cm
Poids : 0,3560kg
EAN : 979-1032102169
ISBN : 1032102160
Nombre de pages : 232
Format : 15,50 x 22,50 x 2,00 cm
Poids du produit : 0,35 Kg

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Musique de films : 6 morceaux sur-exploités au cinéma

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La musique a une place importante dans le cinéma et même si composer une bande originale pour un nouveau film est devenu une étape presque systématique, certains réalisateurs préfèrent choisir des morceaux déjà existants. Une mode relativement récente qui peut être assimilée à la nostalgie mais témoigne parfois d’un manque d’initiative de la part des réalisateurs.

Au début du 20e siècle, des musiciens accompagnaient en direct les projections de films muets. Un pianiste ou bien un orchestre enrichissait l’expérience par le son, même si le principal but était de camoufler le bruit envahissant des projecteurs. On utilisait déjà des morceaux classiques de compositeurs bien connus pour accompagner ces séances. C’est à partir des années 1920 avec l’arrivée de films de plus en plus ambitieux comme Nosferatu ou Metropolis qu’on commence à composer des morceaux spécifiques aux œuvres projetées, une habitude depuis maintenant près d’un siècle.

Pourtant, certains films exploitent uniquement des morceaux déjà existants, une manœuvre qui, ces dernières années, se démocratise à l’image de Watchmen, Mr. Nobody, Les Gardiens de la Galaxie, Suicide Squad et Ready Player One. Tous sont sortis il y a moins de dix ans.

En utilisant des morceaux célèbres qu’on assimile très facilement à une certaine émotion, une certaine ambiance ou un certain contexte, on s’assure de toucher le spectateur. De plus, ces œuvres, très fréquemment utilisées, témoignent généralement de la période à laquelle elles ont été composées. Ainsi, un morceau d’Elvis Presley, même sans images, nous plonge instantanément dans les années 1950 et 60 et c’est cette facilité qui pousse à en abuser, notamment dans les biopics et films historiques.

Certains morceaux évoquent énormément de choses à la fois et se retrouvent ainsi dans de nombreux films. Nous avons choisi d’en présenter six et de comprendre ce qu’ils apportent ou non aux différents long-métrages qui les utilisent.
Pour cette sélection, nous avons choisi de ne pas prendre en compte les utilisations parodiques à l’image de You Can Keep Your Hat On ou Spandau Ballet. De la même manière, nous ne citerons pas de morceaux trop spécifiquement assimilés à certain films (Eye of the Tiger, Johnny B. Goode ou Stayin’ Alive).

The Chordettes – Mr. Sandman

The Chordettes sont connues pour les fabuleux accords a capella et Mr. Sandman a été un de leurs plus grands succès. Le morceau rappelle instinctivement les années 1950, un atout qui justifie sa forte présence au cinéma. Et c’est notamment l’idée de Robert Zemeckis qui avec Retour vers le Futur (1985) nous fournit, à chaque voyage de Marty McFly, une bande son appropriée. L’impression de décalage temporel en est accrue et nos oreilles découvrent, autant que nos yeux, le Hill Valley de 1955 grâce à ce fond sonore de Mr. Sandman.  Quatre ans plus tard sort Retour vers le futur II et l’on est nourrit de la même bande sonore, lorsque Marty retourne en 1955, un détail subtil mais ingénieux pour intensifier l’impression de déjà vu avec le premier film.

Un autre usage mémorable du morceau vient de la saga Halloween. Mr. Sandman est une mélodie innocente et joyeuse, pourtant John Carpenter a décidé de l’ajouter à son film d’horreur pour un effet marquant. Accompagnant le générique d’ouverture, l’usage est ironique et choque le spectateur mais apporte une toute autre tonalité à la chanson. Les paroles symbolisent la naïveté, l’espoir et le rêve (« Mr. Sandman, give me a dream ») face au cauchemar auquel on va assister.

Hormis cette appropriation si particulière, le morceau a principalement servi à symboliser les années 50 mais aussi la nostalgie, comme dans Mr. Nobody (2010). Son aspect chic, encouragé par les harmonies, offre également un potentiel comique, exploité dans Philadelphia (1993) ou Cry-Baby (1990) qui se moquent d’une aristocratie condescendante et select en nous montrant des boys band pompeux reprendre la mélodie.

Creedence Clearwater Revival – Fortunate Son

Cette chanson rock sortie en 1969 est rapidement devenue un hymne pacifiste, un symbole de contre-culture en opposition à la mobilisation américaine au Vietnam. Durant ce conflit, la musique a joué un rôle important dans la motivation des troupes américaines. Énormément de soldats écoutaient la radio lors de leurs pauses, plusieurs heures par jour et le rock des années 1960 a très vite été assimilé à cette guerre. Mais s’il n’y avait qu’un responsable à compter pour la présence de ce morceau à chaque coin de rue, c’est Forrest Gump, l’un des rares films familiaux à aborder le conflit.

Après quarante minutes de récit, Forrest arrive au Vietnam en hélicoptère, sur fond musical de Fortunate Son, une scène qui influencera le cinéma de guerre à jamais. Robert Zemeckis avait décidé d’uniquement utiliser des artistes américains dans ce film, qui deviendra culte et un modèle pour tous. Suivent les films d’actions comme la comédie Tonnerre sous les Tropiques (2008), Die Hard 4 : Retour en enfer (2007), Battleship (2012), War Dogs (2016) et Logan Lucky (2017) qui, chacun, utilisent ce morceau pour illustrer une situation glorieuse, où les protagonistes sont confiants, fiers ou héroïques.

A l’origine, la chanson qui critique le système américain n’abordait pas tant le sujet de la guerre que des inégalités sociales. Fortunate Son fait référence à David Eisenhower, petit-fils de l’ancien président Dwight D. Eisenhower qui venait d’épouser Julie Nixon, fille de l’actuel président Richard Nixon, des personnages privilégiés qui n’avaient pas à subir les conséquences de cette guerre comme le reste des américains.

Buffalo Springfield – For What It’s Worth

Les années 1960 étaient une bonne période pour sortir un single. Enregistrée en 1967, cette protest song avait été écrite en réaction à la fermeture d’un club à Los Angeles suite à des violences entre jeunes et forces de l’ordre. Mais le morceau a pris une nouvelle envergure, lorsque des opposants au conflit vietnamien l’ont utilisé pour protester jusqu’en 1975. Il est depuis cela assimilé aux mouvements pacifistes des années 1960 et 70. De la même manière que Fortunate Son et bien d’autres, de nombreux morceaux rock sont devenus de réels symboles en cette période engagée. All Along the Watchtower de Jimmy Hendrix entendue dans Forrest Gump, American Beauty (2001), Watchmen (2009) et Rush (2013) aurait également mérité une place dans cette sélection pour sa représentation du conflit mais nous avons préféré parler de l’œuvre de Buffalo Springfield.

Cette fois-ci Forrest Gump n’a pas été le premier à introduire le morceau mais l’intention d’Oliver Stone avec Né un 4 juillet (1989) était la même. La thématique du Vietnam, mais plus largement de la guerre, semble attachée à ce morceau tellement les utilisations en ont été nombreuses. Toutefois, la dynamique est différente. Finies les scènes glorieuses en hélicoptères. Ce morceau plus calme est principalement utilisé pour illustrer une introspection, une remise en question de la part des personnages. Lorsqu’arrive cette musique, Forrest Gump vit des conditions difficiles, loin de ce qu’il espérait en s’engageant pour le Vietnam tandis que Lord of War (2006) nous expose, avec son introduction mémorable, la triste réalité du commerce d’armes. On a également pu l’entendre dans Les Rois du Désert (1999), Jarhead (2005), Tonnerre sous les Tropiques ou encore Las Vegas Parano (1998).

Norman Greenbaum – Spirit In The Sky

L’introduction suffit à reconnaître ce morceau mythique de la fin des années 1960. Écrite par Norman Greenbaum, en 15 minutes selon ses dires, Spirit In The Sky est un savoureux mélange de rock et de gospel qui ne serait rien sans son accompagnement si particulier obtenu (et jamais égalé) grâce à une guitare trafiquée. Ce morceau devenu synonyme de bonne humeur est indémodable, un bon point si l’on souhaite l’insérer à un film.

S’il a été spécifiquement sur-utilisé ces dernières années avec Les Gardiens de la Galaxie (2014) puis Suicide Squad (2016) juste avant Life (2017), on s’en souvient tout particulièrement dans Ocean’s eleven (2001), lorsque Reuben Tishkoff, interprété par Elliott Gould, raconte à Danny Ocean les trois tentatives de braquages les plus fructueuses de l’histoire de Las Vegas mais également pour la scène impressionnante du décollage de Saturn V dans Apollo 13 (1995). Pour l’anecdote, cette utilisation du morceau revient à de la reconstitution de la part du réalisateur Ron Howard puisque Fred Haise, pilote du module lunaire avait réellement emporté le morceau à bord, en 1970.

Spirit In The Sky est également apparu dans des films comme Contact (1997) de Robert Zemeckis ou Evan Tout Puissant (2007).

Simon & Garfunkel – Mrs. Robinson

Le duo folk avait composé ce morceau pour leur quatrième album mais c’est dans Le lauréat (1967) qu’on a d’abord pu l’entendre. Mike Nichols qui réalisait le film, venait de découvrir les deux artistes et leur avait demandé de composer pour lui quelques chansons. Mais après plusieurs semaines, leur travail ne convenait pas à la vision du metteur en scène. C’est alors que le duo lui proposa Mrs. Roosevelt, un projet pas complètement terminé. Le premier couplet, notamment, n’avait pas encore été écrit et le duo ne s’était toujours pas décidé sur le titre.

« Dee de dee dee de dee dee dee. » Sans paroles, voilà à quoi ressemblait le début du morceau. Une idée qui a plu à Nichols et s’est retrouvée dans la version finale, intitulée Mrs. Robinson en référence au personnage du film.

Si le morceau est principalement assimilé à ce film qui a révélé Dustin Hoffman, il a pourtant été fréquemment réutilisé. La chanson se détache d’ailleurs du reste de cette sélection car elle ne représente pas réellement une émotion ou une période distincte. C’est pourquoi elle peut être utilisée non seulement à but comique, comme dans Wayne’s World 2 (1993) ou American Pie (1999) pour une référence très peu subtile au film de Mike Nichols, mais aussi par certains des plus grands réalisateurs, à l’image de Martin Scorsese dont l’usage de la reprise du morceau, par le groupe Lemonhead, signe la chute de l’empire de Jordan Belfort dans Le Loup de Wall Street (2013).

On entend également le duo chanter lorsque Forrest Gump rencontre le président Lyndon B. Johnson.

Beethoven – 7ème Symphonie 2nd Mouvement

En utilisant un morceau populaire, le réalisateur est certain de toucher son audience. C’est pourquoi tant d’œuvres cultes accompagnent nos films préférés. Mais un bon usage de la musique n’est pas pour autant évident. Le second mouvement de la septième symphonie de Beethoven en est l’exemple parfait. L’émotion que dégage cet extrait n’est pas aussi explicite que le reste de cette sélection. Le calme et la violence, funèbre mais grandiose, de quoi facilement perdre le réalisateur qui voudra l’insérer à son film.

Alex Proyas nous propose le morceau à deux reprises dans Prédictions (2009), un film catastrophe, mais son usage est inutile. Dans les deux situations, l’extrait est accéléré et coupé grossièrement pour convenir à la durée des séquences. Les scènes, bien trop basiques, ne justifient pas un tel accompagnement, une exploitation abusive qui découle directement de cette habitude à utiliser, encore et encore, la même musique.

Dans d’autres films, comme X-Men : Apocalypse (2016), son usage peut être assez superficiel mais on trouve, malgré tout, de bons élèves. Irréversible (2002) se clôt sur cet air doux mais magistral, à l’opposé (même musicalement) de la violence maladive et de l’ambiance oppressante à laquelle on assistait dès les premières minutes, une fausse happy end au goût amer. Dernier usage mémorable en date, Le Discours d’un Roi (2011). Dirigé par son orthophoniste à la manière d’un orchestre, le roi George VI prend progressivement confiance à mesure que la musique s’intensifie. Ce n’est qu’un homme devant un micro, pourtant la scène est d’une gravité saisissante et Beethoven y joue son rôle. George VI triomphe finalement face à son handicap, mais annonce la guerre à son peuple par la même occasion, nous sommes en 1939. Une dualité d’émotion nous envahit alors, un mélange d’effroi et de soulagement qu’illustre parfaitement cette septième symphonie.

D’autres films ont utilisé le morceau sans pour autant se distinguer par ce choix d’accompagnement mais méritent d’être cités, comme The Man From Earth (2007) qui réalise un bel hommage à Beethoven, ou The Fall (2006) et son générique à la photo impeccable.

Us, l’invasion des profanateurs de villégiature

Avec Us et après Get Out, Jordan Peele tire sa deuxième cartouche estampillée « film d’horreur ». Sans vraiment réussir à faire mouche il livre un film esthétiquement réussi mais maladroit dans son écriture.

Même pas peur !

Les Wilson, un couple et leur deux enfants, viennent s’installer pour quelques jours dans leur maison de vacances. A peine arrivés ils sont pris à partie par une famille qui leur ressemble étrangement. Or Adélaïde, la mère, garde depuis son enfance le souvenir terrifiant d’une rencontre avec son propre reflet. Dès les premières scènes, Jordan Peele semble nous dire : vous voulez un film d’épouvante ? vous allez voir ce que vous allez voir ! Un long zoom arrière à la Kubrick, un clin d’œil au Thriller de Michael Jackson et des personnages masqués/fringués façon Michael Myers, le premier quart d’heure donne le ton. Ajoutez à cela une bande son anxiogène et une histoire qui lorgne autant du côté des clones de Body Snatchers que des home invasions et tous les ingrédients semblent réunis pour faire prendre la sauce à frissons.  Mais à multiplier les références horrifiques, le film de Jordan Peele ne parvient finalement jamais au but annoncé : faire peur. Ou du moins jamais très longtemps. C’est même l’inverse qui se produit : au fil d’un scénario qui ne manque pas d’humour et de personnages frisant parfois le ridicule, on rit en fait bien plus qu’on ne s’effraie. Le film est-il mauvais pour autant ? Non.

Thématiques croisées : pierre – club – ciseaux

Non car le réalisateur a su tirer le meilleur de cette histoire de doppelgänger et en a déroulé tous les fils thématiques possibles.  Ainsi du thème du dédoublement qui affecte autant les personnages que certaines scènes elles-mêmes. Ainsi des miroirs, très nombreux, de la gémellité des voisines, ou de la construction axiale de certains décors. Autre récurrence, le corps entravé. Limite du langage chez la gamine, frappée de mutisme. Entrave à la locomotion pour le père réduit à ramper devant son propre double. Les menottes enfin, objet particulièrement récurant, qui renvoient symboliquement à la condition des Noirs via la question de l’esclavage ou des violences policières contemporaines. Violence par ailleurs soulignée par l’accumulation d’armes de toutes sortes : ciseaux, club, tison… Us s’éloigne ainsi du film d’horreur à proprement parler pour ressembler davantage à un film sociologique voire politique. Et c’est sans doute sa dimension la plus intéressante.

Un apologue : une lutte des classes

Depuis les films de SF des années 50 jusqu’aux zombies de George A. Romero, on sait que le cinéma fantastique n’a pas son pareil pour illustrer métaphoriquement les problématiques sociétales contemporaines. Qu’il s’agisse de dénoncer les menaces du péril atomique, du communisme ou du consumérisme, les méchants portent toujours en eux une volonté de remise en cause de l’ordre établi. Jordan Peele abandonne ainsi la dialectique Blancs/Noirs à l’œuvre dans Get Out pour celle de la lutte des classes. Certes la famille Wilson est noire mais ce n’est pas tant la couleur de la peau qui compte ici que celle de l’argent. Car à l’instar de leurs voisins, les Wilson cumulent les signes extérieurs de l’American way of life (le U.S du titre). Au grand dam des « autres », parés du rouge de la révolte et spoliés de leurs droits. C’est dès lors le peuple des ombres contre celui de la lumière, les bannis des profondeurs contre les nantis des hauteurs. Un affrontement dialectique déjà maintes fois rencontré au cinéma (Metropolis, La Machine à remonter le temps, M le maudit). Un combat mené par deux reines – non pas noire et blanche mais blanche et rouge comme dans le texte de Lewis Carroll (De l’Autre côté du miroir, et clin d’œil au lapin blanc d’Alice), et porté par l’impressionnante composition à deux têtes de Lupita Nyong’o.

Un film maladroit mais intéressant, magnifié par une excellente bande originale et une photographie de grande qualité. A découvrir.

Us : Bande-annonce

Synopsis : Gabe et Adelaide Wilson se rendent avec leurs deux enfants dans leur maison de vacances pour passer du temps avec leurs amis, les Tyler. Mais leur séjour tranquille devient cauchemardesque quand ils sont terrorisés par une bande d’inconnus qui ne sont autre que leurs doppelgängers…

Fiche Technique : Us

Réalisation et scénario : Jordan Peele
Casting :Lupita Nyong’o : Adelaide Wilson/Red, Winston Duke : Gabe Wilson/Abraham, Elisabeth Moss : Kitty Tyler/Amethyst, Tim Heidecker : Josh Tyler/Gar, Yahya Abdul-Mateen II : David Stone, Anna Diop : Susan Stone/Prune, Evan Alex : Jason Wilson/Pluto, Shahadi Wright-Joseph : Zora Wilson/Lana, Cali Sheldon et Noelle Sheldon : les filles Tyler, Duke Nicholson : officier Murray, Kara Hayward : Nancy, Nathan Harrington : Glenn, Madison Curry : Adelaide, jeune
Direction artistique : Cara Brower
Décors : Ruth De Jong
Costumes : Kym Barrett
Photographie : Mike Gioulakis
Montage : Nicholas Monsour
Musique : Michael Abels
Production : Jason Blum, Ian Cooper, Sean McKittrick et Jordan Peele
Productrice déléguée : Beatriz Sequeira
Sociétés de production : Blumhouse Productions, Monkeypaw Productions et QC Entertainment
Sociétés de distribution : Universal Pictures (États-Unis), Universal Pictures International France (France)
Budget : 24,6 millions de dollars1
Genres : horreur, thriller
Durée : 116 minutes

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3.5

Brooklyn Nine-Nine : Quand les séries comiques s’intéressent au harcèlement sexuel

Qui a dit que les séries comiques ne peuvent pas être politiques ? La preuve est faite avec l’un des derniers épisodes de Brooklyn Nine-Nine, qui revient sur l’affaire #MeToo et aborde frontalement le harcèlement sexuel au travail.

Toujours aussi ancrée dans l’actualité, la série policière comique Brooklyn Nine Nine rebondit sur le mouvement #MeToo dans un épisode spécial. On assiste aux nombreuses pressions affrontées par les victimes d’agressions sexuelles quand elles veulent dénoncer auprès de la police leur agresseur. L’épisode 8 de la saison 6 met en scène une affaire de harcèlement sexuel au travail : une jeune femme, sur le point de se faire agresser sexuellement s’est défendue en brisant le pénis de son agresseur ; sauf que, c’est lui qui porte plainte pour agression.

Dans cet épisode intitulé « He said, she said », les deux versions sont contradictoires. C’est une situation de « ma parole contre la sienne », qui risque de tourner au désavantage de la victime, sans preuves concrètes. Ne pas être crue est la première difficulté de la jeune femme. Ou pire, d’être accusée d’hystérie. Comme d’habitude, c’est la femme qui interprète mal le geste ou la parole déplacée de son collègue et sur-réagit. Au sein de l’entreprise, tous les autres collègues soutiennent à l’unisson que « Seth (notre agresseur) est un bon gars. C’est un milieu de travail très professionnel », malgré les preuves du contraire.

brooklyn-nine-nine-serie-he-said-she-saidS’ensuit un débat intéressant entre Amy et Rosa. Les deux femmes sont en désaccord sur la nécessité pour la victime de porter plainte ou non. Rosa joue la carte du réalisme, affirmant que la meilleure solution pour la jeune femme serait d’accepter l’argent offert par la compagnie contre son silence. Elle soutient que cela lui évitera l’humiliation publique d’un procès et la fin prématurée de sa carrière dans l’entreprise. Mais Amy ne l’entend pas de cette manière : dénoncer son agresseur permet de se délivrer du silence et faire justice, voire même montrer l’exemple à d’autres victimes qui n’osent pas.

Au final, les deux femmes auront raison. A l’issue de l’épisode, [debut du spoiler] grâce à une preuve fournie par un collègue, l’accusé sera bel et bien condamné. Bien que justice soit faite, la jeune femme décide d’elle-même de quitter la boite. Cette dernière refuse d’être traitée différemment par ses collègues. Amy se retrouve déçue d’avoir mis fin à sa carrière [fin du spoiler] Pourtant, Rosa la félicite pour sa victoire. Une autre collègue de la victime décide de porter plainte contre notre agresseur. Le courage de la première jeune femme aura montré la voie à d’autres victimes pour les encourager à parler, tout comme l’avait espéré Amy.

Cet événement permet aussi à Amy de s’exprimer auprès de Jake sur le sexisme du quotidien : les frotteurs dans la rue, la condescendance des hommes au travail, ou les attentions déplacées. Jake s’excuse au nom des hommes car lui-même n’en a pas conscience. Elle rétorque que ce n’est pas grave et qu’elle a l’habitude. Mais il répond que c’est encore plus triste.


Dans le paysage des séries comiques, d’autres épisodes sur le même sujet méritent le détour.

  • Master of None, « Ladies and Gentlemen » (01×07)

Dans le même registre que Brooklyn Nine Nine, la série comique Master of None d’Aziz Ansari, a consacré un épisode sur la misogynie – intitulé « Ladies and Gentlemen ». Ce qui est intéressant dans l’épisode est sa vision partagée entre les points de vue des personnages féminins et ceux des personnages masculins. Rachel, la petite amie de Dev, témoigne du sexisme implicite du quotidien. Et Denise, la meilleure amie de Dev, aborde le harcèlement de rue  et dans le métro.

https://www.youtube.com/watch?v=tY8BcaejTNA

Avec humour, le spectateur est lui-même sensibilisé à la réalité du patriarcat toujours présent dans notre société moderne.

Tout comme celui de Brooklyn Nine Nine, l’épisode illustre avec franchise l’expérience de harcèlement racontée par les femmes. Le point de vue adopté par Dev montre que même les hommes peuvent se sentir concerné et agir contre le sexisme au quotidien.

Girls, « American Bitch »

De manière beaucoup plus poussée, la série Girls, dirigée par Lena Dunham, s’est aussi exprimée en réaction au mouvement #MeToo. L’épisode intitulé « American Bitch » a fait beaucoup parler de lui. Il traite plutôt de cette zone grise (blurred line) qui pose problème dans les relations de pouvoir entre homme et femme.

Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, un petit résumé de cet épisode. Le personnage d’Hannah (Lena Dunham), journaliste pour un site féministe, a écrit un article dénonçant un cas de harcèlement sexuel. Chuck Palmer (Matthew Rhys), est un célèbre auteur qui se retrouve accusé par plusieurs femmes d’avoir profité d’elles. Il invite Hannah chez lui pour tenter d’expliquer sa version de l’histoire. Au début, le personnage est persuadé de la culpabilité de l’écrivain. Cependant, tel un pervers narcissique, celui-ci parvient à semer le doute dans l’esprit d’Hannah, et de pair, dans le nôtre. Au fur et à mesure de l’échange, Chuck se place en victime. Bien sur, il prétexte que ces femmes veulent simplement le diffamer.

Un épisode qui monte en tension. Petit à petit, le piège se referme sur Hannah. Il parvient à gagner sa confiance en s’intéressant à sa vie. Une discussion qui tourne au flirt. La jeune femme se sent assez à l’aise pour s’allonger à ses côtés. Chuck en profite et exhibe son sexe avec un naturel ahurissant. La jeune femme se retrouve à le toucher, machinalement (comme le montre la photo ci-dessus). Bien qu’elle n’ait pas été forcée, Hannah est victime d’un abus de pouvoir de la part de Chuck.

Enfin, la conclusion nous laisse comme témoin et juge d’une situation dite de « zone grise », où la frontière du consentement ou non-consentement est si fine que beaucoup réfuteraient l’agression sexuelle.

Dans un final perturbant, cet épisode de Girls fait écho au témoignage d’Amy dans Brooklyn Nine Nine. Cette dernière témoigne à Jake avoir subi les avances déplacées de son mentor dans la police (voir la vidéo ci-dessous). Le spectateur prend conscience que les femmes sont « forcées » de répondre aux compliments des hommes par des faveurs sexuelles.

https://www.youtube.com/watch?v=qBx3sC09hLM

L’effervescence de #MeToo a surtout permis aux séries de légitimer la parole sur le harcèlement sexuel.

Le corps sauvage : faire du cinéma avec un petit budget

Est-ce un hasard si les derniers « petits » films français sortis ces dernières années parlent tous de jeunesse et de radicalité ? Il ne s’agit pas d’une radicalité religieuse, ni de « petits » films au sens pas intéressants, mais de choix de vie, de questionnement et de budget très très serré comparé à ceux, pharaoniques, de la plupart des productions actuelles.

Petits budgets, grands sujets

Ils sont trois à occuper cet article : Heis (Chroniques) sorti en 2017,  Pour le réconfort sorti fin 2017 et Le corps sauvage, au cinéma en mars 2019. Tous ont un point commun : avoir été tournés avec des petits budgets, comme des cris bruts, et parler d’une forme de radicalité, de choix, et surtout d’héritage. L’héritage est plus frontalement abordé par Vincent Macaigne et son Pour le réconfort, mais Anais Volpé (Heis) parle de ce que c’est, pour elle, d’avoir 30 ans aujourd’hui. Elle balaye donc aussi un large héritage, se positionne. Elle dit quelque chose de la jeunesse d’aujourd’hui.

Quant à Cheyenne Caron, elle a fait de son Corps sauvage non seulement un film sur la nature, la chasse et ses différents pratiquants, défenseurs mais aussi détracteurs, mais surtout sur une jeune femme de 25 ans qui choisit de s’éloigner un instant de sa vie pour la construire. Il ne s’agit pas seulement de trouver sa place au sein du monde, mais de la construire autrement, de se dessiner, même dans une grande radicalité. Ainsi Diane, telle une déesse de la chasse, parcourt des sentiers forestiers avec son arc, s’inscrit dans une communauté où tous partagent, ne font quasiment qu’un avec la nature. Et assument le paradoxe entre aimer la nature et abattre l’animal.

Être indépendant

« Le film a été tourné en dix jours, avec une petite caméra numérique, sans scénario, et sans équipe ou presque (…). Souvent aussi je tenais la caméra, et les acteurs se relayaient à la perche. Tout le monde a été très généreux et venait pour rien comme ça, juste pour tenter des choses; c’est très beau ça », déclare Vincent Macaigne dans le dossier de presse qui a accompagné la sortie de Pour le réconfort. Cette générosité mise en avant, au-delà du grand spectacle qu’est le cinéma, est également la motivation de Cheyenne Caron avec ce dixième film : « celui-ci n’a pas échappé à la règle ! (de manquer d’argent pour faire le film) Mais finalement, c’est aussi le prix à payer pour rester indépendant… ».

Il y a donc dans ces films-là une volonté assidue de dire quelque chose, de transmettre, au-delà même de l’acte artistique. Si c’est moins le cas de Vincent Macaigne qui vient du théâtre et travaille de manière artistique sur cette radicalité de ton, pour Cheyenne Caron ou Anais Volpé, il s’est plutôt agi de servir un sujet. On sent dans Heis le besoin de parler d’une génération, de témoigner d’une galère, sans prétendre faire du cinéma le seul véhicule de cette parole. Pourtant, Anais Volpé a sillonné les salles au moment où son film sortait pour l’accompagner, le faire vivre, le faire voir surtout. Quant à Cheyenne Caron, elle tente de produire son cinéma en parallèle des sorties en salles, en proposant aux spectateurs de se procurer le DVD du film un mois avant sa sortie au cinéma.

Un cinéma plus authentique ?

On retrouve cette volonté dans le produit fini : Anais Volpé a fait de son film un assemblage de chroniques qui formaient un tout, quant à Cheyenne Caron, elle offre un film de discours : sur la chasse notamment. Tout le monde s’y exprime, on entend tous les points de vue, ce qui est vraiment appréciable, voire honorable, car peu de monde aurait été jusque-là dans une œuvre de fiction. Quelques scènes notamment au bord de l’eau ou dans la forêt son assez belles, comme voulant ressembler à des tableaux champêtres, en quête d’une harmonie avec la nature. On regrettera juste l’impression très très amateuriste de l’ensemble : dialogues récités, clichés sur la nature (on tend sa main vers le ciel), posture très figée des différents protagonistes.

On sent un peu trop que Le corps sauvage échappe à tout un circuit, ce qui peut être certes salvateur mais provoque aussi une forme d’inadéquation avec le spectateur. Dommage, il y a avait de belles idées. On se prend à rêver d’un cinéma sans doute plus humain, plus relié à nous, spectateurs. Nous voulons rêver au cinéma, mais peut-être que le cinéma  a aujourd’hui pris beaucoup trop de valeur marchande (il n’y a qu’à voir le prix d’une place !) et un peu moins une valeur humaniste, pourtant présente à ses débuts. Il est donc nécessaire que certains prennent des risques, quitte à se planter, à nous faire sourire par certains choix mais prouvent au moins que le cinéma, c’est aussi et surtout : raconter par l’image, par le son, par le corps et pas seulement par la prouesse technique.

Bande annonce : Le Corps sauvage

Synopsis : À la recherche d’une nouvelle façon de vivre, Diane, 25 ans, s’installe chez son grand-père dans un village bordant une forêt où elle pratique la chasse à l’arc. Le grand-père lui fait découvrir l’univers de la chasse, ses rites et ses traditions, ainsi que son village où chacun vit en harmonie, unis par des valeurs fédératrices. Cette harmonie est bientôt menacée par un groupe de chasseur sans éthiques ; mais Diane est décidée à protéger le village et la nature à son corps défendant.

 

Love Death + Robots : Un ovni d’animation et de SF

Une bande annonce explosive et pulsionnelle, Tim Miller comme créateur, David Fincher comme producteur, la nouvelle série anthologique de Netflix, Love Death + Robots,  contenait tous les ingrédients pour égratigner les rétines et servir un spectacle adulte et jouissif au possible. Verdict final: la série arrive à relever le pari, mais non sans défauts.

Love Death and Robots est à l’image de son trailer original : une série qui va vite et qui ne se pose pas trop de questions. Avec ses 18 épisodes, qui durent de 7 à 17 minutes, on assiste sous nos yeux, parfois ébahis, à une mosaïque pharaonique d’animation allant de la 2D à la cinématique, du photo réalisme au cartoon, du cel shading aux CGI impressionnants jusqu’à la de prise de vue réelle. Comme son nom l’indique, Love Death + Robots utilisera l’animation et ses multiples composites, pour matérialiser à de nombreuses reprises ses thématiques principales à savoir celles de la violence, du sexe et de la SF. Violence gore, sanguinolente et qui ne se donne aucune limite dans sa représentation : tête coupée, démembrement, arme à feu, monstre, explosion etc… Violence qui rappelle celle du réalisateur de Deadpool, Tim Miller. Dès le premier épisode, «L’avantage de Sonnie », le ton est donné et la marque de fabrique de la nouvelle série Netflix semble toute trouvée.

Dans un monde futuriste, des hommes et des femmes prennent possession de corps de monstres vociférants pour se battre dans des arènes souterraines. Avec son personnage principal féminin aux traits ressemblants à ceux de Lisbeth Salander et son environnement à la Pacific Rim, ce premier épisode est une première claque d’animation, qui à l’image de la série, va droit au but et s’avère être un divertissement efficace, futuriste et assez trash. Love Death + Robots est une série qui base son matériau sur sa rapidité d’exécution, une direction artistique bluffante, son mélange des genres (anticipation, monstre, fantastique, SF) et sa capacité à changer de visage à chaque épisode : ce qui donne parfois un exercice de style qui ne se donne pas souvent le temps de contextualiser son cadre, ni même de donner corps aux véritables motivations de ses personnages,  et qui tombe parfois dans la piège de la superficialité. La série fonctionne comme une peinture grinçante qui donnerait vie, à un instant donné, à un futur loin d’être idyllique, lieu propice à ce que l’animation fasse sortir les armes et fasse gicler le sang, à l’instar d’un Beat them all dans la sphère du jeu vidéo : comme l’atteste l’épisode « angle mort » avec ses faux airs de Mad Max fait de cyborgs ou même avec « une guerre secrète » où des soldats sibériens se battent contre une armée de monstres. C’est le genre d’épisodes récréatifs où il n’y a pas de temps mort, chose qui donne naissance à un divertissement assez juvénile et carnassier.

D’un épisode à un autre, on passe d’un monde post apo à l’univers claustrophobe d’un vaisseau ou même d’une forêt enneigée de Sibérie. Mais de cette violence, de cette nudité parfois frontale, nait aussi une certaine vision de la SF : sombre, moribonde où l’homme devient une proie et une entité bien faible face à ce qui l’attend, comme nous le prouvent deux épisodes marginaux du reste de la série, extrêmement drôles, et presque enfantins : « la revanche du yaourt » et « les trois robots ». Deux épisodes, qui de manière très succincte et humoristique, montre d’une part l’absurdité de la faiblesse biologique et écologique de l’homme et d’autre part, son autodestruction maladive et son incapacité à se diriger avec pérennité et réflexion. Même si certains épisodes poussent à la réflexion, que ça soit sur l’imaginaire lovecraftien orchestré par la technologie (« derrière la faille »), la mutation vorace des armées (« Métamorphes »), notre manière de concevoir l’art et son commerce artificiel (« l’oeuvre de zima ») ou les violences faites aux femmes (« le témoin », « l’avantage de Sonnie » et « bonne chasse »), Love Death + Robots n’est pas une série comme peut l’être Black Mirror qui laisse entrevoir le questionnement habituel sur notre quotidien, nos addictions et notre lien à la technologie. Plus régressive et instinctive, plus proche de l’aspect ludique et nerveux de l’univers du jeux vidéos que de la thèse philosophique, sexualisant parfois l’humain à outrance (notamment la femme et ses courbes), la série est une suite d’épisodes autant débordante d’imagination que parfois engoncée dans ses propres références (celle de Gravity dans « le coup de main »).

La diversité des visuels et des cultures, la pluralité des tonalités où l’on passe du rire à l’action pure, cette volonté de se renouveler à chaque épisode et de créer une déferlante de lieux plus grandiloquents les uns que les autres font aussi le charme d’une série, qui certes, ne va pas révolutionner la SF et son évolution. Elle pourra au pire, amuser certains devant cet alliage parfois très réussi de gore, d’horreur, d’humour (« un vieux démon »), faire saisir l’essence même du rêve et de la liberté (« les esprits de la nuit »), et au mieux subjuguer par son aspect iconique, son inventivité visuelle et sa maitrise incroyable du médium de l’animation : « le témoin » réalisé par Alberto Mielgo et « bonne chasse » d’Oliver Thomas en sont les deux meilleurs symboles. Deux épisodes, très distincts, magistraux, mais qui mériteraient presque de devenir des longs métrages. « Le témoin » est une course poursuite où l’on suit une femme qui essaye d’échapper à un homme. Dans des ruelles dignes de Ghost in the shell entrecoupées par des confusions de personnalités à la Perfect Blue, cet épisode impressionne par son visuel, sa nudité organisme, sa tension et son découpage. Pour « bonne chasse », on croirait voir un film d’animation Disney qui se verrait taché de sang par l’ambition et la violence de l’homme: la place de la femme, la mécanisation de notre quotidien moderne, les cultures ancestrales et le nouveau visage de nos désirs charnels sont des thématiques qui font de « Bonne chasse » un bijou d’animation.

A travers ce magma de courts métrages intenses et efficaces, cette action gore et cet amour pour les codes du fantastique, Love Death + Robots fait rapidement penser à ces quelques courts métrages réalisés par Neil Blomkamp pour Oats Studios (« Rakka »): la même envie de s’amuser et de dépoussiérer le spectre de la SF avec passion. 

Bande Annonce – Love Death and Robots

Fiche Technique :

Créateur : Tim Miller, David Fincher
Distributeur : Netflix
Genre : Animation, SF, horreur
Format : 10 à 15 minutes
Nombre d’épisode: 18

Date de sortie : 15 mars 2019

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4

L’art des scènes musicales dans les films non-musicaux

S’enthousiasmer en chansons et réagir en musique est tout à fait commun dans les comédies musicales. Cependant, ce genre n’a pas le monopole de ces grands moments où des notes et une mélodie viennent se glisser autour des personnages. Ces scènes ont le don de se faire remarquer dans un film non-musical pour offrir des séquences souvent inoubliables et entêtantes. Dans le cadre de notre cycle sur le cinéma en musique, Le Mag du Ciné revient sur 10 scènes musicales dans des films non-musicaux.

Trainspotting (Danny Boyle, 1996) :

La légende veut que British Film Institut ait placé ce film culte parmi les 10 meilleurs films britanniques de tous les temps. Il faut dire que, en plus d’avoir fait connaitre Ewan McGregor, il restera sans doute à jamais la fiction qui aborde le mieux le difficile sujet de la toxicomanie. Parmi les scènes les plus célèbres du film, il y a notamment son ouverture, celle du monologue intitulé « Choose life ». En plus de son poignant appel à la vie lancé en voix-off par Renton, le personnage principal qui écorche au passage le mode de vie consumériste de ses contemporains, ce passage profite également d’une course-poursuite montée avec une parfaite virtuosité sur Lust for Life d’Iggy Pop. Cette chanson, sortie près de 20 ans plus tôt, est elle aussi une parfaite évocation des abus de drogues dures, mais profite surtout d’un rythme effréné qui permet, en moins d’une poignée de minutes, de rendre addictive l’excellente mise en scène de Danny Boyle.

Julien Dugois

https://www.youtube.com/watch?v=uOz5Qm2EHQE

Wayne’s World (Penelope Spheeris, 1992) :

« Ce que veulent les jeunes, c’est de la musique à écouter dans leur voiture pour secouer la tête ! » C’est ce que nous rappelait Mike Myers à travers son caméo dans le récent Bohemian Rhapsody. Si ce clin d’œil fait mouche chez bon nombre de quarantenaires, c’est parce que, un peu plus d’un quart de siècle plus tôt, toute une génération de métalleux aux cheveux longs du monde entier avaient, parmi leurs références communes, le personnage de Wayne Campbell. Apparu dans des sketchs récurrents de l’émission Saturday Night Live, ce nigaud amateur de hard rock avait, avec ses amis, pour tradition de pogoter au son du tube de Freddy Mercury dans leur van. S’il s’agissait assurément de l’une des chorégraphies les moins virtuoses que le cinéma nous ait jamais offerte, cette scène, en devenant culte, a permis de transformer tous les fans du film en grands amateurs de Queen, puisqu’il leur était dès lors impossible d’entendre les premières notes de Bohemian Rhapsody sans commencer à secouer la tête de manière parfaitement compulsive. Peu de scènes musicales ont eu un tel effet !

Julien Dugois

Mommy (Xavier Dolan, 2014) : 

Faire danser la salle au son de quelques chansons connues, Xavier Dolan a prouvé à maintes reprises qu’il savait le faire. Chanter du Céline Dion en karaoké ou seul chez soi, je pense que chacun a aussi eu cette expérience bien sympathique. Alors regrouper les deux dans une scène émouvante et brillante, c’est ce que le réalisateur a fait dans Mommy avec une danse entre Anne Dorval et Antoine-Olivier Pilon, au rythme de On ne change pas. Aussi entraînante qu’émouvante, la scène est marquante dans ce qu’elle dit de leur relation, comme tout au long du film. Passionnée, fusionnelle, tumultueuse. Le grand problème que les deux protagonistes ont, c’est de s’aimer trop fort sans vraiment savoir comment se le dire. Et c’est comme si le temps d’une danse, ils s’écoutaient, se le déclaraient, sans s’entendre, sans se comprendre, juste en ressentant, en oubliant les peines, se dire je t’aime en chanson, ou peut être pardon.

Gwennaëlle Masle

https://www.youtube.com/watch?v=3bAAZiDgPxA

Les 8 salopards (Quentin Tarantino, 2016) :

Le dernier film en date de Quentin Tarantino est sans doute celui dans lequel la tension est la plus palpable, presque sans interruption sur près de 2h50. Heureusement, le réalisateur de Reservoir Dogs, autre huis-clos palpitant, maîtrise son sujet et offre quelques scènes d’un rare apaisement, dont celle de « Jim Jones at Botany Bay » qui en est sans doute le meilleur exemple. Jennifer Jason Leigh, qui interprète une condamnée à mort détraquée et mesquine, se métamorphose en conteuse d’histoire le temps d’une chanson entonnée d’une voix frétillante et accompagnée d’accords de guitare hésitants. Une scène de pure spontanéité, qui rappelle certains des grands westerns de l’époque dans lesquels les chants mélancoliques servaient de calme avant la tempête. Celle-ci ne déroge pas à la règle puisque le final sanglant répondra à cette séquence suspendue : pendant que les autres personnages s’activent silencieusement en arrière-plan, les oreilles s’ouvrent à cette douce mélodie aux échos de chant du cygne. Pour l’anecdote, la guitare était une réplique de musée vieille de 150 ans et d’une valeur historique inestimable ; elle devait être remplacée à la fin de la séquence, mais Kurt Russel, qui n’en connaissait pas la préciosité, s’en saisit juste avant et la fracassa contre une charpente. Une scène décidément pas comme les autres.

Jules Chambry

 Le Roi lion (Roger Allers, Rob Minkoff, 1994) :

Les films Disney recourent depuis toujours à la musique et aux chansons. Mais s’il devait rester une seule séquence musicale sur plus de quatre vingt ans de création cinématographique, ce serait certainement l’ouverture du Roi Lion. Un lever de soleil rougeoyant, salué comme un dieu par tous les animaux et marquant le début d’une journée, d’une histoire, celle de la vie. L’aube d’un nouveau cycle de l’existence, initié par la naissance d’un lionceau qui sera amené, tout comme son père, à devenir roi. Un recommencement perpétuel rythmé par les paroles d’une chanson singulière, mêlant les langues d’occident aux mots zoulous d’Afrique du Sud. Sous le son de ces voix mélodieuses s’expriment l’harmonie, la paix et l’amour d’une communauté d’animaux, unie malgré sa diversité par son respect mutuel pour le roi lion. Aussi vivante que poétique, cette première scène reste une des plus belles des studios Disney.

Ariane L.Emmanuelle

https://www.youtube.com/watch?v=w9u21s1wuok

From Dusk Till Dawn (Robert Rodriguez, 1996)

La danse envoûtante de Santanico Pandemonium. Il y aurait beaucoup à dire sur cette scène : Danny Trejo avec une chevelure plaquée en arrière, Salma Hayek subjuguant les protagonistes tout comme le regardeur du film, Quentin Tarantino découvrant son fétichisme pour les pieds.. Mais surtout, nous avons bel et bien affaire ici à l’une des scènes les plus fascinantes et affriolantes du cinéma. Et la musique, qui y est omniprésente, y est pour quelque chose. Pourquoi montrer pas moins de onze fois à l’image Tito & Tarantula – groupe de rock latino interprète du morceau – si ce n’était pas le cas ? Et quel meilleur choix que leur « After Dark » pour illustrer cette scène on-ne-peut-plus charnière, coupant véritablement l’intrigue et le genre du film entre gangster road-movie et film d’exploitation horrifique ? Cette composition, tout en douceur et en charme, laisse pourtant place à une inquiétude, à un vice sous-jacent, qui annonce à merveille le carnage à venir et la nature démoniaque de Santanico Pandemonium. Tandis que les paroles évoquent une étrange lueur dans les yeux de la danseuse, qui ne semble s’éveiller qu’après le crépuscule, elles présagent aussi d’une descente aux Enfers, annonciatrice du destin des personnages subjugués par la beauté de la vampire. Cette scène témoigne en outre de la fascination que Robert Rodriguez a pour la musique : lui qui forma le groupe de rock mexicain Chingón en 2003 et qui commença sa carrière de réalisateur avec El Mariachi. Plus globalement, nous avons ici un parfait exemple de la relation fusionnelle entre musique et films grindhouse.

Jean-Pierre Horcksmans

Bad Boy Bubby (Rolf de Heer 1995)

Séquestré depuis sa naissance dans un appartement sinistre et silencieux par sa mère, Bubby fuit et affronte enfin l’extérieur le jour de ses 35 ans. Il y découvre d’abord un monde inconnu et effrayant, mais surtout un monde vaste qui n’attend que lui. Bubby se met à courir, dépassé et surtout excité par la nouvelle vie qui s’offre à lui, sur un magnifique morceau du compositeur Graham Tardif. C’est là que Bubby fait la rencontre qui va tout changer : il aperçoit une chorale de rue en pleine interprétation du morceau, devenant ainsi intradiégétique. Le personnage est tout de suite impressionné et passionné par les voix harmonieuses des choristes, toutes différentes mais qui s’élèvent pourtant à l’unisson pour créer un moment hors du temps, presque irréel. Après les avoir observés un par un attentivement, comme hypnotisé, Bubby se place à côté des choristes, et se met à chanter avec : il semble avoir trouvé sa place et enfin exister. La musique est plus que jamais mise à l’honneur dans cette scène : dans cet instant poétique parfait, le réalisateur Rolf de Heer fait la plus belle déclaration d’amour que l’on puisse faire à la musique. Il nous montre sa pureté, et met en évidence son aspect naturel et profondément humain : Bubby n’a jamais entendu de musique avant ce moment, et rejoint pourtant le plus naturellement possible la chorale dans le chant. L’une des particularités du film tient à l’enregistrement des sons par des micros binauraux situés dans la perruque de Nicholas Hope. Ce qui permet à chacun d’entre nous de ne faire qu’un avec Bubby, et de vivre cet instant comme si nous en faisions partie. Cette scène marque également une rupture pour le protagoniste comme pour le film : la musique devient par la suite un véritable personnage du film et servira à la libération et à l’éducation de Bubby.

Jean-Pierre Horcksmans

Buffalo 66 

Buffalo 66 est un film dont la musique prend une place très importante, le réalisateur Vincent Gallo ayant composé presque toute sa bande originale. Cependant, l’apogée de sa mise en scène est atteinte avec la fameuse danse de Christina Ricci sur Moonchild, chanson de King Crimson. Un instant hors du temps, comme suspendu, gracieux, où les lumières se baissent pour mieux sublimer et se centrer sur l’actrice, et où la ballade douce du groupe britannique se conjugue parfaitement avec les mouvements de claquettes. Vincent Gallo arrive à créer, en partant d’une scène banale de jeu de bowling, un moment aérien qui fait souffler le récit. Un moment de poésie pure dans un film qui l’est tout autant.

Flora Sarrey

 L’Homme qui en savait trop (Alfred Hitchcock 1956)

La seconde version de L’Homme qui en savait trop, sortie en 1956, est un des rares films d’Hitchcock où la musique a une importance essentielle à l’histoire elle-même. Il faut dire qu’il s’agit là d’une des huit (neuf si on compte la partition du Rideau Déchiré, qui sera finalement refusée par le réalisateur) collaborations entre le cinéaste britannique et le compositeur Bernard Herrmann. L’une des scènes capitales se déroule d’ailleurs lors d’un concert. Pendant la représentation d’une cantate d’Arthur Benjamin (réorchestrée et dirigée par Bernard Herrmann, qui apparaît dans le film comme chef d’orchestre), un meurtre doit être commis. Un coup de cymbales doit masquer le bruit du pistolet. D’ailleurs, le cinéaste figure visuellement ce coup précis avec beaucoup d’humour en ne montrant qu’une seule note sur la partition du percussionniste. La scène constitue un grand moment de tension dramatique et de suspense (et l’on regrette presque que le film ne s’arrête pas là). Selon la conception de Bernard Herrmann, la musique devient donc un personnage à part entière du film, son rôle ne se limite pas à illustrer la scène mais elle en constitue une part primordiale (d’ailleurs, mise à part la musique, la scène est muette, ce qui augmente encore la tension).

Hervé Aubert

Little miss sunshine (Valerie Faris, Jonathan Dayton, 2006):

Sorti en 2006, Little Miss Sunshine est un de ces petits bijoux que le cinéma indépendant américain façon « Sundance » peut nous produire. Nous suivons une famille décalée qui accompagne la cadette à un concours de mini-miss. Au fil de la route, nous faisons connaissance avec ces personnages à la fois hauts en couleurs et attendrissants : l’oncle dépressif tout juste sorti de l’hôpital, le frangin qui fait vœu de silence tant qu’il n’est pas admis dans l’armée américaine ou le grand-père ancien hippie obsédé sexuel et usant volontiers de substances illicites. Tout ce beau monde se retrouve dans une scène finale formidable et inoubliable. Lors du concours lui-même, Olive doit danser sur une chorégraphie que nous pourrions qualifier de… personnelle. Et face au choc produit sur les spectateurs et le jury, la fillette sera rejointe par les membres de sa famille. La scène, absolument hilarante (grâce entre autres à un Steve Carell qui a là un des meilleurs rôles de sa carrière), est aussi essentielle : elle montre l’unité de cette famille décalée face à une société normalisée et standardisée, un peu à la façon d’un Capra.

Hervé Aubert

https://www.youtube.com/watch?v=GkjhhNtW8JY

Sortez vos écouteurs… Notre playlist des meilleures comédies musicales !

Choisir parmi pléthore de comédies musicales pour en sélectionner les meilleures œuvres relève d’un défi presque impossible. Certaines nous font hurler de rire, d’autres pleurer,  tandis qu’une belle majorité nous donne envie de taper du pied et de danser dans la rue. Et si on choisissait nos comédies musicales comme on choisit d’écouter nos chansons ? La plus bouleversante, la plus motivante.. Plongez dans notre playlist des meilleures comédies musicales.

La plus culte –  The Rocky Horror Picture Show

Était-il seulement imaginable de parler de comédie musicale sans citer celle qui, depuis sa sortie, ne cesse de motiver un véritable culte parmi ses fans ? Et pour cause, The Rocky Horror Picture Show, pourtant vieux de 44 ans déjà, reste toujours aussi original et détonnant. Transgressif : pour avoir mis en scène des personnages opposés à la morale de l’époque, et – comment l’oublier – pour avoir montré et mis en valeur la pansexualité. Rock ‘n’Roll : pour ses morceaux extrêmement rythmés et dansants, et la présence au casting de Meat Loaf, époustouflant chanteur d’opéra rock. Historique même : pour avoir été le premier film de la carrière du génialissime Tim Curry, dont la prestation en tant que dr. Frank-n-Furter est toujours aussi mythique et référencée. Tim Curry racontera même avoir rencontré le prince Charles et la princesse Diana grâce à ce rôle : la jeune princesse lui confiant alors que The Rocky Horror aurait « complété son éducation ». Le film n’avait pourtant pas motivé les foules lors de sa sortie en salle. C’est par le bouche à oreille et les fameuses séances de minuit qu’il s’est créé une image quasiment divine aux yeux des cinéphiles adeptes de cinéma de genre. Plus que culte, The Rocky Horror Picture Show pourrait aussi être la plus transgressive, sexy et inoubliable des comédies musicales.

Jean-Pierre Horcksmans

La plus cinéphile – Chantons sous la pluie

En plus d’être l’une des comédies musicales les plus connues et intemporelles du septième art, Chantons sous la pluie est en même temps un film qui célèbre son propre medium en proposant à la fois une ode à l’art cinématographique et une critique salée des rouages de son industrie. Plongeant le récit dans le Hollywood du début du parlant, alors que l’opinion publique y était défavorable et les producteurs frileux, le film de Stanley Donen est un perpétuel hommage à l’usine à rêves – et deviendra lui-même, ironiquement, un monument auquel de nombreux autres films rendront hommage. En effet, les séquences chantées et dansées permettent aux personnages de parcourir tantôt les décors de studios en train d’être confectionnés (dans Make ’em laugh), tantôt les salles de cours de diction (Moses supposes), les petites scènes de quartier (Fit as a fiddle), de passer à l’intérieur même du film fantasmé (la cultissime Broadway melody), ou d’en sortir dans un pluvieux retour au réel (Singin’ in the Rain). Et puis, bien sûr, au regard de la thématique du film, de faire de l’ultime scène musicale un véritable sketch sous forme de quiproquo vocal en jouant sur le play-back. Même si le cinéma est l’art de la tromperie, Chantons sous la pluie dévoue indiscutablement toute sa sincérité à ce spectacle d’illusions.

Jules Chambry

La plus sentimentale – Un jour à New York

Un jour à New-York a bouleversé la mode des comédies musicales à Broadway d’abord, puis à Hollywood. D’abord parce que c’est la première fois qu’un compositeur de musique classique (en l’occurrence Leonard Bernstein) fait une comédie musicale (qui est, en fait, l’adaptation d’un ballet qu’il avait composé à la demande du chorégraphe Jerome Robbins ; les deux hommes seront aussi à l’origine de West Side Story). Ensuite, en surtout, le film, co-réalisé par Stanley Donen et Gene Kelly, ouvre la voie aux grandes comédies musicales de la MGM des années 50. Désormais, il y n’a plus ces grands tableaux chorégraphiques orchestrés par le génial Busby Berkeley, mais des morceaux musicaux répartis tout au long du film autour des acteurs principaux et qui forment autant de morceaux d’anthologie. Quant au casting, il est prestigieux, puisque le film réunit Gene Kelly et Frank Sinatra. Comme d’habitude avec Bernstein, la musique épouse les émotions des personnages, depuis la joie débordante des marins en permission jusqu’à la tendre balade sentimentale dans la ville de son enfance (When you walk down Mainstreet with me), en passant par l’humour (avec, entre autres, le personnage de la chauffeuse de taxi).

Hervé Aubert

https://www.youtube.com/watch?v=oGD05aBX2qc

La plus émouvante – Hair 

La grande force du film tient en deux faits : sa date et le choix de son réalisateur. Hair a été réalisé en 1979, dix ans après le succès de la comédie musicale sur les planches, mais surtout à une époque socialement, économiquement et politiquement opposée. Ensuite, le choix de Milos Forman est idéal. Le cinéaste tchèque a passé sa carrière à décrire des personnages qui s’affranchissaient des règles sociales de leur temps, quitte à être rejetés (parfois violemment) ou rappelés à la triste réalité. Tout cela confère à Hair une ambiance unique. La musique fait parfaitement revivre l’ère hippie, sans jamais tomber dans la facilité ou la caricature, mais en montrant avec lucidité la richesse et les limites d’un mode de vie alternatif et utopique. Le casting est remarquable (et l’on regrette que Treat Williams n’ait pas eu une carrière à la hauteur de son talent). Mais ce qui fait de Hair un grand film, c’est la réalisation de Forman, qui donne à la comédie musicale un air à la fois nostalgique et lucide, comme le rêve d’une innocence perdue. L’ensemble se clôt par un Let the sunshine in d’anthologie, qui constitue une formidable montée en tension dramatique.

Hervé Aubert

https://www.youtube.com/watch?v=tuUUg8aKT2U

La plus macabre Sweeney Todd : le Diabolique Barbier de Fleet Street

Réalisé en 2007 par Tim Burton, adaptant la comédie musicale du même nom de Stephen Sondheim – LE compositeur iconique de Broadway – le film met en scène un barbier en quête de vengeance dans le Londres du XIXe siècle, après 15 ans d’exil injustifiés. Avec un scénario ayant tout d’une tragédie grecque, par son lyrisme exacerbé et son final en apothéose, servi par une direction artistique crasseuse, tout de noir et blanc (ce qui n’est pas sans rappeler les classiques de l’horreur qu’affectionne le réalisateur) sublimé par le rouge du sang versé par la frénésie meurtrière du protagoniste ; Sweeney Todd se veut une comédie musicale particulièrement noire pour un public adepte de thriller et d’horreur. Après tout, qui a dit que les comédies musicales devaient respirer la joie de vivre ? On y retrouve évidemment l’univers gothique caractéristique et adulé de Burton, ainsi que ses acteurs fétiches dans les rôles principaux : Johnny Depp et Helena Bonham Carter, nous rappelant leurs talents respectifs dans le jeu et le chant. Ils remporteront d’ailleurs plusieurs récompenses suite à leurs prestations, dont l’Empire Award de la meilleur actrice et le Golden Globe du meilleur acteur.

Jean-Pierre Horcksmans

La plus passionnée – Moulin Rouge

Sublime, intense et remplie de passion, c’est comme ça qu’est la relation des deux protagonistes du film de Baz Luhrmann. Souvent dans l’excès et pourtant, les couleurs et l’énergie visuelle rendent compte d’une seule et même chose : le feu qui irrigue Satine et Christian. D’un tango sur Roxanne de The Police à des déclarations endiablées au rythme de nombreuses chansons d’amour, la passion transperce l’écran jusqu’au cœur du spectateur. Parfois trop, parfois superficiels et pourtant, les sentiments débordent et l’on se laisse embarquer dans la flamme de leur amour. Moulin Rouge est la définition de la passion débordante, aussi destructrice que puissante, de deux êtres qui s’aiment démesurément et contre tout. Et si la couleur rouge apparaît dès le titre du film, elle est omniprésente durant toute sa durée, pas de hasard quand le film parle de l’Amour. Truth. Beauty. Freedom and Love.

Gwennaëlle Masle

La plus obsédante – Mary Poppins 

En 1964, les studios Disney adaptent le roman Mary Poppins de Pamela L. Travers. Un vingt-troisième long-métrage haut en couleurs, plein d’entrain, dont le succès s’est récemment traduit par la réalisation d’une suite moins attrayante (Mary Poppins : le retour). L’histoire pourtant extraordinaire de cette nounou tombée du ciel, aussi énergique qu’énigmatique, qui parvient, grâce à sa magie et sa joie de vivre, à faire renaître le bonheur au sein d’une famille, est loin de composer l’élément le plus marquant de cette œuvre picturale. Ce que l’on retient de Mary Poppins, ce sont des images obsédantes, entremêlant réalité et animation dans un univers à l’imaginaire foisonnant. Un véritable trip visuel en somme, presque psychédélique, où dansent les manchots et s’évadent les chevaux de manège. Des chansons aussi, entêtantes au point de nous habiter des semaines durant. Comment ne pas fredonner l’air envoûtant de « Chem-cheminée. Chem-cheminée. Chem-chem chéri » ou s’exercer secrètement à la prononciation du célèbre «supercalifragilisticexpialidocious » ? Si les personnages comme l’intrigue du film ne tiennent pas vraiment en haleine, Mary Poppins conserve ainsi le don peu commun de nous en mettre plein les yeux et les oreilles.

https://www.youtube.com/watch?v=2BduV7k5W-o

La plus motivante – Flashdance :

Qu’il s’agisse de Fred Astaire faisant des claquettes ou Julie Andrews chantant dans les prés, les comédies musicales américaines classiques nous ont appris à ne pas nous trop inquiéter du sort de leurs personnages. Et pourtant, quand Alex (incarnée par Jennifer Beals, dont on peut dire que la suite de la carrière n’a pas été flamboyante) a appris à danser, ce n’est pas tant que le suspense nous a pris aux tripes, mais ce happy end, qui a su être enthousiasmant comme peu de films avant lui. Cette réussite était le fruit d’une inoubliable chorégraphie dans la scène finale mais aussi et surtout du contexte social dans lequel Lyne a ancré son histoire. Pittsburgh était à l’époque le symbole de la désindustrialisation américaine, et donc de la précarité vers laquelle s’enfermait tout le nord des États-Unis, gravement touché par la crise économique du début des années 80. Y voir cette jeune femme faire preuve de tant de détermination pour réussir son audition, pourtant jugée inaccessible, était donc davantage que le délire d’une midinette, mais bel et bien une allégorie de l’échelle sociale vers laquelle chacun devait se diriger. Et donc un modèle à suivre pour tous.

Julien Dugois

La plus vulgaire – South Park, le film

La plus vulgaire. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le Guinnessbook qui, l’année suivant sa sortie, a répertorié pas moins de 399 jurons en 81 minutes, soit près de 5 à la minute. Un record encore jamais atteint depuis. Ce qui est une bonne nouvelle. D’ailleurs, connaissant le goût tout particulier de Matt Stone et Trey Parker pour les irrévérences en tous genres, il faut se douter que cette improbable performance était l’une de leurs motivations en écrivant ce long-métrage. Davantage que de se faire nominer pour l’Oscar de la meilleure chanson, comme ça a été le cas pour la chanson « Blame Canada », ne l’oublions pas. A peine deux ans après le début la série, les deux compères ont donc réussi à cumuler leur art du politiquement incorrect à des musiques parfaitement respectables, mais aussi à un scénario passionnant qui réussissait à offrir une apparition à tous leurs personnages, pour le plus grand plaisir de leurs fans de la première heure. Ceux-là même qui affirment d’ailleurs que la qualité de leur série n’a fait depuis que peu à peu décliner.

Julien Dugois

La plus nanardesque – Parking

Quand on dit Jacques Demy et Michel Legrand, on pense forcément à Les Parapluies de Cherbourg ou Les Demoiselles de Rochefort, mais bizarrement on cite moins souvent Parking. Pourtant, cette relecture du mythe d’Orphée avec Francis Huster en pseudo rock star à bandana et gros pulls informes, et Jean Marais peinturluré de bleu en Hadès vaut le détour. Il y a dans un premier temps cette prestation neurasthénique de Francis Huster qui ne sait même plus s’il veut un café ou non. Il y a aussi ces dialogues complètement habités tels que « J’ai pas envie de mourir, la preuve je meurs de faim ». Il y a Eurydice qui visiblement n’a pas fait français LV1 et qui débite des paroles incompréhensibles. Mais surtout, il y a un paquet de tubes monumentaux comme « Célébration », « Bonheur de vivre » ou « Entre vous deux » chantés avec une conviction sans pareil de la part de Huster. Parking a surtout été une véritable révélation, nous montrant qu’on a beau avoir une Palme d’or, cela ne nous empêche pas de nous vautrer royalement dans un nanar intersidéral, mais plus impressionnant encore, on a découvert que Francis Huster est encore plus mauvais chanteur qu’il n’est mauvais acteur.

Maxime Thiss

 

L’Île mystérieuse : Jules Vernes rencontre Ray Harryhausen en Blu-ray

Depuis quelques semaines, le génie créatif de l’animation, des effets spéciaux et d’une partie conséquente de l’imaginaire monstrueux de l’histoire du cinéma, Ray Harryhausen, est célébré en vidéo grâce aux éditions DVD/Blu-ray signées Sidonis Calysta. Jason et les argonautes (1963), L’Île mystérieuse (1961) et la trilogie de Sinbad (1958-1977) constituent la collection dédiée au maître. Retour aujourd’hui sur l’édition du deuxième titre, troisième adaptation du roman de Jules Vernes réalisée par Cy Endfield et menée par le grand duo constitué par Ray Harryhausen et le producteur Charles H. Schneer.

Synopsis : Pendant la guerre de Sécession, lors du siège de Richmond, deux hommes parviennent à s’échapper de prison grâce à deux complices qui organisent une évasion incroyable, à l’aide d’une montgolfière ! Le trajet dans les airs n’est pas de tout repos car une tempête éclate et les quatre compères s’écrasent sur une île déserte du Pacifique. L’un d’eux manque à l’appel et ils remarquent très vite que d’étranges et inquiétants phénomènes se produisent ici…

Jules Vernes meets Ray Harryhausen

Beaucoup a déjà été dit sur L’Île mystérieuse de Cy Endfield. Réalisé en 1961, le film fait partie des grands succès du producteur Charles H. Schneer et du maître créatif des monstres, de l’animation et des effets spéciaux au cinéma, Ray Harryhausen. L’une des grandes forces du film tient dans son adaptation du roman éponyme de Jules Vernes. La majorité du roman est sauvegardée, quelques détails sont altérés, et surtout, des monstres font leur apparition. Ainsi des soldats de l’union prisonniers en pleine guerre de sécession réussissent une formidable évasion à bord d’une montgolfière. Leur échappée prend une tournure catastrophique quand elle les amène tant bien que mal sur une île déserte ensoleillée. Tout semble leur sourire : nourriture, logis… Comme si une force mystérieuse semblait contrôler ou soutenir leur destin. Ce n’est pas tout, peu après leur arrivée, la troupe est augmentée de deux femmes à peine échouées sur l’île. La plus jeune a pour fonction d’être à la fois un charm et un love interest et ne demande qu’à vivre sa vie de jeune femme, qu’elle veut passionnée mais sans travail ; l’autre devient la « maîtresse de maison » du campement et gère aussi bien le rechargement d’un fusil que le tir et n’hésite pas à affronter l’effort du labeur aussi vigoureusement que les dangers se présentant au groupe. Et la bande tombe sur des créatures anormalement géantes (crabes, abeilles…). L’étrange réalité de l’île est enfin dévoilée avec la rencontre du Capitaine Nemo et de son formidable sous-marin, le Nautilus, que l’on croyait mort et détruit après les événements de 20 000 lieues sous les mers.

Malgré quelques faiblesses d’écriture (la fuite des abeilles et la chute vers la cachette de Nemo ; la fin du film un peu trop brutalement arrivée), L’Île mystérieuse constitue ainsi un formidable alliage de l’aventure vernienne empreinte d’humanisme porté par des avancées technologiques et des prises de position morales contemporaines avec celle cinématographique de Ray Harryhausen qui permit, tout au long de sa carrière, la rencontre entre l’humain et l’inconnu, qu’il soit monstrueux, effrayant et/ou effrayé, grotesque et/ou gigantesque, mythologique ou extra-terrestre, ou enfin plus humain que nous autres homo-sapiens. Accompagné par une formidable bande-originale composée par Bernard Herrmann (Vertigo, Les Nerfs à vif, entre autres), ce film d’aventure solide est porté par un casting manquant d’un acteur plus intense dans le rôle du meneur, le capitaine Harding, interprété par un Michael Craig manquant d’incarnation. Mais il est soutenu par un intéressant Nemo en l’acteur Herbert Lom (le commissaire Charles Dreyfus dans la saga de La Panthère Rose). Justement, L’Île mystérieuse a aussi cela de formidable que la figure humaniste et techno-bio-créatrice de Nemo constitue une mise en abyme du démiurge Ray Harryhausen qui, comme le célèbre officier du Nautilus, modifie les êtres vivants, les agrandit ou les réinvente physiologiquement pour enfin les animer avec une complexité sans pareille et ainsi leur faire don du mouvement, soit du caractère essentiel de la vie.

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Herbert Lom est le Capitaine Nemo

Une mystérieuse édition

Le travail éditorial signé Sidonis Calysta est bancal. Du côté des compléments, les deux éléments proposés sont formidables, mais hélas non proposés en haute définition. Certes c’est un défaut qu’on retrouve chez d’autres éditeurs, et l’intérêt du long documentaire de Richard Schickel sur Ray Harryhausen ainsi que celui, moindre, de l’interview – où le créatif répète nombre d’informations déclarées dans le premier – tendent à passer au-dessus du caractère SD des bonus. On retrouve aussi l’éternelle bande-annonce originale.

Le problème se situe hélas sur l’élément principal de l’édition : le film. En effet, toute la partie de l’évasion souffre d’un effet de bave ou de « morphing », comme l’explique dvdclassik dans son test. Visuellement, le rendu est médiocre : les spectateurs les plus exigeants hésiteront certainement à interrompre la séance. Les images s’entrecroisent et s’ajoutent les unes aux autres dans un capharnaüm visuel de persistance d’images. Comme si l’extraterrestre polymorphe de The Thing était une créature du cosmos audiovisuel. Heureusement, l’effet s’estompe de plus en plus une fois l’équipe échouée sur l’île mystérieuse. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Certains crieront au génie de voir le grain extrêmement gommé par l’éditeur, d’autres hurleront de colère et retrouveront un pouls correct face aux plans ayant sauvegardé le grain du master d’origine. Cette version haute définition tirée d’un scan 2K de haute qualité, puis retravaillée par l’éditeur sauvegarde en grande partie le grain de la copie.

On regrettera toutefois une colorimétrie qui manque d’impact. Oui, les couleurs du Nautilus sont bien là, mais elles ne sont pas vives, pas pétillantes. On sait grâce à dvdclassik que l’éditeur américain ayant lancé pour la première fois sur le marché du Blu-ray ce master a eu l’intelligence de pousser les contrastes un peu plus. On regrette que Sidonis n’ait pas eu la même idée. D’une part, cela aurait évité un ensemble colorimétrique manquant de nuances. D’autre part, on remarque sur les images US que certains des effets visuels – les plus vieillissants sur l’édition française (on peut penser à l’escalade des soldats jusqu’à ce qui deviendra leur cocon) – retrouvent leur vitalité et leur efficacité, exposant ainsi la force et l’intelligence techniques impérissables de Ray Harryhausen. On remarquera tout de même le formidable piqué de la copie, malgré quelques plans semblant avoir subi la maltraitance du passage du temps. Soutenue par une 5.1 classique mais agréable avec la musique en surround et les dialogues en façade, ou version stéréo (qu’on conseillera davantage pour son unicité) soignée, l’édition du film alterne ainsi entre médiocrité et grandiosité ; choix éditoriaux douteux et proposition d’un certain contenu. Enfin, concernant la DVD et la VF, le premier contient le même master que le Blu-ray et est supporté par la bande-annonce du film et l’interview de Ray Harryhausen. La VF est correcte, les effets sonores ne sont pas trop écrasés par les dialogues, même si la version n’est pas à l’abri d’une certaine saturation lors de certains passages musicaux.

L’Île mystérieuse (1961) – Bande-annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-rayl-ile-mysterieuse-visuel-du-combo-blu-ray-dvd-sidonis-calysta

Nouveau master restauré Haute Définition – 16/9 – 1.66 :1 – Son : VO Anglaise (DTS-HD 5.1 & stéréo) et version française (stéréo) restaurées – Sous-titres : Français – États-Unis – 1961 – Durée : 101 min (DVD : 96 min)

COMPLÉMENTS Blu-ray

Les Chroniques de Harryhausen, de Richard Schickel, narré par Leonard Nimoy (1997, 55’36’’, VOST) – (indisponible sur le DVD)

L’Île mystérieuse, featurette : entretien avec Ray Harryhausen (9’08’’, VOST)

Galerie photos : diaporama en musique (20 photos, 1’23’’)

Bande-annonce d’époque (2’41’’, VO)

Date de sortie : 18 février 2019

Prix : 19,99 €

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Concours : Gagnez votre coffret de la série Hard Sun

Concours : A l’occasion de la sortie de la série Hard Sun, le 20 mars 2019, chez Elephant Films, remportez un coffret Blu-ray et un coffret DVD de ce thriller pré-apocalyptique crée par Neil Cross, le cerveau derrière la série de la BBC, Luther.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Hard Sun est une production conjointe de Hulu et de la BBC, et son pedigree est impeccable, l’auteur et producteur exécutif est Neil Cross, créateur de l’excellent drame policier Luther avec Idris Elba. Composé de six épisodes, Hard Sun commence lorsque les nouveaux partenaires de la police londonienne, Charlie Hicks (Jim Sturgess) et Elaine Renko (Agyness Deyn) tombent sur un lecteur flash prédisant un «événement d’extinction» imminent nommé Hard Sun. Bien que déclarée canular – mais est-ce vrai ? – l’idée même de la fin du monde déclenche une vague de crimes, ce qui donne une saveur particulière aux motivations des meurtriers.

Série très dense entre corruption, infidélité, passé tragique, et conspiration gouvernementale…, ce thriller a une approche inhabituelle des drames post-apocalyptiques. Que feriez vous si vous appreniez que la soleil allait dévorer la Terre dans cinq ans ? C’est assez long pour ne pas vous plonger en mode hystérie totale, mais assez court pour que la vie normale perde tout son sens. Comment vivriez-vous vos derniers jours si vous saviez que vous ne pouvez absolument rien faire pour empêcher la fin du monde ? Que feriez-vous de votre temps ?  Et si vous étiez chargé de maintenir la loi et l’ordre, persisteriez-vous ? Et si oui, comment ? Et pourquoi ?… La série télévisée pose ses questions existentielles, philosophiques…, même si elle ne peut y répondre.

Filmé dans un Londres en clair-obscur, sans brouillard, avec ses terrasses victoriennes côtoyant des tours froides, en verre et en acier, ce polar intense est un spectacle palpitant, et comme dans la chanson de David Bowie Five years left to cry in, qui termine le premier épisode, la Terre « a encore 5 ans pour pleurer »,   Hard Sun pourrait se résumer par ses paroles : « My brain hurt like a warehouse – It had no room to spare – To store everything in there »

Mon cerveau fait mal comme un entrepôt. Je n’ai pas d’espace pour stocker. J’ai tant de choses à entasser pour tout y faire tenir.

Caractéristiques techniques DVD et Blu-ray de la série Hard Sun avec Jim Sturgess (Geostorm, London Fields.. ), Elaine Renko et Nikki Amuka-Bird (Quarry, Le procès du siècle…)
6 épisodes de 52 mn env. – 3 DVD9
Format d’image : 16/9 2:1
Français et Anglais 5.1 DD – Sous-titres : français
BLU-RAY
6 épisodes de 52 mn env. – 2 BD50
Format d’image : 1920×1080 i
Français et Anglais 5.1 DTS HD – Sous-titres : français
SUPPLÉMENTS
« Londres » featurette avec NEIL CROSS – Interviews de JIM STURGESS, JOJO MACARI et NIKKI AMUKA BIRD – Scène coupée – Bandes annonces

Modalités du jeu concours

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Concours Hard Sun


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Pourquoi chante-t-on dans les comédies musicales ?

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Derrière cette question qui peut prêter à sourire, se trouve un questionnement plus général sur les comédies musicales qui nous font chanter et danser. Issues des années 30, d’abord pour illustrer la quête de la célébrité et de la gloire, les comédies musicales sont ensuite allées explorer un terrain social et contestataire. Pourquoi les héros se confondent en pas de danse ? Quelle part joue la politique dans les solos de claquettes ? Dans le cadre de notre cycle sur la musique au cinéma, Le Mag du Ciné analyse en notes et en couleurs ce genre cinématographique si particulier.

Qui, naturellement, serait soudain épris du besoin de chanter dans la rue ? Qui en plus aurait la chance d’être accompagné par tous les passants dans la rue dans un numéro de danse collectif ? Et qui peut se permettre d’interrompre une dispute pour se lancer dans un solo de claquettes ? Sûrement un héros ou une héroïne de comédie musicale, sorte de super-héros capable de naviguer entre la folie de son imaginaire musical et la réalité de sa vie. Ce genre cinématographique brise constamment la frontière entre le réel et le fantaisiste, alternant à la fois des scènes classiques et des moments entièrement chantés et dansés. Un film intégralement chanté n’est donc pas complètement une comédie musicale (Désolé Les Parapluies de Cherbourg) tout comme un film qui n’inclut que quelques scènes musicales (Désolé Bohemian Rhapsody). La comédie musicale, par essence, est un registre bien à part où la force du récit s’exprime entre les notes, les acteurs et leurs pas de danse (souvent) endiablés. Pour étudier le genre en profondeur, il faut donc considérer les mondes dans lesquels se déroulent les comédies musicales comme des univers parallèles où les êtres s’expriment et communiquent d’une différente manière. À la question simple pourquoi chante-t-on dans les comédies musicales, on peut d’abord y offrir une réponse tout aussi simple : pour exprimer ses émotions. Dans une comédie musicale, les personnages se mettent à chanter lorsque les émotions qu’ils ressentent deviennent trop grandes pour être contenues. Le chant et la danse deviennent les deux seuls moyens d’expression à la hauteur de leurs sentiments. Les personnages de comédies musicales vivent trop, crient trop, aiment trop. C’est d’ailleurs pour cela que la grande majorité des films du genre contiennent des romances. Quel sentiment plus envahissant et débordant que celui de la passion amoureuse ? La profusion de couleurs, la précision des chorégraphies, la folie des décors… Tout est alors là en principe pour représenter au mieux le débordement d’émotions que vit le personnage. Le long-métrage 500 jours ensemble de Marc Webb se permettait d’inclure une scène digne d’une comédie musicale pour représenter l’état de transe amoureuse dans lequel se trouve son personnage.

Chanter pour mieux raconter

Une comédie musicale, ça ne se raconte pas, ça se vit. L’effet cathartique des séquences musicales est essentiel à souligner pour comprendre comment un film du genre s’articule. Les trames des comédies musicales sont très souvent simples (mais pas simplistes). Le spectaculaire ne réside pas tant dans un scénario alambiqué ou complexe mais dans un épanouissement total lors de grandes scènes de musique et de danse. Elles ne marquent pas des pauses dans le récit. Au contraire, elles le racontent d’une autre manière. Dans La La Land, le flirt et le début de la relation entre Mia et Sebastian ne sont pas représentés par des dialogues sur-explicatifs et niais mais par un duo de claquettes symbolisant le rapprochement des deux personnages. Les chansons balisent le récit et font suivre à ces films une structure quasi-similaire. On peut prendre pour exemple la première chanson d’une comédie musicale. Pratiquement toujours chantée par le ou la protagoniste, elle représente l’état initial du personnage et sa quête de quelque chose d’autre. Très souvent, c’est un rêve de grandeur vers lequel se dirige notre personnage. Hairspray s’ouvre sur Good Morning Baltimore où l’héroïne Tracy dépeint son quotidien et son envie de gloire et de paillettes (I know there’s a place where I belong Je sais qu’il y a une place où j’appartiens I see all those party lights shining ahead Je vois tous ces feux de fête briller devant So someone invite me Alors, que quelqu’un m’invite Before I drop dead ! Avant que je sois morte !). Cette structure apparaît de manière très visible parmi les comédies musicales les plus populaires aujourd’hui: les dessins animés Disney.

Pour comprendre les thèmes propres aux comédies musicales, il faut un peu plonger dans l’histoire du cinéma. Le genre naît véritablement dans les années 30 avec la naissance du cinéma parlant et le premier film sonore : Le Chanteur de Jazz en 1933. Le premier film parlant de l’histoire est presque une comédie musicale ! Broadway existait déjà. Il s’agit d’abord d’offrir une expérience inédite de la scène et donc de se servir des chorégraphies pour offrir des tableaux esthétiques et musicaux. Cet héritage théâtral vient d’ailleurs toujours planer sur les comédies musicales. À partir de quand le spectacle cinématographique offert ne paraphrase-t-il pas la performance purement scénique ? Les thèmes de prédilection deviennent l’accomplissement de soi, très souvent par la réussite et encore plus précisément dans les métiers de l’art et du cinéma. Dans les années 50, des œuvres s’imposent: Chantons sous la pluie de Stanley Donen (1952) et Tous en scène de Vincent Minnelli (1953). Des noms émergent et deviennent de grandes stars : Gene Kelly, Fred Astaire. La comédie musicale hollywoodienne parle d’Hollywood, de ses défauts et de l’immuable quête de gloire. C’est à partir des années 60 qu’on commence à assister à un glissement thématique. La comédie musicale va vite vers des récits sociaux et de contestation. Quand on chante dans une comédie musicale, on atteint son état le plus ultime et passionné. Son état le plus engagé et engageant. C’est un registre de choix pour explorer les contestations sociales. En 1961, West Side Story raconte la confrontation entre les blancs américains et les minorités ghettoïsées des États-Unis sur fond d’amour impossible shakespearien. Quatre ans plus tard, La Mélodie du Bonheur vient offrir une ode à la joie face aux totalitarismes. Les Parapluies de Cherbourg (1964, comédie musicale ou non ?) délivre une romance tragique dans un contexte de guerre d’Algérie.

Chanter pour dénoncer et exister

Puis après une exploitation jusqu’à la moelle, le genre disparaît des écrans populaires pendant deux décennies. Des exceptions comme Blues Brothers ou The Rocky Horror Picture Show font leur chemin. Mais c’est simple : la comédie musicale n’est plus à la mode. Elle retrouve même le statut négatif qu’elle tenait dans les années quarante. Jugées triviales et légères, on a souvent reproché aux comédies musicales leur artificialité. « La question de l’artifice, qui se pose pour toute étude de genre, s’impose donc avec d’autant plus de force pour la comédie musicale que les nécessités du spectaculaire semblent condamner celle-ci à un morcellement narratif et formel en tous points contraire au « naturalisme » du cinéma classique hollywoodien. » écrit Anne Martina dans Mettre en scène les codes du genre : artifice et théâtralité dans la comédie musicale hollywoodienne classique. Elles représentent à cette période les vices de la jeunesse. En 1984, Footloose en jouera. Le récit raconte l’arrivée de Ren McCormick, un jeune danseur, dans la ville de Bomont où la loi est stricte : les danses et les musiques sont interdites. Tout un symbole. La comédie musicale s’approprie la musique populaire des jeunes pour rendre plus accessible des thèmes anti-conservateurs et progressistes.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour voir un retour éclatant du genre avec Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) qui dépoussière les comédies musicales en alliant la modernité des tubes populaires et une histoire d’amour d’époque. Dans un Paris de la fin du XIXe siècle, Police rencontre Nirvana en faisant un détour près de Madonna. Le succès du film propulse à nouveau le genre sur le devant de la scène. On a donc, sur les vingt dernières années, connu une profusion d’adaptations de musical de Brodway  : Mamma Mia, Chicago, Hairspray etc.. Du chant, des couleurs et de la danse partout donc. Si le cinéma se veut art total, la comédie musicale apparaît comme une forme encore plus ultime où le moindre élément à l’écran doit être millimétré pour servir ses personnages et son spectacle. Dans une comédie musicale, chacun chante sa chanson. La sur-expression par le chant devient un moyen encore plus clair d’éclairer les trames et les pensées des personnages. Dans Les Demoiselles de Rochefort (1967), chacun chante littéralement sa chanson tout au long du film. Tout le monde se croise avec sa destinée en tête (et en notes). Toujours chez Jacques Demy, on tente en 64 le pari du film entièrement chanté avec Les Parapluies de Cherbourg, ne laissant aucune ambiguïté sur le ressenti des personnages. Le chant ne disparaissant que dans sa scène finale, pour qu’on ne puisse plus rien savoir. La La Land s’inspire d’ailleurs de cette scène pour conclure son film par un regard, un silence donc. Quand une comédie musicale ne veut plus rien dévoiler, elle se tait. Car la chanson permet de passer dans un état surréaliste où seule sa fin permet un retour à la réalité. Par exemple, avec la déclaration d’amour chantée d’Ewan McGregor dans Moulin Rouge, il faut attendre la fin de la chanson pour revenir à une situation réaliste qui quitte les ballets près de la lune. Comme pour souligner ce surréalisme et cette folie, des séries télé se sont même offert des épisodes musicaux. De Buffy contre les vampires à Flash, les acteurs se sont prêtés au jeu de la comédie musicale le temps d’un épisode. Rien ne justifiant les personnages à faire des claquettes ou à pousser la chansonnette, il s’agissait de vilains et démons qui piégeaient nos héros dans une réalité alternative. Dans l’épisode de Buffy, le démon fait d’ailleurs ça pour que l’héroïne révèle ses pires secrets. Comme si le seul moyen était la chanson… Pour Joss Whedon, showrunner de la série, cet épisode a été l’occasion de fouiller les esprits des personnages et dévoiler leurs états profonds. Chanter pour révéler, pour se raconter, pour exister donc.