Cannes 2019 : La Femme de mon frère de Monia Chokri

Après avoir ouvert la 72ème édition du Festival de Cannes mardi 14 mai avec le remarqué The Dead Don’t Die, c’était au tour de la section Un Certain Regard de faire son ouverture mercredi 15 mai avec le premier film de Monia Chokri, La femme de mon frère. Une première journée de festival globalement portée sur la comédie avec également Le Daim qui ouvrait la Quinzaine des Réalisateurs, loin de l’académisme cannois mais pour le plus grand plaisir des festivaliers.

Après avoir été révélée dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan en 2010 dans cette même sélection, Monia Chokri passe aujourd’hui du côté de la réalisation pour proposer un film euphorisant, rempli de couleurs. Vivifiant, dynamitant, La femme de mon frère fait du bien dans sa légèreté et sa fantaisie, souvent absentes à Cannes. Avec un cadre coloré, une composition parfois digne de son compatriote et ami Xavier Dolan qui lui vaut d’ailleurs de très beaux plans, et un personnage plus qu’original, le film a très bien ouvert la sélection Un certain regard, sous l’œil amical du réalisateur québécois d’ailleurs.

L’œuvre est remplie de charme. Que ce soit dans la personnalité de ses personnages tous attachants et drôles, avec leurs mimiques qui livrent de beaux moments de gag chacun leur tour, ou dans le message, finalement très sérieux, que la cinéaste veut faire passer à travers leurs relations. Si l’on a au début très envie de participer à ces repas de famille festifs, agités mais surtout à mourir de rire, l’envie passe à la fin quand on se rend compte que le comique de ces situations résulte souvent de l’incapacité à se dire les choses, comme souvent en famille, et de cette incapacité surtout à se dire que l’on a besoin les uns des autres. La fantaisie avec laquelle Monia Chokri raconte ses personnages est d’une générosité folle de la part d’une réalisatrice envers ses comédiens, qui profitent pleinement de ce film comme d’un terrain de jeu où l’excès a très souvent sa place. Certains s’identifieront à cette fratrie fusionnelle et complice et seront inévitablement touchés par l’histoire qui les lie et les délie. On le sait, l’humour cache souvent de  bien grandes choses profondes et intimes. Mais si ici le personnage joué avec un naturel fou par Anne-Elisabeth Bossé fait parfois rire malgré elle, dans sa manière d’être, qui suffit à elle-même pour tenir les scènes, c’est aussi parce qu’elle incarne une héroïne moderne plus que jamais dans l’ère du temps. À l’heure où les sur-diplômés se retrouvent refoulés de tous les emplois, et où le travail à leur niveau d’étude se fait de plus en plus rare, il reste pour la grande majorité, l’errance et le désespoir. Ce sont ces deux sentiments qu’il reste à Sophia et qu’elle va alors exploiter à l’excès passant de l’hystérie au découragement en quelques secondes durant toute la durée du film. Une cacophonie québécoise jouissive et dans laquelle on se plaît à se perdre parfois.

Le film est donc une belle réussite dans son écriture et sa narration, mais l’ambition de la cinéaste ne s’arrête pas là puisqu’elle se saisit entièrement de toutes ses tâches en offrant un montage totalement fou qui se retrouve être une des forces essentielles du film. Oscillant entre des cuts très abrupts à l’intérieur d’une même scène et des transitions plus joviales ou musicales, le montage rend au film toute son originalité et son absurdité mais participe surtout à son éclat et sa dynamique entraînante.

Sortir de ce film à l’issue d’une première journée cannoise est tout ce qu’il y a de plus vivifiant et même si l’on sait la suite moins euphorisante dans son ton, on l’espère aussi agréable.

Bande-annonce : La Femme de mon frère

Synopsis : Montréal. Sophia, jeune et brillante diplômée sans emploi, vit chez son frère Karim. Leur relation fusionnelle est mise à l’épreuve lorsque Karim, séducteur invétéré, tombe éperdument amoureux d’Eloïse, la gynécologue de Sophia…

Le film La Femme de mon frère est présenté dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019

Avec Anne-Elisabeth Bossé, Patrick Hivon, Evelyne Brochu
Genre : Comédie
Distribué par Memento Films
Date de sortie : 26 juin 2019 (1h57min)
Nationalité : Canadienne

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.