Arco : critique d’un bel appel à l’aventure animée

Cinq ans de travail, une ambition française qui croit au futur et au réveil de l’imaginaire par l’enfance. Avec Arco, Ugo Bienvenu signe l’un des univers les plus audacieux de l’animation contemporaine. Formé aux Gobelins et figure de la bande dessinée, avec le robot signature Mikki dans Préférence Système, puis la relance du magazine Metal Hurlant, le dessinateur est aussi réalisateur. Après des courts-métrages et la série remarquée Ant-Man pour Marvel en 2017, il crée le studio Remembers avec Félix de Givry. C’est entre les murs de l’un de ces studios indépendants parisiens, où l’on cultive une 2D ancestrale et moderne, que s’élabore le projet Arco. Le film ira même jusqu’à convaincre Natalie Portman (ǃ) et sa société MountainA, co-fondée avec la productrice française Sophie Mas.

Récompensé par une présentation haute en couleur à Cannes 2025, puis par le prestigieux Cristal du long métrage au festival d’Annecy — prix décerné aux plus grands, de Miyazaki à Selick, jusqu’à Adam Elliot et ses Mémoires d’un escargot en 2024 —, Arco rencontre enfin le public dès ce 22 octobre.

Copyright @ 2025 Diaphana Distribution
Copyright @ 2025 Diaphana Distribution

Synopsis : En 2075, une petite fille de 10 ans, Iris, voit un mystérieux garçon en combinaison arc-en-ciel tomber du ciel. C’est Arco. Iris va le recueillir et l’aider par tous les moyens à rentrer chez lui.

Un phénomène arc-en-ciel

À l’image des arcs surnuméraires qui doublent parfois les arcs-en-ciel, Arco est un phénomène rare dans l’industrie française. Et dans ces reflets de lumière où se cache l’émerveillement, Ugo Bienvenu puise l’essence même de son film. La vraie force d’Arco s’incarne par son personnage éponyme : un enfant voyageur temporel et sa combinaison technologique multicolore, venue d’une année 2932 à l’allure solarpunk de feu Mœbius. C’est un autre avenir plus désirable, a priori paisible, qui permet l’imaginaire si cher aux plus grands architectes de l’animation. La densité quasi spirituelle des paysages évoque ainsi la minutie et l’onirisme des artistes de Ghibli. Pourtant, le cinéaste, aidé de son coauteur et producteur Félix de Givry, sait rester à bonne distance du maître Miyazaki.

Dès lors, Arco distille savamment ce futur au spectateur. L’aventure se déroule dans le présent d’Iris, jeune fille isolée de l’an 2075, où le mystérieux garçon s’égare par erreur. Cette science-fiction n’est pas si lointaine et renvoie aux limites (déjà) visibles de notre futur, entre désillusion et technologie invasive — jusque dans la sphère familiale. Dans Arco, ces tensions sont remarquablement dépeintes : les adultes éduquent à distance à l’aide d’un robot ménager omniprésent, dont la voix fusionne celles des deux parents (Swann Arlaud et Alma Jodorowsky). Mikki incarnait l’emblème des thématiques chères à Ugo Bienvenu dans le neuvième art. De la même manière, il trouve ici toute sa place et sa richesse dans une réflexion ambitieuse sur la filiation.

L’urgence de l’imaginaire

Dans cette réalité matérielle et cloisonnée de 2075, à l’opposé de l’imaginaire solaire et porteur de 2932, les deux enfants (accompagnés d’un bébé curieux encapsulé) doivent se réinventer et créer un nouvel imaginaire face à l’effondrement. De ce cheminement naît l’exploration cinématographique. Arco est conscient de ses influences et les saisit pour mieux exister par lui-même. Du film d’aventures, en particulier E.T. de Spielberg, aux classiques de l’animation — la palette 2D de l’âge d’or de Walt Disney pour tracer la nature, la poésie de Grimault et Le Roi et l’Oiseau, jusqu’à La Planète sauvage de Laloux —, il tisse son univers, faisant dialoguer ses références avec une modernité technique et narrative. Une belle façon pour Ugo Bienvenu, ses protagonistes (et ses animateurs), de conquérir un futur de perspectives et d’espérance.

Au fond, c’est cette urgence qui traverse Arco : celle d’un renouvellement, d’un impératif à ne plus vivre dans le simulacre. Elle se cristallise dans ces salles de classe high-tech, où un professeur synthétique enseigne les ères géologiques. Le décor, visiblement généré par une IA, parachève cette illusion du savoir. Cette école impressionne Arco (et nous avec), mais laisse à Iris — jeune illustratrice naturaliste — un désenchantement persistant. Il faut dire qu’en 2075, les forêts brûlent et la nature est source d’angoisse pour l’humanité. Ce symbole se prolonge dans la séquence finale. Après un incendie redoutable, les enfants se réveillent dans un musée d’histoire naturelle enfoui, devenu espace de mémoire : celle du tangible et de l’humain. Par ce train qu’il faut remettre en marche pour s’échapper des galeries, Arco nous guide vers son ultime aspiration : celle de créer à nouveau et rêver d’un avenir habité par une conviction poétique. Un grand film.

Bande Annonce — Arco

Fiche Technique — Arco

Réalisation : Ugo Bienvenu
Scénario : Ugo Bienvenu et Félix de Givry

Production : Félix de Givry, Sophie Mas et Natalie Portman

Musique originale : Arnaud Toulon
Distribution : Diaphana Distribution
France – 2025 – 82 minutes

Avec Margot Ringard Oldra, Oscar Tresanini et Nathanaël Perrot

Sortie le 22 octobre 2025

Note des lecteurs143 Notes
4

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