Cannes 2025 : L’Aventura, chroniques de vacances à l’italienne

Soleil, humour et bonne humeur (ou presque) sont les atouts de L’Aventura, le nouveau film de Sophie Letourneur, qui ouvre la sélection de l’ACID 2025. Ce long-métrage singulier repose sur un enchevêtrement de souvenirs de vacances, enrichi d’un commentaire méta sur le déroulement des événements passés, présents et futurs. En tandem avec un Philippe Katerine burlesque, et accompagnée de deux enfants, la réalisatrice évoque à la fois le chaos d’une famille en vacances et les dysfonctionnements d’un couple à contretemps de leurs responsabilités.

Souvenirs d’une famille recomposée

Librement inspiré d’un voyage que Sophie Letourneur a fait en Sicile en 2016, Voyages en Italie s’inscrit dans un registre mêlant fiction et autofiction, en explorant la dynamique du couple. Il s’agit du premier volet de sa « trilogie italienne », une série de films où la cinéaste ausculte les liens amoureux à travers un regard brut, capté à même la lumière naturelle. Entre improvisation et esthétique du réel, sa caméra cherche la spontanéité, et parvient à créer une véritable aura comique autour des figures un brin caricaturales qui peuplent son univers.

Dans cette nouvelle variation avec L’Aventura, Letourneur pousse sa démarche encore plus loin en introduisant deux enfants dans le quotidien chaotique de Sophie et Jean-Phi, un couple en crise qu’elle incarne une fois encore avec Philippe Katerine. Direction la Sardaigne, une autre île méditerranéenne, bordée de plages et de sites touristiques, où l’on espère trouver les promesses de vacances idéales. Le train, la voiture et le ferry nous mènent vers cet ailleurs de carte postale. Mais contrairement à son précédent film, qui met en valeur les paysages italiens – tel le cinéma de Paolo Sorrentino, Letourneur accorde ici moins d’espace aux décors. Sa caméra à l’épaule reste proche des corps, parfois presque intrusive, et tente de capter les gestes du quotidien et les mots.

On s’attarde alors sur le quotidien d’une famille à peu près recomposée, où l’écoute et la communication semblent absentes. Le récit s’égare, les temporalités se brouillent, et les dialogues deviennent eux-mêmes objets de confusion. Claudine (interprétée par Bérénice Vernet), la fille aînée, prend régulièrement la parole pour rappeler aux spectateurs qu’il s’agit d’une mise en abyme orchestrée par l’autrice.

Combler les vides

Ce dispositif, amusant dans un premier temps, finit cependant par alourdir le récit. En transparaissant dans les moindres recoins scénaristiques – qui n’en sont pas vraiment, puisqu’il s’agit d’une relecture fondée sur des enregistrements réels – il nuit parfois à la fluidité. En sacrifiant la cohérence de sa narration, le film choisit de nous surprendre constamment, au risque de lasser. Les discussions tournent en rond, les répétitions s’accumulent, et l’on attend que l’aventure retrouve du rythme, souvent grâce aux interventions inattendues du petit Raoul (Esteban Melero).

L’humour fait partie intégrante du cinéma de Letourneur, qu’elle affine au fil des films et adapte à des environnements ruraux ou atypiques, loin du mode de vie urbain. Ce sont notamment les dialogues qui apportent ce décalage si particulier. Le montage lui-même devient un outil comique, participant à l’autodérision générale. Si certaines séquences sont moins mémorables, l’expérience du voyage en famille sert de prisme pour révéler les subtilités des relations humaines. L’absurde y est souvent convoqué pour appuyer la démonstration. Et la plupart du temps, cela fonctionne.

Avant de clore sa trilogie avec Divorce à l’italienne, troisième et dernier opus consacré au couple et à la famille, Sophie Letourneur nous renvoie ici aux souvenirs de vacances : ces instants éphémères où l’on se livre sans filtre, entre les trajets en voiture et les repas bruyants. L’Aventura est un film où il se passe tout et rien à la fois. Mais dans ce dispositif brut et volontiers complaisant, la réalisatrice parvient à ancrer ses souvenirs dans un lieu, et à nous divertir le temps d’un voyage aussi rempli de tensions que de moments de partage, parfois touchants dans leur sincérité. Rien n’est vraiment parfait, mais le film mérite qu’on s’y attarde, pour se remémorer, pour en rire, et en famille.

Ce film est présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2025.

L’Aventura : fiche technique

Réalisation : Sophie Letourneur
Scénario : Sophie Letourneur et Laetitia Goffi
Casting : Philippe Katerine, Sophie Letourneur, Bérénice Vernet, Esteban Melero
Photographie : Jonathan Ricquebourg
Étalonneur : Yov Moor
Cheffe opératrice du son : Charlotte Comte
Monteuse son : Carole Verner
Mixeuse : Laure Arto
Montage : Sophie Letourneur
Producteurs : Sophie Letourneur, Tristan Vaslot
Sociétés de production : Tourne Films, Atelier de production
Coproduction : Sacré Vendredi Productions
Société de distribution : Arizona Distribution
Pays de production : France
Durée : 1h40
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 2 juillet 2025

2025_CANNES_SIGNATURES_WEB

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 

Gavagai, et autres malentendus : du postcolonialisme mou

"Gavagai" entend nous instruire de la grande affaire des rapports post-coloniaux, mais n'aboutit qu'à un petit drame sans aspérité.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.