28 ans plus tard : quand Danny Boyle se surpasse et se dépasse

Dans le genre suite que l’on n’attendait pas (dans tous les sens du terme), 28 ans plus tard se pose là. Mais le duo initial à la barre (Alex Garland au scénario et Danny Boyle à la réalisation) réinvente le premier opus et le surpasse grâce à une ribambelle d’idées folles, aussi bien dans la narration que dans la mise en scène. Encapsulé entre un prologue et un épilogue dingues, le film ose tout et se positionne comme l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) films de zombies de la décennie. L’horreur est extrême et graphique, et paradoxalement ancrée dans des paysages naturels d’une splendeur stupéfiante.

Synopsis : Cela fait près de trente ans que le Virus de la Fureur s’est échappé d’un laboratoire d’armement biologique. Alors qu’un confinement très strict a été mis en place, certains ont trouvé le moyen de survivre parmi les personnes infectées. C’est ainsi qu’une communauté de rescapés s’est réfugiée sur une petite île seulement reliée au continent par une route, placée sous haute protection. Lorsque l’un des habitants de l’île est envoyé en mission sur le continent, il découvre que non seulement les infectés ont muté, mais que d’autres survivants aussi, dans un contexte à la fois mystérieux et terrifiant…

L’étincelle créative

Si 28 jours plus tard n’avait pas forcément cartonné en salles — loin s’en faut —, il avait acquis une belle petite réputation critique à sa sortie et s’était fait un nom dans le cinéma horrifique avec le temps. Danny Boyle avait ajouté une pierre notable à l’édifice assez populeux du film de zombies. Bien gore, avec beaucoup d’idées, un Cillian Murphy génial encore peu connu en tête d’affiche, et un Londres plein d’images chocs, infesté de contaminés au virus, pour une bonne série B qui fonctionne encore à l’heure actuelle.

Pour la suite, 28 semaines plus tard a été confié au réalisateur espagnol Juan Carlos Fresnadillo, qui avait conféré son savoir-faire à ce second opus dans la même lignée. Un temps évoqué, 28 mois plus tard ne s’est jamais fait. Plus de vingt ans après, on passe directement à ce 28 ans plus tard. Une suite qu’on n’attendait pas vraiment : parce que trop tardive et aux velléités apparaissant mercantiles, tout autant qu’elle s’avère inattendue.

Bien mal nous en a pris, car Danny Boyle reprend les rênes de la réalisation et Alex Garland fait une pause entre ses propres réalisations (pour rappel, on lui doit des pépites comme Men ou Annihilation dans l’horreur, et des œuvres moins convaincantes dans l’action telles que Civil War ou Warfare) pour revenir à ses fondamentaux d’écriture. Leur association fait de nouveau des étincelles, tant ce troisième opus est impeccablement scénarisé et réalisé. L’intrigue est surprenante et ose des détours passionnants comme des sorties de route audacieuses, quand, de son côté, la mise en scène enchaîne fulgurances visuelles et expérimentations tordues, mais souvent incroyables. Alors bien sûr, dans les deux cas, il y a quelques ratés, mais c’est le prix à payer de l’originalité et du risque. Et que c’est bon de voir un film qui essaie constamment des choses et cherche à surprendre son auditoire.

Les petites failles d’un grand film

Au rayon des moins bonnes choses, on pourra surtout citer un arc narratif peu passionnant, qui fait le pari de l’émotion. Il s’agit de celui autour du personnage de Jodie Comer et, par ricochet, celui de Ralph Fiennes. Ce dernier incarne un protagoniste passionnant et dingue qu’on aurait voulu voir davantage évoluer, avec d’autres enjeux que ceux personnifiés par Comer. La tentative d’insérer une dose de tragique est méritoire, mais c’est clairement le moins palpitant du film, et cela fait fortement redescendre la tension dans le dernier acte. Ensuite, on aurait souhaité un bouquet final horrifique et d’action plus impressionnant. Peut-être que, bercés par des schémas hollywoodiens ou prémâchés, on s’est trop habitués à voir les scènes les plus impressionnantes dans le final. Ce qui peut apparaître un peu frustrant quand ce n’est pas le cas… mais rien de grave.

En effet, la toute dernière séquence rattrape cela comme il faut : un épilogue complètement dingue, imprévisible et what the fuck, comme le diraient les anglophones. Une conclusion qui répond à un prologue tout aussi dingue, vu dans les bandes-annonces, où l’on n’hésite pas à massacrer des enfants. Ces deux morceaux de bravoure extrêmes encapsulent admirablement le long-métrage, le faisant commencer sur les chapeaux de roue avec du gore sans concession, pour l’achever sur un cliffhanger prometteur pour une probable suite, en cas de succès. On n’en dira pas plus…

Si le film de zombies est un sous-genre horrifique qui peut paraître galvaudé — entre les blockbusters à la World War Z, la version found footage espagnole REC ou l’interminable série phare du genre The Walking Dead —, 28 ans plus tard parvient à renouveler le genre. Et Danny Boyle se surpasse et se dépasse avec cet opus. Inédit dans le traitement, visuellement comme sur le fond, on pense parfois au méconnu The Last Girl – Celle qui a tous les dons, tant, malgré le côté extrême des séquences avec les infectés, il se dégage parfois ici une certaine poésie. Celle-ci se manifeste notamment par la grâce du décor rural des côtes anglaises verdoyantes. Les paysages bucoliques sont magnifiques, et ça tranche avec l’horreur de ce qui se joue, donnant un cachet délicieusement singulier au film.

Un trip sensoriel

Et Boyle en profite pour nous gratifier de multiples scènes d’une beauté formelle stupéfiante : entre plans aériens sur des aurores boréales, jeux d’ombres avec des silhouettes d’infectés sur une colline, ou cadrages champêtres en contre-plongée. Le réalisateur anglais tente plein de choses, s’amuse, et nous régale. Son montage étrange fonctionne à plein régime, la bande sonore et sa voix off bizarre rendent le tout épique, et la manière dont il opère les séquences sanglantes et les mises à mort de zombies s’apparente à du jamais vu. 28 ans plus tard regorge d’idées folles, et mon Dieu, que c’est bon.

Le casting est véritablement limité à cinq acteurs ici, tous excellents. Aaron Taylor-Johnson a une sacrée carrure, comme l’a prouvé le récent Kraven, le chasseur, tandis que Ralph Fiennes rassure en n’en faisant pas trop dans un rôle qui faisait craindre un jeu en roue libre. On retrouve aussi le jeune acteur suédois de la série Young Royals, Edvin Ryding, dans un contre-emploi étonnant et probant. Jodie Comer se débrouille bien également, malgré un rôle ingrat, mais c’est le jeune Alfie Williams qui remporte tous les suffrages en s’emparant avec panache du rôle principal. Encore un jeune acteur prometteur.

Vous l’aurez compris : ce troisième opus est, malgré quelques petits défauts, une petite bombe, et probablement le film de zombies de la décennie ! Vivement la suite !

Bande-annonce – 28 ans plus tard

Fiche technique – 28 ans plus tard

Réalisateur : Danny Boyle.
Scénaristes : Alex Garland.
Production: Sony Pictures.
Distribution: Sony Pictures Releasing France.
Interprétation : Alfie Williams, Aaron Taylor-Johnson, Jodie Comer, Ralph Fiennes, …
Genres : Horreur – Anticipation.
Date de sortie : 18 juin.
Durée : 1h55.
Pays : Royaume-Uni.

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.