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Top Films 2025 : les meilleurs films selon la rédaction

En 2025, le cinéma ne s’est pas contenté de raconter des histoires : il a pris position, observé le monde à hauteur d’homme, et parfois à contrechamp. Entre gestes d’auteurs affirmés, récits intimes et formes radicales, l’année dessine un paysage foisonnant, traversé par le doute, la mémoire et le désir de réinvention. Découvrez le top de la rédaction du Mag du Ciné, qui évoque moins un palmarès qu’un état des lieux du cinéma contemporain.

Ce qui frappe, en prenant le pouls du cinéma, c’est sa vitalité plurielle et sa capacité à embrasser des horizons très différents sans jamais perdre son acuité. Des cinéastes confirmés y interrogent le temps, la filiation ou la violence du monde, pendant que de nouvelles voix s’emparent de récits plus intimes, politiques ou sensoriels, souvent à la lisière des genres. Le réel affleure partout, que ce soit dans les corps, dans les silences ou dans les paysages, mais il est sans cesse animé par la mise en scène, comme si filmer revenait moins à capter qu’à révéler. Une année 2025 qui rappelle, avec éclat, que le cinéma n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il refuse les lignes droites et embrasse la diversité de ses regards.

Maria, de Pablo Larraín

Antoine Delassus

Black Dog, de Hu Guan

Black Dog de Guan Hu frappe d’emblée par une image impossible à oublier : une meute de chiens dévale une colline et renverse un bus. Beauté violente, organique, presque irréelle. Un ex-taulard, devenu paria, doit capturer les chiens errants avant les JO de Pékin. Parmi eux, un lévrier noir, « rageux », soupçonné de maladie. Deux exclus se reconnaissent sans se sauver. La ville change plus vite que les vies : la modernisation avance à marche forcée, efface, déplace. La photographie de Weizhe Gao magnifie le désert de Gobi, véritable personnage. Rédemption et résilience se jouent dans les silences, les regards, la retenue. Le film ne conclut pas, il persiste. Et c’est par la puissance de ses images qu’il s’impose durablement.

Beatrice Delasalle

Tardes de soledad, d’Albert Serra

Vous êtes le meilleur cinéphile. Vous pouvez voir ce film. Après tout, ce ne sont que 2h05 de corridas, les unes après les autres. Vous reprendrez votre souffle entre chaque acte, pendant ces moments d’habillage aux allures grotesques, presque burlesques, qui vous feront rire, juste assez pour ne pas craquer. Mais vous êtes capable d’aller au bout, parce que vous êtes le meilleur, et surtout parce que vous avez le courage. Serez-vous marqué ? Probablement. Choqué ? Évidemment. Des taureaux meurent. Pendant deux heures. Sans ellipse. Sans refuge. Mais est-ce que ce sera le Beau ? Sans aucun doute. Car la morale n’a rien à faire là-dedans. Elle n’a pas plus sa place dans l’appréciation de l’art que le doute dans la tête du toréador face au taureau. Pour survivre, il doit se mettre ailleurs. S’absenter de la foule. Se vider de ses questionnements. Le film exige la même chose de son spectateur. Tardes de Soledad, c’est accepter de ressentir simultanément la détresse de la bête et la folie de l’assassin, sans hiérarchie, sans jugement. Voilà pourquoi le film d’Albert Serra est aussi radical, aussi exceptionnel et probablement le seul à oser ça en 2025.

Luca Moreira

La Venue de l’avenir, de Cédric Klapisch

Klapisch signe un film ambitieux et humain, mêlant descendance, quête des origines et histoire de l’art, entre naissance de la photographie et de l’impressionnisme. Une maison normande abandonnée révèle ainsi lettres, photos et une toile mystérieuse qui renvoient quatre héritiers vers Adèle, jeune femme du XIXᵉ siècle partie à Paris retrouver sa mère. Le film explore avec émotion des secrets familiaux à des époques entremêlées. Le réalisateur questionne avec justesse nos racines à 150 ans de distance, la transmission et la manière dont le passé éclaire les vies en pavant notre route vers l’avenir.

Bruno Arbaud

L’Aventura, de Sophie Letourneur

Letourneur était appelée sans doute, prédestinée par son nom. Letourneur en effet tourne, autour de la vie, autour des souvenirs, pour débusquer leurs secrets timides et douloureux. On devrait même dire que Letourneur retourne, comme on dit des assassins qu’ils retournent toujours sur les lieux de leur crime. Mais Letourneur est le contraire d’un assassin. Non seulement elle n’a tué personne, mais elle entend plutôt faire revivre ce qui s’est dissipé sans laisser suffisamment de traces. Parce qu’on a pas le temps de vivre, il faut ressusciter le temps. Or il n’y a qu’un seul art qui ressuscite vraiment le temps : le cinéma. Il fallait que Letourneur tourne afin d’accomplir son vieux rêve impossible et nécessaire : non pas tant lutter contre l’oubli que contre l’irréalité : faire que les choses aient vraiment eu lieu. L’Aventura, c’est le Blow Out (pour rester chez Antonioni) de la vie de famille. Que s’est-il passé durant ces vacances en Italie ? Rien, ou presque. Tout. Car ce n’est à la fin que par l’image, la reconstruction fictionnelle, que l’on peut seulement saisir ce qui se dérobe à l’expérience immédiate.

Joseph Leonard

Évanouis, de Zach Cregger

La palme du bijou horrifique revient sans hésiter au surprenant et galvanisant Évanouis qui nous tient en haleine plus de deux heures, à partir de son postulat génial. Zack Cregger nous happe au sein de son rollercoaster de sensations allant de l’effroi à l’éclat de rire. Et, franchement, réussir à compiler humour (certes noir) et frisson n’est pas donné à tout le monde. Ajoutons à cela une science du montage impeccable, un sous-texte prompt à maintes interprétations et une troupe d’acteurs géniaux, dont l’incroyable Amy Madigan, et vous obtenez une bombe de cinéma de genre imprévisible et totalement maîtrisée.

Rémy Fiers

Valeur sentimentale, de Joachim Trier

Le sixième opus de Joachim Trier confirme de manière éclatante le crescendo quasiment ininterrompu que connaît la carrière du cinéaste norvégien depuis ses débuts. Si l’expression « film de la maturité » est aujourd’hui complètement dévoyée, Valeur sentimentale s’y apparente pourtant. L’écriture, la mise en scène, les décors, l’interprétation des comédiens (premiers et seconds rôles confondus) : tout y est d’une subtilité, d’une richesse et d’une humanité admirables. Ingmar Bergman serait fier de cet héritier.

Thierry Dossogne

Sirāt, d’Oliver Laxe

Dans Sirāt, le road-trip devient une traversée intérieure, sensorielle et spirituelle, une secousse cinématographique qui révèle une liberté désormais proche du purgatoire. Le vide que traversent les personnages, lancés dans une quête de sens incertaine, se confond avec leur espace mental, à la fois instable et aride. Oliver Laxe ausculte ainsi le doute et la foi lorsque tout vacille dans un monde au bord du gouffre. L’ambiance sonore, immersive et répétitive, agit alors comme une tentative désespérée de couvrir le silence et la solitude, sans jamais parvenir à combler le manque qu’elle révèle. Une pépite !

Jérémy Chommanivong

Une bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson

Ewen Linet

Arco, d’Ugo Bienvenu

Il a fallu cinq ans de gestation pour qu’Arco s’impose comme une œuvre rare et lumineuse de l’animation française. Ugo Bienvenu y déploie un imaginaire audacieux, nourri par l’enfance, la science-fiction et une 2D artisanale sublimée. Entre futur désirable et présent désenchanté, le film raconte la rencontre bouleversante de deux enfants face à un monde en crise. Récompensé à Cannes et à Annecy, Arco célèbre, avec une poésie ardente, la nécessité vitale de créer, transmettre et espérer.

Ewen Linet

La Petite Dernière, d’Hafsia Herzi

À travers le portrait intime d’une adolescente musulmane en quête d’identité, Hafsia Herzi livre une adaptation délicate du roman de Fatima Daas. La Petite Dernière explore avec pudeur le tiraillement entre foi, famille et découverte de l’homosexualité, captant la peur du jugement autant que le désir de liberté. Porté par une mise en scène à fleur de peau et l’interprétation bouleversante de Nadia Melliti, ce récit lumineux compose une ode profondément humaine à l’émancipation.

Ariane Laure

L’Étranger, de François Ozon

Avec L’Étranger, François Ozon réussit une gageure : adapter le chef d’oeuvre de Camus avec le langage spécifique du cinéma. Il trouve la bonne distance d’avec le roman, entre fidélité et actualisation, dans un noir et blanc inspiré. Si l’on ajoute un Benjamin Voisin qui parvient à traduire la fameuse indifférence énigmatique de Meursaut, on tient là, peut-être, le meilleur film de François Ozon.

Jérôme Duvivier

On vous croit, de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Le cinéma belge déploie un huis clos d’une tension implacable avec On vous croit, où la justice procédurale fait obstacle à l’empathie et à l’humanité. À mesure que l’enquête progresse, le film révèle la violence sourde des mécanismes institutionnels, capables d’éroder la parole intime qu’ils prétendent protéger. Portée par la mise en scène précise de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, l’œuvre trouve son cœur battant dans la performance remarquable de Myriem Akheddiou, bouleversante de justesse.

Jérémy Chommanivong

Dossier 137, de Dominik Moll

Dossier 137 marque le retour saisissant de Dominik Moll avec une enquête haletante et d’une brûlante actualité, inscrite dans le contexte des Gilets jaunes. En s’immergeant au cœur de l’IGPN, le film questionne avec finesse notre rapport à la police, entre maintien de l’ordre, violences contestées et exigence de justice. Portée par un réalisme rigoureux et une réflexion nuancée sur les points de vue, cette œuvre brillante dresse le portrait d’un État sous tension et d’une société profondément fracturée.

Ariane Laure

Résurrection, de Bi Gan

Résurrection de Bi Gan se déploie en blocs sensoriels, traversant genres, styles et époques. Cette dispersion pourrait le faire vaciller, mais le film ne s’effondre jamais. Dans un futur où rêver est interdit, un révoleur résiste en rêvant partout, tout le temps. La femme qui l’accompagne peut se lire comme une figure du spectateur, recevant et protégeant l’imaginaire. Certaines séquences marquent profondément, notamment la neige, d’une poésie fragile, tandis que le final reste libre, presque suspendu. Bi Gan compose une traversée de la Chine filtrée par le cinéma, entre citations, visions et reconstitutions. Un film radical, imparfait, mais habité, qui continue de travailler longtemps après la projection.

Beatrice Delasalle

L’Agent secret, de Kleber Mendonça Filho

Certains films sont comme un « échantillon » du pays qui les a produits. Le Brésil a trouvé le sien avec L’Agent secret, véritable tranche de l’histoire, de la culture et des mentalités de la patrie de Kleber Mendonça Filho. Ce thriller politique à l’intrigue tortueuse convoque tous les sens du spectateur pour s’immerger dans ce qu’est le Brésil d’hier et d’aujourd’hui : un joyeux bordel. L’ingouvernabilité, la corruption, le culte de la procrastination assumée, certes ; mais aussi l’humanité débordante, les couleurs, la musique. Bref l’élan créateur et l’élan destructeur, intimement mêlés dans l’ADN du Brésil.

Thierry Dossogne

Amour Apocalypse : s’aimer à la fin du monde

Aimer quand tout semble s’effondrer. Voilà peut-être la devise la plus simple et la plus juste d’Amour Apocalypse. Sous ses airs de comédie romantique faussement légère, le sixième long-métrage d’Anne Émond déploie une œuvre étonnamment sensible, capable de faire cohabiter l’angoisse contemporaine et l’élan amoureux avec une sincérité désarmante. De Cannes à Cabourg, le film a fait circuler de bonnes ondes, laissant surtout l’envie d’y revenir, comme on retourne vers un lieu réconfortant.

Si certaines réserves peuvent régulièrement revenir — un sous-développement notable de personnages secondaires comme Tina, ou encore une narration parfois trop dense, au risque de désorienter — Amour Apocalypse évacue largement ses faiblesses grâce à ses qualités. Le film assume pleinement sa nature de comédie romantique, et la majorité de ses gags font mouche, trouvant un équilibre délicat entre légèreté apparente et gravité sous-jacente.

Car sous l’humour se cache un sujet autrement plus profond : la dépression, indissociable d’une éco-anxiété diffuse, qui traverse le film comme un bruit de fond permanent. Véritable cœur battant du film, elle est abordée avec une justesse et une émotion qui émergent dès que le récit s’autorise à devenir plus introspectif. Anne Émond n’en est pas à son premier coup d’essai : on retrouve ici l’énergie comique de Jeune Juliette, combinée à la dynamique de guérison déjà à l’œuvre dans Les Êtres chers. La cinéaste québécoise poursuit son exploration des cœurs cabossés avec une sensibilité et une finesse que Monia Chokri n’aurait sans doute pas renié.

Une voix dans la lumière

Il n’est donc pas surprenant que Patrick Hivon (La Femme de mon frère, Babysitter, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant) s’y sente parfaitement à sa place. Le film semble littéralement taillé sur mesure pour lui, tant sa performance navigue avec aisance entre décalage, vulnérabilité et mélancolie contenue. Il incarne Adam, un quarantenaire dépressif, rongé par une anxiété chronique nourrie autant par les pressions morales et sociales que par la conscience aiguë de l’effondrement écologique qu’il ne peut que constater au quotidien. Cela va de sa relation conflictuelle avec son père à son employée manipulatrice, et aux pulsions sexuelles débordantes. Sans le sou et sans attaches familiales, il s’enlise dans une routine qui se confond avec les chiens qu’il promène depuis son chenil. Confronté à l’effondrement du monde qui l’entoure, Adam ne parvient plus à contenir un stress qui le pousse progressivement vers la solitude, jusqu’à remettre en question sa propre raison de vivre.

Le monde continue d’avancer sans lui, mais lui ne veut plus en faire partie. Il rêve de créer son propre monde, de repartir de zéro — dans tous les sens du terme. Le film ne lésine d’ailleurs pas sur la symbolique entourant sa possible renaissance, jusque dans son prénom. Adam cherche le bonheur, mais surtout la personne idéale avec qui le partager. Et c’est en touchant le fond qu’il remonte lentement à la surface, aidé par la luminothérapie… et par la voix chaleureuse de la correspondante du service client de son nouveau traitement. Elle s’appelle Tina (Piper Perabo) et elle est bien réelle. Loin de la figure idéalisée de la « manic pixie dream girl », elle se révèle progressivement comme une personne traversée par ses propres failles et contradictions. S’ensuit alors une course pour retrouver cette femme capable de faire battre son cœur comme jamais auparavant.

Là où Her de Spike Jonze s’arrêtait à un dispositif volontairement statique pour interroger l’artificialité des sentiments envers une voix et une technologie émergente, Anne Émond choisit au contraire de libérer ses personnages de leurs désirs, refusant d’en faire les prisonniers d’un concept ou d’une idée trop abstraite. La réalisatrice leur permet de s’exprimer à travers des scènes oniriques, parfois légèrement absurdes, qui insufflent à l’ensemble un parfum feel good assumé. Même le repaire d’un dealer n’y apparaît jamais véritablement oppressant.

S’aimer malgré tout

Cette collision entre Adam et Tina les amène à regarder le monde avec davantage de recul et surtout avec un peu plus d’espoir. Émond, elle aussi, laisse de l’espace à ses personnages pour reprendre leur souffle, soutenue par une photographie aux teintes chaudes et enveloppantes, qui apporte un réel réconfort au visionnage. Nous sommes ici face à un film d’auteur qui ne prétend rien d’autre qu’interroger le besoin fondamental de se lier les uns aux autres — un besoin sincère, sans illusion. Amour Apocalypse multiplie alors les virages inattendus, tant sur le fond que sur la forme, et son regard politique sur « la fin du monde » continue d’interroger et d’émouvoir jusqu’au générique final.

Il faut également saluer la performance vocale de Stephen de Oliveira, dont le discours tendre, teinté d’une ironie assumée, agit comme une présence méditative à la fois réconfortante et légèrement absurde, renvoyant les spectateurs à leur propre fatalité. Tout semble éphémère en ce monde, et le film nous rappelle l’importance de vivre dans le présent, même lorsque tout vacille. Non pas en occultant les problèmes, mais en trouvant les bonnes personnes avec qui les affronter.

Par ailleurs, le personnage d’Adam, aussi attachant que loufoque, évoque inévitablement celui incarné par Adam Sandler dans Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson. Bien que le tempo comique diffère sensiblement entre les deux films, ils partagent cette même peur du vide, cette crise existentielle née de la collision entre la brutalité du monde et l’amour naissant pour une parfaite inconnue. Une poésie palpable, portée par un montage d’une grande maîtrise, qui nous happe immédiatement dans un univers à la fois familier et fragile.

C’est précisément cette dimension universelle qui rend Amour Apocalypse si touchant, notamment dans son dernier acte, où le chaos du monde et la résilience intime finissent par cohabiter harmonieusement. Sans jamais nier un contexte environnemental nihiliste, le film choisit de mettre en avant la vitalité de ses personnages. Et rappelle, avec une douceur rare, que l’amour — qu’elle soit fragile, imparfait ou impossible — demeure peut-être notre plus belle façon de résister à l’effacement.

Amour Apocalypse – bande-annonce

Amour Apocalypse – fiche technique

Titre international : Peak Everything
Réalisation : Anne Émond
Scénario : Anne Émond
Interprètes : Patrick Hivon, Piper Perabo, Gilles Renaud, Elizabeth Mageren, Éric Kamala Boulianne, Gord Rand
Photographie : Olivier Gossot
Conception visuelle : Sylvain Lemaitre
Assistance à la réalisation : Cédrick Kluyskens
Costumes : Patricia McNeil
Maquillage : Marie Salvado
Coiffure : Nermin Grbic
Montage : Anita Roth
Son : Stephen de Oliveira, Sylvain Brassard
Musique : Christophe Lamarche Ledoux
Étalonnage : Jérôme Cloutier
Effets spéciaux : Louis Pedneault
Effets visuels : Olivier Masson
Direction de post-production : Maëva François, Mélanie Gauthier
Direction de production : Marie-Claire Lalonde
Producteur : Sylvain Corbeil
Société de production : Metafilms
Pays de production : Canada
Société de distribution France : L’Atelier Distribution
Durée : 1h40
Genre : Comédie romantique, Drame
Date de sortie : 21 janvier 2026

Amour Apocalypse : s’aimer à la fin du monde
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3.5

Primate : on n’apprend pas à un singe à faire… peur

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L’une des premières bonnes surprises de l’année nous vient – encore – du rayon horrifique. Et, sans se mentir, on n’attendait pas grand-chose d’un film d’horreur avec un singe tueur. Preuve que le film de genre n’a pas fini de nous surprendre, Primate se révèle être la parfaite série B dont on rêvait. Intense, méchante, sans concession et vraiment effrayante grâce à un singe particulièrement réaliste. On pardonnera donc les quelques facilités et personnages idiots pour se concentrer sur le cœur du film : la terreur et l’angoisse qu’il diffuse, en plus de mises à mort génialement sanglantes et pleines d’idées.

Synopsis : PRIMATE suit un groupe d’amis dont le séjour idyllique sur une île lointaine dégénère en un affrontement bestial.

Quelle belle petite surprise au rayon de la série B horrifique pour commencer ce début d’année ! À l’instar de Companion l’an passé, ce Primate nous régale ! Comme quoi le cinéma de genre prouve encore qu’il est peut-être le domaine qui se renouvelle le plus et se positionne comme un vecteur de divertissement souvent convaincant, pour peu qu’on soit client. Rajoutons que depuis quelques années, le sous-genre du film de terreur animale a le vent en poupe et nous gratifie de petites pépites. Alors, il y a quand même eu l’excellent Crawl d’Alexandre Aja et ses alligators, la très bonne et grosse surprise francophone Vermines et ses araignées mutantes, ou la sympathique série B de requins Dangerous Animals cette année. Comme quoi Mère Nature et ses créatures peuvent être pourvoyeurs de films terrifiants et très sanglants. Avec ce Primate, on a le droit à une menace inusitée au cinéma puisqu’il s’agit d’un chimpanzé, un animal qui est généralement plutôt une source de mignonnerie et de réconfort. Ça aurait pu être totalement à côté, c’est finalement très réussi.

Johannes Roberts est un honnête faiseur qui s’avère être capable du meilleur, comme avec un autre film du genre avec des requins (47 Meters Down), mais aussi du pire (ses incursions dans les sagas, comme avec le reboot prometteur mais finalement complètement foiré de Resident Evil ou son épisode très dispensable au sein de The Strangers). Cette fois, il livre peut-être sa plus éclatante réussite avec ce long-métrage qui va droit au but et réussit tout ce qu’il entreprend. Déjà, et c’est très louable, Primate ne perd pas de temps avec une introduction simple, efficace et condensée qui nous met vite dans le bain. En effet, dans ce genre de film, on vient pour le sang, la tension et la peur, et non pour voir vivre les personnages qui seront, a fortiori, de la chair à canon. Et tous ces éléments sont là, et quand le carnage commence, jamais le rythme ne retombera. C’est terriblement efficace de bout en bout et sans concession. Tout ce qu’on demande à un tel film.

Les petits hics qu’on pourra reprocher au film viennent surtout de certains personnages complètement idiots. On sait que c’est la panacée dans ce genre de film qui s’apparente à un slasher – animalier, puisque le tueur est un animal – mais comme il y a un relatif travail sur la famille centrale, avec le père sourd et muet (qui occasionne une séquence sans son absolument géniale), dommage que certains seconds rôles soient complètement idiots, à tel point que cela en devient rageant et improbable. Et puis il faut avouer que les dialogues sont réduits au strict minimum et tout juste fonctionnels, voire simplistes. Cela empêche Primate d’être la vraie petite bombe qu’il aurait pu devenir. Mais passons, tant on passe un bon moment et qu’on trouve ici ce qu’on était venu chercher.

Et là où le long-métrage excelle le plus, c’est bien sûr dans ces mises à mort, toutes plus sanglantes et extrêmes les unes que les autres. Roberts n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de montrer la folie de ce singe qui a la rage. Démembrements, éventrations et morsures extrêmes, tout y passe et on ne nous cache rien. Du gore généreux et sans concession, comme on peut en attendre d’un tel film. Ces exécutions ont en plus le mérite d’être variées et originales, le cinéaste utilisant notamment parfaitement le décor de cette superbe villa hawaïenne perchée sur les rochers pour les mettre en scène de manière aussi recherchée que sanglante et visuellement intéressante. Les séquences avec la piscine sont notamment particulièrement angoissantes et bien mises en scène. Enfin, le fait de choisir des effets pratiques plutôt que numériques pour animer la bête est un gage de réalisme. En effet, le singe Ben est proprement terrifiant. Bref, si vous aimez avoir la trouille et vous cacher les yeux, foncez !

Bande-annonce – Primate

Fiche technique – Primate

Réalisateur : Johannes Roberts.
Scénaristes: Ernest Riera & Johannes Roberts.
Production : Paramount Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Interprétation : Johnny Sequoyah, Jessica Alexander, et Troy Kotsur, Victoria Wyant, Gia Hunter, Benjamin Cheng, Charlie Mann, Tienne Simon
Genres : Suspense – Horreur.
Date de sortie : 21 janvier 2026.
Durée : 1h29.
Pays : USA.

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3.5

Comment les thrillers cinématographiques influencent le suspense des casinos en ligne avec glorion casino

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Les thrillers cinématographiques captivent les spectateurs avec des intrigues palpitantes et influencent également l’expérience des casinos en ligne. En intégrant des éléments inspirés du cinéma, les plateformes de jeu comme glorion créent une immersion totale pour les joueurs. Dans le même esprit, glorion casino contribue également à intensifier l’expérience de divertissement. Cette fusion entre cinéma et jeux d’argent offre une nouvelle dimension au divertissement numérique.

Les casinos en ligne offrent un univers captivant où chaque partie peut s’avérer palpitante. Le suspense et l’adrénaline sont au rendez-vous, attirant de nombreux joueurs. Dans cet environnement, glorion casino se distingue en intégrant des éléments inspirés du cinéma pour offrir une expérience encore plus immersive. Le lien entre le septième art et le jeu d’argent crée un cocktail d’émotions qui séduit les amateurs de sensations fortes.

influence des thrillers cinématographiques

Les films de thriller maintiennent les spectateurs au bord de leur siège grâce à leurs scénarios tendus et leurs retournements de situation inattendus. Ces éléments se retrouvent également dans l’univers des jeux de casino en ligne. Les plateformes s’inspirent des intrigues cinématographiques pour créer des jeux qui captivent l’attention des joueurs. Les éléments dramatiques, tels que les ambiances mystérieuses et les personnages énigmatiques, sont adaptés pour enrichir l’expérience ludique.

L’adaptation de ces codes cinématographiques permet d’offrir aux joueurs une immersion totale dans le jeu. Cela renforce le suspense et la tension, deux composantes essentielles qui font que chaque session de jeu ressemble à un acte dramatique. Ce rapprochement entre cinéma et casino redéfinit la manière dont les joueurs perçoivent et vivent leurs parties en ligne.

connexion psychologique

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Les émotions telles que la tension et l’excitation sont au cœur de cette expérience partagée entre les deux mondes. Les développeurs de jeux exploitent ces sentiments pour maintenir l’engagement des joueurs, rendant chaque partie aussi captivante qu’un bon film. Ce parallèle entre le suspens cinématographique et le frisson du jeu témoigne de l’influence croissante du cinéma sur les plateformes de jeu en ligne.

expériences de pari immersives

Les scènes emblématiques de thrillers ont trouvé leur place dans les casinos virtuels, transformant chaque jeu en une aventure palpitante. Les casinos en ligne intègrent des personnages mémorables et des rebondissements dignes des meilleurs films pour offrir une expérience unique aux joueurs. Ces références cinématographiques enrichissent le contenu visuel et narratif des jeux, rendant chaque interaction plus engageante.

L’intégration de ces éléments dans les jeux permet aux joueurs de vivre des expériences proches de celles offertes par le grand écran. Ce mélange innovant repousse les limites traditionnelles du jeu d’argent, créant un environnement dynamique où chaque pari compte. L’attrait pour ce type d’expérience immersive ne cesse de croître, prouvant que le mariage entre cinéma et glorion casino est une recette gagnante.

engagement des joueurs

L’influence des thrillers cinématographiques sur les jeux de casino en ligne ne se limite pas à augmenter le suspense; elle joue également un rôle crucial dans l’engagement des joueurs. En intégrant des scénarios inspirés du cinéma, les plateformes parviennent à capter l’attention des utilisateurs tout en les incitant à investir émotionnellement dans leurs paris.

Cet engagement profond se traduit par une fidélité accrue et une immersion totale dans l’univers du jeu. L’environnement interactif créé par ces influences cinématographiques stimule la curiosité et incite les joueurs à explorer davantage les différentes options offertes par la plateforme. En fin de compte, c’est cette synergie entre cinéma et glorion casino qui définit une nouvelle ère du divertissement numérique.

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Father Mother Sister Brother : la famille dans tous ses états

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Avec ces trois récits subtilement reliés, Jim Jarmusch évoque le rapport qu’entretiennent les adultes à leurs parents âgés. Les deux premières parties racontent l’éloignement que le temps a créé, suscitant un malaise. Dans la troisième partie, les parents viennent de mourir. Ne reste alors qu’un poids, encombrant lui aussi. Un constat magistralement orchestré, entre ironie et gravité, et un authentique geste de cinéma.

Un triptyque inégalement réparti

Deux adultes, un homme et une femme, rendent visite à leur père. Deux autres, deux femmes, rendent visite à leur mère. Deux autres enfin, un homme et une femme jumeaux, se retrouvent suite à la disparition tragique de leurs parents. A travers ces histoires, Jim Jarmusch interroge la relation des enfants, devenus adultes, à leurs géniteurs âgés. Un triptyque qui se divise non pas en 1+1+1 mais en 2+1. Les deux premières histoires, en effet, se répondent, quand la troisième prend une sorte de contrepied. Mais les trois récits sont liés entre eux par de nombreux fils rouges, identifiés ici dans la première partie par le gras italique puis par l’italique simple. Paterson, déjà, jouait subtilement de multiples rappels agissant comme des énigmes à déchiffrer. Le jeu se trouve ici encore décuplé.

Le père pitoyable

Jeff (Adam Driver) et Emily (Mayim Bialik) sont en route pour la demeure reculée de leur père (Tom Waits). Comme il est de mise en pareil cas, on parle de celui-ci plutôt que de se livrer sur son propre parcours, ses blessures intimes, ses éventuelles rancœurs. Ces échanges dévoilent une sourde compétition entre les deux : Jeff a aidé financièrement à plusieurs reprises son père qui appelait à l’aide, quand Emily ne l’a fait qu’une fois, précisant qu’elle a dû affronter à cette occasion la colère de son mari – Jeff aussi, pour sa femme, mais cela ne l’a pas empêché, lui, de recommencer. Emily est venue les mains vides quand Jeff a confectionné un panier garni d’aliments pour faciliter la vie du patriarche. C’est la voiture de Jeff qu’on utilise pour se rendre sur place. L’un est le fils exemplaire, l’autre la fille rebelle. Sur la route, il croise des skateurs, filmés au ralenti : ceux-ci incarnent une certaine liberté, une insouciance, une fantaisie que Jeff et Emilt perdent lorsqu’ils retournent vers leur père ; un âge, aussi, où l’on s’affranchit, par révolte, de la tutelle de ses parents, où la force d’attraction du groupe prend le pas sur l’influence familiale.

Dès lors qu’Emily et Jeff sont dans la maison, une gêne est palpable. On use de formules conventionnelles, comme le « tu es superbe » qu’adresse le père à Emily. On note que tous trois sont vêtus du même rouge : en apparence, la famille est unie. On ne cesse de changer de place : d’un fauteuil au canapé puis au rocking-chair qui permet d’admirer le lac devant la maison. Il y a de longs silences car personne ne sait quoi dire. Un robinet qui fuit angoisse. Le lien ne passe plus que par ces objets inertes et figés que sont les photos exposées dans des cadres : souvenir d’un temps où l’éloignement que tous deux ressentent n’existait pas. Jarmusch use d’un artifice pour appuyer cette idée : une vieille expression anglaise employée par le père, incomprise de sa progéniture, « Bob is your uncle » qui signifie « et puis voilà ». Chacun n’attend qu’une chose, mettre fin au plus vite à ce moment embarrassant, et le risque n’est pas grand pour le père de proposer à ses enfants de cuisiner un petit quelque chose avec ce que vient d’apporter Jeff : l’offre est immédiatement déclinée. On pourra regretter le surjeu de Mayim Bialik dans cette scène : il n’y avait nul besoin d’en rajouter, la mise en scène faisant merveilleusement le travail.

De toute évidence, ce père est placé sous le signe de la faiblesse : on craint pour sa santé, allant jusqu’à lui demander ce qu’il prend comme « drogues », ce que l’intéressé interprète mal. (De toute façon, argue-t-il, le vrai médicament c’est l’eau, comme le disait leur mère décédée…) Il n’a rien à leur offrir à boire, au point de ne leur proposer comiquement, pour trinquer, qu’un verre d’eau. Tout juste une tasse de thé ensuite, grâce à un reste de sachet retrouvé au fond d’un placard. Mais peut-on seulement trinquer à l’eau ou au thé, demande Jeff, qui ne quitte pas les lieux sans avoir glissé quelques billets dans la main de son très précaire géniteur.

Ce premier récit nous ménage un twist savoureux, que nous ne dévoilerons pas. Disons simplement qu’il s’agit d’un mensonge. On se rappelle qu’en ouverture, un montage alterné avec la voiture cheminant dans la forêt nous montrait le père s’affairant à déplacer des objets, comme s’il rangeait la pièce – c’était tout le contraire. Et qu’il refusait obstinément que le très serviable Jeff aille jeter un œil au nouveau mur qu’il a financé ou à la voiture qui semblait en piètre état… On notera aussi le mensonge de la Rolex au bras du père, déclarée comme fausse alors qu’elle est vraie, assurera Emily, à la grande stupeur de son frère.

La mère impitoyable

Après les USA, l’Irlande, reconnaissable à ses étroites allées de maisonnettes en briques. Voici un second trio, présentant des caractéristiques communes avec le premier mais aussi quelques différences.

Une mère (Charlotte Rampling) attend pour le thé ses deux filles, Timothea (Cate Blanchet) et Lilith (Vicky Krieps). Timothea est la fille exemplaire, ce qu’exprime sa tenue (coupe sage, lunettes, jupe droite, socquettes comme une petite fille) quand Lilith, qui mérite son prénom de personnage biblique maléfique, campe la rebelle (cheveux roses, activité professionnelle 2.0, orientation sexuelle impossible à révéler à cette mère conservatrice).

Le récit commence avec l’approche en voiture : Timothea tombe en panne quand Lilith se fait déposer par sa compagne en la faisant passer pour un Uber. Premier mensonge, qui va se poursuivre pendant la dégustation du thé et des petits gâteaux : Timothea affirmera avoir décroché une promotion sans qu’on sache la part de vérité que contient cette bonne nouvelle (serait-ce un mensonge honteux à ses yeux qui l’amène à monter aux toilettes se regarder dans une glace ?), quand Lilith évoquera son amoureux, cisgenre comme il se doit. Chacune tient son rôle, une lampe judicieusement placée en arrière plan exprimant ce duel à fleurets mouchetés.

Les deux filles veulent charmer leur mère qui, au contraire du père dans le premier récit, est plutôt dominatrice. Quelques détails le montrent : la table est un étalage d’opulence qui contraste avec la première histoire ; Lilith se fait reprendre comme une gamine lorsqu’elle veut consulter son téléphone à table ; en feuilletant des opus de cette romancière à succès, Timothea craint, toujours comme une petite fille, d’être surprise en train d’enfreindre un interdit maternel. Cette position de la mère en surplomb est renforcée par de nombreux plans zénithaux sur la table abondamment garnie, là où la scène chez le père était filmée à hauteur d’homme.

Pour le reste, uniquement des invariants. Les mêmes skateurs croisés sur la route. Les mêmes propos conventionnels (« on est habillés pareil ») pour le même rouge. La même question de l’eau arrivant dans la conversation, cette fois pour questionner sa potabilité et pour en faire un ingrédient essentiel d’un thé réussi. Les mêmes photos dans des cadres montrant les deux filles n’ayant pas encore divergé dans leurs styles de vie. La même montre Rolex fièrement exhibée par Lilith. Les mêmes silences gênés, uniquement brisés par le bruit des tasses qu’on repose dans leurs soucoupes, puis complets au moment d’attendre le Uber que Lilith a extorqué à sa mère – nullement dupe de la manœuvre. La même expression « Bob is your uncle » mais formulée en périphrase.

Étant donné la symétrie des deux histoires, on s’attend à un twist comme dans la première partie. Jarmusch déçoit malicieusement cette attente. A moins que le sourire troublé de la mère restée seul devant son seuil n’en dise long sur la part de jeu que recèle son implacable assurance ?

Que racontent ces deux premiers sketches ? D’une part, la médiocrité des rapports humains, même au sein de ses proches – idée portée par l’histoire drôle de Lilith, des planètes qui ont chopé un mauvais virus, celui de l’humanité. D’autre part, le fossé que creuse inexorablement le temps entre les enfants et leurs parents. Le ton de farce grinçante des deux premiers sketches cache donc une certaine gravité.

Frère et sœur siamois

L’humeur de cette dernière partie, située à Paris (que Jarmusch aime au point d’envisager de ne plus tourner que là), est à la fois moins sombre et plus tendre. Le cinéaste force un peu le trait dans la relation qui unit ces deux jumeaux, constamment en train de se dire qu’ils s’aiment. Là où il excellait à tout exprimer par la mise en scène – qualité qui faisait déjà le sel, notamment de Broken Flowers et de Paterson -, il surligne par les dialogues ce qui n’avait pas besoin de l’être.

Tous deux nés à New York où ils ont passé une partie de leur enfance, Skye (India Mhoore) et Billy (Luka Sabbat) se retrouvent pour liquider l’appartement parisien de leurs deux parents, disparus dans un accident d’avion de tourisme conduit par eux-mêmes. Là où la fratrie se trouvait en compétition confrontée au père ou à la mère, celle-ci est soudée comme les doigts d’une main – d’où, sans doute, l’idée d’en faire des jumeaux. Au contraire de Timothea et Lilith, aux styles vestimentaires antagonistes, un blouson noir unit le frère et la sœur. Là où les enfants des deux premières histoires se trouvaient gênés, empêchés, ces deux-là sont libres au point d’assumer de prendre de la drogue, de choisir de vivre entre New York et Paris sans trop de contraintes économiques, de lâcher négligemment 10 € pour deux cafés – en lieu et place du thé, pris dans ces troquets que voulait montrer Jarmusch tant il les affectionne, par opposition au « Paris de Woody Allen ». Le père de Father exerçait un chantage affectif, la mère de Mother était castratrice, le couple uni des parents de Skye et Billy ne suscite que de l’admiration par son anticonformisme. On apprend ainsi qu’il pouvait se payer un tour en coucou mais ne payait pas son loyer. C’est la gardienne qui le révèle, incarnée par Françoise Lebrun. Pourquoi ce choix ? Puisque tout fait sens chez Jarmusch et que son film parle de famille, peut-on risquer l’hypothèse qu’il a souhaité faire référence au plus célèbre film où l’actrice apparaît, La Maman et la Putain… ?

Tous ces éléments viennent en opposition aux deux premières parties, mais l’unité du film est assurée par bon nombre d’invariants : les skateurs croisés dans la rue, l’approche en voiture (qui semblera peut-être anachronique aux Parisiens qui ne se déplacent plus de cette façon dans la capitale depuis longtemps, plus de la moitié ne possédant plus de véhicule…), les photos trouvées par Billy dans l’appartement qu’il s’est chargé de vider – elles sont désormais libérées de leurs cadres. « Bob is my uncle » revient aussi, dans la bouche de Skye, sans que Billy ne comprenne. Et jusqu’à la réponse « debatable » (« ça se discute ») que répond Skye à son frère, tout comme Emily, dans la première partie, le faisait à son père qui lui lançait, autre propos stéréotypé, qu’elle ne changeait pas avec les années.

Si Jarmusch se montre un brin moins subtil dans cette partie, il n’a pas pour autant perdu son art de la mise en scène. En témoigne la séquence dans l’appartement débarrassé de ses meubles, qui traduit le vide intérieur ressenti par une Skye vêtue de rouge. (Jarmusch raconte que c’est son assistante caméra qui a trouvé l’endroit exact qui rendait possible le panoramique circulaire permettant de balayer l’appartement.) La petite fille qu’elle fut revit lorsqu’elle s’assied sur un meuble de cuisine comme elle le faisait naguère.

Nouvelle déambulation, sur fond d’une musique soul comme Jarmusch les aime, pour rejoindre Ivry et la scène finale, de toute beauté, celle du garde meubles. Ces meubles entassés, c’est le poids que représentent, pour les enfants, leurs parents. Vivants, ils le leur font subir. Morts, il n’y a plus qu’à s’en débarrasser. « On gère ça maintenant ? » La question revient dans la bouche de l’une puis de l’autre. Mais la réponse est la même : rien ne presse.

Une saveur qui infuse lentement

Ce dernier opus s’inscrit bien dans l’œuvre de Jarmusch : recours à ses acteurs fétiches (Tom Waits, Adam Driver), soin apporté aux couleurs et aux costumes, nonchalance du ton, ironie des dialogues. Sous ses dehors de petite chose sympathique, Father Mother Sister Brother s’avère, outre un délicieux jeu de pistes, une assez féconde réflexion sur les rapports enfants-parents, quand ces derniers s’approchent de la fin. Comme celui de sa compatriote Kelly Reichardt, le cinéma de Jim Jarmusch est à combustion lente, comme les arômes d’une tasse de thé. Il ne s’y passe pas grand chose, mais ce peu de choses contient un monde se révélant après coup. Modestes de prime abord, ces films-là laissent souvent au spectateur une trace durable. Lion d’Or de Venise mérité.

🎬 Bande-annonce : Father Mother Sister Brother

🎬 Father Mother Sister Brother – Fiche technique

Titre original : Father Mother Sister Brother
Réalisation : Jim Jarmusch
Scénario : Jim Jarmusch
Décors : Marco Bittner Rosser, Mark Friedberg
Costumes : Catherine George
Photographie : Frederick Elmes, Yorick Le Saux
Montage : Affonso Gonçalves
Musique : Jim Jarmusch
Production : Joshua Astrachan, Charles Gillibert, Carter Logan, Atilla Salih Yücer
Production déléguée : Jim Jarmusch, Efe Çakarel, Jason Ropell, Zane Meyer, Anthony Vaccarello, Lorenzo Mieli, Anna Maria Morelli, Alex C. Lo
Coproduction : Conor Barry, Richard Bolger, Arielle De Saint Phalle, Marieke Tricoire, Derrick Tseng
Sociétés de production : Exoskeleton, Animal Kingdom, CG Cinema, Cinema Inutile, Hail Mary Pictures, Saint Laurent, The Apartment
Sociétés de distribution : MUBI (États-Unis), Les Films du Losange (France)
Pays de production : États-Unis, France, Irlande, Italie, Japon
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : Comédie dramatique, Film à sketches
Durée : 110 minutes
Dates de sortie : Italie : 31 août 2025 (Mostra de Venise) • États-Unis : 3 octobre 2025 (Festival de New York) • France : 7 janvier 2026
Année : 2025

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4

28 ans plus tard : le Temple des morts – l’horreur survit, la peur change de camp

Avec Le Temple des morts, la saga initiée par 28 jours plus tard poursuit sa mue en s’éloignant progressivement de la terreur pure pour explorer les fractures idéologiques laissées par l’effondrement. Entre héritage de Danny Boyle, retour des thématiques chères à Alex Garland et passage de relais à Nia DaCosta, ce nouvel épisode privilégie l’introspection et le regard porté sur les survivants, au risque d’atténuer la brutalité qui faisait la force originelle de la franchise. Une œuvre stimulante, parfois trop sage, mais toujours habitée par une ambition émotionnelle et politique rare dans le cinéma post-apocalyptique contemporain.

Une saga en mutation

Les zombies de Romero semblent aujourd’hui appartenir à un lointain souvenir depuis que Danny Boyle proposa, avec 28 jours plus tard, une variante bien plus agressive et fébrile de ces morts-vivants. Si le reste de la saga n’a jamais totalement égalé le niveau de tension psychologique et de cruauté initié par Boyle et son scénariste Alex Garland, c’est sans doute parce que chaque suite a cherché à proposer un nouveau visage du chaos.

28 semaines plus tard évoquait déjà l’échec d’une autorité fondée sur la peur et le militarisme, ajoutant un vernis supplémentaire à une condition humaine fragilisée par la culpabilité. Plus spectaculaire et davantage orienté vers l’action, ce deuxième volet justifiait la résurgence de la contamination par une logique d’escalade. Une évolution cohérente bien qu’éloignée de l’impulsion initiale de Boyle et Garland.

Le retour du duo avec 28 ans plus tard, il y a à peine sept mois, avait donc tout d’une œuvre aussi attendue que redoutée. Une surprise qui n’a pas tardé à susciter curiosité et engouement, tant le film semblait renouer avec une ambition d’auteur sans renier son affiliation aux codes hollywoodiens. Ce troisième volet se distinguait par sa manière de normaliser l’horreur, en adoptant le point de vue d’une génération née après « l’effondrement », dans un Royaume-Uni isolé du reste du monde. Une allusion au Brexit, aussi discrète que pertinente, irriguait alors un récit centré sur la reconstruction, la confiance et du lien communautaire.

Le nouveau monde

C’est à travers le regard encore chargé d’innocence de Spike que le spectateur se laissait séduire, notamment lors de son épreuve communautaire et, surtout, de sa rencontre avec le docteur Kelson. Figure pivot de ce nouveau chapitre, Kelson permettait de contrebalancer la brutalité sèche de l’ouverture du film, rappelant que les infectés se représentent pas qu’une menace inébranlable, même lorsque leur présence se raréfie.

Le Temple des morts prolonge cette logique en opérant un glissement significatif : le véritable danger ne réside plus tant dans le virus de la Rage que dans les idéologies qu’il a engendrées. Sir Jimmy Crystal, interprété par Jack O’Connell, survivant charismatique et profondément inquiétant, devient l’incarnation de cette violence intériorisée, transformée en dogme. Boyle fait ici le choix fort de substituer au monstre biologique un monstre idéologique, à la silhouette inspirée de Jimmy Savile, avant de confier à Nia DaCosta la tâche d’assurer la transition vers la conclusion de 28 ans plus tard.

Connue pour avoir signé The Marvels, la cinéaste new-yorkaise s’est également illustrée dans des drames intimistes où la fragilité humaine et la sororité occupent une place centrale, notamment dans Little Woods et Hedda, portés par une mise en scène d’une grande humilité et une brillante Tessa Thompson. Son retour dans un univers peuplé de monstres n’a donc rien d’anodin. Si les infectés demeurent une menace diffuse, ce sont avant tout les survivants qui l’intéressent : ceux qui ont institutionnalisé la violence, l’ont transmise, ritualisée, puis radicalisée — un prolongement évident des thèmes déjà explorés dans son remake contemporain de Candyman.

Deux visions de la mort

DaCosta oppose ainsi deux cultes brièvement introduits dans le film précédent : celui du Temple des morts incarné par Kelson et celui, plus insidieux, de Jimmy Crystal. Tous deux vénèrent la mort à leur manière, mais l’un s’ancre dans un deuil collectif quand l’autre sombre dans un fanatisme corrosif. L’idéologie de Jimmy repose sur une emprise infantilisante, instrumentalisant ses acolytes sous couvert de protection. Un règne de la peur pourtant fragile, fissuré par l’arrivée de Spike, venu gonfler ses rangs malgré lui.

En faisant de Spike un avatar et une extension de Jimmy, DaCosta achève un arc narratif chargé de symbolisme, parfois au détriment de la tension brute qui faisait la force du premier chapitre. Le Temple des morts privilégie l’introspection et la retenue, au risque de neutraliser son propre potentiel subversif. Cette impression se prolonge dans la mise en scène. En reprenant le dispositif à l’iPhone instauré par Boyle, la réalisatrice affirme une continuité visuelle évidente, mais une continuité qui tourne ici à la routine. Ce choix formel, autrefois vecteur de chaos et de nervosité, se révèle étonnamment sage face à une figure d’Alpha rongée par le traumatisme et la psychose, comme si le film refusait d’accompagner jusqu’au bout la folie qu’il met pourtant en scène. Seule une parenthèse enflammée rappelle alors combien Ralph Fiennes demeure capable de renouveler son jeu et d’insuffler une énergie plus débridée.

En définitive, il reste toujours aussi passionnant de replonger dans cet univers post-apocalyptique. Le véritable succès de ces 28 ans plus tard réside désormais moins dans l’horreur ou le gore que dans l’émotion, là où les films précédents capitalisaient davantage sur la sidération. Si tout n’est pas parfaitement maîtrisé dans Le Temple des morts, la narration demeure suffisamment fluide et engageante pour nous donner envie de poursuivre l’aventure — d’autant plus que le segment suivant promet le retour très attendu de Cillian Murphy au sein de la franchise.

28 ans plus tard : le temple des morts – bande-annonce

28 ans plus tard : le temple des morts – fiche technique

Titre original : 28 Years Later: The Bone Temple
Réalisation : Nia DaCosta
Scénario : Alex Garland
Interprètes : Ralph Fiennes, Jack O’Connell, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parry
Photographie : Sean Bobbitt
Direction artistique : Nick Wilkinson
Montage : Jake Roberts
Musique : Hildur Guðnadóttir
Producteurs : Andrew Macdonald, Peter Rice, Bernard Bellew, Danny Boyle, Alex Garland
Producteur exécutif : Cillian Murphy
Sociétés de production : Columbia Pictures, DNA Films, Decibel Films
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni
Société de distribution : Sony Pictures Releasing France
Durée : 1h50
Genre : Épouvante-horreur
Date de sortie : 14 janvier 2026

28 ans plus tard : le Temple des morts – l’horreur survit, la peur change de camp
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3

Greenland : Migration – quand la survie perd son urgence

La survie change d’échelle mais perd en intensité dans Greenland : Migration. Entre ambitions post-apocalyptiques et road-trip mécanique, le film cherche à élargir son horizon sans jamais parvenir à lui donner du souffle. Mise en scène atone, personnages appauvris et émotion sous contrôle, cette suite avance, mais sans véritable urgence ni destination claire.

Il y avait de quoi être surpris — et même sincèrement satisfait — par Greenland : le dernier refuge. Série B catastrophe portée par un Gerard Butler débarrassé de l’héroïsme bourrin que Ric Roman Waugh affectionne habituellement (Infiltré, La chute du président, Kandahar et prochainement avec Shelter), le film trouvait un équilibre inattendu entre le souffle fataliste de Deep Impact et la frontalité émotionnelle de The Impossible. Il flirtait avec une forme d’horreur sourde, observant ce qu’il reste de la nature humaine lorsque la fin du monde devient une certitude. Dans une course effrénée pour mettre sa famille à l’abri de l’impact d’une comète, John Garrity entreprenait alors un voyage périlleux vers un bunker au Groenland, donnant naissance à un récit tendu, incarné et presque viscéral.

L’ombre des survivants

Cinq ans plus tard, Greenland : Migration reprend un postulat théoriquement vertigineux : le bunker n’est plus sûr, la Terre reste hostile, et les survivants doivent à nouveau se mettre en mouvement. Tempêtes climatiques, atmosphère contaminée, exode forcé vers une hypothétique terre habitable… Tous les ingrédients sont réunis pour prolonger le récit vers quelque chose de plus ample, de plus politique, voire de plus tragique. Mais là où le premier film avançait avec une urgence presque primitive, cette suite semble constamment hésiter entre le grand spectacle et un discours intimiste, sans jamais parvenir à les faire converger.

Le film devient paradoxalement plus digeste lorsqu’il cesse de s’encombrer de justifications pseudo-scientifiques. L’idée d’une terre redevenue verte au point d’impact de la comète relève davantage du fantasme que d’un véritable enjeu dramaturgique. Ce « paradis » promis n’est jamais réellement interrogé, ni mis en tension avec la violence qui continue de régner autour. Le concept existe, mais il n’est ni incarné, ni confronté, laissant une impression de décor théorique plaqué sur un récit qui n’ose pas en explorer les conséquences.

Cette impression de superficialité se prolonge sur le plan visuel. Greenland : Migration est un film étonnamment laid, notamment dans ses plans larges, souvent plats, grisâtres, sans composition ni souffle. Là où le premier opus parvenait à instaurer une sensation d’échelle et de menace à hauteur d’homme, la mise en scène se contente ici d’illustrer les situations sans jamais les dramatiser. Les paysages, pourtant multiples, ne racontent rien ; ils sont traversés mais jamais habités. Même la musique de David Buckley, omniprésente, peine à combler ce vide : ni véritablement émouvante, ni inspirante, elle accompagne les images sans les élever, soulignant davantage leur manque d’intensité.

Les passagers du vide

En revanche, le regard que le film tente de poser sur la famille Garrity se veut toujours lumineux, mais cette fois sans véritable chair émotionnelle. Les personnages sont sensiblement moins bien écrits. Butler reste un super papa qui prend les bonnes décisions, mais Morena Baccarin se voit réduite à incarner une détermination monolithique, sans nuances ni aspérités. Roman Griffin Davis, quant à lui, traverse le film avec un émerveillement quasi constant, jamais véritablement accompagné par la mise en scène. Ce regard d’enfant, qui aurait pu devenir un prisme sensible sur ce monde en ruine, reste bà l’état de fonction symbolique, faute d’un travail de direction ou de situations réellement signifiantes.

Les personnages secondaires, eux, ne servent pratiquement à rien. Certes, ce choix s’inscrit dans la continuité du premier film, où ils étaient déjà volontairement esquissés. Mais ici, ils ne sont ni vecteurs de conflit, ni moteurs de résolution, ni même reflets d’une humanité fracturée. Ils apparaissent, disparaissent, et n’existent jamais assez longtemps pour laisser une trace. Le film se prive ainsi de toute tension dramatique périphérique, enfermant son récit dans une ligne droite et sans détour.

Et pourtant, Migration regorge d’idées. Les protagonistes traversent une multitude de décors, affrontent des enjeux différents à chaque étape. Ce road-trip post-apocalyptique possède une richesse potentielle considérable avec conflits militaires en arrière-plan, des infrastructures délabrées, des tensions sociales persistantes et les habituelles fragilités des alliances humaines. Mais tout est survolé. Le film reste trop fonctionnel, trop conventionnel, comme s’il avait peur de s’arrêter pour observer ce monde qu’il prétend raconter. Même la relation père-fils, timidement travaillée en vue d’un climax émotionnel, semble davantage répondre à une obligation de scénario qu’à une nécessité organique.

Greenland : le dernier refuge pouvait rester un one shot. Il se suffisait amplement à lui-même. Migration, lui, donne l’impression d’un prolongement mécanique, privé de l’urgence, de la sincérité et de la rudesse qui faisaient la force du premier film. Plus proche d’un exercice de survie balisé que d’un véritable drame sur la persistance de l’espoir humain, le film s’épuise à répéter ses motifs sans jamais les approfondir. À défaut de catastrophe, il ne reste qu’un déplacement sans véritable destination.

Greenland : Migration – bande-annonce

Greenland : Migration – fiche technique

Titre original : Greenland 2: Migration
Réalisation : Ric Roman Waugh
Scénario : Chris Sparling, Mitchell LaFortune
Interprètes : Gerard Butler, Morena Baccarin, William Abadie, Roman Griffin Davis, Amber Rose Revah, Trond Fausa Aurvåg
Photographie : Martin Ahlgren
Décors : Vincent Reynaud
Montage : Eric Freidenberg
Musique : David Buckley
Producteurs : Brendon Boyea, Gerard Butler, Basil Iwanyk, Sébastien Raybaud, Alan Siegel, Ric Roman Waugh, John Zois
Sociétés de production : STX Entertainment, Anton, Thunder Road Pictures, G-BASE Film Production, CineMachine
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h39
Genre : Action, Thriller, Science-fiction
Date de sortie : 14 janvier 2026

Greenland : Migration – quand la survie perd son urgence
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2.5

Amrum de Fatih Akin et Les Échos du Passé de Mascha Schilinski : Deux enfances pour une même chute

Entre une ferme et une île, Les Échos du passé et Amrum racontent la même chute intime : celle d’enfances traversées par l’héritage du silence

Synopsis de AmrumPrintemps 1945, sur l’île d’Amrum, au large de l’Allemagne. Dans les derniers jours de la guerre, Nanning, 12 ans, brave une mer dangereuse pour chasser les phoques, pêche de nuit et travaille à la ferme voisine pour aider sa mère à nourrir la famille. Lorsque la paix arrive enfin, de nouveaux conflits surgissent, et Nanning doit apprendre à tracer son propre chemin dans un monde bouleversé.

Synopsis de Les Échos du passé Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l’Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Heimat

Il fait zéro degré à l’extérieur et nous sommes un dimanche de soldes. Et pourtant, la salle est relativement pleine pour ce premier film de l’Allemande Mascha Schilinski, Les Échos du passé — un titre français très premier degré qui remplace désormais le titre international The Sound of Falling. Le film arrive précédé d’une réputation flatteuse, auréolé de son Prix du Jury au dernier Festival de Cannes.

Le film adopte une narration fragmentée autour d’un même lieu : un grand corps de ferme où se succèdent plusieurs générations d’une même famille. Sur plus d’un siècle, par bonds d’une quarantaine d’années, les grandes ruptures historiques — guerres, division des deux Allemagne, peut-être même la Covid — ne sont jamais explicitement nommées. Et pourtant, une remarquable continuité esthétique et émotionnelle s’impose : une ambiance sombre, mélancolique, traversée d’une nostalgie diffuse.

L’esthétique est à la fois datée et hors du temps. La ferme devient un personnage à part entière, au même niveau que les figures humaines qui l’habitent : petites filles traumatisées par la mort, servantes abusées, femmes mutilées – mais jeunes hommes aussi, êtres fragiles à qui l’on ne permet jamais vraiment de prendre la lumière.

Le thème du film est précisément là : une nostalgie de traumatismes anciens, emprisonnés dans les murs, qui se propagent comme une onde d’une époque à l’autre. Une souffrance comparable à celle de l’oncle Fritz, mutilé, condamné à ressentir toute sa vie la douleur d’un membre fantôme. Une onde que se partagent les quatre jeunes héroïnes, enfants ou adolescentes, portant à la fois leurs propres charges affectives et celles des générations passées — voire futures. Les insécurités ne se succèdent pas : elles s’empilent. Négligence familiale, inceste ou viol, questionnement sur la mort, violences physiques et psychologiques : tout coexiste dans une même strate émotionnelle.

Le film est remarquable. Et son caractère expérimental — comme chez Jonathan Glazer pour The Zone of Interest — n’amoindrit en rien la vive émotion qui s’en dégage. La subjectivité du film est ressentie dans le moindre silence, le moindre geste, le moindre regard.

The Sound of Falling est un titre qui en traduit parfaitement l’essence : la chute à l’intérieur de soi-même comme héritage.

C’est précisément pour cela qu’on ne peut s’empêcher de penser à Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 — ou simplement Amrum dans son titre original — le dernier film de Fatih Akin, plus précisément le  film de Hark Böhm réalisé par Fatih Akin, comme il est indiqué dans le générique.

Là encore, une enfance dépossédée de son innocence. Nanning est le fils aîné d’une famille de hauts dignitaires nazis. À douze ans, il est incorporé aux Jeunesses hitlériennes davantage par amour filial que par conviction idéologique. Il rapporte volontiers les rumeurs relatives à la fin de la guerre et à la capitulation probable de l’Allemagne.

Fatih Akin fait de son récit un film anti-historique, et au contraire un film terriblement humain. L’effondrement annoncé du nazisme est vécu par Nanning comme un effondrement intime. Il est partagé entre la lucidité — incarnée par sa tante et par son meilleur ami, farouches adversaires du régime — et l’amour maternel aveugle qui l’entraîne à épouser ses doctrines. Son admiration pour ce père patriote parti défendre la patrie n’est pas en reste.

L’île d’Amrum est belle, très lumineuse, d’or et d’argent au travers des reflets renvoyés par la mer et les dunes de sable. Et pourtant, tout y est faux, tout y est inquiétant. À l’annonce de la mort de Hitler, ce que pleure Nanning — ce garçon courageux et honnête dans ses oripeaux funestes frappés de la croix gammée — c’est la fin de l’innocence, la perte de la joie familiale, l’héritage maudit. Comme dans Les Échos du passé.

À une semaine d’intervalle dans leurs sorties françaises, ces deux films se répondent avec une troublante évidence. Les thématiques convergent : le passage à l’âge adulte comme chute intime, la désillusion comme héritage.

Si leurs esthétiques diffèrent sensiblement, ils s’inscrivent tous deux dans ce courant du Heimatsfilm moderne — ce cinéma du territoire détourné de son genre initial où la terre natale n’est plus un refuge mais source de conflits et de traumatismes. De l’Altmark de l’Allemagne centrale à la mer du Nord de l’île d’Amrum, le Heimat n’est jamais neutre : il porte l’histoire. La ferme comme l’île deviennent des lieux saturés de mémoire. Les Échos du passé met en avant leur transmission ; Amrum en montre l’extinction progressive. Dans les deux cas, le lieu porte l’empreinte, la famille transmet les silences et les enfants subissent l’héritage.

Rarement deux sorties auront dialogué avec une telle justesse. Chaque film renforce l’aura de l’autre, comme si l’un poursuivait la phrase commencée par l’autre.

🎬 Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 – Bande annonce 

🎬 Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 – Fiche technique

Titre original : Amrum
Titre français : Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945
Réalisateur : Fatih Akin
Scénario : Fatih Akin & Hark Bohm
Interprétation : Jasper Billerbeck (Nanning), Laura Tonke (Hille Hagener), Diane Kruger (Tessa Bendixen), Kian Köppke (Hermann), Lisa Hagmeister (Tante Ena), Detlev Buck, Matthias Schweighöfer, Lars Jessen et autres
Photographie : Karl Walter Lindenlaub
Montage : Andrew Bird
Musique : Stefan “Hainbach” Götsch
Décors : Seth Turner
Producteurs : Lara Förtsch, Benedikt Maurer, Valerie Stangl, Mira Fellner
Maisons de production : Bombero International, Warner Bros. Filmproduktion GmbH, Rialto Film GmbH
Distribution : Dulac Distribution (France)
Durée : 93 minutes
Genre : Drame / Drame historique / Film d’apprentissage (Coming-of-Age)
Date de sortie (France) : 24 décembre 2025
Année : 2025

🎬 Les Échos du passé Bande annonce

🎬 Les Échos du passé Fiche technique

Titre original : In die Sonne schauen
Réalisateur : Mascha Schilinski
Scénario : Mascha Schilinski & Louise Peter
Interprétation : Hanna Heckt (Alma), Lea Drinda (Erika), Lena Urzendowsky (Angelika), Laeni Geiseler (Lenka), Zoë Baier (Nelly), Susanne Wuest (Emma), Luise Heyer (Christa)
Photographie : Fabian Gamper
Montage : Evelyn Rack
Musique : Michael Fiedler & Eike Hosenfeld
Production : Lucas Schmidt, Lasse Scharpen, Maren Schmitt
Sociétés de production : Studio Zentral, ZDF / Das Kleine Fernsehspiel
Distribution : Diaphana Distribution (France)
Durée : 149 minutes
Pays de production : Allemagne
Genre : Drame historique / Saga générationnelle
Date de sortie (France) : 7 janvier 2026
Année : 2025
Prix : Prix du Jury – Festival de Cannes 2025

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Les joueurs occasionnels privilégient généralement les périodes étendues, permettant une approche mesurée et compatible avec leur rythme de jeu. À l’inverse, les délais courts favorisent une utilisation intensive mais risquent de provoquer des comportements précipités. L’adéquation entre le calendrier personnel et les exigences temporelles détermine largement la pertinence d’une promotion.

Les restrictions sur les jeux éligibles

Toutes les activités proposées par une plateforme ne contribuent pas uniformément aux conditions de mise. Les règles varient considérablement selon les catégories de jeux, certains étant totalement exclus tandis que d’autres offrent une contribution partielle. Cette segmentation influence fortement la stratégie d’utilisation d’un bonus.

Les machines à sous bénéficient généralement d’une contribution totale, tandis que les jeux de table présentent souvent des taux réduits. Cette distinction reflète les marges de l’opérateur et les probabilités inhérentes à chaque activité. Connaître ces nuances permet d’orienter son jeu vers les options les plus efficaces pour satisfaire les exigences.

Les mécanismes de déverrouillage progressif

Certaines promotions fonctionnent selon un système de libération graduelle plutôt qu’instantanée. Le montant total se débloque par tranches au fur et à mesure que les conditions partielles sont remplies. Cette approche réduit le risque pour l’opérateur tout en offrant une gratification régulière au joueur.

Ce modèle présente des avantages notables en termes de gestion budgétaire et de motivation continue. Chaque palier atteint procure une satisfaction immédiate et tangible, contrairement aux systèmes tout-ou-rien qui peuvent générer du découragement. La structure progressive favorise également une expérience plus équilibrée sur la durée.

Les programmes de fidélité complémentaires

Au-delà des offres ponctuelles, de nombreux opérateurs développent des systèmes de récompenses continues basés sur l’activité régulière. Ces mécanismes accumulent des points convertibles en avantages divers, créant une valeur additionnelle pour les utilisateurs assidus. L’évaluation complète d’une plateforme intègre donc cette dimension longitudinale.

Les bénéfices cumulatifs sur plusieurs mois peuvent dépasser largement la valeur des promotions initiales. Cette perspective encourage une analyse stratégique tenant compte de l’engagement prévu plutôt qu’une simple comparaison des bonus d’inscription. Les joueurs réguliers trouvent souvent plus d’intérêt dans ces programmes durables.

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Dissolution : Sodome et Gomorrhe en Angleterre

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L’histoire se passe en Angleterre, en 1537, période trouble qui voit les réformistes guidés par le Premier ministre lord Cromwell, faire le nécessaire pour soumettre toutes les congrégations religieuses qui peuplent les monastères du pays. C’est ainsi que Robin Singleton est venu à Scarnsea, petite bourgade en bord de mer, accompagné de messire Goodhaps, pour exiger la soumission de la communauté à la couronne, soit en quelque sorte renier l’autorité du pape.

Mandaté par Cromwell en personne suite à l’assassinat du commissaire Singleton, le narrateur, un avocat bossu nommé Matthew Shardlake part pour Scarnsea accompagné de Mark, son fidèle et jeune assistant. Sur place, il trouve une communauté de bénédictins sous le choc. Singleton a été décapité en pleine nuit dans la cuisine, sans le moindre témoin ! Dans la foulée, on a découvert un coq comme une offrande au Diable : baignant dans son sang sur l’autel de l’église. Par-dessus le marché, une relique (la main du bon larron clouée sur un morceau de bois de sa croix) a disparu de la chasse où on la conservait précieusement.

Principales figures de monastère

Il n’y a pas grand-chose à tirer de messire Goodhaps qui souhaite avant tout s’éloigner de cet endroit où il ne se sent pas tranquille. Nos enquêteurs découvrent une ambiance particulière dans ce monastère où l’abbé Fabian semble abandonner l’essentiel des responsabilités à son second, le Prieur Mortimus. Parmi les personnes à responsabilités, on trouve Frère Edwig l’économe, Frère Gabriel sacristain et maître de chapelle, ainsi que Frère Guy l’infirmier. A celui qu’il a croisé peu de temps avant sa mort, le commissaire Singleton a justifié son errance nocturne en disant avoir un rendez-vous. Pourquoi si tardivement ? Avec qui ce rendez-vous ? Et à quel propos ? Toutes questions sans réponses. C’est tout juste si Shardlake acquiert la conviction que puisque Singleton avait demandé à consulter tous les livres de comptes, on ne lui présente pas celui qui intriguait Singleton. Et si ce livre conservait la trace d’une opération que Frère Edwig préférerait dissimuler (vente de terres en toute discrétion, par exemple) ? Il s’avère que le frère Edwig rechigne à toutes les dépenses, en particulier des travaux de réfection de l’église qui en aurait pourtant bien besoin.


Présence d’une femme !

Shardlake et son assistant sont pris en charge par frère Guy qui s’occupe de l’infirmerie, mais aussi de la cuisine. Nos enquêteurs découvrent à l’occasion qu’une jeune femme seconde (efficacement) frère Guy. Sa présence en ces lieux s’explique par son histoire familiale tragiquement mouvementée. Interrogée, Alice ne cache pas avoir été importunée par une bonne majorité des moines de l’abbaye. Mais, elle a suffisamment de personnalité pour ne pas céder à leurs avances et ne pas en être trop perturbée. Et, même si elle ne dégage pas une féminité trop ostensible, sa personnalité et son charme provoquent des pensées concupiscentes aux hommes qu’elle croise. Même Shardlake le bossu y trouvera matière à espérance sentimentale. Mais, c’est du côté de Mark qu’Alice trouve un écho à ses préoccupations personnelles.

Quelques faits troublants

Le titre de ce roman joue sur un double sens très bien vu. En effet, la dissolution peut aussi bien concerner la menace qui pèse sur l’avenir du monastère que sur ce qu’on y observe : une dissolution des mœurs. Ainsi, tous se souviennent de la reprise en mains du monastère par l’abbé, quelques années avant le meurtre sur lequel Shardlake enquête, alors que, de notoriété publique, une majorité des moines s’adonnaient à la sodomie. Tous jurent leurs grands dieux que ces pratiques appartiennent à un passé révolu. Ce qui traine encore dans les esprits, c’est la disparition de celle qui précéda Alice à la même fonction dans le monastère. La communauté considère qu’elle s’est enfuie après avoir dérobé quelques objets de valeur. Mais, que penser de cette version des faits qui semble arranger tout le monde ? Et puis, les moines trainent la réputation de vivre trop confortablement par rapport à leur condition. Parmi les observations qui donnent matière à réflexion, citons un jeune novice qui subit des punitions certainement disproportionnées par rapport à ses maladresses (et sa faiblesse physique). A noter la présence en ces lieux de frère Jérôme, un chartreux qui apporte une note incongrue, car logiquement il n’a rien à faire dans cette communauté. Il a refusé de prêter serment, mais n’a pas été exécuté comme ses frères chartreux. Alors, il a été torturé. Son serment sous la contrainte n’a qu’une valeur symbolique et il reste là à cause de ses liens de parenté avec la reine Jeanne et un riche propriétaire terrien du coin. Plus ou moins incontrôlable, sa présence est tolérée parce qu’on le considère comme fou.

Un huis clos ? Pas tout à fait

Cela fait donc beaucoup de potentiels suspects, alors même que l’arme du crime reste introuvable. Bien évidemment, la structure du roman (32 chapitres et un épilogue, pour 537 pages dans l’édition de poche) fait monter la tension progressivement. L’enquête fait apparaître que dans le monastère, quasiment personne n’est irréprochable et quelques sujets de discorde existent. Cependant, aux yeux des membres de la communauté, il apparait impensable que l’un d’eux soit allé jusqu’à l’assassinat. Sans compter que cet assassinat nécessitait une stature et une force physique nécessaire au maniement d’une arme particulière. Pour beaucoup, l’assassin venait de l’extérieur. Pourquoi pas des marais avoisinants ? En effet, à l’arrière du monastère, le mur d’enceinte en très mauvais état laisse des zones où une personne audacieuse peut pénétrer dans l’enceinte. D’ailleurs, des malfrats utilisent le marais comme zone où ils peuvent se livrer à leurs trafics sans être inquiétés. Reste quand même à trouver un mobile.

Messire Shardlake

Il faut aussi dire un mot sur l’enquêteur, fervent partisan de la Réforme. Il observe les pratiques des uns et des autres et les commente en son for intérieur. Il réprouve en particulier toutes les formes d’adoration adressées à des objets ou des images. De plus il a été marqué par l’exécution récente (1536) de la reine Anne Boleyn (la deuxième épouse du terrible Henry VIII), exécution à laquelle il a lui-même assisté d’assez près pour en conserver un souvenir qui le hante. Partisan de Cromwell, il ne peut pas accepter des témoignages qui vont contre sa fonction et sa personnalité.

Sansom vs Eco

Le roman ménage le suspense jusqu’au bout et livre une conclusion surprenante qui verra les convictions de l’enquêteur fortement ébranlées. Bien entendu, on ne peut pas lire ce roman sans faire le rapprochement avec Le nom de la rose (1980), l’incontournable roman d’Umberto Eco. En situant son intrigue pendant la Réforme, période cruciale pour l’église d’Angleterre, à une toute autre époque (environ deux siècles plus tard) et dans une autre zone géographique (Le nom de la rose se passe en Italie), C.J. Sansom évite intelligemment l’écueil d’une comparaison qui ne serait pas à son avantage. La période choisie permet à l’auteur d’intégrer des réflexions intéressantes sur l’évolution spirituelle et philosophique en cours, tout en faisant la distinction entre destins individuels et forces en œuvre dans la marche inexorable de l’Histoire. Et même s’il se concentre sur l’enquête, il en dit suffisamment sur les personnages et l’époque pour qu’on apprenne pas mal de choses en le lisant. La conclusion apporte un aspect philosophique sur la façon dont le monde fonctionne et cela donne grande matière à réflexion (pour tout lecteur-lectrice ainsi que pour les personnages).

Dissolution, C.J. Sansom
Belfond : sorti le 8 janvier 2004 (traduction de l’anglais)

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Que faire de la littérature? : Crépuscule des idoles

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Dans Que faire de la littérature ?, Édouard Louis ne théorise pas : il attaque. Contre les fictions du « bon goût » et les mensonges du langage, il revendique une littérature qui agit, qui transforme, qui expose. Dans un dialogue vif avec Mary Kaïridi, l’auteur déploie une pensée offensive où l’écriture devient geste politique, exercice de vérité et champ de bataille contre les normes qui étouffent les vies dominées. Ici, la littérature n’explique pas le réel : elle le performe.

Dans l’arène littéraire où « le langage ment », Édouard Louis brandit un manifeste. Que faire de la littérature ? n’est pas une énième réflexion sur l’écriture, mais un acte de guerre contre l’ordre établi des lettres. Dans un dialogue dense avec Mary Kaïridi, l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule déploie une pensée offensive, mue par une patience cartésienne et une passion chercheuse. Il ne s’agit pas de décrire le monde, mais de le performer. Contre le dogme du « bon goût », la pudeur de l’ellipse et le mépris de l’autobiographie, Louis érige une littérature du corps à l’âme, de l’émotion réhabilitée et du politique ravivé. Foucaldien dans le diagnostic, nietzschéen dans la transvaluation des valeurs, montaignien dans l’examen intransigeant, il fait de la page un champ de bataille où s’invente, mot à mot, un nouvel art des damnés. Ce livre n’est pas une réponse. C’est un mouvement, un déplacement.

Dans un manifeste brûlant Que faire de la littérature ?, fruit d’entretiens conversationnels avec la critique littéraire Mary Kaïridi, Édouard Louis s’y livre avec rigueur et véracité sur l’acte d’écriture et la valeur de la littérature. « Archéologie de la littérature et de ses limites », plus qu’un essai, ce livre se présente comme un double geste : une méditation cartésienne et un manifeste offensif.

Faire la littérature, performer le réel, attaquer le langage

L’ambition est claire : il s’agit de faire du verbe un acte, de l’écrivain un artiste responsable et d’inventer de nouveaux publics de lecteurs, engagés dans une expérience vitale, une lecture transformatrice de leur existence.

L’écriture doit faire le réel, le trouver, le saisir à la gorge. Pour cela, il faut attaquer le langage lui-même, trop souvent matrice complice des violences héritées et des structures opprimantes. L’objectif est la déconstruction systématique des normes qui régissent la littérature dominante, empêchant un autre angle et participant de la mystification capitaliste, perpétuant ainsi la dépossession et l’effacement des vies dominées.

Le titre n’est donc pas une question rhétorique, mais un impératif : « Faire ». Comment écrit-on pour agir sa manière d’écrire, faire quelque chose à quelqu’un, attraper les lecteurs, les engager à se confronter ? C’est la question cruciale d’une éthique et d’une esthétique au cœur même du travail inlassable de l’écrivain.

Nous ne sommes pas dans le pays imaginaire des belles lettres, ni dans la caste des lettrés satisfaits. Nous sommes sur le champ de bataille de l’écriture avec un auteur “triste du monde”, inquiet et qui transmue cette angoisse en pointe dissolvante pour interroger, marquer, dévoiler, nous sommes engagés dans l’acte d’écrire pour toucher le réel, l’agripper, l’inspecter sans relâche.

Enquêter sur le réel

Cette démarche est profondément philosophique ; elle relève de la parrhèsia des Grecs, ce courage du franc-parler qui impose de dire vrai, même au prix du risque. Faire la littérature, c’est alors performer le réel, le mettre à l’épreuve dans une tension à la fois offensive et juste. Le programme est décapant : tenter de dire vrai contre toutes les fictions opprimantes qui structurent le fait social et habitent le langage lui-même.

En ce sens écrit Édouard Louis : « Peut-être que dire “J’échoue” est une forme d’affirmation du réel, contre toutes les attentes, les mythes sociaux, et donc peut-être que dire “j’échoue” est la plus haute forme d’autobiographie. »

À la manière d’un Foucault, Édouard Louis pose un diagnostic sur l’époque. En sociologue et philosophe, il révèle un état faussé de la littérature actuelle, miroir d’une normativité aliénante. Le « bon goût » littéraire, érigé en dogme, assigne de repousser l’émotion et de disqualifier l’autobiographie, perçue comme un genre mineur et impudique.

Face à ce constat, Louis élabore un plaidoyer vibrant pour une littérature autre. Une littérature capable de tenir l’émotion debout, de dresser avec vaillance l’état des lieux de l’explicite et de réhabiliter l’autobiographie qu’il présente comme “l’art des dominés”, une arme de libération et de reconquête contre l’effacement des vies exploitées, sans trace, invisibles. Son projet s’avère alors une contre-archéologie : exhumer les vies ensevelies par les normes littéraires.

Sa démarche est d’une limpide subversion. Tel Descartes appliquant son doute méthodique, Louis déploie un cheminement précis, ferme et rationnel : douter radicalement de ce que l’on nomme la noble ou bonne littérature (celle qui privilégie l’ellipse, l’implicite et sacralise la fiction pure) ; résister à l’aliénation que porte un langage mort et falsificateur ; déconstruire les œuvres qui, sous couvert de neutralité, reconduisent des vies suffoquées et des systèmes de domination ; interroger cette normativité implicite ; pour enfin inventer une autre littérature, révolutionnaire, performative et fondamentalement politique.

Une écriture de l’examen intérieur, de la construction de soi mais universelle

Ainsi, de même que Nietzsche philosophait à coup de marteau pour subvertir les idoles et transvaluer les valeurs, Édouard Louis se fait l’argonaute de l’ultra-intime. Il promeut une écriture confrontationnelle, directe, claire et drue, dont la mission est moins de plaire que de transformer l’existence du lecteur, de le secouer dans ses certitudes, de le confronter à ses leurres, de dessiller ses illusions.

L’auteur fait de la littérature un véritable laboratoire, un espace d’observations et de questionnements radicaux des formes et des styles. Cette entreprise, par son souci d’honnêteté intellectuelle et de franchise, rappelle la démarche de Montaigne : un auteur qui cherche, entreprend des formes nouvelles, en pèse le poids de vérité, les teste, en fait l’épreuve sur sa propre vie et en appelle à un lecteur actif et créatif. C’est là, sans doute, ce qu’il y a de plus beau et de plus tonique dans ce livre-entretien : être confronté, en tant que lecteur, à une pensée en mouvement. Un esprit toujours aux aguets des falsifications, qui tente de démystifier nos rapports au monde, aux mots, aux ordres établis des valeurs, et qui a la probité d’affirmer, dans le même élan, les difficultés de cette tâche. Que faire de la littérature ? crée un feu de critique, de mouvement, de transformation, de déplacement.

Liturafaire ?

Si Lacan invente en 1971 son concept énigmatique de “Lituraterre” pour désigner l’écriture comme littoral avec le Réel, on pourrait forger “Liturafaire” pour qualifier la pratique de Louis : une écriture qui ne se contente pas de border l’indicible, mais qui agit sur le dicible social, transformant la page en chantier politique. Le verbe n’y est plus représentation, mais faire, métamorphose — et c’est peut-être là sa révolution la plus radicale.

« Ma vie de livreur à Pékin » : petits boulots, grande lassitude

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Dans Ma vie de livreur à Pékin (éditions Autrement), Hu Anyan narre une existence traversée par dix-neuf métiers peu qualifiés. Une vie ordinaire se déploie ; elle témoigne pour des millions d’autres. 

Dix-neuf emplois, tous précaires, tous interchangeables, et une seule constante : l’effort. Hu Anyan a été vendeur, livreur, préparateur de commandes, graphiste ; il est passé d’un métier à l’autre, cherchant à améliorer ses conditions de vie, ou simplement parce qu’il faut bien avancer. Cette succession de postes ne compose pas un itinéraire, mais un portrait : celui d’une Chine qui se transforme sans jamais se retourner vers ceux qui assurent le mouvement.

Adepte d’une écriture sans ornement, presque dépouillée, qui raconte la fatigue, la lassitude et les petits triomphes sans chichis, Hu Anyan ouvre une nouvelle lucarne à chaque emploi. Il dit beaucoup sur un pays qu’on observe souvent de loin : ses supermarchés anonymes, ses hôtels de seconde zone, ses centres commerciaux déshumanisés, ses plateformes marchandes… 

La partie du livre la plus significative est celle où l’auteur devient livreur à Pékin. Là, le récit s’affûte, les anecdotes s’amoncellent. Il faut dire que sa vie se réduit alors à des mètres parcourus, des minutes comptées, des commissions gagnées ou perdues. Son triporteur à batterie capricieuse, ses journées de 30 000 pas, ses calculs minutieux – 0,5 yuan la minute pour ne pas vivre à perte – instituent un ballet monotone où chaque pause, détour ou erreur coûte quelque chose. Littéralement.

Le lecteur y découvre une économie du temps et du corps, aussi implacable que silencieuse. On voit défiler les quartiers, les clients, les menus tracas. Il y a ceux qui annulent (il doit tout remballer et perd sa commission), qui se trompent d’adresse avant de se plaindre (il doit se justifier auprès de ses supérieurs). Le métier est difficile et ingrat. Hu doit parfois payer lui-même les réexpéditions pour éviter un signalement. Par fortes chaleurs, il évite de boire pour ne pas perdre du temps aux toilettes. Les clients ne comprennent pas que revenir sur ses pas signifie pour lui une perte de temps et/ou d’argent. 

Préparateur de commandes, il travaille de nuit, et le sommeil lui échappe. En journée : trop de bruit, trop de chaleur, trop de sollicitations, même pour un homme aussi frugal que lui. Dans une boutique de vélos, il constate les vols ; dans le monde du manga, une économie qui se transforme et des petites mains peu valorisées. Ce monde du travail, toutefois, l’auteur le décrit plus qu’il ne le juge. 

Il laisse voir des existences entières tenues par la peur du signalement, les humiliations administratives, les hiérarchies absurdes où l’autorité est une fiction – mais la punition, souvent, bien réelle. Cette humanité qui s’use à petit feu n’est autre qu’une armée globale d’anonymes pressés, invisibles, mais pourtant indispensables.

Ce qui fonctionne si bien, dans Ma vie de livreur à Pékin, ce n’est pas le spectaculaire : il n’y en a pas. C’est l’ordinaire rendu palpable, la vie sans emphase. Hu raconte ses expériences parmi les travailleurs peu qualifiés. Il expose le quotidien d’un homme qui compte le moindre yuan. On referme le livre en ayant été le témoin de petites victoires (les clients louant son professionnalisme) et de beaucoup d’épreuves (matériel défaillant, tâches harassantes, manque d’empathie des interlocuteurs).

Ma vie de livreur à Pékin, Hu Anyan
Autrement, 7 janvier 2026, 320 pages

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3.5