L’Île mystérieuse : Jules Vernes rencontre Ray Harryhausen en Blu-ray

Depuis quelques semaines, le génie créatif de l’animation, des effets spéciaux et d’une partie conséquente de l’imaginaire monstrueux de l’histoire du cinéma, Ray Harryhausen, est célébré en vidéo grâce aux éditions DVD/Blu-ray signées Sidonis Calysta. Jason et les argonautes (1963), L’Île mystérieuse (1961) et la trilogie de Sinbad (1958-1977) constituent la collection dédiée au maître. Retour aujourd’hui sur l’édition du deuxième titre, troisième adaptation du roman de Jules Vernes réalisée par Cy Endfield et menée par le grand duo constitué par Ray Harryhausen et le producteur Charles H. Schneer.

Synopsis : Pendant la guerre de Sécession, lors du siège de Richmond, deux hommes parviennent à s’échapper de prison grâce à deux complices qui organisent une évasion incroyable, à l’aide d’une montgolfière ! Le trajet dans les airs n’est pas de tout repos car une tempête éclate et les quatre compères s’écrasent sur une île déserte du Pacifique. L’un d’eux manque à l’appel et ils remarquent très vite que d’étranges et inquiétants phénomènes se produisent ici…

Jules Vernes meets Ray Harryhausen

Beaucoup a déjà été dit sur L’Île mystérieuse de Cy Endfield. Réalisé en 1961, le film fait partie des grands succès du producteur Charles H. Schneer et du maître créatif des monstres, de l’animation et des effets spéciaux au cinéma, Ray Harryhausen. L’une des grandes forces du film tient dans son adaptation du roman éponyme de Jules Vernes. La majorité du roman est sauvegardée, quelques détails sont altérés, et surtout, des monstres font leur apparition. Ainsi des soldats de l’union prisonniers en pleine guerre de sécession réussissent une formidable évasion à bord d’une montgolfière. Leur échappée prend une tournure catastrophique quand elle les amène tant bien que mal sur une île déserte ensoleillée. Tout semble leur sourire : nourriture, logis… Comme si une force mystérieuse semblait contrôler ou soutenir leur destin. Ce n’est pas tout, peu après leur arrivée, la troupe est augmentée de deux femmes à peine échouées sur l’île. La plus jeune a pour fonction d’être à la fois un charm et un love interest et ne demande qu’à vivre sa vie de jeune femme, qu’elle veut passionnée mais sans travail ; l’autre devient la « maîtresse de maison » du campement et gère aussi bien le rechargement d’un fusil que le tir et n’hésite pas à affronter l’effort du labeur aussi vigoureusement que les dangers se présentant au groupe. Et la bande tombe sur des créatures anormalement géantes (crabes, abeilles…). L’étrange réalité de l’île est enfin dévoilée avec la rencontre du Capitaine Nemo et de son formidable sous-marin, le Nautilus, que l’on croyait mort et détruit après les événements de 20 000 lieues sous les mers.

Malgré quelques faiblesses d’écriture (la fuite des abeilles et la chute vers la cachette de Nemo ; la fin du film un peu trop brutalement arrivée), L’Île mystérieuse constitue ainsi un formidable alliage de l’aventure vernienne empreinte d’humanisme porté par des avancées technologiques et des prises de position morales contemporaines avec celle cinématographique de Ray Harryhausen qui permit, tout au long de sa carrière, la rencontre entre l’humain et l’inconnu, qu’il soit monstrueux, effrayant et/ou effrayé, grotesque et/ou gigantesque, mythologique ou extra-terrestre, ou enfin plus humain que nous autres homo-sapiens. Accompagné par une formidable bande-originale composée par Bernard Herrmann (Vertigo, Les Nerfs à vif, entre autres), ce film d’aventure solide est porté par un casting manquant d’un acteur plus intense dans le rôle du meneur, le capitaine Harding, interprété par un Michael Craig manquant d’incarnation. Mais il est soutenu par un intéressant Nemo en l’acteur Herbert Lom (le commissaire Charles Dreyfus dans la saga de La Panthère Rose). Justement, L’Île mystérieuse a aussi cela de formidable que la figure humaniste et techno-bio-créatrice de Nemo constitue une mise en abyme du démiurge Ray Harryhausen qui, comme le célèbre officier du Nautilus, modifie les êtres vivants, les agrandit ou les réinvente physiologiquement pour enfin les animer avec une complexité sans pareille et ainsi leur faire don du mouvement, soit du caractère essentiel de la vie.

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Herbert Lom est le Capitaine Nemo

Une mystérieuse édition

Le travail éditorial signé Sidonis Calysta est bancal. Du côté des compléments, les deux éléments proposés sont formidables, mais hélas non proposés en haute définition. Certes c’est un défaut qu’on retrouve chez d’autres éditeurs, et l’intérêt du long documentaire de Richard Schickel sur Ray Harryhausen ainsi que celui, moindre, de l’interview – où le créatif répète nombre d’informations déclarées dans le premier – tendent à passer au-dessus du caractère SD des bonus. On retrouve aussi l’éternelle bande-annonce originale.

Le problème se situe hélas sur l’élément principal de l’édition : le film. En effet, toute la partie de l’évasion souffre d’un effet de bave ou de « morphing », comme l’explique dvdclassik dans son test. Visuellement, le rendu est médiocre : les spectateurs les plus exigeants hésiteront certainement à interrompre la séance. Les images s’entrecroisent et s’ajoutent les unes aux autres dans un capharnaüm visuel de persistance d’images. Comme si l’extraterrestre polymorphe de The Thing était une créature du cosmos audiovisuel. Heureusement, l’effet s’estompe de plus en plus une fois l’équipe échouée sur l’île mystérieuse. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Certains crieront au génie de voir le grain extrêmement gommé par l’éditeur, d’autres hurleront de colère et retrouveront un pouls correct face aux plans ayant sauvegardé le grain du master d’origine. Cette version haute définition tirée d’un scan 2K de haute qualité, puis retravaillée par l’éditeur sauvegarde en grande partie le grain de la copie.

On regrettera toutefois une colorimétrie qui manque d’impact. Oui, les couleurs du Nautilus sont bien là, mais elles ne sont pas vives, pas pétillantes. On sait grâce à dvdclassik que l’éditeur américain ayant lancé pour la première fois sur le marché du Blu-ray ce master a eu l’intelligence de pousser les contrastes un peu plus. On regrette que Sidonis n’ait pas eu la même idée. D’une part, cela aurait évité un ensemble colorimétrique manquant de nuances. D’autre part, on remarque sur les images US que certains des effets visuels – les plus vieillissants sur l’édition française (on peut penser à l’escalade des soldats jusqu’à ce qui deviendra leur cocon) – retrouvent leur vitalité et leur efficacité, exposant ainsi la force et l’intelligence techniques impérissables de Ray Harryhausen. On remarquera tout de même le formidable piqué de la copie, malgré quelques plans semblant avoir subi la maltraitance du passage du temps. Soutenue par une 5.1 classique mais agréable avec la musique en surround et les dialogues en façade, ou version stéréo (qu’on conseillera davantage pour son unicité) soignée, l’édition du film alterne ainsi entre médiocrité et grandiosité ; choix éditoriaux douteux et proposition d’un certain contenu. Enfin, concernant la DVD et la VF, le premier contient le même master que le Blu-ray et est supporté par la bande-annonce du film et l’interview de Ray Harryhausen. La VF est correcte, les effets sonores ne sont pas trop écrasés par les dialogues, même si la version n’est pas à l’abri d’une certaine saturation lors de certains passages musicaux.

L’Île mystérieuse (1961) – Bande-annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-rayl-ile-mysterieuse-visuel-du-combo-blu-ray-dvd-sidonis-calysta

Nouveau master restauré Haute Définition – 16/9 – 1.66 :1 – Son : VO Anglaise (DTS-HD 5.1 & stéréo) et version française (stéréo) restaurées – Sous-titres : Français – États-Unis – 1961 – Durée : 101 min (DVD : 96 min)

COMPLÉMENTS Blu-ray

Les Chroniques de Harryhausen, de Richard Schickel, narré par Leonard Nimoy (1997, 55’36’’, VOST) – (indisponible sur le DVD)

L’Île mystérieuse, featurette : entretien avec Ray Harryhausen (9’08’’, VOST)

Galerie photos : diaporama en musique (20 photos, 1’23’’)

Bande-annonce d’époque (2’41’’, VO)

Date de sortie : 18 février 2019

Prix : 19,99 €

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3

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