Critique du film The Last Girl : Celle qui a tous les dons de Colm McCarthy

Auréolé du prix du public de Gérardmer, The Last Girl : Celle qui a tous les dons, ajoute une pierre au gigantesque édifice du film de zombies. Sauf que là où d’autres reprennent des codes usés jusqu’à la moelle, Colm McCarthy apporte une nouvelle dimension des plus rafraîchissantes.

Synopsis : Dans un monde où la végétation a repris la main sur la civilisation, un champignon pathogène transforme les humains en zombies avides de chaire humaine. Une base militaire semble pourtant avoir trouvé  une solution au travers d’enfants infectés par le pathogène. Parmi eux, la jeune Mélanie va très vite se retrouver maîtresse du destin de l’humanité toute entière.

the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-gemma-arterton-Sennia-NanuaDans un genre tellement vu et revu que celui du film de zombies ou d’infectés, il est difficile de marquer les esprits. D’autant plus que la comparaison avec des œuvres classiques même plus de 40 ans après, se fait encore et toujours. Malgré tout cela, chaque année un nouveau film de zombies vient pointer le bout de son nez et 2017 ne fera pas exception. C’est donc le réalisateur anglais, Colm McCarthy qui nous propose cette année sa vision du genre. McCarthy, plus connu pour son travail à la télévision – comme par exemple la réalisation d’un épisode de Sherlock ou de l’intégralité de la saison 2 de Peaky Blinders – a pour son entrée dans le milieu, adapté le roman de Mick Garey, The Girl with all the gifts.

The Last Girl nous plonge dans une Angleterre post-apocalyptique où la nature a repris son droit sur la civilisation. Les grands immeubles se retrouvent entrecoupés de gigantesques arbres dont les branches zigzaguent entre les fenêtres. Une épidémie engendrée par un champignon a très vite décimé la population en la transformant en zombie dont la seule préoccupation est de dévorer de la chair fraîche. À l’extérieur de la capitale subsiste cependant une base militaire. C’est d’ailleurs à l’intérieur de cette base que repose le seul salut du genre humain, des enfants hybrides humains-zombies.

Il ne faut pas attendre longtemps pour rapprocher The Last Girl de films comme 28 jours plus tard, mais l’œuvre frappe encore plus par sa ressemblance avec le phénomène vidéoludique de 2013, The Last of Us. Paysages similaires, champignon pathogène, groupes de survivants et bien évidemment jeune fille érigée en remède aux maux de l’humanité en sont les ingrédients. The Last Girl va donc nous faire suivre la jeune Mélanie, un de ces enfants hybrides particulièrement doués, et qui va ainsi se retrouver propulsée après une attaque de la base, au rôle de dernier espoir de l’humanité.the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-sennia-nanua-glenn-close

Comme la plupart des oeuvres du genre, The Last Girl est un film de survie. Le petit groupe composé de Mélanie, de la jeune enseignante Helen Justineau, du Dr. Caroline Caldwell, biologiste persuadée que la solution à l’épidémie se situe à l’intérieur de Mélanie et d’une mini troupe de militaire menée par le sergent Eddie Parks va de fait entreprendre une expédition afin de pouvoir joindre une autre base militaire. À ce niveau, The Last Girl est un long-métrage des plus efficaces. McCarthy alterne moments de tension remarquables comme les séquences où le groupe, grâce à un gel, peut masquer leurs odeurs, et s’infiltrer entre des hordes d’infectés de façon silencieuse ou, à l’opposé, des scènes plus brutales comme celle particulièrement impressionnante de l’attaque du centre de recherche tournée en plan séquence. Sachant manier très efficacement son rythme, Colm McCarthy arrive à tenir le spectateur en haleine tout au long de son oeuvre.

Il serait toutefois dommage de réduire The Last Girl à un simple « survival »  avec des infectés, car le film offre des pistes intéressantes sur la place de l’homme dans son écosystème. Le personnage du Dr. Caldwell campé par une excellente Glenn Close est l’expression parfaite de la supériorité de l’homme sur le reste de la nature. Elle semble être la seule décisionnaire de l’avenir de la planète. À ses côtés se développe cependant une nouvelle espèce, cet hybride incarné par Mélanie, enfant dont les pulsions liées à la présence de l’agent pathogène explose à certains moments. Et c’est véritablement cette jeune fille qui fait tout le sel de The Last Girl. Symbole d’une ère naissante, Mélanie, interprétée par une Sennia Nanua impressionnante arrive à alterner l’espoir et la terreur dans son jeu. Sous son masque à la Hannibal Lecter, c’est elle qui tient finalement les rênes de toute l’entreprise. Certains la craignent comme les soldats, d’autre comme l’enseignante Helen la prenne en empathie. Ces enfants de seconde génération, comme ils sont dénommés, imposent très facilement leur pouvoir aux humains. Il suffit de voir cette séquence où une bande de gamins arrivent à piéger un soldat, rappelant un peu les enfants perdus d’un Neverland post-apocalyptique. L’être humain n’est plus le maître, il n’est plus l’espèce qui contrôle le monde. Et ça, Mélanie va le démontrer clairement.

Cette approche de la place de l’homme dans la nature n’est pas forcément amenée de la manièe la plus subtile, mais elle offre des points de réflexion particulièrement intéressants et donne une certaine dimension dans un genre où les messages sont plutôt politiques. Les zombies étant très souvent des peintures du capitalisme ou de la société de consommation qui transforme les humains. Ici, c’est un message écologique qui émane de The Last Girl, qui montre que l’homme peut à tout moment être dépassé par cette nature qu’il prend pour acquise. Le final est particulièrement réussi et McCarthy s’amuse du concept du chat de Schrödinger pour donner naissance à un nouveau commencement dans son monde.

the-last-girl-celle-qui-a-tous-les-dons-paddy-considineThe Last Girl sous ses traits au départ plutôt classique de « survival », offre donc un nouveau souffle au genre ultra référencé du film de zombie. Le long-métrage bénéficie en outre d’une esthétique soignée. Que cela soit son empreinte visuelle qui malgré son faible budget arrive à offrir un univers saisissant avec des effets spéciaux des plus convaincants, mais également au niveau sonore avec un très beau travail de Cristobal Tapia de Veer. Le compositeur chilien qui avait déjà marqué les esprits en offrant une ambiance sonore des plus troublantes à la série Utopia, réitère ici son coup en donnant à The Last Girl une composition qui lui vaudra un prix de la meilleure musique originale à Gérardmer.

The Last Girl : Celle qui a tous les dons – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=tMOdDOEKCrQ

The Last Girl : Celle qui a tous les dons : Fiche Technique

Réalisation : Colm McCarthy
Scénario : M.R Carey, d’après son roman The Girl with all the Gifts
Interprétation : Sennia Nanua ( Melanie), Gemma Arterton (Helen Justineau), Glenn Close ( Dr Caroline Caldwell), Paddy Considine ( Sergent Eddie Parks), Anamaria Marinca ( Dr Selkirk), Dominique Tipper ( Devani)…
Photographie : Simon Denis
Montage : Matthew Cannings
Musique : Cristobal Tapia de Veer
Producteurs : Will Clarke, Camille Gattin, Angus Lamont
Sociétés de production : Attitudes Film Sales, BFI Film Fund, Poison Chef
Durée : 111 minutes
Genre : Post-apocalyptique, horreur
Date de sortie : 28 Juin 2017

Royaume-Uni – 2017

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