Les Gardiens de la Galaxie, un film de James Gunn : Critique

Les Gardiens de la Galaxie : Un space-opera totalement décomplexé dans la lignée de Star Wars 

Synopsis: Peter Quill alias Star-Lord est un aventurier traqué pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique Gamora, et Drax le Destructeur. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

Il fallait s’y attendre mais pourtant la nouvelle ne cesse d’étonner. A force de trop nombreuses productions ignominieuses et formatées se prenant au sérieux ; Iron Man 3, Thor 2 : Le Monde des Ténèbres, ou encore Captain America : Le Soldat de l’Hiver, ressassant le même concept qui mélange une débauche d’effets visuels et pyrotechniques inversement proportionnelle aux personnages et à l’intrigue et une dose d’humour la plupart du temps peu inspirée, la firme Marvel, pourtant maître dans le domaine de l’entertainment de masse faisait grise mine.

Fort d’une logique commerciale voulant sortir à cadence répétée (2 par an) des films symbolisant davantage une update qu’une manière d’étoffer la mythologie dans laquelle s’insère le héros, Marvel et notamment ses récentes productions apparaissaient ainsi comme des produits Apple à la mode ; à la fois fun mais terriblement désinvoltes.

Et face à la concurrence, certes moins prolifique, constituée par DC Comics et son très attendu Batman vs Superman, Marvel a choisi la carte de la surprise, en revenant aux bases du vrai blockbuster, un divertissement régressif et décomplexé, ponctué de beaux éclats de rire et qui ne cherche nullement à atteindre un seuil de crédibilité dans des relectures clichées événements géopolitiques modernes.

Pour concrétiser ce cynisme dixit Marvel aux doux airs de pragmatisme industriel, rien de tel que de proposer un nouveau héros, et Marvel, ne faisant jamais rien à moitié, n’en donne pas 1 mais 5, et en l’occurrence, une bande.

Cette bande, ce sont Les Gardiens de la Galaxie.

Tirés d’un obscur comic sorti en 1969 et qui selon la légende aurait été écrit pour le fun afin d’attester de la notoriété avérée de Marvel, Les Gardiens de la Galaxie, narre avec humour les pérégrinations dans une galaxie psychédélique d’un quintuor de mistfitstirés d’un mélange assez habile de Monstres et Compagnie et des Ailes de l’Enfer. Un raton-laveur déjanté, une meurtrière à la peau verte, une montagne de muscles rouge en quête de vengeance, un homme-arbre doué de la parole et un humain reconverti en mercenaire et biberonné aux mélodies des 70’s, forment cette équipe disparate, devant s’associer pour sauver la Galaxie d’une terrible menace, symbolisée par Ronan l’Accusateur.

Et grâce à une campagne de com aussi cool qu’agressive, faite de trailers décalés qui swinguent et pètent de partout sur fond de vieux hit old school (ooga chaka ooga chaka), Les Gardiens de la Galaxie, bien qu’inconnus du grand public à l’exception de quelques haters de la saga Star Wars, ont réussi à devenir les héros Marvel les plus attendus de l’année.

Une attente qui soulevait alors la question que tout le monde se posait : saurait-on trouver derrière la caméra une âme suffisamment décalée et ingénieuse pour parachever la vision déjantée revendiquée par cette dream-team de loosers dans les trailers ?

En choisissant James Gunn, réalisateur à la fois taré et trash auquel on doit Super, relecture un brin barré à la sauce quadragénaire de Kick Ass, Marvel se permet de répondre par l’affirmative tout en continuant dans la voie de donner la réalisation de ses productions à des réalisateurs assez inattendus (Shane Black, scénariste de l’Arme Fatale et réalisateur d’Iron Man 3, Joss Whedon, geek ultime aux manettes d’Avengers et de sa suite).

Space, sounds and fun

Après une scène d’ouverture évoquant aisément le trauma parental spielbergien vécu par le personnage principal, en l’occurrence Chris Pratt, le seul humain de la bande, et en le voyant l’instant d’après, se déhancher sur un hit groovy dans une grotte à la recherche de ce qui constituera le McGuffin du film, le ton est donné : les 2h qui suivront seront funs, jubilatoires et totalement décomplexées.

Et la suite du film lui donne entièrement raison tant Gunn, également coscénariste, prend un malin plaisir à donner à son film une ambiance collant parfaitement à la décomplexion de ses personnages. Troquant les musiques impériales de Star Wars (référence évidente vu le cadre de l’action) pour une BO ou les Jackson 5, The Runaways, Blue Suede, David Bowie se mêlent, le sérieux nécessaire au vu de la menace pour un humour qui fait mouche, Gunn parvient à installer sur son film une odeur de jouissance et de fun dont n’était plus affublée une production Marvel depuis Avengers.

Une aura grandement permise par ses personnages hauts en couleurs, et surtout tarés. Entre un raton-laveur roi de la gâchette, jouant l’évident side-kick humoristique, un homme-arbre ouvertement con puisqu’il ne sait pas prononcer autre chose que son prénom, un humain désireux d’être reconnu et prêt à tout pour sauver son walkman, et une montagne de muscles ne sachant pas discerner le second degré (source de répliques très connes), Gunn arrive à transposer son style avec panache, bien qu’il est regrettable de ne pas le voir asséner davantage de violences ou de propos osés (PG-13 oblige).

Un manque que celui-ci parvient pourtant à combler tant le fait de le voir s’engouffrer dans les poncifs du genre pour mieux les détourner après ; et feindre une critique ouverte au système des blockbusters au sein de son scénario est osé et pourtant réussi.

Balayant la traditionnelle idylle entre le personnage principal et son pendant féminin par un affrontement entre les deux et des répliques bien senties aux doux airs de punch-lines , donnant à voir un méchant au look clairement méchant, des personnages gauches, incertains, menteurs, manipulateurs, Gunn règle par le rire ce que tout le monde pense tout bas sur la cash machine hollywoodienne et s’en tire avec les honneurs, tant son sous-propos reste empli d’une finesse rare dans ce genre de production.

Reste que si ce trip cosmique est fun, fourmille de trouvailles visuelles, et rend ses lettres de noblesses à la définition même du blockbuster, celui-ci est affublé de quelques longueurs, conséquence directe de la mise en place de la cohésion du groupe. A la fois un atout, leur faible notoriété est ici un défaut,  au vu de quelques scènes peinant à faire démarrer l’ensemble.

Fiche Technique: Les Gardiens de la Galaxie

Les Gardiens de la Galaxie (Guardians of the Galaxy)
États-Unis – 2014
Réalisation: James Gunn
Scénario: James Gunn, Nicole Perlman d’après: les personnages de: Dan Abnett, Andy Lanning, éd. Marvel Comics
Interprétation: Chris Pratt (Peter Quill dit Star-Lord), Zoë Saldana (Gamora), Dave Bautista (Drax le Destructeur), Vin Diesel (voix de Groot), Bradley Cooper (voix de Rocket), Lee Pace (Ronan l’Accusateur), Michael Rooker (Yondu), Karen Gillan (Nebula), Djimon Hounsou (Korath), John C. Reilly (Rhomann Dey), Glenn Close (Nova Prime Rael), Benicio Del Toro (Taneleer Tivan le Collectionneur), Josh Brolin (voix de Thanos)…
Genre: Science-fiction, Action
Date de sortie: 13 août 2014
Durée: 2h01
Image: Ben Davis
Décor: Charles Wood
Costume: Alexandra Byrne
Montage: Fred Raskin, Craig Wood, Hughes Winborne
Musique: Tyler Bates
Producteur: Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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