Vampire humaniste cherche suicidaire consentant : Appétissang

Croquer la vie est aussi angoissant qu’il n’y paraît pour Sasha, une jeune adolescente qui n’assume pas ses obligations de vampire. Premier long-métrage habile avec l’humour et appétissant par la réflexion qu’il propose, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant constitue un récit d’apprentissage d’une finesse réjouissante. Le repas est servi avec modération !

Synopsis : Sasha est une jeune vampire avec un grave problème : elle est trop humaniste pour mordre ! Lorsque ses parents, exaspérés, décident de lui couper les vivres, sa survie est menacée. Heureusement pour elle, Sasha fait la rencontre de Paul, un adolescent solitaire aux comportements suicidaires qui consent à lui offrir sa vie. Ce qui devait être un échange de bons procédés se transforme alors en épopée nocturne durant laquelle les deux nouveaux amis chercheront à réaliser les dernières volontés de Paul avant le lever du soleil.

Pas besoin de s’arrêter aux itérations de Dracula, car il existe également un pendant féminin chez les vampires de notre siècle. Hormis la horde de prédateurs que l’on peut apercevoir dans moult  séries B, plus ou moins gore, c’est souvent dans les mains d’auteurs indépendants et dans des contrées atypiques qu’on se surprend à redécouvrir le mal profond qui conditionne ces héroïnes. En Suède (Morse), en Iran (A Girl Walks Home Alone at Night) et à présent au Canada, ces femmes vampires voyagent de plus en plus sur les grands écrans. Sans pour autant suivre la logique à laquelle les mythes folkloriques des buveurs de sang nous ont habitués, le tandem Ariane Louis-Seize et Christine Doyon nous prend à revers avec cette comédie dramatique rafraîchissante et qui ne manque pas de mordre avec humour.

À crocs et à sang

Du haut de ses 68 bougies soufflées, Sasha (Sara Montpetit) est une adolescente presque comme les autres, si on lui enlève ses canines trop longues et sa soif d’hémoglobine. Son quotidien est un calvaire, car son empathie l’empêche de croquer à pleines dents des humains fraîchement servis à domicile. Elle s’enferme dans sa chambre et dans une solitude qui inquiète forcément ses parents (Steve Laplante et Sophie Cadieux), ainsi que le reste de sa famille traditionaliste. Nous ne sommes d’ailleurs pas loin du portrait que l’on se fait de la Famille Addams, avec son lot d’excentricité. Mais le refus de Sasha de vivre comme ses aînés, son rejet de cette dépendance au sang et, par extension, au meurtre, la tiraille dans un choix cornélien. Il est enfin temps pour elle de rompre ce cycle de l’isolement et de confronter le monde qu’elle ne considère pas comme un garde-manger.

C’était déjà une problématique développée dans La peau sauvage, un court-métrage réalisé en 2016 par Louis-Seize qui met en scène une femme-serpent dont l’instinct animal et les désirs s’éveillent. Son cinéma est ainsi peuplé de créatures chimériques en quête identitaire et la petite Sasha dans son corps maudit par le sang ne fait pas exception. Si le programme semble chargé, la réalisatrice ne laisse jamais retomber le rythme, jonglant astucieusement entre la comédie et des bascules romantiques, suffisamment crédibles et pertinentes. Le tout est amené avec une tendresse qui efface progressivement le malaise généré par la relation improbable entre Sasha et Paul (Félix-Antoine Bénard). Ce dernier est le dépressif suicidaire du titre, mais il s’avère qu’il est aussi incompétent dans cette tâche que dans le reste de sa vie. On pourrait d’ailleurs comparer leur relation maladroite à celle que l’on peut découvrir dans la série The End of the F***ing World. D’une certaine manière, on se laisse happer par ce curieux mélange entre la nuit et les ténèbres.

N’oublions pas non plus Denise (Noémie O’Farrell), la cousine et mentor de Sasha dans sa quête existentielle. Ses récurrentes interventions aèrent l’intrigue de façon à provoquer un décalage comique bien senti et un sourire bien mérité. Tout n’est pas drôle pour autant et c’est dans le dernier acte que le jeune duo parvient à justifier une complémentarité inespérée et vivifiante. C’est ainsi que ce conte moderne et fantastique déroule sans peine son aspect onirique, d’une pudeur et d’un ludisme assez rares pour qu’on prenne la peine d’en discuter. C’est pourquoi Vampire humanité cherche suicidaire consentant est une petite pépite du cinéma québécois, de plus en plus créatif et présent sur les écrans. Pourvu que ça dure et qu’Ariane Louis-Seize puisse davantage étendre son bestiaire dans une carrière qui démarre sur les meilleures bases possibles.

Bande-annonce : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant

Fiche technique : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant

Titre international : Humanist Vampire Seeking Consenting Suicidal Person
Réalisation : Ariane Louis-Seize
Scénario : Christine Doyon, Ariane Louis-Seize
Direction de la photographie : Shawn Pavlin
Direction artistique : Ludovic Dufresne
Costumes : Kelly-Anne Bonieux
Montage : Stéphane Lafleur
Conception sonore : Marie-Pierre Grenier, Simon Gervais
Musique originale : Pierre-Philippe Côté (Pilou)
Mixage : Luc Boudrias
Directrices de casting : Tania Arana, Johanne Titley
Productrices : Jeanne-Marie Poulain et Line Sander Egede
Production associée : Irène Bessone et Anaëlle Beglet
Production : Art et Essai
Pays de production : Canada
Distribution France : Wayna Pitch
Distribution internationale : h264
Durée : 1h32
Genre : Comédie dramatique, Fantastique
Date de sortie : 20 mars 2024

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant : Appétissang
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3.5

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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